eXc: Nous aimons la liberté, l'état de droit, l'héritage des Lumières, la séparation de l'église et de l'état, l'humour. Nous n'aimons pas le fascisme, le communisme, l'antiaméricanisme, l'antisémitisme, le racisme, la bureaucratie, les totalitarismes. Nous estimons que le plus grave danger que courent les démocraties libérales est de céder à l'islamofascisme. Lire plus

Dylan nobélisé: The day literature died (Sweden got talent: Where does that all end when moss grows fat on a rollin’ stone ?)

Posté le lundi 17 octobre 2016 par Admini

bobdylancantsingbring-back-our-girls-michelle-obama

appledylanbob-dylan-cadillacdylan-super-bowlvictoriabobAprès le plus rapide prix de la paix, le prix le moins littéraire de l’histoire !

Onze Grammys, plaque au Rock and Roll Hall of Fame, Oscar de la meilleure chanson de film, Golden Globe, légion d’honneur et innombrables titres de doctor honoris causa, plus de 100 millions d’albums vendus, 80 à 100 concerts annuels, millions de dollars de royalties par an pour près de 600 chansons,  douze double ou triple albums d’enregistrements inédits ou piratés, documentaire de Martin Scorcese (No Direction Home),  future série télé, millions de dollars pour la cession de ses archives (non sonores) à l’université de Tulsa ou pour la publicité («The Times they are a changing» à la Bank of Montréal,  spots pour les yaourts Chobani, Cadillac, Chrysler,  Apple ou encore la lingerie Victoria Secret) …

Au lendemain d’une annonce d’un comité Nobel qui après le plus rapide et immérité prix Nobel de la paix de l’histoire et l’an dernier déjà celui d’une journaliste …

Nous sort,  au mépris à nouveau des favoris des milieux littéraires comme Salman Rushdie, Adonis ou Ngugi wa Thiong’o, un auteur-compositeur de la chanson de son chapeau …

Comment ne pas voir avec quelques uns des rares critiques qui osent encore élever la voix …

Les dérives démagogiques et politiquement correctes d’un postmodernisme où tout se vaut au nom du refus de toute hiérarchie et hiérarchisation …

Et où l’on peut faire mine de découvrir les talents littéraires prétendument cachés d’un chanteur multimillionnaire et adulé (et même cité par des présidents !) …

Qui entre ses nombreux emprunts à ses pairs pas toujours reconnus et ses emballements protestataires pas toujours appuyés sur les faits …

Aura largement usé de ses considérables talents pour jouer sa vie durant avec la vérité …

Comme le révélait enfin l’an dernier dans son fameux discours du trophée de la branche humanitaire des Music awards …

Et encore à demi-mot entre règlements de comptes et hommages plus ou moins directs à ses nombreux inspirateurs …

Le « song-and-dance man » – et pierre qui roule pleine de mousse amassée – qui avait « juste ouvert une porte différente d’une manière différente » et « prolongé la ligne »  ?

Admini @ 15:24
Catégorie(s): Mémé Bookine


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10 réponses à “Dylan nobélisé: The day literature died (Sweden got talent: Where does that all end when moss grows fat on a rollin’ stone ?)”

  • 10
    jc durbant:

    Les années 1976-1978 marquent un tournant dans l’histoire de la philosophie, chez nous, en France. Les philosophes ont alors pris la posture du spectateur des événements et du «reporteur d’idées». Ils se sont déclarés «journalistes transcendantaux», pour reprendre l’expression de Maurice Clavel. Ils prétendaient s’élever au-dessus de la contingence du présent. J’ai déjà raconté comment j’ai vu Michel Foucault lui-même y céder un moment, fasciné par «la révolution du non-pouvoir» de l’ayatollah Khomeini… André Glucksmann poussa plus loin que les autres la logique de ce retrait. Dans Les Maîtres penseurs, il dénonce toute tentative de penser le monde afin de le transformer comme comportant une menace sournoise de totalitarisme, c’est-à-dire la ruine totale de la liberté. Vous n’avez peut-être pas en tête ses écrits. Je vous rappelle donc sa formule clé qui relève de la plus pure intimidation: «théoriser, c’est terroriser». Résumons. Les philosophes n’auraient plus désormais qu’à faire écho aux événements sur le mode du jugement moral prononcé dans l’urgence. Vous n’aurez pas de mal à mettre un nom sur le plus célèbre de nos philosophes-chefs de guerre…


    Dominique Lecourt

  • 9
    Letel:

    https://www.project-syndicate.org/commentary/dylan-nobel-prize-critics-by-bernard-henri-levy-2016-10?utm_source=Project+Syndicate+Newsletter&utm_campaign=cd005a1fb6-El_Erian_Toxic+Politics_23_10_2016&utm_medium=email&utm_term=0_73bad5b7d8-cd005a1fb6-104386165

  • 8
    James:

    Mon post s’est perdu dans la brume… dylanesque!

