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Livres: Attention, une apocalypse peut en cacher une autre (Behold, your house is left unto you desolate)

Posté le Mardi 21 février 2012 par jc durbant

Attention: une apocalypse peut en cacher une autre!

Sida, vache folle, bug de l’an 2000, grippe aviaire, 11/9, Irak, crise financière, grippe H1N111/9, Fukushima …

Alors qu’avec le premier président nobélisé avant l’heure qui devait nous délivrer du bellicisme du cowboy Bush, l’exécution extrajudiciaire des djihadistes est passée dans l’indifférence la plus totale mais avec une redoutable efficacité à l’échelle quasi-industrielle de la robotisation et bientôt peut-être de l’automatisation …

Et qu’un an après le véritable tsunami de révélation de documents secrets (pas moins de 750 000!) qui devait enfin contraindre à la transparence totale le chef de ligne du Monde libre et qui n’a réussi en fait qu’à lui permettre d’améliorer le secret de ses procédures de transmission d’informations, l’autobiographie non autorisée du hacker fou de WikiLeaks peine à trouver preneur …

Pendant qu’en “terre d’islam” ou communiste, on persécute ou massacre allégrement du chrétien et qu’en une France qui cède à nouveau face à l’hystérie collective anti-OGM, on peut se voir exclu de son parti pour avoir osé rappeler l’inavouable secret de polichinelle historique de la supériorité de la civilisation judéo-chrétienne …

Comment ne pas s’émerveiller de l’incroyable résilience de ce monde qui enchaine les tsunamis sanitaires, miltaires, financiers ou mêmes nucléaires et qui loin des apocalypses annoncées par ses détracteurs habituels, ressort à chaque fois plus fort?

Et, avec le dernier livre du spécialiste du désarmement Bruno Tertrais, en conclure qu’effectivement “l’Apocalypse n’est pas pour demain”?

A condition de ne voir dans le terme que son acception de catastrophe, lui qui, en ce Ier siècle où le “Royaume” annoncé par le Christ se faisait attendre et où, dénoncés comme “asociaux” et “ennemis du genre humain”, ses fidèles se voyaient confrontés à la plus sauvage des persécutions, avait le culot, dans son langage fleuri et codé (inversant et subvertissant à la fois le bestiaire de ces têtes de monstre installées à l’entrée des villes pour les protéger des esprits maléfiques), de “lever le voile” (c’est le sens étymologique, on le sait, du terme grec) sur les envers monstrueux du mythe de la “Ville éternelle” et la certitude d’une alors bien improbable chute d’un système impérialiste et esclavagiste au faite de sa gloire, drainant non seulement à son seul profit la richesse et la force de travail de l’ensemble du monde connu mais poussant l’arrogance jusqu’à réclamer pour ses maitres le statut de dieux vivants …

Et à moins, comme le rappelle souvent l’anthropologue René Girard, qu’entre “petites ou demi-apocalypses” ou “crises” ou ”périodes intermédiaires” et loin des rêves de châtiment final des fondamentalistes comme des timidités des chrétiens ordinaires qui n’osent plus en parler, l’Apocalypse tant annoncée ne soit pas celle qu’on croit?

Et surtout qu’après les coups de folie de nos Hitler, Staline ou Mao comme les gestes de prudence extraordinaires de nos Kroutchev, nous risquions d’oublier qu’ “il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice”.

Et que, dans un monde chaque jour un peu plus dépouillé de ses ressources sacrificielles où nations, langues, religions, vieux interdits sont peu à peu écrasés par le rouleau compresseur de la modernité, ”la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante”, la non-différence ne tari[ssan]t pas les rivalités mais les excit[ant] à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène” …



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Une réponse à “Livres: Attention, une apocalypse peut en cacher une autre (Behold, your house is left unto you desolate)”

  • 1
    jc durbant:

    Morceaux choisis:

    Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison.

    Jésus

    Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre.Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom.

    Jésus

    Voici, votre maison vous sera laissée déserte.

    Jésus

    L’Apocalypse fut un écrit de circonstance, destiné à réconforter les chrétiens par temps de persécution et à prédire la ruine de l’ “Antéchrist”, Néron actuellement régnant et dans son acmé. Il se promenait en Grèce, tout près de Patmos, lorsque Jean mettait par écrit sa prophétie, dans les années 66-67 de notre ère. Ons’explique que ce livre, appelé à circuler sous le manteau, fut rédigé dans un langage symbolique et même chiffré.

