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Absurde démondialisation : « parce que commerce et développement sont les deux faces d’une même réalité »

Posté le Mercredi 29 juin 2011 par sil

Par Zaki Laïdi pour Le Monde

Une récente étude a confirmé une fois de plus l’exceptionnelle impopularité auprès de l’opinion publique française de l’ouverture des marchés. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’appel à relever les droits de douane se trouve massivement plébiscité par l’opinion. Il n’est pas non plus étonnant que le thème provocateur de la démondialisation prenne comme un feu de brousse. Cette thèse va bien au-delà des thèses de la régulation de la mondialisation, puisqu’elle envisage une forme de déconnexion par rapport à l’économie mondiale au travers de la réduction des échanges commerciaux et l’autocentrage économique.

Pour vivre heureux, vivons cachés ! Comment expliquer une telle méfiance de l’opinion vis-à-vis de l’ouverture des marchés ? Pourquoi, néanmoins, la démondialisation est-elle une idée absurde qui n’a de surcroît aucune chance de voir le jour ? Comment, néanmoins, répondre politiquement aux problèmes sociaux que pose l’intensification de la globalisation.

Il faut tout d’abord admettre que la défiance vis-à-vis du libre-échange n’est absolument pas spécifiquement française. Il y a un an, une étude américaine rappelait que 70 % des Américains considéraient que les accords de libre-échange signés par les Etats-Unis avaient été dommageables à l’emploi et que 60 % de ces mêmes Américains étaient favorables à des restrictions commerciales.

En réalité, aujourd’hui, dans la plupart des pays occidentaux, la préférence pour le libre-échange est extrêmement faible, contrastant avec sa singulière expansion dans les pays en développement, pour qui commerce et développement ne sont que les deux faces d’une même réalité. Comment donc expliquer cette défiance ? Trois facteurs jouent. Le premier résulte du fait que les avantages indiscutables de la libéralisation des échanges sont lents et diffus, tandis que ses coûts sont immédiats et visibles.

Personne ne s’extasie de la baisse des prix des produits de consommation courante qui découlent pourtant de la mondialisation. En revanche, tout le monde est spontanément porté à incriminer la mondialisation lorsqu’une usine ferme ses portes au prétexte qu’elle ne peut plus supporter la concurrence étrangère.

La seconde raison tient au fait que l’ouverture des marchés n’est pas socialement neutre. Elle crée des gagnants et des perdants. Les gagnants, ce sont évidemment les consommateurs, c’est-à-dire nous tous, ainsi que les personnes qualifiées travaillant sur des créneaux spécialisés, tandis que les perdants sont souvent les travailleurs non qualifiés des secteurs à faible valeur ajoutée faisant appel à une forte main-d’oeuvre substituable.

Or autant il est facile d’accepter l’idée que les pays développés doivent abandonner les créneaux à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur les créneaux à forte valeur ajoutée, autant il est difficile d’organiser cette transition. On peut penser à la reconversion et à la requalification. Mais, pour les personnes peu qualifiées et âgées, une telle démarche paraît souvent très difficile, ce qui explique d’ailleurs pourquoi la plupart des programmes de compensation existant aux Etats-Unis depuis 1962 ou en Europe depuis le milieu des années 2000 n’ont pas produit de résultats très convaincants.

La troisième explication à cette méfiance réside dans le fait que, au sein même des gagnants, la répartition des gains de la mondialisation demeure très inégale. Les multinationales en profitent plus que les petites entreprises et les actionnaires bien davantage que les salariés. Mais pourquoi, en dépit de tous ces éléments, la libéralisation des échanges s’intensifie-t-elle ? D’abord, parce que, plus le commerce mondial se développe, plus la croissance mondiale s’intensifie. Ce fait historique est attesté et personne ne le conteste.

Mais il y a une autre explication, encore plus concrète. La réalité du commerce mondial est en effet très éloignée de l’idée que l’on s’en fait. Tout le monde s’imagine que le commerce s’effectue entre des Etats, alors qu’en réalité il s’effectue d’abord et avant tout entre des entreprises et leurs filiales. Il n’y a pratiquement plus de produits fabriqués dans un pays et achetés dans un autre.

