Posté le Lundi 16 janvier 2012 par sil
La campagne électorale donne du poids aux propositions simplistes quand elles ne sont pas simplement démagogiques. Il en est ainsi du slogan « acheter français » qui semble faire écho à la nécessité de réindustrialiser la France. Quoi de plus simple, en effet, pour y parvenir que de convaincre les résidents d’acheter les produits de leur propre pays. C’est, en outre, davantage acceptable politiquement que de prôner d’entrée de jeu le retour au protectionnisme. L’emploi devrait y gagner en même temps que la balance du commerce extérieur. Mais voilà , l’économie n’est pas une arithmétique sociale.
Peut-on vraiment définir ce que signifie « acheter français » ? Est-ce acheter les produits d’entreprises françaises ? Ou bien n’est-ce pas plutôt acheter des produits fabriqués en France par une entreprise étrangère au lieu d’acheter des produits fabriqués à l’étranger par des entreprises françaises. On le voit bien, à cette seule observation, que ce n’est pas si facile de détecter le « made in France ». D’autant que les biens finals fabriqués sur le territoire national peuvent incorporer des biens intermédiaires fabriqués à l’étranger. Faut-il alors s’interdire d’acheter des biens intermédiaires dans des pays à bas salaires alors qu’ils permettent de produire des biens finals à meilleur coût et de mieux les exporter ? Ceux qui en arriveraient à le penser ne devraient plus donner l’industrie allemande en exemple. Appartient-il, alors, au consommateur ou au gouvernement de déterminer ceux des produits ou des segments de production qui ont le plus de contenu en emplois des résidents ? Certainement pas, car ni l’un ni l’autre ne disposent de l’information nécessaire. Ce choix revient aux entreprises qui restent les moins mal placées pour déceler la combinaison productive la plus efficace, d’autant que celles qui réussissent à mieux organiser leur production en la segmentant à l’échelle internationale pourraient bien être aussi celles qui créeront le plus d’emplois et le plus de valeur ajoutée sur le segment maintenu dans leur pays d’origine.
Certes, nous pouvons toujours imaginer des consommateurs nationaux à se sacrifier dans un élan de patriotisme économique. Les sondages ne nous disent-ils pas que plus des deux tiers des ménages seraient prêts à débourser plus pour acheter des produits français ? Outre que l’on peut douter du passage à l’acte, il faut surtout se garder d’ignorer le coût d’opportunité d’un tel choix. Acheter plus cher certains produits réduit mécaniquement le pouvoir d’achat des consommateurs. D’autres biens et services ne seront pas achetés ou le seront à moindre prix à l’étranger. Le bilan pour l’emploi est, pour le moins incertain.
Ce même effort de patriotisme économique, s’il devait se concrétiser, constituerait une forme d’attachement de la clientèle à certains types de produits, en l’occurrence désignés par leur nationalité, qui aurait pour effet de réduire l’intensité de la concurrence. Il pourrait conduire les entreprises concernées à s’exonérer des efforts nécessaires pour améliorer leur compétitivité-prix ou hors-prix. Pourquoi, en effet, devraient-elles investir dans des investissements coûteux aux retours incertains alors qu’elles auraient une clientèle captive ? Il y a fort à parier qu’elles ne le feront pas ou peu. L’économie nationale pourrait alors se trouver enfermée dans une trappe à faible niveau technologique et faible croissance aux conséquences évidemment dommageables pour l’emploi à moyen et long terme. Qui plus est, si la substitution devait principalement s’opérer avec des produits en provenance de pays européens plutôt que de pays émergents, il faut s’attendre, par un effet de rétorsion, à un recul concomitant des exportations dans les mêmes branches d’activité, les français achetant moins de voitures allemandes, les allemands pourraient acheter moins de voitures françaises. Une fois encore, le bilan pour l’emploi est incertain.(pour en savoir plus…)





