Posted on Samedi 9 juin 2012
Tout le monde connaît les bobos qui ont envahi les centres-ville, moins leur nouvel avatar : les bobolcheviques, qui ont plébiscité Mélenchon à la dernière présidentielle. Qui sont ces bobos qui se prennent pour des prolos ?
Tout le monde s’accorde à dire que Jean-Luc Mélenchon a fait une campagne absolument remarquable : musclée, gouailleuse, vibrante, avec un petit côté “Gavroche chez les bobos”. « On me connaît partout, / De Clignancourt à Belleville. / Je suis aimé par tous, / Sauf par les sergents de ville », fredonnait le gamin de Paris. Au fond, c’est comme si “Méluche” nous avait ramenés un siècle et demi en arrière, dans une chanson de Béranger. C’était à la fois dépaysant, distrayant et surréaliste. La foule en redemandait. Non sans cabotiner, le leader du Front de gauche récitait un texte qui aurait pu être écrit par Robespierre avec la voix de Georges Marchais. C’était vraiment « too much », tant et si bien que les commentateurs en sont venus à parler de « mélenshows », sortes de son et lumière marxistes avec bonnet phrygien et accordéon.
Le hic, c’est qu’il n’y avait plus rien de populaire dans ces reconstitutions historiques parodiques. Le peuple était omniprésent, mais seulement dans les discours. Plus Mélenchon invoquait « les damnés de la terre » et leur « bleu de chauffe », plus les bobos affluaient place de la Bastille ou sur celle du Capitole à Toulouse, et à Marseille, Lille et ailleurs. Pendant ce temps, les “prolos” se préparaient à glisser dans l’urne, du fond de leur région sinistrée, un bulletin Marine Le Pen (à 35 %, selon une enquête OpinionWay-Fiducial réalisée le 6 mai, jour du premier tour), Mélenchon n’arrivant qu’en quatrième position chez les ouvriers, derrière Hollande et Sarkozy.
Il faut bien le concéder : les prolos reviennent à la mode, du moins dans l’édition et les partis politiques, contrairement aux bobos. Personne ne les aime, ceux-là, ni les sociologues qui trouvent l’expression trop floue, ni Mélenchon qui ne jure que par les sectionnaires en haillons de 1789, ni les bobos eux-mêmes qui ne se reconnaissent qu’à contrecoeur dans ce Bobo sapiens exaspérant, nouveau Bourgeois gentilhomme aspirant non plus à se pavaner parmi la noblesse mais à intégrer les rangs de la bohème artistique. (pour en savoir plus…)