Lorsqu’on dit par exemple que la Chine exporte pour 2 milliards de dollars (1,39 milliard d’euros) d’iPhone vers les Etats-Unis et que ses exportations accroissent le déficit américain, il faut savoir que, sur ces 2 milliards, 4 % seulement reviennent aux Chinois, alors que 96 % de la valeur ajoutée du produit va dans des pays aussi différents que l’Allemagne, le Japon, la Corée et bien entendu les Etats-Unis. Le produit est exporté de Chine, mais, en réalité, il est fabriqué à travers le monde ! Ce qui signifie bien évidemment que la notion de déficit commercial devient aujourd’hui difficile à cerner, compte tenu de la dispersion planétaire de la chaîne de valeur.

Cette réalité a deux conséquences. La première est qu’elle rend de plus en plus difficiles, voire quasi impossibles, des mesures de protection dans un secteur, car, en protégeant un secteur, on en pénalise forcément un autre. Prenons un exemple : lorsque les Américains ont voulu pénaliser les importations d’acier européen pour protéger leur sidérurgie malade, ils ont immédiatement provoqué la colère des industriels de l’automobile, qui ont vu le prix de l’acier augmenter et brandi la menace de licenciement dans ce secteur. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, quand des députés appellent à acheter Airbus plutôt que Boeing, ils croient qu’Airbus est intégralement fabriqué en Europe et Boeing intégralement fabriqué en Amérique.

Mais, en réalité, 50 % de la valeur ajoutée d’Airbus et de Boeing proviennent de sous-traitants qui se situent à travers le monde. Ce qui veut dire que beaucoup de sous-traitants français profitent de la fabrication de Boeing, tandis que beaucoup de sous-traitants américains profitent de la fabrication d’Airbus ! En achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen. Ce seul exemple démontre l’absurdité de la thèse de la démondialisation, car elle s’appuie sur un schéma commercial qui prévalait au XXe siècle, mais plus au XXIe siècle. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a rien à faire ? Certainement pas.

Il y a aujourd’hui deux grands sujets de régulation importants. La régulation financière et la régulation environnementale. Sur la régulation financière, les progrès sont ambigus et limités, malgré l’ampleur de la crise financière. A travers l’affaire grecque, on voit d’ailleurs que certains Etats, dont la France, continuent à vouloir protéger les banques, ce qui montre à quel point nous continuons à vivre dans une économie où les gains financiers sont privatisés, mais où les pertes sont socialisées. Nous payons pour les fautes des banques. L’autre grande question concerne la prise en compte de la protection de l’environnement dans les échanges commerciaux. Pour avancer sur cette voie, la taxation aux frontières est parfaitement contre-productive, car elle est très difficile à mettre en oeuvre et peut conduire très facilement à des mesures de rétorsion.

En revanche, la mise en place d’une taxe carbone s’appliquant indifféremment aux produits nationaux et aux produits importés a l’avantage de pénaliser ceux qui ne font pas d’efforts en matière d’environnement sans pour autant créer de discrimination entre nationaux et étrangers. La démondialisation, c’est la thèse de la préférence nationale appliquée à l’économie. Elle est économiquement inefficace et politiquement effrayante.

Par Zaki Laïdi, directeur de recherche à Sciences Po (Centre d’études européennes), pour Le Monde.

sil @ 16:49
Catégorie(s): Mondialisation etPolitiques économiques


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26 réponses à “Absurde démondialisation : « parce que commerce et développement sont les deux faces d’une même réalité »”

  • 26
    michael:

    Sil , un message de Letel injustement  » modere » C’est pas les Jumeaux Jonn , tout de meme

  • 25
    sphax:

    Accords Serbie/Kosovo

  • 24
    Letel:

    OK, pardon, mal compris, on est d’accord alors :)

  • 23
    sphax:

    Mon propos était ironique, quoique réaliste puisque il n’y aurai vraiment plus personne à tuer dans les Balkans si SM était resté au pouvoir.
    Par contre bien évidement que sans l’Otan il serait encore là.

    Ps : Excusez le « i » majuscule après la virgule, il était involontaire.

  • 22
    Letel:

    En 1999, sans l’intervention de l’OTAN, la guerre continuait, et Milosevic avait toutes les chances de rester au pouvoir. C’est cette intervention qui a établi la paix, et permis un an après le début de démocratisation en Serbie.

