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Présidentielle 2017: Vous avez dit racisme de classe ? (Will Obamalike Macron’s take on his country’s « deplorables » eventually pave the way for a future Trumplike presidency in France ?)

Posté le samedi 6 mai 2017 par jc durbant

 

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Comment ça, deux poids deux mesures ?

« Sauvagerie », « obsessions tribales », « primate » …

A l’heure où avec une belle unanimité et un exemplaire civisme …

Les mêmes médias qui nous avaient abreuvé quotidiennement de révélations supposées confidentielles mais toujours plus croustillantes du dossier judiciaire d’un candidat …

Qui se trouvait être lors du premier tour le seul candidat de la véritable alternance …

Et dont l’élimination, par explosion en vol programmée, allait permettre l’élection probable à nouveau demain soir d’un futur président accidentel  …

Se refusent, à la demande de la Commission de contrôle de la campagne électorale, de publier les informations confidentielles sur  ce dernier obtenues par des hackers russes …

Et les mêmes qui avaient littéralement encensé …

Les imprécations, entre Hugo et Jaurès, du néo-léniniste et chavéziste de la France insoumise …

Et qui viennent à jet continu deux semaines durant de nous sommer de voter sous peine d’excommunication morale …

Pour le même futur président par défaut pour contrer le prétendu retour de la bête immonde …

Contre laquelle où, qualifications de « primate » comprises, tous les coups semblent désormais permis …

Comment ne pas voir ….

Derrière cette fascisation d’une classe entière d’électeurs …

Au-delà des évidentes inepties économiques, largement partagées à l’autre extrême de l’échiquier, de leur candidate …

Et après le précédent américain comme le rappelle le géographe Christophe Guilluy …

La véritable arme de classe de toute une bonne société …

Permettant d’éviter, entre deux attentats ou prises d’otages par la racaille de quartiers entiers, les questions qui fâchent …

Sur le sort d’une bonne moitié d’une population dont la mondialisation n’a tout simplement plus besoin ?



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18 réponses à “Présidentielle 2017: Vous avez dit racisme de classe ? (Will Obamalike Macron’s take on his country’s « deplorables » eventually pave the way for a future Trumplike presidency in France ?)”

  • 18
    Zoubor:

    Israël n’a pratiquement pas été attaquée
    Toutes les sociétés de cyber travaillent d’arrache pied pour aider leurs clients ds le monde entier!

  • 17
    jc durbant:

    Retour du refoulé ?

    Depuis plus d’un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes….

    http://www.leparisien.fr/paris-75018/harcelement-les-femmes-chassees-des-rues-dans-le-quartier-chapelle-pajol-18-05-2017-6961779.php

    http://www.valeursactuelles.com/societe/quartier-interdit-aux-femmes-hidalgo-savait-depuis-des-semaines-83504

  • 16
    jc durbant:

    C’est fou !

    Et en Israël, ils en disent quoi ?

  • 15
    Zoubor:

    Aux dernières nouvelles ces ont plus de 100 pays qui ont été attaqués, et qlqs 130 000 sites. Outre les hopitaux anglais et trains espagnols, les banques russes et Renault aussi sont parmis les victimes.

    https://phys.org/news/2017-05-unprecedented-cyberattacks-wreak-global-havoc.html

  • 14
    Zoubor:

    Update

    https://phys.org/news/2017-05-global-cyber-british-hospitals-spanish.html

  • 13
    jc durbant:

    WELCOME TO THE NEW BARBARY WARS !

    The attacks were reminiscent of the hack that took down dozens of websites last October, including Twitter, Spotify and PayPal, that exploited devices connected to the internet, including printers and baby monitors. The hacking tool used on Friday was ransomware, a kind of malware that encrypts data, locks out the user and demands a ransom to release it. Security experts say the tool exploited a vulnerability in Microsoft systems that was discovered and developed by the National Security Agency of the United States. The ransomware, known as WannaCry, was leaked by a group calling itself the Shadow Brokers, which has been dumping stolen N.S.A. hacking tools online since last year. Microsoft rolled out a patch for the vulnerability in March, but hackers apparently took advantage of the fact that vulnerable targets — particularly hospitals — had yet to update their systems or had ignored advisories from Microsoft to do so….

    https://www.nytimes.com/2017/05/12/world/europe/uk-national-health-service-cyberattack.html

    http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/victime-d-une-cyber-attaque-un-hopital-americain-paye-une-rancon-de-15-000-euros_1765054.html

