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Eloge littéraire des assassins de Richard Millet (!)

Posté le Dimanche 2 septembre 2012 par sil

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ITELE : Richard Millet répond à la polémique

@ Richard Millet : Le coup de l’ironie pour un titre délirant écrit sans point d’ironie final (!) est un peu facile (à moi aussi, l’ironie m’avait échappé). Toutefois merci quand même pour cette mise au point qui globalement me satisfait.

@ Tahar Ben Jelloun (voir ci-après) : Cher Monsieur Ben Jelloun, ce n’est pas bien de mentir : « j’ai lu son essai, cette nuit, avant de venir ici, il me semble » (il croit avoir lu un essai cette nuit ; sans doute un rêve ou un cauchemar). Pour le reste, oui l’Occident est menacé, non pas par son ouverture aux autres, à une immigration maghrébine ou autre, raisonnable et raisonnée, mais par une immigration anarchique, massive, de peuplement, totalement déséquilibrée, ouverte à beaucoup trop de gens qui nous haïssent, accompagnée du bordel multiculturel, de l’islamisation de pans entiers de nos territoires, de la perte de nos valeurs et pire de la haine de nous mêmes. D’ailleurs je me demande bien ce que Tahar Ben Jelloun dirait si son Maroc subissait le même traitement. A ce propos, je ne l’entends pas trop pester contre le sort fait là-bas aux immigrés d’Afrique noire. Mais qu’il se rassure. L’Occident ne sera pas menacé bien longtemps car le jour de la remise des pendules à l’heure approche à grand pas. Au fond, le gout de l’apocalypse demeure étranger au véritable fond mental occidental. Chez nous, prédomine depuis toujours la conscience des cycles, humains et naturels. Or après un hiver, même long et rigoureux, vient toujours le printemps et le grand ménage qui va avec…

@ Pour le reste : les billets de Robert Ménard et Pierre Assouline reproduits ci-après sont à lire…

http://www.dailymotion.com/video/xt3wda

Tahar Ben Jelloun est l’invité du 7/9 de France Inter. Il réagit à la publication d’un texte de Richard Millet qui s’intitule « Eloge littéraire d’Anders Breivik ».

En défense de Richard Millet par Robert Menard

J’ai lu « Eloge littéraire d’Anders Breivik » qui vaut à Richard Millet un véritable procès en sorcellerie. Et je dois vous avouer mon étonnement : je n’y ai rien trouvé de ce qui semble consterner – le mot est faible – journalistes, éditorialistes et écrivains… dans un bel et, à mes yeux, toujours suspect unanimisme. Car, contrairement à ce que laissent entendre nos pourfendeurs de « mauvaises pensées », il ne s’agit en aucune manière de justifier les 77 morts du 22 juillet 2011 à Oslo et sur la petite île d’Utoya – Richard Millet dit, à trois reprises sur dix-huit pages, qu’il n’approuve pas cette tuerie – mais de s’interroger sur ce qui peut conduire à un tel geste. Et cette interrogation est, non seulement légitime, mais d’une impérieuse nécessité.

Que dit Richard Millet ?

Qu’Anders Breivik est « exemplaire d’une population devant qui la constante dévalorisation de l’idée de nation, l’opprobre jeté sur l’amour de son pays, voire la criminalisation du patriotisme, ouvrent un abîme identitaire ». Que « ses actes [sont] au mieux une manifestation dérisoire de l’instinct de survie civilisationnel ». Qu’il s’agit d’ « un acte politique qu’on tente de réduire à un accès de schizophrénie meurtrière ».

Breivik, poursuit-il, est le signe désespéré, et désespérant, de la sous-estimation par l’Europe des ravages du multiculturalisme.

Et de conclure par ces mots – peut-être maladroits – qui lui valent d’être cloué au pilori :
Breivik est sans doute ce que méritait la Norvège et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s’aveugler pour mieux se renier.

Au risque d’aggraver encore le cas de Millet, je dirai qu’il développe l’idée émise par Jean-Marie Le Pen aux lendemains du massacre, quand le président d’honneur du Front national montrait du doigt la « naïveté » du gouvernement norvégien qui « n’a pas pris la mesure du danger mondial que représente (…) l’immigration massive. ». On se souvient de la levée de boucliers qui avait accueilli ses propos ! Vilipendé y compris par les siens.