  • 21
    Sphax:

    si on avait suivi Marianne en 1999, hostile à l’intervention de l’OTAN, et les crétins du genre Husson, la guerre se poursuivait et les nationalistes serbes restaient au pouvoir en continuant leurs exactions au Kosovo

    Non, Il n’y aurai plus grand monde a tuer en ce moment. Sur un registre plus « local » ils versent dans le gauchisme le plus crétin : dans un article sur la Belgique, ils parlent du fait que l’on fasse la différence là bas entre les « vieux Belges » et les « Nouveaux belges », à savoir les musulmans, comme d’une grande avancée sociale alors que cette bande de crétins hurlaient comme quoi Sarko créait deux catégories de citoyens.

    Dire qu’il fut un temps j’ai dépensé des sous pour m’acheter ce canard.

  • 20
    Letel:

    sur les dictatures

  • 19
    Letel:

    En fait ce qui est pathétique, c’est que ces types de Marianne sont incapables de dire : Bon, ben voilà, OK, on s’est gouré sur cette affaire, on a pris une position erronée, en réalité l’intervention du Kosovo a ramené la paix et la démocratie dans cette région à feu et à sang depuis dix ans. Maintenant, grâce à elle, ça va à l’évidence beaucoup mieux dans les Balkans (ex. l’intégration dans l’UE, la paix, le tourisme et le développement de ces pays, après dix ans de tueries). On a eu tout faux.
    Ils sont incapables d’un tel Mea Culpa, et vont rechercher encore des justifications balourdes et stupides, totalement démenties par l’évolution des faits, comme cet article de Husson. Au lieu de tirer un trait et de reconnaître un tort, ils s’accrochent à l’erreur.
    Le Monde diplomatique, c’est pareil, tous ses choix ont été erronés, il a soutenu les pires dictatures, contre les pays qui se développaient et se démocratisaient, condamné aussi l’intervention de l’OTAN au Kososo en 1999 ça va sans dire, il continue à soutenir les Castro et Chavez. Jamais un Mea Culpa, toujours aussi arrogant dans l’erreur et les choix de régimes massacreurs et affameurs. Et le Monde diplo, c’est ATTAC, tout pareil, mêmes bonnes intentions à la mords moi le noeud qui débouchent sur des les dictatures et l’appauvrissement.

  • 18
    Letel:

    sur « l’ingérance (sic) occidentale dans le remodelage des Balkans ».
    Un guillemet en trop, désolé.

  • 17
    Letel:

    L’article de Husson dans Marianne, sur « l’ingérance (sic) occidentale dans le « remodelage des Balkans ». Ingérence avisée oui, la Croatie rentre dans l’UE et les Croates vont très bien, merci, et sont très contents de leur indépendance. Quant à la Serbie démocratique, elle rentra aussi dans les prochaines années, c’est dans la nature des choses.
    La connerie souverainiste est sans limites.

  • 16
    Letel:

    reprend, sorry

  • 15
    Letel:

    Comme on pouvait s’y attendre, le souverainiste Husson est aussi un serbomaniaque, je veux dire un amateur des nationalistes serbes, et Marianne repend son vieux thème pro-nationalistes serbes, affiché pendant la guerre du Kosovo en 1999.
    On note au passage le niveau du torchon :
    le dernier acte d’un jeu d’ingérance des puissances occidentales dans le remodelage des Balkans
    Apparemment personne ne leur a expliqué, depuis la parution de l’article en 2008 que le mot ingérence ne s’écrivait pas comme ça… Hallucinant cette presse de caniveau.
    Et pendant ce temps-là, dix ans de paix depuis l’intervention permettent que les pays des Balkans rentrent dans l’UE, alors que si on avait suivi Marianne en 1999, hostile à l’intervention de l’OTAN, et les crétins du genre Husson, la guerre se poursuivait et les nationalistes serbes restaient au pouvoir en continuant leurs exactions au Kosovo.

