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De quoi Alain Badiou est-il le nom ? (au rayon crevures impénitentes)

Posté le Lundi 16 janvier 2012 par sil

1) L’aveuglement des intellectuels face au génocide khmer rouge Par Pierre-Emmanuel Dauzat (L’Express)

Pierre-Emmanuel Dauzat décrypte les regards et les erreurs d’une partie des penseurs français face au massacre cambodgien. Edifiant.

« Personne n’est exempt de dire des fadaises. Le malheur est de les dire curieusement », observait Montaigne. Le malheur des années 1970 est de les avoir dites plus curieusement que de rigueur quand il s’agissait du Cambodge et du génocide perpétré par les Khmers rouges. Et il semble qu’on ait du mal aujourd’hui à sortir du carcan idéologique qui aura interdit d’entendre les cris des victimes quand il était encore temps. En ces temps étranges où l’on situait Aron à la droite de Brejnev et où Alain Bosquet, le poète du « programme commun », s’offusquait que L’Archipel du Goulag fût mal écrit et servît l’impérialisme américain, peu voulaient entendre Soljenitsyne quand il annonçait que la chute de Saigon et de Phnom Penh conduirait au socialisme des camps.

Un génocide « Ã©clairé », osa écrire Chomsky

Le « ministère de la vérité » dévolu à L’Humanité empêchait de voir et de dire ce qui allait se produire. Mais les « idiots utiles » dont parlait Lénine se trouvaient aussi bien chez les « intellectuels » que dans les pouvoirs publics. Trois jours à peine après la chute de Phnom Penh, les gendarmes français livraient aux Khmers rouges, qui le tueront, le président de l’Assemblée nationale du Cambodge. Et il ne fut pas un cas unique. Sur ce point, le discours lénifiant de la France giscardienne rejoignait celui du Monde et de la plupart des organes de presse, y compris Le Nouvel Observateur. Cette complaisance explique aussi l’étrange amnésie qui va suivre. Alors que, dès les 24-25 octobre 1975, dans La Croix, puis les 17-18 février 1976, dans Le Monde, le père François Ponchaud évoquait les exactions du régime (évacuation des villes, exécutions systématiques, travaux forcés et, déjà, famine), son témoignage demeurait largement inaudible. Un Jean Lacouture refusait toujours d’y croire, confiera-t-il encore en 2001, parce que deux articles en avaient parlé dans Le Figaro. Sans doute ne lisait-il pas non plus Ouest France, qui, en février-mars de la même année, sortait aussi des témoignages accablants. Ni l’écrivain cambodgien Soth Polin et le reporter de l’agence Reuters Bernard Hamel, qui, en juillet-août 1976, publiaient les premiers témoignages sur le génocide en cours. La vérité devenant irréfutable, et bravant l’ire de Georges Marchais, Lionel Jospin sauvera l’honneur en donnant au Monde « Les socialistes et le Cambodge », tribune appelant à croire les réfugiés et demandant : « Où les camps de concentration ont-ils jamais créé un homme nouveau ? » Lacouture publiera Survive le peuple cambodgien ! et avouera en 1978 à Valeurs actuelles sa honte d’avoir été complice de loin, d’avoir « péché par ignorance et naïveté ». Mais, le premier aussi, il emploiera le vocable douteux d’ »autogénocide » (repris par le linguiste américain Chomsky !) et se risquera à parler de « national-socialisme de rizière » plutôt que, tout simplement, de maoïsme ou de communisme.