    Wikipedia

    C’est un problème universel. Notre réseau [l'ONG Portes ouvertes affiliée au réseau international Open Doors] évalue à 400 000 le nombre de chrétiens soumis à des restrictions de libertés. Cela va de la discrimination jusqu’à la persécution. La Corée du Nord illustre la situation extrême : sur 400 000 croyants, 70 000 sont enfermés dans des camps de travail. Lorsque j’ai commencé à travailler sur le sujet il y a 25 ans, nous entendions rarement parler de personnes tuées à cause de leur foi. Nous travaillions alors principalement en Europe de l’est, dans les régimes du Rideau de fer. Aujourd’hui, les persécutions sont devenues très violentes et nous voyons régulièrement des attaques comme dimanche au Nigéria, où des tueries visent directement les chrétiens. Chaque année, nous réalisons un index de persécution dans lequel nous répertorions les pays où les chrétiens sont le plus persécuté. Depuis une dizaine d’années, la Corée du Nord reste le pays où il y a le moins de libertés pour les croyants. Si l’on découvre que vous croyez en Dieu, sans même envisager d’aller dans une église, vous êtes interné dans un camp où l’on vous fera travailler jusqu’à la mort. Il existe quatre églises à Pyongyang qui ne sont là que pour assurer la propagande du régime auprès des touristes. (…) L’islam radical est le premier grand persécuteur de l’Eglise. Dans des pays comme l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, le Nigéria, le Moyen-Orient en général, les chrétiens sont souvent la cible de persécution de la part des extrémistes. Il est particulièrement difficile pour un musulman de se convertir au christianisme. Les convertis subissent une pression énorme de la part de leurs familles, des autorités religieuses locales et parfois même de l’Etat. Cette discrimination s’applique aussi à des courants chrétiens vieux comme le monde. C’est le cas des coptes en Egypte qui subissent pressions et violences. L’autre grand persécuteur de l’Eglise, c’est le communisme. Il considère que la religion est l’opium qui endort le peuple et vise à libérer la société de toute religion. Je passe le cas de la Corée du Nord où le communisme a dérivé en un culte à la personnalité du chef de l’Etat. Dans d’autres pays communistes comme le Vietnam, la Chine ou Cuba, il y a toujours des discriminations contre l’Eglise. Ce ne sont plus les persécutions d’il y a vingt ou trente ans mais le manque de liberté reste manifeste. En Chine, les églises qui refusent de se soumettre au contrôle officiel de l’Etat, sont soumises à des arrestations et des pressions. Les limites sont strictes et toute sortie de ce cadre est dangereuse. Pékin cherche des moyens de contrôler les chrétiens. Des événements comme les Jeux olympiques ou la foire internationale ont été utilisés pour reprocher leur taille à certaines églises. Ils ont peur d’une Eglise indépendante et libre.

    Michel Varton

    Plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. (…) il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes. (…) Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide (…) outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute (…) des évolutions démographiques favorables.

    Bruno Tertrais

    Imaginez que [Fukushima] se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200 000. Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles.

    Bruno Tertrais

    Longtemps, les divinités représentèrent le lieu de cette extériorité. Les sociétés modernes ont voulu s’en affranchir: mais cette désacralisation peut nous laisser sans protection aucune face à notre violence et nous mener à la catastrophe finale.

    Jean-Pierre Dupuy

    Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous.

    René Girard

    Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse.

    René Girard

    La religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme.

    Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne.

    Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant.

    Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème !

    L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…) il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse.

    La rivalité est présente dès l’origine. C’est ce que découvre aujourd’hui la science expérimentale : elle découvre qu’il y a imitation dès l’origine de l’humanité, dans son existence et son organisation. L’imitation est fondamentale dans les premiers mouvements réflexes de l’être humain. (…) La théorie mimétique ne veut pas se présenter comme une philosophie qui ferait le tour de l’homme. Elle tend simplement à dire qu’il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est coupable au même titre. Il est bien évident que dans notre société les gens sont très forts pour éviter la rivalité mimétique non seulement instinctivement mais très délibérément : il y a tout un art d’éviter la rivalité mimétique qui au fond est l’art de vivre ensemble. Et cela est absolument indispensable.

    Quant à la question du progrès, ce dernier n’est pas forcément fatal parce que les hommes y contribuent eux-mêmes. Je reconnais qu’il peut y avoir une régression.

    Je crois qu’il y a un double mouvement. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une société de la peur. Beaucoup de gens considèrent que la violence augmente dans notre univers. Les deux mouvements se chevauchent.

    il y a eu des gestes de prudence extraordinaires, puisque Kroutchev n’a pas maintenu à Cuba les bombes atomiques. Il y a, dans ce geste, quelque chose de décisif. Ce fut le seul moment effrayant pour les hommes d’Etat eux-mêmes. Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays qui essaient par tous les moyens de se procurer ces armes et nous savons aussi qu’ils sont bien décidés à les utiliser. On a donc encore franchi un pallier.

    René Girard




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