De mieux en mieux
Racket sur les chantiers de rénovation urbaine
Les coups de feu tirés à bout portant qui ont blessé trois ouvriers d’une entreprise de BTP, le 18 février dans une cité de Pierrefitte-sur-Seine, en ont été le déclencheur. La préfecture de Seine-Saint-Denis, maintes fois alertée sur les agressions subies sur les chantiers de rénovation urbaine dans le département, a fini par réagir. La police judiciaire a été chargée d’une enquête, les services de police ont tenu une réunion avec l’entreprise mardi 26 février, une seconde réunion est programmée entre le préfet et les élus de plusieurs villes victimes du phénomène. Il était temps : c’est en effet la troisième agression grave en trois mois qui intervient dans le département. Tous les acteurs parlent d’une escalade de violences à l’égard des chantiers de rénovation urbaine.
(…) Avec ses 42 milliards d’investissement en travaux, la rénovation urbaine a constitué depuis son lancement en 2003 une aubaine pour les quartiers. Les pressions sur les chantiers de rénovation ont toujours existé tant ces derniers constituent un enjeu pour les petits caïds : faire embaucher quelques jeunes ou prélever sa dîme sur le matériel de chantier est monnaie courante. Et les entreprises l’ont intégré dans leur budget.
Mais le chantage a changé d’échelle. Depuis quelques mois, les tensions et intimidations sont devenues systématiques et plus violentes. « Cela a pris des proportions inquiétantes et c’est devenu un système très organisé comme on peut le connaître en Corse », assure Stéphane Peu, président de Plaine commune habitat, office de HLM. Rares pourtant sont les entreprises qui portent plainte. Par prudence pour leurs salariés. Et aussi parce que, la rénovation urbaine étant vitale pour leurs carnets de commandes, elles préfèrent payer. « Tant que ça ne touche pas l’intégrité des salariés, les entreprises n’en parlent pas et préfèrent s’arranger », reconnaît Francis Dubrac, dirigeant d’une entreprise de travaux publics et ancien patron du Medef local.
(…) Aux Francs-Moisins à Saint-Denis, le 30 janvier, c’est aussi sous la menace d’une arme blanche que deux individus font descendre un ouvrier de son tractopelle. Engins incendiés ou ouvriers molestés, le mois de janvier a été particulièrement violent sur les chantiers de Saint-Denis. Les entreprises sont par ailleurs soumises à un racket systématique. Dans un quartier, c’est une société de gardiennage « locale » que les caïds locaux conseillent de prendre pour surveiller le matériel. Coût annoncé : 150 euros la nuit pour protéger une machine à goudron. Sur un autre quartier, l’entreprise est forcée de changer l’ensemble des fenêtres des 450 logements. « Les racketteurs ont touché 80 000 euros après avoir revendu les châssis à un ferrailleur », témoigne un élu.
(…) Les entreprises victimes de ces chantages ne souhaitent pas témoigner. Ni Vinci, Eiffage, Bouygues, ni ISS Espaces verts « ne souhaitent réagir sur le sujet ». Les élus se sont aussi longtemps tus. Stéphane Peu le reconnaît : « De la police aux patrons en passant par les bailleurs et les élus, tout le monde a fermé les yeux. Il faut aujourd’hui réagir et une vraie réponse policière et judiciaire face à cette dérive mafieuse. » (plus dans Le Monde… et oui, tout arrive…)