Rien dans ces hypothèses ne me semble choquant, inacceptable, condamnable. Reste la seule question qui vaille à mes yeux : y a-t-il des circonstances, des moments où certaines questions sont inaudibles ? Je crains que oui.

Richard Millet en fait l’expérience (il cite d’ailleurs Renaud Camus, victime du même genre de procès et dont il pourrait partager la mise à l’index). On est libre, bien sûr, de récuser le diagnostic, de contester l’analyse, de s’offusquer des idées développées. Mais de là, comme certains – je pense à l’irréprochable Tahar Ben Jelloun –, à demander sa tête, à exiger qu’on le bannisse, à préconiser qu’on l’exclue du comité de lecture de Gallimard…

Triste pays qui, pour reprendre les mots de Richard Millet « ne cesse de s’aveugler pour mieux se renier ». (source)

Les déclarations de guerre de Richard Millet par Pierre Assouline

Richard Millet est tout sauf un écrivain insignifiant. L’adjectif est choisi à dessein : c’est celui qui revient le plus souvent sous sa plume pour désigner indistinctement l’essentiel de ce qui se publie dans l’ordre de la littérature et la plupart des écrivains contemporains. Insignifiant, il ne l’est ni par son œuvre de fiction, ni par ses essais, ni par son engagement et, partant, par la position qu’il se donne sur la scène littéraire et politique, eut-il dénoncé l’inanité même du spectacle qu’elle produit. L’exclure du débat d’idées en le traitant de fou, de réac, de fascistoïde ou de raciste revient à en faire un martyr sacrifié sur l’autel de la Littérature, mort au champ d’honneur dans la défense de la langue et donc de l’âme perdues de la France, ostracisme qui ne serait pas pour lui déplaire mais ne présente aucun intérêt. Il faut le lire et le discuter parce que ce qu’il met en jeu n’est précisément pas insignifiant. Il vient de publier d’un même élan trois brefs livres qui peuvent s’appréhender d’un même regard une fois déployés tels un triptyque de Francis Bacon. La tyrannie de l’actualité a focalisé l’attention sur l’un d’eux aux dépens des autres ; encore n’est-il que l’appendice du texte-amiral : Eloge littéraire d’Anders Breivik paraît à la suite de Langue fantôme (120 pages, 16 euros, Pierre-Guillaume de Roux). C’est cet éloge, long d’une quinzaine de pages à peine, qui fait scandale aujourd’hui.

Qu’y lit-on ? Que, tout en n’approuvant pas l’assassinat de 77 jeunes norvégiens l’an dernier sur l’île d’Utoya (encore heureux), allant même jusqu’à le condamner (que de précautions) tout en lui conférant la noblesse d’un acte politique (ce qu’il est effectivement), Richard Millet est frappé par sa « perfection formelle » comme s’il s’agissait d’une installation néo-surréaliste : il y voit une dimension littéraire dans sa relation avec le Mal, dont la « beauté » le fascine. Un souci esthétique pour un geste artistique que l’on jugera obscène ou abject, ou à tout le moins aussi indécent que le texte dans lequel Salim Bachi se mettait dans la tête de Mohamed Merah au lendemain du massacre de Toulouse. Se flattant d’avoir lu les 1500 pages du délirant manifeste que Breivik avait mis en ligne sur son site (ce qui est effectivement un exploit), il veut voir en lui un patriote à la dérive, un nationaliste à la boussole déréglée par la perte de sens, pris de vertige devant l’abime identitaire qui s’ouvre sous les pieds de tous ceux qui ne reconnaissent plus leur

Occident, désespéré par la fin annoncée de la civilisation en laquelle il avait cru si fort. En lisant donc attentivement le compendiun du tueur en série, Richard Millet a trouvé « des analyses pertinentes de la perte de l’identité nationale ». Il est vrai qu’elles aboutissent à une conclusion qui ressemblent fort à celles d’un certain Richard Millet dont on ne sache pas que les essais soient traduits en norvégien : pour avoir renoncé à défendre ses racines chrétiennes, la France est actuellement en proie à une guerre civile sans nom qui a commencé en 1789 ; la littérature est sa première victime car, telle que l’entend l’écrivain, elle est l’ennemie du nombre, du multiculturalisme, de l’horizontalité, de la perte du sens… In fine, il s’indigne de ce que l’on traite de fasciste tout individu qui ose s’interroger sur la pureté, l’identité, l’origine. Voilà brièvement rappelé l’essentiel de ce texte- et que ni l’auteur ni l’éditeur ne viennent nous dire que le texte n’a pas été lu et qu’ils font l’objet d’une curée ou d’une quelconque campagne. Qui expose s’expose. Tant Richard Millet que Pierre-Guillaume de Roux qui le publie, font preuve d’un certain courage. Mais s’ils n’ont pas conscience de la charge provocatrice de la chose en question, alors qu’ils changent de métier ; et s’ils en ont conscience, comme je le crois, qu’ils en acceptent les conséquences dans toute leur violence.