    Oui, je crois bien. Toutes mes excuses. Vous pouvez le reposter ?

  • 7
    Polémos:

    Mon post s’est perdu dans la brume… dylanesque!

  • 6
    jc durbant:

    Mais sans vouloir jouer sur les mots (« découverte »/ »reconnaissance »), quelqu’un qui avec ses 100 millions de disques a drainé toutes les récompenses musicales et académiques (honoris causa) imaginables a-t-il vraiment besoin de plus de « reconnaissance » ?

    A moins qu’il ne soit question de donner leur « revanche » aux « sans-lettres » ?

    Voir aussi:

    Over the last decade, Dylan has licensed his songs to Apple, Pepsi, Google, Kohl’s, numerous car companies, and of course, Victoria’s Secret. Iconic civil rights songs such as « Blowin’ In The Wind » and « The Times They Are A-Changin » have been used to shill for fizzy water, and it hasn’t done a single thing to ruin the power of those songs—if an ad really ruined your enjoyment of one of those songs, you are probably watching too much TV. Dylan has allowed his image to be placed on the same plain as Will.I.Am, and still, no one in the history of the world has entertained the thought that Will.I.Am is even remotely in the same league as Dylan.

    At the end of the day, I don’t think this is anything to get upset about. Musicians have fewer options for making money these days, and commercials (which come with those sweet royalty checks) are one of the surest ways for your favorite average indie band to ensure they can craft their concept album about Canadian livestock exactly the way they envision it. And we know Dylan likes messing with people—I can’t help but feel that every time he’s on camera for Cadillac, it’s some surreal in-joke, a piece of performance art in the same realm as « Must Be Santa » and his appearances on Pawn Stars and Dharma and Greg.

    Having said that, it’s not like I’m thrilled that a buoyant, romantic Blonde On Blonde gem has been associated with yogurt. It’s kind of a bummer, but if another giant avalanche of money lets Dylan feel comfortable enough to craft another record as good as Tempest or Modern Times (or as great as Love And Theft and Time Out Of Mind), we’re willing to go with it. After all, Dylan’s got a lot of secret children to support.

    Back in 1965, Dylan told a reporter that if he ever sold out to a commercial, it would be « ladies garments. » In 2004, he did just that in a truly bizarre and iconic Victoria’s Secret commercial …

    http://gothamist.com/2014/01/30/videos_a_brief_history_of_bob_dylan.php

  • 5
    James:

    Je pense que le propos de Ramakrishnan est de dire que B. Dylan est d’avoir moins bâti une carrière d’écrivain que de musicien.

    des dizaines de chansons à texte (on aime ou pas)
    et connues de milliards de terriens
    pas un nobel schmoldovalaque publié à 200 exemplaires et oublié dès le lendemain

    Ce sont les chansons que l’on connaît, et non les textes pour eux-mêmes. Par ailleurs, le débat est d’autant plus artificiel que les fans de Dylan non-anglophones (même si ils se réjouissent de ce prix) ne peuvent évaluer correctement la portée de ses textes au contraire d’un Roth, Sartre ou Le Clézio (que je trouve très médiocre) et dont les oeuvres sont traduites en plusieurs langues.

  • 4
    Letel:

    Douteux comme argument, le prix Nobel n’a pas pour but de faire découvrir des talents, mais de récompenser des géants. Qu’ils se gourent parfois, passent à côté de géants et récompensent des nains, est une autre histoire.

  • 3
    jc durbant:

    Bob Dylan is a great songwriter, but famous musicians like him get lots of recognition in other ways, so this was a wasted opportunity to recognise a deserving writer.

