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« Un terroriste n’est pas un résistant »

Posté le mardi 29 mars 2016 par sil

Par Brice Couturier (source)

La confusion entretenue entre ces deux types est un des symptômes du délabrement intellectuel et moral de notre époque. Il faut lui résister.

« Beaucoup de malhonnêtetés naissent quand on massacre la langue, brouillant les cartes, intervertissant les rôles des victimes et des bourreaux, abolissant les distinctions et les hiérarchies en de crapuleuses orgies de concepts et de sentiments qui altèrent la vérité », écrit Claudio Magris dans Utopie et désenchantement. Oui, il faudrait faire subir au lexique que nous utilisons des examens périodiques de signification. Cela éviterait qu’une clique de sophistes, déterminés à nous faire prendre leurs vessies pour des lanternes, s’acharne à ruiner le sens des mots, en brouillant les définitions.

Prenez le sophisme relativiste rebattu : « les terroristes des uns sont les résistants des autres. Question de point de vue ». Ou dans sa version historiciste : « prenez garde ! les terroristes d’aujourd’hui seront peut-être requalifiés demain de résistants, si d’aventure ils gagnent leur guerre. »

Ce relativisme intéressé ne résiste pas à l’examen de signification qu’un sociologue du CNRS, Gérard Rabinovitch, a consacré à ces deux termes, Terrorisme et résistance, dans un livre très instructif.

Pour retrouver le plein sens des mots, il faut passer par l’étude de leur origine. Résister vient du latin resistere et en vieux français, il signifie faire obstacle, faire face. Dès le XVI°, il acquiert le sens de tenir tête à une autorité établie.

Le mot terreur, qui vient du latin terrere (faire trembler) lui, prend son sens politique moderne, après la chute de Robespierre. Il sert en effet à qualifier la courte période de dictature du Comité de Salut public, comprise entre juin 1793 et juillet 1794. La Terreur désigne un gouvernement dictatorial, agissant au moyen de mesures d’exception, destinées à intimider les opposants. La terreur vise à paralyser, en stupéfiant, toute velléité de résistance.

L’historien Patrice Gueniffey, auteur notamment d’une Politique de la Terreur, écrit que le but que se propose le terroriste est de « soumettre un sujet en annihilant en lui toute faculté d’action ou de résistance, (…) par le spectacle de la souffrance ou de la mort infligées ». Le terrorisme consiste en un déploiement de force aveugle et aléatoire. C’est la raison pour laquelle constate Gueniffey, « le meurtre délibéré d’innocents est son critère central ». Son projet est de persuader toute une population que n’importe qui, en son sein, peut être sa victime. Aussi son effet immédiat est-il d’atomiser la société, de renvoyer chacun à sa panique personnelle ; ruinant, au passage, la confiance placée dans les institutions telles que l’Etat.

Enfin, le terrorisme, écrit encore Gueniffey, « porte à un degré extrême deux logiques : celles du tout ou rien, et celle du nous et eux » – dont on voit bien qu’elles excluent toute possibilité de négociation et de compromis.

Le terrorisme actuel, explique de son côté Rabinovitch, est l’enfant des deux guerres mondiales et du processus de « brutalisation » qu’elles ont infligé aux sociétés contemporaines. Elle conduit au meurtre de masse, au culte de la cruauté et à l’héroïsation de la violence – qu’ont en commun les terroristes et les membres de la pègre et des gangs : le plus vicieux, le plus cruel, le plus craint sera le plus « respecté ».

La Résistance, telle que l’a connue en particulier l’Europe occupée par le III° Reich hitlérien, est la poursuite de la guerre par des francs-tireurs patriotes et des militants politiques. Un Résistant s’attaque à des soldats au service d’une puissance étrangère, ainsi qu’aux moyens de communication et aux infrastructures utilisés par cette armée d’occupation. Elle inclut, certes, des actions armées, concède évidemment Rabinovitch, mais celles-ci ne sont jamais indiscriminées, ni aveugles. Elles visent en priorité des responsables politiques et militaires, en particulier ceux qui se sont rendus responsables d’exactions contre la population civile. Et à côté de ces actions armées, elle comporte aussi des formes de sédition non armée, de sauvetage de populations persécutées. Pas d’héroïsation de la violence, de ce côté, pas de culte du martyr, pas de négation de l’humanité chez l’ennemi même.

Lisez les Lettres à un ami allemand d’un authentique résistant nommé Albert Camus. Je cite : « Vous n’avez jamais cru au sens de ce monde et vous en avez tiré l’idée que tout était équivalent et que le bien et le mal se définissaient selon ce qu’on voulait. Vous avez supposé qu’en l’absence de toute morale humaine ou divine, les seules valeurs étaient celles qui régissaient le monde animal, c’est-à-dire la violence et la ruse. »

Hé bien, ces valeurs-là ne sont pas celles qui animent le résistant, qui donnent sens à son combat. La citation de Camus qui court le plus en ce moment sur les réseaux sociaux prend ici tout son sens : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Brouiller délibérément la différence entre Résistance et terrorisme, afin de gommer ce que ce dernier a d’injustifiable est l’un des symptômes de la débâcle intellectuelle et du délabrement moral de l’époque. C’est à cela aussi, qu’il faut résister.

sil @ 15:20
Catégorie(s): Concepts


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