En fait, cet Eloge littéraire d’Anders Breivik n’a d’intérêt que parce qu’il s’inscrit dans le combat personnel d’un écrivain exigeant, qui se fait une très haute idée de la littérature, sanctuarise la langue dans l’espace de la loi et l’écriture dans celle du sacré. Une véritable guerre. C’est elle qu’il cherche et non les coups ou la bagarre et surtout pas le duel à fleurets mouchetés. Ancien compagnon de route des Phalanges chrétiennes au Liban (1975-1976), ce qui le place au moins dans le camp peu fréquenté des écrivains qui mettent leurs actes en accord avec leurs idées (si toutefois cet engagement passé n’est pas de l’ordre du fantasme), il est de ceux qui s’enivrent de l’odeur de la poudre. Comme pour prouver l’unité du tout, c’est dans son pamphlet De l’antiracisme comme terreur littéraire (90 pages, 14,90 euros, même éditeur) que l’on trouve une justification indirecte du geste d’Andres Breivik : « Le goût des armes ne me quitte pas. Qui ne s’est jamais battu à l’arme automatique ignore tout du chant de la kalachnikov ou du M16 et de la danse qu’ils suscitent, dans laquelle le fait de tuer peut donner, hors toute cruauté, au cœur de l’action, une jubilation singulière ».

De même que dans son essai Langue fantôme ou dans son récit Intérieur avec deux femmes (140 pages, 16,90 euros, même éditeur), Richard Millet enfonce un clou, un seul, le même depuis un certain temps, avec une constance remarquable au risque de se répéter et de lasser (en quoi il fait penser à Philippe Muray qui, inlassablement de livres en articles, enfonça le clou de la dénonciation de l’homo festivus ). Cette fois, il prend Umberto Eco comme paradigme de la décadence de la littérature au motif qu’il a retouché le Nom de la rose pour les jeunes (bof…), de sa dégradation en prêt-à-porter romanesque international rebaptisé « postlittérature », le roman ayant laissé place à la « narratique ». Il est à ses yeux un acteur-clé de cette paupérisation, les coupables étant mai 68, la démocratie, le multiculturalisme et son « cloaque ethnique », le tiers-mondisme culturel, le terrorisme de l’antiracisme, l’abandon de la chronologie, le renoncement aux racines gréco-latines et chrétiennes de la langue, la haine du savoir, de la pureté, de la grandeur. Voilà comment une grande nation littéraire comme la France est devenue la République bananière des Lettres. En chemin, on glane une belle définition du classique (« Emet des signes longtemps après sa mort »), une juste reconnaissance de Sebald pour avoir perpétué la littérature sans recourir au roman et dans un style d’emblée reconnaissable, et un scoop (les néo-écrivains travaillent le plus souvent en équipe).