    Prof. Sir Venkatraman Ramakrishnan (Nobel laureate chemistry, 2009)

  • 2
    doucefrance:

    pas d’accord
    prix nobel très mérité
    des dizaines de chansons à texte (on aime ou pas)
    et connues de milliards de terriens
    pas un nobel schmoldovalaque publié à 200 exemplaires et oublié dès le lendemain

  • 1
    jc durbant:

    Morceaux choisis:

    Now for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rollin’ stone But that’s not how it used to be When the jester sang for the king and queen In a coat he borrowed from James Dean And a voice that came from you and me Oh, and while the king was looking dow The jester stole his thorny crown Do you recall what was revealed The day the music died?

    Don McLean

    Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale.

    Galia Ackerman  et Frédérick Lemarchand

    Hurricane est un protest song de Bob Dylan au sujet de l’emprisonnement de Rubin « Hurricane » Carter. Elle résume les prétendus actes de racisme envers Carter, que Dylan décrit comme la principale raison de la condamnation dans ce qu’il considère comme un faux procès. Cette chanson fut l’une des quelques protest songs qu’écrivit Dylan dans les années 1970, et ce fut l’un de ses singles ayant eu le plus de succès de cette décennie, atteignant le 31e rang du Billboard. L’album de Bob Dylan Desire s’ouvre avec le titre Hurricane, dénomination inspirée du surnom de Rubin Carter et dépeignant l’histoire de ce boxeur noir américain, ancien prétendant au titre des poids moyens, accusé du meurtre de trois personnes en 1966. Dylan eut envie d’écrire cette chanson après avoir lu l’autobiographie de Carter Le Seizième Round (The Sixteenth Round), que celui-ci lui avait envoyée « à cause de ses engagements antérieurs dans le combat pour les droits civiques ». Dans son autobiographie, Carter continuait à clamer son innocence et son histoire poussa Dylan à aller lui rendre visite à la prison d’État de Rahway à Woodbridge (New Jersey). (…) Dylan doit ré-enregistrer la chanson en modifiant les paroles relatives à Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley qui « ont dépouillé les corps » (« robbed the bodies »). Les avocats de la Columbia l’ont prévenu qu’il risque un procès pour diffamation. Ni Bello, ni Bradley n’ont jamais été accusés de tels actes. (…) Même avec ces paroles révisées, la controverse continue de croître autour de Hurricane. Les critiques de l’époque lui reprochent de ne raconter qu’une version des faits, le passé judiciaire de Carter étant ignoré dans l’histoire que Dylan raconte, et de manquer d’objectivité. Il y a d’autres inexactitudes, comme par exemple la description de Carter comme prétendant n°1 au titre de champion des poids moyens (« Number one contender for the middleweight crown ») alors que le classement de mai 1966 de Ring Magazine ne le situait qu’au neuvième rang à l’époque de son arrestation. Mike Cleveland du Herald-News, Robert Christgau, et de nombreux autres critiques mettent en question l’objectivité de Bob Dylan au moment de la sortie de la chanson. Cal Deal, journaliste au Herald-News qui couvre l’affaire Carter entre 1975 et 1976, interviewant Carter en août et décembre 1975, accuse plus tard Dylan d’avoir un fort parti pris pour Carter tout en utilisant énormément d’effets artistiques. Pendant la tournée précédant la sortie de Desire, Dylan et le Rolling Thunder Revue participent à La Nuit de l’Ouragan I4 en l’honneur de Carter au Madison Square Garden de New York, le 12 août 1975. De nombreuses vedettes, dont Mohamed Ali, sont présentes à ce concert caritatif où un exposé de 20 minutes explique la situation du boxeur emprisonné. L’année suivante, ils mettent sur pied la Nuit de l’Ouragan II, cette fois-ci à l’Astrodome de Houston. Ce super-concert, organisé le 25 janvier 1976 est néanmoins un fiasco malgré la présence de Stevie Wonder, Stephen Stills, Ringo Starr ou encore Santana. Trente mille personnes assistent au spectacle mais l’organisation prévoyait plus du double6. En fin de compte, Hurricane rapporte assez de fonds et de publicité pour aider Carter à lancer un recours. En novembre 75 d’abord, la Cour Suprême annonce qu’elle compte réviser l’appel. Un mois plus tard, Carter et Artis retirent leur demande de pardon, souhaitant une réhabilitation complète. En mars 1976, ils sont même libérés sous caution et gagnent le droit à un nouveau procès. Mais Carter est de nouveau condamné à deux peines de prison à vie successives en décembre 1976. Ni Dylan, ni aucun autre défenseur célèbre n’assiste au procès7. En 1985 la justice américaine reconnaît que Carter et Artis n’ont pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté. Dylan n’a plus interprété cette chanson depuis le 25 janvier 1976 à Houston, Texas.

