Analyse de Frédéric Pichon, diplômé d’arabe et de sciences-politiques, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de la Syrie et des minorités.
Syrie : comment l’attitude des Occidentaux vis-à-vis d’el-Assad prépare des lendemains encore plus sombres que la dictature actuelle
(…) On peut s’attendre sûrement à une escalade de la violence de la part du régime soudé autour de l’assabyia alaouite (encore qu’il puisse y avoir au sein même de cette communauté des divergences comme il y en a eu dans le passé). L’armée, rappelons-le, a subi de lourdes pertes depuis les débuts de la révolte et même si l’on se fie à l’unique source d’information labellisée par les médias occidentaux, l’OSDH, le total approcherait des 5000 morts. De quoi mettre toutes ses dernières forces dans la bataille et pourquoi pas l’aviation, jusqu’ici restée clouée au sol sur recommandation de Moscou. En tout état de cause, l’image du régime ne peut pas être pire que celle qu’il a déjà. Ses tentatives pour tenter d’apparaître plus crédible à l’extérieur (organisation d’élections, non utilisation de l’aviation sur les conseils de la Russie, nomination d’un ministre de la Réconciliation nationale) ont été vaines et suscité ricanements et indifférence.
(…) En l’absence d’intervention extérieure, tout naturellement vont se constituer des zones de repli, loin des grandes villes. En effet, la guerre menée est de basse intensité et entièrement tournée vers la maîtrise des espaces urbains et particulièrement meurtrière pour leurs populations. Au prix de pertes collatérales énormes et de l’échec des forces conventionnelles, trop lentes et constamment harcelées. On pense à la région de Lattaquié où pourrait se constituer facilement un réduit alaouite, étendu jusqu’à Tartous où les Russes disposent d’une base navale. S’y agrègeront probablement, comme c’est le cas depuis quelques jours, des chrétiens fuyant les grandes agglomérations et venant chercher asile dans la bien nommée Wadi al-Nasara (vallée des chrétiens), non loin de Marmarita.
Et quand les massacres commenceront, visant les alaouites, mais aussi les chrétiens (feu Daoud Rajha le ministre de la Défense était chrétien), que diront les chancelleries et les rédactions ? qu’ils l’ont bien mérité ? Ne sera-t-il pas trop tard pour regretter de n’avoir pu ni su faire émerger une opposition pacifique pourtant bien présente sur la scène syrienne et connue des chancelleries ?
Et quand le Kurdistan syrien deviendra autonome et tentera de se rapprocher de son homologue irakien, croit on que la Turquie laissera faire ? Sur un autre front, l’Iran et le Hezbollah, déjà à l’oeuvre sans doute dans l’attentat qui a visé des touristes israéliens en Bulgarie, vont-ils rester inactifs ? Bahreïn toujours occupé par les chars saoudiens s’embrasera probablement à nouveau et le Golan, jusqu’ici fermement tenu par la police et l’armée syrienne laissera déferler les djihadistes bientôt orphelins du terrain de jeu afghan, en direction de la Galilée… La crise syrienne ne fait que commencer et les Cassandre se feront une fois de plus vilipender. (source)