  • 12
    Zoubor:

    Mon 11en attente

  • 11
    Zoubor:

    Mega attaque cyber ds 74 pays
    Commencée sur les hopitaux en Angleterre, obligeant l’annulation d operations surgicales et de traitements du cancer…. 👿👿👿👿😡😡😡😡😡

  • 10
    jc durbant:

    « Fillon propulsé en première place! Par qui? Quelles forces agissent derrière? » …

    Par des électeurs probablement comme moi qui trouvaient déjà qu’il avait le meilleur programme éco et régalien, rejoints par des gens qui se rendent compte qu’il permet, cerise sur le gâteau, de faire deux pierres deux coups: éliminer à la fois Ali Juppé et Sarko le beau parleur …

  • 9
    Zoubor:

    Merci Sil! Je savais pouvoir faire confiance a un « fils de » (ez).
    Merci JC pour tes efforts.
    Alors comment cela se passe t il? Pas de tremblement de terre encore? De grosses marées? De déluges de feu promis par l’Etat Islamique pour aujourd’hui, chez les croisés? Méchancon et ses sbires sont à la pêche??

  • 8
    sil:

    La branche portugaise du Mouchad a retrouvé le #5 de Zoubor 🙂

  • 7
    jc durbant:

    Non, désolé, pas de traces de 5 ?

  • 6
    Zoubor:

    Com #5????

  • 5
    Zoubor:

    Cela fait plusieurs semaines, JC, que tu en remets des couches sur Fillon!
    Alors petit rappel:
    Son election à la candidature a été une surprise! Trois semaines avant il était à la traîne… d’un coup trois semaines pour prendre la première place en politique, ca s’appelle « d’un coup » il est propulsé en première place! Par qui? Quelles forces agissent derrière?
    Et en fin de compte, ne serait ce pas ces forces qui l’ont descendu, éliminé une fois le boulot fait?

  • 4
    jc durbant:

    Roger Cohen dans ses oeuvres (cf. aussi l’intéressante photo, digne d’un Sarko ou d’une Marine, du petit roquet drapé dans le tricolore – et après, on dira qu’elle a pas gagné !):

    After a French police officer, Xavier Jugelé, was killed in Paris last month, a service was held at Paris police headquarters. His grief-stricken civil partner, Etienne Cardiles, described their love and, addressing the murderer, said, “You will not have my hatred. It was a statement consistent with the resolute, dignified response of France to the terrorism that has struck it in recent years. The Republic, tested more than the United States of late, has not succumbed to fear or fanaticism. It has held the line and so has reinforced, in a time of indignities, the dignity of the French state. France faces a choice between many things Sunday as it votes to elect either the rightist Marine Le Pen or the centrist Emmanuel Macron as president, but the most fundamental issue is whether to uphold or abandon the values of the Republic, whether to hold the high ground or descend into the mire. (…) If Le Pen were elected, a shadow would fall across France and Europe. (…) The factors that have contributed to her rise will be familiar to Americans who thought Donald Trump was a joke, then an unlikely contender, and at last discovered he had become their president. They include rage against the establishment; a conviction that globalization is a rigged system for the wealthy; exasperation at impunity for the financial engineers of the 2008 meltdown and the euro crisis; the cultural and economic chasm between wired metropolis and dystopian periphery; growing inequality; and hollowed-out industrial heartlands. (…) She is also the mouthpiece, still, of a racist and Muslim-hating party; a fierce opponent of the European Union that ushered the continent from its darkest hours; a fully fledged member of the rising nationalist-autocratic club with its branches in Moscow, Ankara and Washington; and a proponent of a France-first nationalism whose endpoint, as former President François Mitterrand observed, is war. Her party makeover is a sham. She still denies French responsibility for sending 76,000 Jews to their deaths during World War II; she still does business with Holocaust deniers; she and her entourage still traffic in the vilification of Islam; and she still strains for some whiff of Gaullism that would dispel the stench of Vichy. (…) Macron is an unknown quantity. Nobody is sure what he has in his gut. But he has shown courage, especially in his support of the European Union and his resistance to disparaging caricatures of refugees, and he is determined to revitalize a stagnant France. In this moment, he is the best hope for France, for Europe and for civility. What French voters can say on Sunday is: “You will not have my hatred.” I believe they will. And if they do, the world should thank them.