    Wikipedia

    Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur.

    Norman Mailer

    Yippee! I’m a poet, and I know it. Hope I don’t blow it.

    Bob Dylan

    I think of myself more as a song-and-dance man.

    Bob Dylan

    Anything I can sing, I call a song. Anything I can’t sing, I call a poem.

    Bob Dylan

    Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way … I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line.

    Bob Dylan

    Mes trucs, c’était les chansons, vous savez. Ce n’était pas des sermons. Si vous examinez les chansons, je ne pense pas que vous trouverez quoi que ce soit qui fasse de moi un porte-parole de qui que ce soit.

    Bob Dylan

    Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde. Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War (…) « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher… ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan. Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »). Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic. Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ? (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ». Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ».

    Bob Dylan

    He’s a great humanitarian, he’s great philanthropist He knows just where to touch you honey, and how you like to be kissed He’ll put both his arms around you You can feel the tender touch of the beast You know that sometimes Satan comes as a man of peace. Standing on the water, casting your bread (…) Fools rush in where angels fear to tread (…) You’re a man of the mountains, you can walk on the clouds Manipulator of crowds, you’re a dream twister You’re going to Sodom and Gomorrah (…) Well, the Book of Leviticus and Deuteronomy The law of the jungle and the sea are your only teachers In the smoke of the twilight on a milk-white steed Michelangelo indeed could’ve carved out your features Resting in the fields, far from the turbulent space Half asleep near the stars with a small dog licking your face. (…) Well, the rifleman’s stalking the sick and the lame Preacherman seeks the same, who’ll get there first is uncertain Nightsticks and water cannons, tear gas, padlocks Molotov cocktails and rocks behind every curtain False-hearted judges dying in the webs that they spin Only a matter of time ’til the night comes stepping in.

    Bob Dylan

    Les critiques disent que je ne peux pas chanter. Je coasse, je ressemble à une grenouille. Pourquoi les critiques ne disent-ils pas la même chose de Tom Waits ? Ils disent que ma voix est striée, que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas pareil au sujet de Leonard Cohen ? Pourquoi ai-je le droit à un traitement spécial ? Les critiques disent que je ne peux pas chanter juste et que je m’en sors en parlant dans une chanson. Vraiment ? Je n’ai pas entendu dire cela à propos de Lou Reed. Pourquoi s’en sort-il indemne ? Qu’ai-je donc fait pour mériter un traitement aussi spécial ? Pourquoi moi, seigneur ?

    Bob Dylan

    He got no place to ‘scape to, no place to run (…) Neighborhood bully been driven out of every land He’s wandered the earth an exiled man Seen his family scattered, his people hounded and torn He’s always on trial for just being born He’s the neighborhood bully.

    Bob Dylan

    There must be some kind of way outta here, said the joker to the thief.

    Bob Dylan

    Vous êtes nés, vous savez, le mauvais nom, les mauvais parents. Je veux dire, cela arrive. Vous vous appelez comme vous voulez vous appeler. C’est le pays de la liberté. Bob Dylan (2004)
    `Tin Pan Alley is gone. I put an end to it. People can record their own songs now.’ Bob Dylan
    In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it. Bob Dylan
    It was like all the records up to that time were like sitcoms, and then here came somebody that spoke like a modern-day Shakespeare, and what a difference. Al Cooper
    We have an America that, in Bob Dylan’s phrase, is busy being born, not busy dying.

    Jimmy Carter (Democratic National Convention, New York City, July 15, 1976)

    The other source of my understanding about what’s right and wrong in this society is from a friend of mine, a poet named Bob Dylan. After listening to his records about “The Ballad of Hattie Carol” and “Like a Rolling Stone” and “The Times, They Are a-Changing,” I’ve learned to appreciate the dynamism of change in a modern society. I grew up as a landowner’s son. But I don’t think I ever realized the proper interrelationship between the landowner and those who worked on a farm until I heard Dylan’s record, “I Ain’t Gonna Work on Maggie’s Farm No More.” So I come here speaking to you today about your subject with a base for my information founded on Reinhold Niebuhr and Bob Dylan.

    Jimmy Carter

    There is no doubt that his words on peace and human rights are much more incisive, much more powerful and much more permanent than those of any president of the United States.