  • 14
    Letel:

    Lamy est un socialiste libéral, un libéral social, il suffit de voir les réactions de haine et de rejet dans les commentaires de l’article, gauchistes, altermondialistes ou souverainistes, pour voir qu’il a tout à fait raison, on pourrait le considérer comme un eXcentriste. Par ailleurs, l’OMC est aussi la cible des altermondialistes, et vouloir que l’OMC fasse des miracles est absurde, c’est une grosse machine avec dans les 150 pays, et elle tente de préserver l’essentiel, la liberté des échanges.

  • 13
    Letel:

    « Comme beaucoup de chantres du libre-échange, Monsieur Lamy pratique un amalgame absurde entre l’autarcie nazie et le protectionnisme. [...] Ou bien Monsieur Lamy veut-il confondre Roosevelt et Mussolini, Churchill et Hitler ? »

    On se demande qui pratique l’amalgame… Comme si Lamy faisait quelque part cette équivalence. Les souverainistes ont tous les culots, employer un amalgame grossier et attribuer cette pratique à l’autre, hallucinant…

  • 12
    Letel:

    « les Etats-Unis et l’Europe pouvaient pratiquer le libre-échange qui est une très bonne chose lorsqu’il existe entre pays de développement équivalent. »

    Exemple d’affirmation stupide que seul un historien non économiste peut écrire. Et le gars ose citer Smith à l’appui, on rêve. Husson n’a strictement rien compris au principe de l’avantage comparatif. Le libre-échange « entre pays de développement équivalent » est une stupidité rare, c’est justement parce que les pays n’ont pas les mêmes niveaux de développement que le commerce est mutuellement avantageux. Et c’est aussi par l’échange que nombre de pays pauvres sont sortis de la misère de masse. Un tissu d’imbécillités.

  • 11
    Letel:

    L’article de Marianne est particulièrement stupide, comme on peut d’ailleurs s’y attendre de la part de ce torchon, Edouard Husson est un historien, mais pas un économiste. Et les historiens qui veulent faire de l’histoire économique sans connaître l’économie donnent le plus souvent des résultats catastrophiques. Son couplet pro-protectionnisme est une aberration et sa présentation de la crise de 29 est complètement biaisée, le gars n’a strictement rien compris, et il donne des leçons ! La réaction protectionniste généralisée a été effectivement un facteur majeur de la dépression, nier ça est une imbécillité. Et on note au passage le couplet sur les « élites mondialistes », ça pue, comme Chevènement et ses « élites mondialisées ». On se croirait effectivement dans les années 1930 avec « les ploutocrates apatrides ».

  • 10
    Letel:

    Lamy est un socialiste libéral, un libéral social, il suffit de voir les réactions de haine et de rejet dans les commentaires, gauchistes, altermondialistes ou souverainistes de l’article, pour voir qu’il a tout à fait raison, on pourrait le considérer comme un eXcentriste. Par ailleurs, l’OMC est aussi la cible des altermondialistes, et vouloir que l’OMC fasse des miracles est absurde, c’est une grosse machine avec dans les 150 pays, et elle tente de préserver l’essentiel, la liberté des échanges.

  • 9
    Pêche:

    Dans le registre des Lamy sornettes : La Grèce ne met pas en danger la zone euro, assure Lamy
    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jYvgsZ2qig6tDMdczgkz0uakyaig?docId=CNG.3b42e931459d2a71a775028869cc7774.2f1

  • 8
    Pêche:

    Maître Sil, j’ai besoin que vous abaissiez la barrière… ;)

  • 7
    Pêche:

    Après c »est Zaki qui, l’y a dit, L’ami Pascal :) Bravo Letel !

    Lamy tout seul c’est déjà souvent gratiné comme langue de bois, mais interrogé par Faujas, nous avons des sommets…

    En perle « Des réponses aux perturbations douloureuses que vivent les populations occidentales sont nécessaires, mais en utilisant d’autres formes de protection que le protectionnisme qui ne protège pas. Il faut une régulation qui maîtrise les forces en présence. Ce n’est pas la mondialisation qui fait problème, mais l’insuffisance de garde-fous. » !