Millet, qui n’en est pas à un excès près (mais n’est-ce pas la loi du genre pamphlétaire ?) ne fait pas de différence entre l’architecture de l’Opéra-Bastille et celle d’un centre de Sécurité sociale. Pire : il homogénéise ses cibles pour les besoins de sa démonstration. Ainsi les romanciers francophones sont-ils rejetés en bloc, de même que les écrivains français (« vulgarité quasi générale »), les belles âmes et les grands têtes molles (suit une rafle emportant Murakami, Garcia Marquez, Lessing et surtout Le Clézio), les « cadavres dansants » de la médiocrité littéraire (Sagan, Gary, Nemirovsky), les blogs « ces champs d’épandage ». Il y a dans cette apocalypse annoncée une dimension crépusculaire et testamentaire qui fait froid dans le dos car Richard Millet, qui place le style au plus haut, est aussi l’auteur de grands livres (La Gloire des Pythre, Lauve le Pur, Ma vie parmi les ombres, L’Orient désert, Le Sentiment de la langue…) et qu’il possède les armes pour toucher et émouvoir tout en évitant le pire du pathos. Même si, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, il n’est pas la réincarnation du grand Bernanos ou de Léon Bloy. Il se voit soldat perdu d’une cause qui l’est tout autant, franc-tireur dans le champ de ruines moral et intellectuel d’une Europe dévastée, objet de la haine unanime de ses contemporains, éternel exclu des médias (ce qui est faux), ne disposant plus que du bouclier Lévi-Strauss pour se protéger de l’accusation de racisme. Dans sa dérive paranoïaque, le proscrit autoproclamé se campe seul, esseulé, solitaire. Minoritaire au sein d’une minorité. En retrait comme Blanchot en sa place des Pensées. Plus et mieux : un écrivain maudit. Suicidé de la société, il s’imagine en ultime héraut de la pureté dans un champ d’ordures – à ceci près qu’Artaud, lui, ne siégeait pas au comité de lecture de Gallimard mais à l’asile de Rodez. Non seulement il veut se placer sur le terrain de Thomas Bernhard par un processus assez naïf d’identification, mais il veut être le seul à le défendre de l’accusation de nihilisme et le seul à avoir relevé sa puissance comique (désolé mais non, d’autres l’ont fait). Sur bien des terrains (défense de la langue ou d’une certaine idée de l’éducation et de l’enseignement, dénonciation de la doxa politiquement correcte), il y rejoint pourtant Renaud Camus, Alain Finkielkraut, Pierre Guyotat, Pierre Bergougnioux, Pierre Michon et d’autres. Mais effrayé par le monde qui s’annonce, il voudrait être le dernier des Mohicans.

Si c’était une pièce de théâtre, un seul décor suffirait, issu des dernières pages de Intérieur avec deux femmes : un wagon de RER entre Paris et Arcueil la nuit, dans lequel Richard Millet serait le seul Français de souche de race blanche hétérosexuel et catholique, entouré d’immigrés, noirs, maghrébins et musulmans, prêts à lui tomber dessus après avoir violé une passagère. Il faut un certain courage pour exprimer ses angoisses, ses fantasmes, ses névroses, ses cauchemars et ses peurs. (source)

sil @ 09:58
Catégorie(s): Mémé Bookine etPendant ce temps-là, en France


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5 réponses à “Eloge littéraire des assassins de Richard Millet (!)”

  • 5
    Marock:

    Ce genêts, qui n’ était pas une fleur, enseveli dans la cimetière de Larache.
    Magnifique, au demeurant, le cimetiére.
    Face au Grand Océan.

    Accointances communes avec le prix concours pour cause de multiculturalisme ?.
    Il est permis de s’ en douter.

    Et comme dans notre si belle langue il existe deux mots pour désigner  » celui qui… » de « celui qui se fait… »

    Les paris sont ouverts, et les opinions diverses y sont bienvenues.
    Mais pas trop longues, pour cause de rectas limités.

  • 4
    Nina:

    Oh oui…Cette ordure de Tahar ben Jelloun était moins regardant lorsque « son ami, son frère » Jean Genet décrivait Gaza comme un camp de concentration et ne s’offusquait pas du tout quand ce même Genet voyait dans les nazis « des mecs bandant, d’une virilité sans faille »…

    Pour Millet, je ne sais rien sinon que j’ai moi aussi connu ces moments de solitude dans le métro.

  • 3
    Marock:

    Cet ineffable Tahar Benjelloun…
    Rien que son prénom en anonce la couleur.
    Toujours le faux cul entre deux chaises, mais toujours sur la bonne par opportunuité.
    Entre Fes, Saint Germain et Tanger.
    A lire aux chiottes ses bouquins, au moins on y rigole en se soulageant.
    Et les feuillets y sont utiles pour une ablution conséquente aux déréglements intestinaux.
    J’ ai gardé que les couvertures, cartonnées, un peu trop rêches pour un usage intime.
    Du genre « Le racisme raconté à mon concierge », « L’ islam à l’ usage de mon charcutier. »

    Parenthése culturelle.
    Quelqu’ un sait il l’ origine de ce patronyme, Benjelloun ?

  • 2
    sil:

    J’avais beaucoup aimé cet edito de h16 à l’epoque

  • 1
    James:

    Contrepoints : Breivik, le tueur fou, serait-il un gros libéral qui s’ignore, le coquin ?




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