A l’opposé, le philosophe Alain Badiou publiera quelques mois plus tard dans Le Monde un « Kampuchéa vaincra ! » dénonçant dans le Cambodge « libéré » par les Vietnamiens une tentative en cours de « solution finale » (sic) tandis que Chomsky ne craindra pas d’attribuer l’essentiel des morts… à l’impérialisme de son pays en qualifiant le génocide khmer d’ »Ã©clairé ». En 1980, alors que le PCF avait retourné sa veste et dénonçait maintenant le génocide qu’il avait un an plus tôt nié, la revue Esprit se distinguera en publiant dans la même livraison un texte fameux de Pierre-Vidal Naquet, « Un Eichmann de papier », dénonçant Faurisson et Serge Thion, ainsi qu’un texte de ce spécialiste du Cambodge, reconverti en chef de file du négationnisme, dénonçant les Kouchner, Glucksmann, Claude Roy, François Ponchaud et autres accusateurs de Pol Pot ! Serge Thion ayant été l’un des rares Occidentaux à avoir eu accès aux Khmers rouges et les ayant décrits comme des hommes très structurés et intransigeants, mais pas extrémistes, on conçoit qu’on ait eu du mal à se défaire de ses analyses et qu’on ait persisté à voir qu’il avait créé une véritable « Ã©cole de la négation » : de la Shoah au Cambodge, puis au 11 Septembre pour certains de ses récents émules.
Maintenant que, malgré les palinodies de Jacques Vergès, avocat des anciens dignitaires khmers rouges après en avoir été le compagnon de route, on sait tout des horreurs, il reste frappant que l’on continue de dire des fadaises, et qu’on les dise curieusement. Tel « nouveau philosophe » (Bernard-Henri Lévy) continue de revendiquer la paternité du maoïsme dans la genèse d’un antitotalitarisme conséquent, quand Pol Pot est incompréhensible sans la Révolution culturelle. Le maoïsme réel ainsi exonéré, on comprend qu’il puisse se dire n’importe quoi et que le négationnisme du génocide cambodgien ait encore de beaux jours devant lui. De tous les génocides du xxe siècle, il est le seul, au demeurant, qui ait échappé à la censure des lois mémorielles et que l’on puisse s’obstiner à nier impunément. Peut-être est-il temps de démentir le vieux proverbe chinois et de « prendre la bêtise au sérieux ». La bêtise maolâtrique d’aujourd’hui est complice des crimes qui ont été perpétrés au même titre que le « parti pris d’indulgence » au temps où Pol Pot et les siens tuaient. (source)

2) Alain Badiou, maoïste médiatique

Il était encore mardi soir sur France 3, invité de Frédéric Taddéï à « Ce soir où jamais ». Depuis quelques années, Alain Badiou, ancien professeur à l’Ecole normale supérieure, est devenu une des principales figures de la gauche radicale. Son itinéraire scolaire et universitaire ressemble jusqu’à la caricature aux publications de Pierre Bourdieu : la Reproduction et la Noblesse d’État. Ce normalien est lui-même fils d’un normalien professeur de mathématiques et maire socialiste de Toulouse à la Libération.

Alain Badiou, après un passage par le socialisme, rejoint les groupuscules maoïstes dont il devient et reste animateurs en vue. Son audience reste longtemps limitée au petit cénacle des philosophes gravitant de l’Université de Vincennes dans les années 1970 à la rue d’Ulm dans les années 1990 –où il dirige le centre international de philosophie– et au micro-milieu militant.

Cependant, il possède quelque pouvoir dans le monde de l’édition en dirigeant une collection philosophique aux éditions du Seuil, puis chez Fayard, lui permettant d’offrir des débouchés à certains de ses épigones.

La philosophie à des fins politiques

Mais c’est à partir de 2007 qu’il acquiert une véritable notoriété avec la publication de « De quoi Sarkozy est-il le nom ? ». L’ouvrage, s’il comporte une partie critique sur le président de la République, est surtout une réflexion sur le communisme, poursuivie depuis, comme dans un monologue, par ces derniers ouvrages : « L’Hypothèse communiste », « Le Réveil de l’histoire » (éditions Lignes) et dernièrement « La République de Platon » (éditions Fayard). Badiou reprend un classique de la propagande : répéter à satiété une idée jusqu’à ce qu’elle finisse par prendre. Du même coup, Badiou, relativement marginal et marginalisé, devient une vedette de l’espace médiatique et intellectuel. La majorité des médias ouvrent leur colonne à ses propos et nombre d’intellectuels se sentent obligés de débattre ou de lui répondre.

Certains anciens proches de Badiou rompent avec ce qu’ils appellent désormais une secte (1). Des philosophes montrent comment il utilise la philosophie à des fins politiques et non selon les principes élémentaires que doit respecter un philosophe (2). La théorie de Badiou sur le communisme est relativement simple : elle s’appuie sur un raisonnement d’une logique mathématique. Son hypothèse: les échecs du communisme ne réfutent en rien le communisme. L’idée communiste demeure juste, au sens mathématique du terme. Les expériences historiques ne sont que des tests. Les erreurs et les crimes n’invalident pas la théorie. L’hypothèse communiste doit un jour s’avérer vraie et prendre forme. Cette explication est répétée cycliquement dans l’ensemble des ouvrages publiés.