    Roger Cohen

  • 3
    jc durbant:

    Attention: une illusion peut en cacher une autre ! (Une chose au moins, même si ses mesures vont probablement pas assez loin et qu’il a répété tout et son contraire, qu’on peut pas reprocher au petit roquet)

    A representative of the globalist elite faces a tribune of globalization’s victims. That’s the superficial read on Sunday’s presidential runoff between Emmanuel Macron and Marine Le Pen in France. The deeper question is whether French voters accommodate themselves to reality or cling tighter to their economic illusions. Plenty of clues about which path France might take were on display during the May Day holiday. Start with the France of illusions. An estimated 40,000 red-clad activists snaked their way from the Place de la République to the Place de la Nation in the early afternoon. Hammer-and-sickle flags abounded. So did portraits of beloved mass murderers like Che Guevara. Gangs of masked youth set off firecrackers that boomed like gunshots. One placard showed Ms. Le Pen and Mr. Macron side by side, asking: “Plague or Cholera?” A typical slogan was “Neither nation nor boss!”—a double rejection of Ms. Le Pen’s nationalism and Mr. Macron’s free-market liberalism. These sum up the views of supporters of Jean-Luc Mélenchon, the leftist firebrand who was eliminated, barely, in the first round last month. The Mélenchonists have a great deal in common with Ms. Le Pen’s National Front, which held its own angry rally earlier in the day. Both camps would lower the retirement age to 60 from 62. Ms. Le Pen would keep the 35-hour workweek while Mr. Mélenchon would shorten it to 32 hours. Both would boost welfare spending and sever or strain the country’s trade ties in various ways. The Le Pen-Mélenchon Venn diagram has a large overlapping set, because both camps blame everyone but the French for the country’s malaise. (…) Yet it wasn’t shadowy globalists who in 1999 imposed a 35-hour workweek to make overtime labor prohibitively expensive. The law was meant to encourage firms to hire more workers, but like most efforts to subjugate markets to politics, it ended up doing more harm than good. Now it’s the main barrier to hiring in a country where the unemployment rate is stuck north of 10%. Nor was it global markets that levied a corporate tax rate of 33% (plus surcharges for larger firms), a top personal rate of 45%, and a wealth tax and other “social fees” that repelled investors and forced the country’s best and brightest to seek refuge in places like London, New York and Silicon Valley. Nor did globalization build a behemoth French bureaucracy that crowds out the private economy. As of January, this has created a 98% public-debt-to-GDP ratio. Perhaps the strangest aspect of the recrudescence of collectivist politics in France is the willingness of some American conservatives to indulge it. Yes, Ms. Le Pen and Mr. Mélenchon are intemperate and authoritarian, the thinking goes, but they give voice to real frustrations with globalization and other market evils like gentrification and automation. If vituperation alone conferred political credibility, Louis Farrakhan would be the most credible figure in American politics. What U.S. conservatives tempted by Ms. Le Pen don’t notice is that much of her rage against globalization is the same old conspiratorial anti-Americanism dressed up for a new age of anxiety. (…) Whether a President Macron turns out to be the reformer France needs remains to be seen. His platform is if anything too modest, and he has a tendency to speak to both sides of every issue. But give Mr. Macron and his supporters this: They don’t peddle dangerous illusions.

    NYT

    The paradox of France is that it is desperate for reform — and desperate not to be reformed. It wants the benefits of a job-producing competitive economy but fears relinquishing a job-protecting uncompetitive one. A Macron presidency will have to devote its intellectual and rhetorical energies to explaining that it can be one or the other, but not both. I don’t want to close this column without allowing for the awful chance that Le Pen might win. That would be a moral tragedy for France and a probable disaster for Europe. But it would also be a reminder that chronic economic stagnation inevitably begets nationalist furies. In the United States, a complacent left acquits itself too easily of its role in paving the way to the Trump presidency. Many of Le Pen’s supporters might be bigots, but their case against the self-satisfaction, self-dealing, moral preening and economic incompetence of the French ruling classes is nearly impeccable.

    Bret Stephens

  • 2
    jc durbant:

    Après les juifs, les homos ?

