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Libye : « Obama doublé par ses Amazones »

Posté le Mardi 29 mars 2011 par sil

Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, fut conseillère du gouvernement Clinton pour l’Afrique

A Washington, ce sont les femmes qui étaient les plus déterminées pour intervenir en Libye, souligne la célèbre chroniqueuse du New York Times Maureen Dowd, manifestement ravie de cette inversion des genres. 25.03.2011 par Maureen Dowd pour The New York Times dans Le Courrier International.

On les appelle les Amazones, les Dames faucons, les Walkyries, les Durgas [déesse hindoue]. Voir un groupe de fortes femmes descendre des nues pour arracher un président à ses sensibilités délicates et l’entraîner vers la guerre a quelque chose de positivement mythologique. Et comme il fallait s’y attendre, il se trouve toujours des types à la Maison-Blanche pour chercher à démentir ce scénario, de peur que l’on aille imaginer que ce n’est pas le président qui porte la culotte.

Il est trop tôt pour dire si les Walkyries seront finalement louées ou vouées aux gémonies pour la Libye. Mais cette inversion des genres en fascine plus d’un : ces messieurs rechignent — les généraux, le ministre de la Défense, les principaux conseillers masculins de la Maison-Blanche dans le domaine de la sécurité nationale — et se font balayer par les féroces guerrières qui entourent le président Obama et le poussent à être un homme face à ce dingue de Kadhafi.

Etrange de voir les diplomates en faucons et les militaires en colombes. “Les filles ont pris les garçons de front,” a déclaré Helene Cooper, correspondante du New York Times à la Maison-Blanche. L’animateur radio Rush Limbaugh a tourné en dérision le président et son club de “gars de gauche” : “Evidemment, les hommes étaient contre. Ce sont les nouveaux castrats. … Des mauviettes !”

Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU et ancienne conseillère du gouvernement Clinton pour l’Afrique, est hantée par le Rwanda. Samantha Power, membre de l’équipe de la sécurité nationale auteur d’un livre récompensé sur les génocides, a la Bosnie à l’esprit. Gayle Smith, autre spécialiste de la sécurité nationale, était conseillère du président Clinton pour l’Afrique après les massacres au Rwanda. Hillary Clinton, sceptique à l’origine, a prêté l’oreille aux autres femmes. Elle en a peut-être aussi parlé en privé avec Bill, dont les remords à propos du Rwanda l’ont sans douté amené à recommander d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye.

Etrange de voir Rush Limbaugh et Samantha Power dans le même camp. On est bien loin de la théorie féministe sur les relations internationales d’il y a vingt ans, qui se laissait aller à des stéréotypes voulant que l’agression soit “masculine” et la conciliation “féminine”. Loin aussi de l’époque d’Helen Caldicott, la pédiatre australienne adversaire du nucléaire, qui dénonçait les “connotations psychosexuelles” de la terminologie militaire. Dans son livre Missile envy [L’envie de missile], elle écrivait : “J’ai vu, il y a peu, un film sur le lancement d’un missile MX. Il s’élevait lentement au-dessus du sol, environné de flammes et de fumée, s’allongeant dans l’air — un spectacle franchement sexuel, et, armé de ses dix têtes, il explosera dans l’orgasme le plus puissant.”

Tout au long de l’histoire, des femmes ont brisé les stéréotypes, de Cléopâtre à Golda Meir à la “Dame de Fer” Margaret Thatcher, dont les détracteurs, à gauche, laissaient entendre qu’elle n’était pas vraiment une femme. Ambassadrice aux Nations unies, Madeleine Albright avait acculé Colin Powell au sujet d’une intervention dans les Balkans — “A quoi bon avoir cette magnifique armée dont vous nous parlez tout le temps si c’est pour ne pas s’en servir ?” lui avait-elle lancé — et l’ancienne secrétaire d’Etat Condoleezza Rice avait fait pression, aux côtés de George W. Bush et Dick Cheney, pour que l’on envahisse l’Irak.

Quand le président Obama a écouté ses muses militaires, il a donné du grain à moudre aux psys du dimanche. Comme me l’a écrit l’un d’entre eux : “Super, un président cérébral qui fait passer la passion et l’émotion (les droits de l’homme, Samantha, Hillary, Susan) avant la raison et la réflexion stratégique (Robert Gates, Tom Donilon [conseiler à la sécurité nationale de la Maison-Blanche]). C’est un schéma auquel l’ont poussé sa Maman et Michelle — les femmes ont le dernier mot ?”

L’entourage présidentiel s’en est pris vigoureusement à cette image des filles contre les garçons. Un haut responsable de la Maison-Blanche a envoyé un courriel à Mike Allen, le correspondant à la Maison-Blanche du site d’information Politico, affirmant que Samantha Power, Gayle Smith et Hillary Clinton n’avaient même pas assisté à la réunion au cours de laquelle le président avait pris la décision d’intervenir et avait demandé à Susan Rice d’obtenir le feu vert des Nations unies pour une zone d’exclusion aérienne. Peut-être avaient-ils déjà les nerfs à vif, alors que le président était en voyage avec ses filles à Rio où il assistait à des spectacles de percussions et que des parlementaires comme le sénateur démocrate James Webb et le sénateur républicain Richard Lugar l’accusaient d’avoir outrepassé ses prérogatives en Libye, tandis que le député démocrate Dennis Kucinich évoquait une destitution.