    Si l’OMC sous la houlette de Pascal Lamy avait été efficace cela se saurait. Nous exportons nos socialistes dans les organisations internationales… pauvre monde et pauvres de nous…

    Comme le disait l’historien Bernard Husson « Il nous manque un Molière ou un Flaubert pour dénoncer le galimatias des Diafoirus qui peuplent les hautes fonctions et la bêtise de tant de déclarations d’experts.  »
    http://www.marianne2.fr/Pascal-Lamy-c-est-Monsieur-Prudhomme-en-plus-dangereux_a87658.html

    cet article de Marianne est à relire attentivement, d’urgence.

  • 6
    Letel:

    L’ami Pascal s’y met.

  • 5
    Pêche:

    Pour Montebourg et sa récupération des myriades gauchistes, j’avais oublié la lutte contre le CO2, et surtout bien sûr les apôtres de la décroissance…

  • 4
    Pêche:

    Exact Letel exact, raccourci erroné.

  • 3
    Letel:

    > au « développement du sous-développement » selon Samir Amin

    André Gunder Frank plutôt. Samir Amin partage ces idées, mais il est l’auteur d’un autre concept, tout aussi stupide, la déconnexion, titre d’un de ses livres.

  • 2
    Pêche:

    Oui la démondialisation est absurde. Ceci étant, il faut aussi arrêter de tout mélanger MLP et Arnaud Montebourg ou encore Dupont Aignan, Marie-France Garaud etc.

    A tout seigneur tout honneur, une intervention récente de Marie-France Garaud
    http://www.dailymotion.com/video/xj7xvj_marie-france-garaud-l-euro-c-est-un-deutshemark_news

    Je n’écoute que rarement NDA mais le caricaturer en dupont gnagnan est absurde.
    Besancenot démasqué, Dupont-Aignan Europe et Mondialisation
    http://www.youtube.com/watch?v=27VTpWLwGaE

    Nicolas Dupont-Aignan – Sur la mondialisation et l’oligarchie qui la manipule
    http://nicolasdu35.skyrock.com/2935225895-Nicolas-Dupont-Aignan-Sur-la-mondialisation-et-l-oligarchie-qui-la.html

    Bon et puis le coeur du tour de passe passe de ceux qui veulent faire semblant de croire que MLP et Arnaud Montebourg sont sur la même ligne au sujet de la mondialisation alors qu’il n’y a rien à voir !

    Arnaud Montebourg, en recherche de visibilité politique, parle de démondialistion, dans la grande veine des :
    * »Gardarem Lou Larzac » (slogan répété pendant près de dix ans par 103 brebis Lacaunes qui allèrent jusqu’à monter, point d’orgue de leur mouvement, défiler à Paris et se réunir sous la Tour Eiffel à grand renfort de tracteurs et autres bergers. Leur lutte, en 1981, visait à empêcher que soit étendu un camp militaire (il devait passer de 3000 à 17000 ha).

    * théories de l’industrie industrialisante (théories portées en fanfare par les économistes marxistes grenoblois du temps de la mixité triomphante et prophètes en Algérie post coloniale ; cela lui a bien réussi… résultat des courses, destruction de l’agriculture et développement industriel quasiment inexistant au regard des ressources du pays), économistes opposants virulents au « développement du sous-développement » selon Samir Amin, marxiste égyptien pour qui sous-développement naît de la domination volontaire qu’exercent les pays développés capitalistes, ceux-ci organisant les échanges internationaux à leur profit. Les produits manufacturés vendus par les pays riches aux pays dominés sont très chers alors que les produits ou matières premières exportés par les pays pauvres sont bon marché du fait du coût du travail très faible prévalant dans ces pays. Dès lors, les richesses des pays en développement (Périphérie) sont pillées par les pays développés (Centre) et les écarts entre ces pays se creusent. C’est pourquoi, on assiste au « développement du sous-développement » et à la polarisation de l’économie mondiale autour des pays du Centre développé.(là aussi cela a très bien réussi à son pays et le développement asiatique n’existe pas)

    * en surfant sur le phénomène locavore (mouvement prônant la consommation de nourriture produite au plus près de son domicile, et par extension en évitant toute importation ou limitant tout déplacement de marchandise, dans une idéologie soixante-huitarde de survie et d’installation à la campagne, lui-même petit-fils des mouvements les plus caricaturaux »Vivre et travailler au pays ». [par ailleurs, le retour à la campagne peut être une solution transitoire de survie pour les plus pauvres en période de crise]

    Donc Montebourg, avec sa démondialisation, s’inscrit dans la droite ligne de l’histoire gauchiste et récupère en passant une partie de l’idéologie verte. Il ne peut qu’être assez bien reçu par toute une partie de la population, mais finalement assez étroite parce que le peuple a du bon sens et qu’il sait bien qu’on ne peut pas faire rentrer le dentifrice dans le tube !

