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« Un verdict révoltant » par Xavier Raufer

Posté le Dimanche 4 septembre 2011 par sil

Le verdict est tombé début juillet. On le craignait révoltant. Il le fut. Voici les faits. En avril 2005, une fugueuse de 14 ans s’égare vers une cité hors contrôle de Carpentras. Happée par une meute, elle est, au long du mois d’avril, violée dans des caves ou des hôtels par environ 30 individus de 16 à 22 ans ; exhibée, filmée par les brutes, elle est même, au long d’une route, prostituée aux automobilistes de passage.

La malheureuse parle de « cauchemar ». Ces faits sont d’autant plus graves que la réitération des crimes et la préméditation y sont flagrants. Le lecteur doit ici savoir ce qu’encourt tout condamné pour “viols en réunion sur mineure de 15 ans”, “séquestration”, “corruption de mineure” et “proxénétisme aggravé” : pour un mineur, de 10 à 15 ans de prison, le double pour un adulte.

Des arrestations adviennent enfin quand la gamine s’échappe. Finalement, un procès se tient en juin dernier, à Avignon, devant la cour d’assises des mineurs du Vaucluse. Or, pour qui a encore les yeux ouverts, la lecture des articles consacrés à ce procès par le quotidien régional la Provence suscite d’abord l’incrédulité puis un dégoût toujours plus vif et enfin, même, un sentiment d’horreur.

Car ce qu’on expose au procès, c’est la Guerre des boutons ou une histoire de boy-scouts – et pas le massacre d’une jeune fille tel qu’évoqué ci-dessus.

Le psy, d’abord, caricature de gauchiste en chemise à fleurs. Les violeurs ? Ils ont vécu ce passage à l’acte « comme un rite initiatique », s’inscrivant « dans un désir d’appartenance au groupe ». Des jeunes certes « intolérants à la frustration » mais, hélas, pas « armés pour anticiper la relation avec cette jeune fille » : ils n’ont donc pas « perçu la contrainte situationnelle » – par groupes de dix dans une cave, à la lueur des téléphones portables : on goûtera l’artistique minimalisme du qualificatif.

Quant à la jeune fille – là, on se surprend à serrer les poings –, le psy insinue qu’elle a pu, durant son calvaire, « ressentir une forme de plaisir affectif ». Mais demain ? interroge quand même un juge. Tout est au mieux, assure le psy, les violeurs « ne présentant aucun risque de récidive ». Dix lignes plus bas, on lit cependant que, lors du procès, deux des principaux prévenus sont « détenus pour une autre cause ».

Surprenante, ensuite, l’attitude du quotidien, qui, passé le rappel des faits, édulcore constamment. Jusqu’à, par exemple, titrer sur ce qui a bien pu se passer « dans la tête de ces enfants terribles ». Pour mémoire, les Enfants terribles, film onirique et précieux écrit par Jean Cocteau sorti en 1950, ressemble autant au viol collectif de Carpentras qu’une matinée enfantine au carnage de Verdun.

À la fin, le verdict. Il est « mesuré », se réjouit le quotidien. De façon entortillée, on apprend qu’une poignée des mis en cause passera peut-être deux à trois ans en prison, mais encore pas sûr, vu le savant mélange du sursis et des peines de prison ferme.

À ce point du récit, un commentaire du criminologue – mais surtout, un grave constat. Le commentaire : ce procès pue fortement la trouille et l’intimidation.(Pour en savoir plus c’est dans Valeurs Actuelles…)



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4 réponses à “« Un verdict révoltant » par Xavier Raufer”

  • 4
    sil:

    En parlant de ça, la conclusion de l’article de Raufer vaudrait presque un post à elle toute seule…

  • 3
    sil:

    Je ne sais pas si c’est beau, mais perso j’aurais tendance à juger du degré de civilisation d’une société à la possibilité qu’ont les femmes de sortir à l’heure qu’elle veulent, habillées comme elles veulent, sans se faire agresser.

    Ça me rappelle d’ailleurs une impression au Japon. Dans cet univers où tout me paraissait étonnement familier, une chose me surprit un soir, à Tokyo du côté de Nakameguro. Je marche dans une ruelle sombre. En avançant je finis par me retrouver à la hauteur d’une jeune femme légèrement vêtue (il a fait très chaud en aout 2010 à Tokyo). Là, en bon Parisien, habitué au langage corporel des Parisiennes mal à l’aise le soir venu quand un individu de sexe masculin s’approche trop de sa zone de sécurité, je me déporte sur le côté, suffisamment pour qu’elle ne puisse pas se sentir inquiétée dans cette pénombre urbaine par une présence masculine. En me déportant et en passant à coté d’elle, je me rends compte soudain, qu’aucun élément de langage corporel ne suggère la crainte ou une quelconque appréhension. Cette expérience et d’autres (à Kyoto ou Hiroshima) me portent à croire que la Japonaise n’est vraiment pas habituée à se faire emmerder par des lascars dans les rues. Un élément du degré de civilisation japonaise, parmi d’autres…

  • 2
    Galahad:

    Beaucoup de bons esprits jugent le degré de civilisation d’une société à l’indulgence des peines prononcées par sa justice.

    On aimerait pouvoir se dire que ce ne sont que des exemples isolés d’une justice défaillante, mais les cas semblent se multiplier.

    Ce cas d’outre-Manche m’avait semblé assez révoltant aussi.

  • 1
    Mateamargo:

    A vomir…Quelle société de merde !