Un soutien gêné

En dehors de quelques anciens militants des groupes maoïstes et de ses étudiants en philosophie, peu de militants dans la gauche radicale se réclament de l’intégralité de la pensée de Badiou. Ils semblent gênés par sa posture, qui assume et revendique l’héritage de Mao. En effet, Badiou continue de soutenir « la justesse politique » des mouvements Khmers rouges tout comme la ligne politique définie par Mao (3). Procédant par omission, la gauche radicale préfère publier des interviews lui demandant d’expliquer sa pensée (legrandsoir.info). Les analyses critiques portent sur la définition et le rôle du stalinisme, et surtout sur l’abandon de la notion de parti (npa2009.org, regards.fr et contretemps.eu) reprenant le schéma de la révolution culturelle. Badiou fait reposer ses espoirs révolutionnaires sur la notion de mouvements sociaux organisés par une minorité éclairée. Globalement, la gauche radicale finit par soutenir Badiou, puisqu’il est attaqué par des ennemis communs. Enfin, elle reste d’accord sur le terme et la finalité du communisme (monde-diplomatique.fr ou politis.fr ou npa2009.org)

Sylvain Boulouque, historien, décrypteur de la gauche radicale pour « Le Nouvel Observateur »

3) DOCUMENT: « KAMPUCHEA VAINCRA ! » Tribune libre par Alain Badiou, publiée par le journal « Le Monde » du 17/1/79.

Kampuchea vaincra ! par ALAIN BADIOU

L’INVASION du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens avec chars et aviation de bombardement ; l’installation à Phnom-Penh de  » dirigeants  » tirés des bagages de l’envahisseur : prendre position sur ces faits engage, à notre avis, des questions essentielles.

A supposer que l’inertie l’emporte, qu’aucun courant d’opinion mondial ne se lève dans le scandale et dans l’action, un pas décisif serait fait vers la violation sans détour du droit des peuples à exister, du droit des nations à voir leurs frontières garanties et leur sécurité internationale reconnue. Aller régler les problèmes politiques du voisin à grands coups de division blindées serait désormais chose normale.

Dans ce climat d’acceptation du gangstérisme international, c’est la généralisation de la guerre qui deviendrait inévitable.

L’acquiescement, ou même la seule protestation réticente, devant cet acte de barbarie militariste franc et ouvert, reproduirait la logique munichoise, qui croit différer le péril sur soi en livrant et trahissant les autres, Autrichiens ou Tchèques hier, Khmers aujourd’hui.

Il est tout aussi vital et moralement clair de se lever contre l’actuelle invasion, qu’il l’était de condamner sans détour l’agression américaine de 1970. Les procédés sont les mêmes, aviation et division blindées contre un petit peuple démuni. Les objectifs sont les mêmes : Installer dans les villes un pouvoir à la botte de l’étranger. Les résultats seront les mêmes : la guerre populaire de résistance nationale.

D’obscures affaires de sauvages…

Qu’à l’arrière-plan on trouve cette fois les ambitions impériales de la superpuissance soviétique, dont le Vietnam est client. Indique seulement la rapidité des changements de conjoncture, et qui, désormais, entend jouer les premiers rôles dans la gendarmerie contre-révolutionnaire mondiale. Ce qui justifie le rappel du précèdent tchècolosvaque, dont du reste, avec un cynisme sans égal, les Vietnamiens se réclament ouvertement. A dix ans d’écart, c’est bien le même processus qui se déploie et s’aggrave.

Ce qui semble paralyser certains devant l’évidence du devoir, c’est la vaste campagne menée depuis trois ans contre le  » goulag  » cambodgien.

En soi déjà, l’argument est curieux, il revient en somme à dire que puisque les Khmers se sont tant tués entre eux, leur massacre par les chars vietnamiens doit nous laisser froids ! On ne saurait mieux dire que vus de loin, et en Asie, la question nationale, le respect des frontières, l’absolue ignominie qu’est une invasion massive perpétrée de sang-froid ne sont qu’obscures affaires de sauvages.

