Posted on Mercredi 8 février 2012
Dans son ouvrage « Richesse et pauvreté des nations » (1998) David S. Landes explique comment l’islam est devenu un frein au développement.
David Landes explique notamment le mécanisme qui va des interdits religieux au blocage économique, à travers l’exemple bien connu du refus de l’imprimerie, interdite par les religieux : le Coran devait être recopié à la main, la calligraphie arabe, sacrée, ne pouvait faire l’objet d’une impression. Tout livre était considéré comme sacrilège et hérétique :
« L’Islam était au Moyen Âge le maître d’école de l’Europe. Mais par la suite quelque chose s’enraya. La science islamique, dénoncée comme hérétique par des zélotes religieux, fut étouffée sous les pressions théologiques du conformisme spirituel, ce qui pouvait représenter une question de vie ou de mort pour les penseurs et les savants. Pour l’islam militant, la vérité était déjà révélée. Ce qui ramenait à la vérité était utile et permis. Tout le reste n’était qu’erreur et tromperie. […] Les pays musulmans interdirent longtemps l’imprimerie pour des raisons religieuses, l’idée que le Coran puisse être imprimé était inacceptable. Les juifs et les chrétiens avaient des presses à Istanbul, mais pas les musulmans. En Europe au contraire, personne ne pouvait mettre un couvercle sur les nouvelles techniques. L’autorité politique était trop fragmentée. L’Église avait bien essayé de limiter les traductions vernaculaires des textes sacrés et interdire la diffusion des écrits canoniques ou autres, mais elle fut dépassée. Les démons de l’hérésie étaient sortis de leur boîte bien avant Luther, et l’imprimerie les empêcha d’y retourner. […] Le résultat est que le monde musulman se coupa du flux de connaissances propagé par les livres, favorisant la ségrégation intellectuelle, le retard technique et la dépendance industrielle. […] Le mal était structurel, fondé dans le dogme religieux et maintenu par les coutumes. Une bureaucratie byzantine, avec des règlements incompréhensibles, rendait tout encore plus compliqué, alors que la corruption était la seule façon d’obtenir quelque chose. […] Une fois que l’Empire atteignit ses limites territoriales, sans nouvelles conquêtes à piller, les autorités se tournèrent vers l’intérieur pour trouver des ressources, en pressurant leurs sujets. Rien n’était sûr, même pas la richesse des grands dignitaires. Une voie idéale pour l’autodestruction. »
Landes évoque également les effets économiques négatifs de la discrimination, mais aussi de la polygamie, qui induisent une insécurité permanente à la tête de l’État :
« Dénier leur place aux femmes revient à priver le pays de travail et de talent, mais plus grave, cela revient à miner la volonté de réussite et d’accomplissement des garçons et des hommes. On ne peut élever des enfants de façon à ce que la moitié se croit supérieure biologiquement, sans limiter leurs ambitions et réduire leurs réalisations. (Lire la suite…)






