Le regain de pratique de l’islam s’inscrit dans une démarche d’affirmation identitaire : L’IFOP a produit une analyse sur l’évolution de l’Islam en France qui montre que les musulmans sont plus pratiquants qu’il y a 20 ans, notamment les plus jeunes. L’image du chef de l’Etat reste négative dans ces populations, malgré le Conseil français du culte musulman et une conception plus ouverte de la laïcité.
Atlantico : Une étude de l’IFOP publiée ce lundi dans La Croix démontre une hausse continue de la pratique du culte musulman en France depuis 1989, et notamment chez les jeunes qui se rendent de plus en plus à la Mosquée. Comment interpréter, comment expliquer cette tendance ?
Jérôme Fourquet : Il s’agit d’une compilation de sondages réalisés ces dernières années qui nous offre aujourd’hui un panorama global et détaillé sur la population française d’origine musulmane.
Deux phénomènes permettent de parler d’un regain de religiosité : d’une part, l’assiduité à la prière du vendredi à la Mosquée qui a progressé de manière significative en 20 ans (même si la pratique reste minoritaire) ; et d’autre part, l’observance du jeûne du ramadan qui rassemble 71 % de la population qui se définit comme étant « d’origine musulmane ». Le ramadan constitue un signal plus signicatif et plus fort car il est très largement répandu, et a progressé de 10 points sur les 15 dernières années.
Plusieurs causes peuvent expliquer cette tendance, qui n’est d’ailleurs pas uniquement observable en France en ce qui concerne les communautés musulmanes issues de l’immigration. Il existe d’abord un cycle d’intérêt nouveau. On peut aussi penser à une certaine forme d’affirmation identitaire face au modèle dominant, et d’insatisfaction face au modèle d’intégration proposé, ou encore une volonté de s’affirmer en marquant sa différence. Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’assiduité à la prière du vendredi a d’abord et avant tout progressé chez les jeunes générations.
Atlantico : il ressort aussi de cette étude que la pratique des rites de l’Islam progresse cependant que celle du catholicisme continue de régresser…
Jérôme Fourquet : Tout à fait. Nous sommes face à une religion dominante en déclin et une religion minoritaire en croissance. Cela étant, si l’on considère le protestantisme, nous observons un afflux assez fort de croyants dans les églises évangélistes. Il y a là aussi un regain d’une forme de religiosité plus identitaire avec un lien plus strict aux textes et aux rites. (Pour en savoir plus c’est chez Atlantico…)