    Vouloir démondialiser,détricoter un phénomène historique n’a aucun sens. Je n’ai toujours pas lu son livre et c’est peut-être moins caricatural, mais le fait qu’il ait accepté/choisi ce titre disqualifie quand même pas mal l’auteur.

    Marine Le Pen se place dans une autre perspective, celle de la régulation de la mondialisation, non pas à un niveau mondial car c’est impossible (qui trop embrasse mal étreint) mais à un niveau national (relire l’excellent ouvrage de Régis Debray Eloge des frontières).
    Le capitalisme est à l’opposé de la loi de la jungle et de la loi du plus fort (je veux, je prends ; cette régression terrible des « banlieues » actuellement). Il ne s’est développé qu’avec un Etat de droit. Le capitalisme est d’autant plus efficace en matière de création de richesses, qu’il existe un Etat régalien fort, mais certainement pas envahissant et confondant tous les rôles. La logique de MLP de jouer sur un protectionnisme raisonné avec des écluses aux frontières, pour les années qui viennent, et non ad vitam aeternam, en fonction des circonstances et pour permettre l’adaptation à ces circonstances, me paraît la seule position vraiment capitaliste ou disons plus clairement de nature « entrepreneuriale ».

  • 1
    Pêche:

    Et que voilà que j’enfile des truismes ! Ce politologue ferait mieux d’étudier pourquoi le concept de démondialisation a pu être proposé par Anaud Montebourg au lieu de se lancer dans des discussions de café du commerce, mais en l’affichant dans le Monde…

    Exemple, la taxe carbone qui ne créerait pas de distorsion entre nationaux et étrangers !!! Il vit sur quelle planète ? Manifestement déjà, il n’a pas lu Letel et ne sait pas que les processus de production sont infiniment découpés, deuxio il ne connaît manifestement pas les divers scandales qui ont entaché les diverses bourses carbone (en voilà une jolie bulle ! créer un marché sur du vent, il faut dire aussi que c’était risqué et bien naïf que de croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et il n’y a pas de compétition économique…)

    Par ailleurs, il confond tout
    - internationalisation, processus conduisant à l’intensification des échanges de toute nature entre États nationaux définis en référence à un territoire. Une économie internationale lie des marché nationaux territorialement circonscrits à travers des flux transfrontières de capitaux, de marchandises, de personnes et d’informations.
    - mondialisation, processus d’intégration conduisant au dépérissement du rôle géopolitique des frontières des Etats-nationaux. La mondialisation s’accompagne en quelque sorte d’une dénationalisation des espaces économiques laissant la place à un espace mondial intégré. Cette dénationalisation n’étant pas spontanée mais organisée, la mondialisation s’accompagne de projets plus ou moins achevés de régulation à l’échelle mondiale des activités.
    - globalisation, universalisation de l’économie d’entreprise prenant appui sur la globalisation financière, c’est-à-dire la constitution d’un marché mondial des capitaux. Processus largement inintentionnel, la globalisation de l’activité d’entreprise soulève la question de l’émergence de formes de régulation publiques et privées adaptées.

    Naïf aussi quand il semble s’étonner « En réalité, aujourd’hui, dans la plupart des pays occidentaux, la préférence pour le libre-échange est extrêmement faible, contrastant avec sa singulière expansion dans les pays en développement, pour qui commerce et développement ne sont que les deux faces d’une même réalité. » : et oui c’est comme l’infrastructure créatrice de développement, cela ne fonctionne que pour des pays immatures… de sur-croît il assène ses certitudes sans expliciter ce qu’il entend par libre-échange… et comme le disait Vautrin sur le fil « euro », ou Gérard Pierre sur un autre fil, il y a de nombreux pays qui commercent avec bien davantage de mesures protectionnistes que nous et qui ne s’en portent pas plus mal au contraire !




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