    Jimmy Carter (2015)

    At first I wasn’t sure I was hearing him right and I looked over at Jimmy King. « What the hell did I just hear? » I asked. King smiled and looked at Paul Kirk, who leaned across the table and whispered, « He said his top two advisers are Bob Dylan and Reinhold Niebuhr. » I nodded and got up to go outside for my tape recorder. I could tell by the rising anger in Carter’s voice that we were in for an interesting ride…. And by the time I got back he was whipping on the crowd about judges who took bribes in return for reduced prison sentences, lawyers who deliberately cheated illiterate blacks, and cops who abused people’s rights with something they called a « consent warrant. » « I had lunch this week with the members of the Judicial Selection Committee and they were talking about a ‘consent search warrant,' » he said. « I didn’t know what a consent search warrant was. They said, ‘Well, that’s when two policemen go to a house. One of them goes to the front door and knocks on it and the other one runs around to the back door and yells ‘come in.' » The crowd got a laugh out of that one, but Carter was just warming up and for the next 20 or 30 minutes his voice was the only sound in the room. Kennedy was sitting just a few feet to Carter’s left, listening carefully but never changing the thoughtful expression on his face as Carter railed and bitched about a system of criminal justice that allows the rich and the privileged to escape punishment for their crimes and sends poor people to prison because they can’t afford to bribe the judge…. (…) So this will have to be it, … I would need a lot more time and space than I have to properly describe either the reality or the reaction to Jimmy Carter’s Law Day speech, which was and still is the heaviest and most eloquent thing I have ever heard from the mouth of a politician. It was the voice of an angry agrarian populist, extremely precise in its judgments and laced with some of the most original, brilliant and occasionally bizarre political metaphors anybody in that room will ever be likely to hear. (…) Forty-five minutes later, on our way back to Atlanta in the governor’s small plane, I told Carter I wanted a transcript of his speech. « There is no transcript, » he said. I smiled, thinking he was putting me on. The speech had sounded like a product of five or six tortured drafts…. But he showed a page and a half of scrawled notes in his legal pad and said that was all he had. « Jesus Christ, » I said. « That was one of the damnedest things I’ve ever heard. You mean you just winged it all the way through? » He shrugged and smiled faintly. « Well, » he said, « I had a pretty good idea what I was going to say, before I came up here – but I guess I was a little surprised at how it came out. » Kennedy didn’t have much to say about the speech. He said he’d « enjoyed it, » but he still seemed uncomfortable and preoccupied for some reason. Carter and I talked about the time he invited Dylan and some of his friends out to the governor’s mansion after a concert in Atlanta. « I really enjoyed it, » he said with a big grin. « It was a real honor to have him visit my home. » I had already decided, by then, that I liked Jimmy Carter – but I had no idea that he’d made up his mind, a few months earlier, to run for the presidency in 1976. And if he had told me his little secret that day on the plane back to Atlanta, I’m not sure I’d have taken him seriously…. But if he had told me and if I had taken him seriously, I would probably have said that he could have my vote, for no other reason except the speech I’d just heard.

    Hunter S. Thomson

    I guess these are the three meanest men I ever met. The other two are Muhammad Ali and Sonny Barger (the godfather of The Hells Angels). Those three men are a whole cut above everybody else I ever ran into. And there was a sheer functional meaness. (…) Meaning the ability to get from A to B, C, M Z, whatever you want. Carter would would cut my head off to carry North Dakota. your legs off to carry a ward in the Bronx. He understands the system. That’s why he won. and never apologize for it. That’s really all I said. I admire that. A person that played the game as well as he did.

    Hunter S. Thomson

    Just before he died, Jimi Hendrix, his drummer [Mitch Mitchell] and I would sit up all night listening to tapes of our shows. Jimi was the sweetest guy. He made his reputation by setting his guitar on fire, but that eventually became repugnant to him. « I can’t stand to do that anymore, » he said, « but they’ve come to expect it. I’d like to just stand still like Miles. » Transitions aren’t easy. After I took a jazz band into the Grand Ole Opry, they never invited me back! (…) Bob is not authentic at all. He’s a plagiarist, and his name and voice are fake. Everything about Bob is a deception. We are like night and day, he and I.

    Joni Mitchell

    I like a lot of Bob’s songs. Musically he’s not very gifted. He’s borrowed his voice from old hillbillies. He’s got a lot of borrowed things. He’s not a great guitar player. He’s invented a character to deliver his songs. Sometimes I wish that I could have that character — because you can do things with that character. It’s a mask of sorts.