    As France picks its next president on Sunday, National Front nominee Marine Le Pen, 48, enjoys significant support among an unlikely population: gay voters. According to a survey released Wednesday by Hornet, a gay social network, 36.5 percent back Le Pen, while 63.5 percent favor former Socialist Party member and reputed centrist Emmanuel Macron, 39. Among Hornet’s younger subscribers, 43.5 percent of 18-to-29-year-olds want Le Pen — and fully 49 percent of those age 25. While Le Pen surely would appreciate even higher numbers, pundits are surprised that the so-called far-Right candidate does this well with typically Left-leaning voters. Why? Le Pen’s previously hostile party now welcomes gays, and militant-Islamic attacks inside and outside of France have ushered gays into Le Pen’s largely open arms. Le Pen has “un-demonized” the National Front by distancing herself from the party’s founder (her anti-Semitic father), appealing to Jewish voters, avoiding mass protests against gay marriage (although her party’s platform promises to scrap it), and choosing gay men Florian Philippot as her chief deputy and Sébastien Chenu as her leading adviser. These efforts have boosted the party among gay voters. In April 2012’s presidential election, 26 percent of gay Parisians picked Le Pen. She scored just 16 percent of the straight vote. A third of gays who married after same-sex nuptials were legalized in 2013 reportedly voted for her party in 2015’s regional contests. Many of these “homonationalists,” as they’ve been dubbed, applaud Le Pen’s straight talk about Islamic fundamentalism’s existential challenge to French lives and lifestyles.

    NY Post

  • 1
    jc durbant:

    Morceaux choisis:

    On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates.

    Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)

    Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir …

    François Morel (France inter)

    A la limite, je préfère la savoir dans un arbre qu’au ministère de la Justice.

    Anne-Sophie Leclère

    Anne-Sophie Leclère, ancienne candidate du Front national aux municipales dans les Ardennes, a été condamnée mercredi à 3.000 euros d’amende avec sursis pour injure raciale, après avoir comparé l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira à un singe. Le parquet avait requis deux mois de prison avec sursis.

    RTL

    Pourquoi on tolérerait tous ces chanteurs de cantiques de l’Internationale et pas les autres?

    Jean-Claude Gaudin

    J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte. (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien, je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde. (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme.

    Michel Houellebecq

    Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique.

    Elisabeth Lévy

    La Commission nationale de contrôle a été saisie vendredi soir par le mandataire de M. Macron à la suite d’une attaque informatique dont son mouvement a été l’objet, et qui a donné lieu à la diffusion sur les réseaux sociaux de données présentées comme issues des systèmes d’information du candidat, mais dont une partie est probablement constituée de faux. Dans l’immédiat, compte tenu de l’entrée dans la période de réserve depuis vendredi minuit, et dans l’attente de la réunion de la Commission qui interviendra dans les prochaines heures, son président appelle l’attention des médias sur le sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve, alors que sont en jeu la libre expression du suffrage des électeurs et la sincérité du scrutin. Il demande donc aux organes de presse, et notamment à leurs sites internet, de ne pas rendre compte du contenu de ces données, en rappelant que la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi, notamment pénale.

    Commission électorale

    Le mouvement En Marche ! a été victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…). Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation. Intervenant dans la dernière heure de la campagne officielle, cette opération relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle. (…) Bien évidemment, les documents provenant du piratage sont tous légaux et traduisent le fonctionnement normal d’une campagne présidentielle. Leur diffusion rend publiques des données internes mais n’est pas de nature à nous inquiéter sur la remise en cause de la légalité et de la conformité des documents concernés. (…) Nous appelons les médias désireux de rendre compte de cette opération à prendre leurs responsabilités en conscience. Il ne s’agit en effet pas d’une simple opération de piratage mais bel et bien d’une tentative de déstabiliser l’élection présidentielle française. Il importe par conséquent de prendre en considération la nature des documents fuités, de bien prendre conscience de ce qu’une grande partie d’entre eux sont purement et simplement des faux et l’opportunité de l’écho à donner à cette opération de déstabilisation. Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires auprès des acteurs publics et privés pour faire la clarté sur cette opération inédite dans une campagne électorale française. La gravité des faits est d’ores et déjà une certitude et nous ne saurions tolérer que les intérêts vitaux de la démocratie soient ainsi mis en danger.

    Communiqué En Marche !

    Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France.

    Marin de Viry

    On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027…

    François-Xavier Ajavon

    Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche.

    Christophe Guilluy

    Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années.

    Christophe Guilluy
















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