Contre les deux superpuissances

Sur le fond, nous constatons ceci : pour mieux  » expliquer  » la violence du processus révolutionnaire au Cambodge, les censeurs dénoncent à qui mieux mieux l’ » hyper-nationalisme sectaire « . le  » refus de l’aide étrangère « , le  » chauvinisme « , dont auraient fait preuve Pol Pot et ses camarades Khmers rouges. On déguise à peine, dans ces propos, qu’il est outrecuidant pour un pays de taille modeste de prétendre échapper à l’allégeance, à la soumission, à l’inclusion dans une aire d’hégémonie.

Il est très vrai qu’en se dressant à la fois contre les Américains et contre les Soviétiques, et en ne cédant rien au voisin puissant qui voulait coûte que coûte les mettre en tutelle, les révolutionnaires cambodgiens ont, les premiers, ouvert la voie à la question de l’indépendance nationale telle qu’elle se pose aujourd’hui : refus de plier devant les hégémonismes, lutte simultanée contre les deux superpuissances.

Outre les tensions accumulées dans les siècles par l’absolue misère du paysan khmer, la simple volonté de compter sur ses propres forces et de n’être vassalisé par personne éclaire bien des aspects, y compris en ce qui concerne la mise à l’ordre du jour de la terreur, de la révolution cambodgienne. Ce n’est pas justifier toutes choses que de remarquer qu’à la lumière du  » Blitzkrieg  » des envahisseurs vietnamiens, l’évacuation préalable de villes prend un tout autre aspect. D’autres mesures étonnantes, comme l’abolition des échanges monétaires et le passage accéléré au collectivisme n’ont du reste pas d’autre précédent, fût-il très éloigné, que le communisme de guerre dans l’U.R.S.S. des années 18-20. Le bilan de tout cela est à nos propres yeux une question ouverte, et de première importance.

Une troisième guerre de libération

Cependant, il n’est en réalité demandé à personne de prendre position sur ce point. Il n’est pas même demandé d’examiner en conscience à qui sert finalement la formidable campagne anticambodgienne de ces trois dernières années, et si elle n’a pas son principe de réalité dans la tentative en cours de  » solution finale « .

Une seule chose compte : se lever contre l’agresseur, et assurer, dans les faits, le peuple cambodgien de notre soutien dans la guerre prolongée de libération -la troisième – à laquelle il se trouve aujourd’hui acculé (source)



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7 réponses à “De quoi Alain Badiou est-il le nom ? (au rayon crevures impénitentes)”

  • 7
    Gérard Pierre:

    Il avait raison! …… c’était des trafiquant de devise !

    A la devise de Cuba [Patria o muerte, venceremos] … signifiant « La patrie ou la mort, nous vaincrons » … ils lui substituèrent  » La Liberté et la Vie, nous flotterons « 

  • 6
    Galahad:

    Remarquez, il y a Chomsky, qui n’est pas mal non plus dans l’abjection.

    Dans la même catégorie (sinistrement) comique, on a Garcia-Marquez traitant les boat-people cubains de « trafiquants de devises ».

  • 5
    Gérard Pierre:

    Une petite touche de gaité dans ce monde de ‘’dérangés‘’ :

    http://www.jesuismdr.com/un-bon-rire-contagieux.html

    …… et sur ce bonne nuit à toutes et à tous.

  • 4
    Gérard Pierre:

    Où est Pêche ?

    J’espère qu’il ne lui est rien arrivé de fâcheux !

  • 3
    DrStef:

    Les ecrits restent. Lien vers la tribune a poster sur Le Monde a la prochaine « apparition » de ce sinistre personnage.

  • 2
    Gérard Pierre:

    Il semblait difficile, dans une telle compile, de ne pas évoquer ce faussaire de l’Histoire nommé Pierre-Vidal Naquet, …… ce prétendu historien qui avait construit sa grille de lecture des « évènements » d’Algérie, mais n’entendait surtout pas l’appliquer à ceux d’Indochine ! ……

    Que voulez-vous ? …… quand on est marxiste, il y a des ‘’vérités sacrées‘’ auxquelles il ne faut surtout pas toucher !

  • 1
    Letel:

    Merci pour cette compile qui met les choses au point. Comment est-ce que la France peut collectionner un tel nombre de crapules, c’est incroyable. Remarquez, il y a Chomsky, qui n’est pas mal non plus dans l’abjection.




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