    Joni Mitchell

    Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent.

    Horace Engdahl (secrétaire du comité Nobel)

    If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan.

    Sara Danius (permanent secretary of the Swedish Academy)

    C’est une nouvelle étape vers l’immortalité. De mon répertoire qui s’étale sur 60 ans, aucune chanson n’a été aussi émouvante et ne valait autant la peine dans sa profondeur, sa noirceur, son mystère, sa beauté et son humour que celles de Bob.

    Joan Baez

    D’Orphée à Faiz, chanson et poésie ont toujours été intimement liées. Dylan est le brillant héritier de la tradition des bardes. C’est un super choix  ! Salman Rushdie
    Bob Dylan est l’auteur de textes littéraires, au sens le plus profond.

    Joyce Carol Oates

    Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter. C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus. Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus… Alors, va-t-on lui faire grief de cela ? Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ? Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ? C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur. C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort. Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout. Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie.

    Bernard-Henri Lévy

    Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.” WSJ
    He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance. (…) People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk.

    Sean Wilentz (Princeton)

    To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era. The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock. Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language. The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

    John Fusilli

    The problem many critics have with calling song lyrics poetry is that songs are only fully realized in performance. It takes the lyrics, music, and voice working in tandem to unpack the power of a song, whereas a poem ideally stands up by itself, on the page, controlling its own timing and internal music. Dylan’s lyrics, and most especially his creative rhyme-making, may only work, as critic Ian Hamilton has written, with “Bob’s barbed-wire tonsils in support.” It is indisputable, though, that Dylan has been influenced a great deal by poetry. He counts Arthur Rimbaud and Paul Verlaine alongside Woody Guthrie as his most important forebears. He took his stage name, Bob Dylan, from Welsh poet Dylan Thomas (his real name is Robert Allen Zimmerman). He described himself once as a “sixties troubadour, » and when he talks about songwriting, he can sometimes sound like a professor of literature: “I can create several orbits that travel and intersect each other and are set up in a metaphysical way.” His work has also veered purposefully into poetry. In 1966, he wrote a book of poems and prose called Tarantula. Many of the liner notes from his 1960s albums were written as epitaphs. And his songwriting is peppered with literary references.

    Poets.org

    I can’t take the vision of Dylan as seer, as teenage messiah, as everything else he’s been worshipped as. The way I see him, he’s a minor talent with a major gift for self-hype.

    Nik Cohn

    Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers. Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter. This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained. Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate. The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet. (…) Nevertheless sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums.

    Sean O’Hagan

    The opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. » As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al. But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.) While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage. And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. (…) But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it. Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ». « In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »). Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans. (…) So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. (…) Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ». And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true. While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is. A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does. The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane.

    Jack Marx

    This is the Nobel Prize for Literature. Not Sweden’s Got Talent. Distinction is gone; discrimination is a dirty word. Egality is in. Emotion is in. Nothing matters unless it sells. But anyone celebrating the death of quality – anyone imagining that the elimination of elitism leads inexorably to justice – should be very wary of what they wish for. A culture that gives Bob Dylan a literature prize is a culture that nominates Donald Trump for president. It is a culture uninterested in qualifications and concerned only with satisfying raw emotional need. (…) With each year, standards seem to slip and what was once considered absurd seems quite normal. And what is excellent is sadly forgotten. Where that all ends, I don’t know. Perhaps a Nobel Prize in 2025 being awarded to Donald Trump for lyrical tweeting.

    Tim Stanley

    Bob Dylan is a great songwriter, but famous musicians like him get lots of recognition in other ways, so this was a wasted opportunity to recognise a deserving writer.

    Prof. Sir Venkatraman Ramakrishnan (Nobel laureate chemistry, 2009)

    Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones. Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine. Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros. Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars. Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ».

    Capital

    Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise. (…) L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel.

    Télérama

    Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. (…) La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur. Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… (…) Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le soufre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse. Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts.

    Pierre Assouline

    Lui attribuer le Nobel de littérature, c’est affligeant. J’aime Dylan mais il n’a pas d’œuvre. Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. C’est méprisant pour les écrivains.

    Pierre Assouline

    Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature car la littérature, c’est des livres qu’on lit et non des chansons qu’on écoute. (…) la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture.

    Alain Finkielkraut

    Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (…) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien. Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs d’Al Nosra ndlr] Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger: «En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix. Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.» Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat: «Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.» Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale.

    Slobodan Despot
















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