Quelle qu’en soit la raison, les gourous de la communication avaient tellement peur que le président soit vu comme un indécis traqué par les Furies qu’ils sont allés jusqu’à prétendre que trois d’entre elles ne se trouvaient même pas dans la pièce où LA décision avait été prise. Pendant ce temps, elles étaient à leur place. Où donc, à la cuisine ?

Aussi séduisante que soit cette fracture sexuelle, il est encore plus intéressant de considérer les parallèles entre Obama et W. [surnom de George W. Bush]. Au sujet de frappes éventuelles contre l’Iran, le candidat Obama avait déclaré : “Le président n’a pas le pouvoir, conformément à la Constitution, d’autoriser unilatéralement une attaque militaire dans une situation autre que la nécessité de mettre un terme à une menace réelle ou imminente pour la nation.” Or, les deux hommes ont délibérément déclenché des guerres en prenant des décisions plus marquées par l’impétuosité et l’impulsion que par la discipline et la rigueur.

Dénonçant les dix dernières années durant lesquelles les présidents ont lancé des opérations militaires comme en “pilotage automatique”, le sénateur Webb a déclaré à la télévison : “Il n’y a même pas eu de débat. … Ce n’est pas comme cela que notre système est censé fonctionner.”



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12 réponses à “Libye : « Obama doublé par ses Amazones »”

  • 12
    michael:

    On a bien fait remarquer que Obama a signe le Presidential Executive Order 3 semaines avant les frappes ! Ce qui est de bonne guerre et heureusement le signe d’une certaine coherence politique ( Obama se serait peut etre contente d’un autre Colonel Lybien moins accro aux anxiolytiques ) En tous cas si la mission est une mission d’information ( il y a peut etre un volet militaire : l’appui sol efficace demande parfois des designateurs lasers  » embedded  » dans des unites de reccomnaissance ( Voir les Delta en Irak ) Au minimum juger de la solidite du CNT et aussi s’apercevoir semble t’il que certains elements pas sympathiques qualifies peut etre abusivement de Al Qaeda sont venus faire des emplettes cash dans les entrepots militaires tombes aux mains des rebelles ( les mauvaises langues parlent de munitions chimiques et de materiel sol-air destines peut etre au Hamas ou autres petits lutins de la bande de Gaza .Revolutionner c’est bien mais il faut du cash et si on trouve des acheteurs pour du matos inutilisable ….Le client est toujours roi .

  • 11
    James:

    Reports: Obama secretly authorized CIA action in Libya, Al Qaeda may be looking to join rebels

  • 10
    James:

    Je consulte souvent Mead mais ses articles sont souvent trop longs pour un blog.

  • 9
    Letel:

    « “Vote for a Republican,” my grandfather used to say, “and you get a depression. Vote for a Democrat and you get a war.” That seemed like a pretty good rule of thumb in the twentieth century: Warren Harding and Herbert Hoover gave us depressions, and Woodrow Wilson, Franklin Roosevelt, Harry Truman and Jack Kennedy (with an assist from Lyndon Johnson) all gave us wars.

    Then came the twenty first century and all bets were off. George W. Bush gave us two wars and a depression; President Obama has already presided over two slack economic years and now seems bent on giving us his first war. »
    Walter Russell Mead, la suite

  • 8
    James:

    Rumsfeld on ‘kill team’ photos: ‘Much worse’ than Abu Ghraib

  • 7
    James:

    Michael, Sebastien Castellion semble avoir un bon « papier » cette semaine sur la MENA.

    En lisant une partie de son article, je me reposais la question du post de janvier dernier : Le pire est-il encore à venir ?

  • 6
    James:

    N’avez-vous jamais remarqué une chose, Michael ? Les thuriféraires d’Obama semblent l’avoir oublié ou nullement noté.

    Obama a été adulé par l’Europe et il semble qu’il le leur rend… plutôt mal. En effet, depuis son entrée en fonction Obama n’a jamais accordé d’interview à un média (TV ou écrit) français ou européen.

    Son prédécesseur (ainsi que Rumsfeld, Condi Rice, Powell, etc…) ouvrait assez facilement ses portes à la presse européenne et quand bien même celle-ci était méprisante.

    Du reste, ni Geithner, ni Biden, ni Hillary n’ont jugé utile d’avoir la même considération pour des médias européens qui les ont littéralement portés aux nues.

    C’est assez amusant, je dois dire…

  • 5
    michael:

    Pour Reagan ce n’etait pas pour des prunes qu’on l’appelait le Great Communicator ! decide ferme calme et avec l’elocution et le ton ad hoc
    Dans une certaine mesure Bush Jr marchait sur ses traces

  • 4
    michael:

    Une chose est ervidente ; Obama tient a minimiser son role et celui des USA dans les medias US D’un cote on apprend que le commandement OTAN mettra en oeuvre des AC130 Sceptre et des A10 d’attaque au sol US beaucoup plus efficaces que les frappes de Rafales Mirage et Tornados ( deja impressionnantes par elles memes ) et je ne serais pas etonne d’apprendre que des forces speciales de divers pays travaillent au sol pour faire de la recco et de la designation laser mais d’un autre cote Obama se presente comme un simple partenaire de la coalition laissant de larges forces US sous commandement OTAN (tout de meme pas ONU )On doit se poser de serieuses questions a Washington sur l’apres Khaddafi .

  • 3
    James:

    C’est ce que l’on appelle un Leadership

  • 2
    James:

    Libye : « Obama doublé par ses Amazones »

    Obama: Our first female president

  • 1
    James:

    Redefining « Tragic Tattoo »