Posté le Lundi 5 avril 2010 par sil
« Un mathématicien dénonce le «carbocentrisme» » par Marc Mennessier pour Le Figaro
Benoît Rittaud met en garde contre l’émergence de la «climatomancie», «ce nouvel art divinatoire qui vise à déduire du comportement humain l’avenir climatique de la Terre dans l’idée de prescrire à chacun des actes de pénitence (quotas, taxe carbone…)».
Pendant longtemps, Benoît Rittaud a pensé, à l’instar de beaucoup de gens, que le réchauffement climatique était dû aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, comme le gaz carbonique (ou CO2). Jusqu’au jour où il entreprend de se plonger dans la littérature scientifique sur laquelle s’appuie cette théorie «carbocentriste» majoritairement approuvée par la communauté scientifique. Et là , ce jeune mathématicien, maître de conférences à l’université Paris-XIII, tombe des nues : «J’ai vite compris qu’il y avait anguille sous roche : trop d’affirmations et de certitudes, mélange entre science et morale, agressivité inouïe envers les contradicteurs. Tout cela m’a fait rapidement douter», confie-t-il au Figaro. Au point qu’il décide d’y consacrer un livre, Le Mythe climatique *, dans lequel il débusque les «erreurs» du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Et surtout sa difficulté à les reconnaître…
«Les carbocentristes n’arrêtent pas de dire qu’ils ont des tas d’arguments à faire valoir. Mais à chaque fois qu’on leur démontre qu’ils se trompent, parfois sur des points cruciaux, ils les minimisent au lieu de s’interroger et d’en tirer toutes les conséquences», explique-t-il.
C’est notamment le cas avec la fameuse courbe de Mann «en crosse de hockey» censée démontrer que la température globale a anormalement augmenté au cours des cinquante dernières années. Et qui a subrepticement disparu du dernier rapport du Giec… Autre exemple fameux : les carottes de glace en Antarctique. Selon l’auteur, leur étude montre que si un lien de causalité existe entre température et gaz carbonique, alors c’est la température qui est la cause de la hausse du CO2 et non la conséquence. Soit l’inverse de ce qu’affirment les carbocentristes !
Terminologie «trompeuse»
Mais ce n’est pas tout. Lorsque ces derniers affirment qu’il y a au moins 90 % de chances pour que l’homme soit à l’origine de dérèglements du climat, Benoît Rittaud leur reproche d’utiliser une terminologie «très trompeuse» en laissant croire qu’ils ont fait un calcul de probabilités, alors qu’il n’en est rien. «C’est juste l’expression d’un avis général qui ne repose sur aucun fondement mathématique», assène-t-il en qualifiant le Giec «d’ovni scientifique». On n’a jamais vu, dans l’histoire des sciences une entité politico-scientifique aussi influente. À chaque fois que l’on mélange la politique, qui est censée promouvoir le «bien», avec la science, qui est là pour rechercher le «vrai», on aboutit à des impasses.
Passionné d’épistémiologie, l’auteur met en garde contre l’émergence de la «climatomancie», «ce nouvel art divinatoire qui vise à déduire du comportement humain l’avenir climatique de la Terre dans l’idée de prescrire à chacun des actes de pénitence (quotas, taxe carbone…)». À ne pas confondre toutefois avec le carbocentrisme. Si ce dernier est une science fausse, une théorie erronée dont l’auteur voit dans la crise actuelle les prémices de l’effondrement, la première est une fausse science qui est à la climatologie ce que l’astrologie est à l’astronomie. À savoir une démarche consistant à instrumentaliser un objet scientifique (le climat, le ciel…) pour dire des choses sur nous-mêmes et prédire notre avenir individuel ou collectif. Le tout avec le renfort de l’ordinateur, grâce auquel «les rêveries les plus folles disposent désormais d’un immense terrain de jeu». À lire absolument.
* «Le Mythe climatique», Seuil, 2010.
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11 réponses à “Â« La climatomancie, une science qui est à la climatologie ce que l’astrologie est à l’astronomie »”
10 déc 10 à 23:21
Morales asks to save Kyoto Protocol, create global climate court
9 déc 10 à 15:39
9 déc 10 à 04:32
en France, oui.
9 déc 10 à 04:14
J’aime bien la partie « On y découvre avec stupeur que les mêmes think-tanks, les mêmes personnalités scientifiques ont Å“uvré ….(pour) promouvoir le programme d’armes spatiales de Ronald Reagan (passé à la postérité sous le nom de «guerre des étoiles») »
Et elle dit ça sur le ton de l’accusation, comme si ce génial coup de poker réaganien n’avait pas été l’un des principaux éléments provoquant la faillite de l’URSS et la libération des peuples sous son emprise…
On constate actuellement que la dite GDE est loin d’être tirée par les cheveux d’un point de vue technique. Qu’elle va être la seule façon de faire face aux attaques des états « voyous » possédant et arme nucléaires et des missiles pour les balancer.
Le soviétisme serait-il un poulet sans tête dont la course ne s’arrêtera jamais?
8 déc 10 à 14:06
Comme disait Pascal Bruckner, pas d’affolement, c’est normal, le réchauffement nous refroidit.
J’ai tout compris, c’est-parce-que-le-gulf-stream-n’est-plus-alimenté-à -cause-du-réchauffement-qu’on-est-refroidi-ici.
Ah non, c’est parce qu’on confond climat et météo, comme chaque année…
8 déc 10 à 13:53
Les comiques nous annonçaient la fin de la neige, voir le début de cet échange, c’est à hurler de rire. Quels clowns.
8 déc 10 à 13:25
La dernière fois que sarah ture avait baragouiné un truc, c’était de son propre cru au moins.
Apparemment là elle à troqué ce qui lui restait de neurone contre un cerveau de shadock qui suffit pour le copier coller.
8 déc 10 à 07:09
« Il existe plusieurs façons de comprendre et d’analyser le courant de pensée qui remet en cause le changement climatique et son origine anthropique. On peut y voir l’effet du productivisme et du consumérisme, aveugles aux conséquences de la croissance économique sur la nature. On peut y voir une forme de populisme égoïste. Ce sont les interprétations les plus courantes. Elles font du climato-scepticisme un problème circonscrit à l’écologie: la remise en cause de la croyance que les actions humaines menacent la nature.
Mais on peut aussi s’apercevoir que le champ de bataille est en réalité bien plus vaste, que l’enjeu dépasse l’horizon environnemental. Qu’à travers les modèles des climatologues, c’est la science elle-même qui est visée. Et qu’attaquer les politiques de réduction des gaz à effet de serre n’est qu’un moyen parmi d’autres de faire le procès de la régulation et de l’intervention de l’Etat. Le climato-scepticisme prend alors toute sa mesure: celle d’un petit maillon, aujourd’hui vivace, d’une longue, longue chaîne de lobbying du doute, né dans les années 1950, dans l’industrie du tabac, pour préserver les ventes de cigarettes menacées par les premières alertes médicales sur les liens entre cancer et tabagisme.
C’est ce que révèle un livre essentiel paru en mai dernier aux Etats-Unis, Marchands de doute (Merchants of Doubt, Bloosmbury press, non traduit encore en français). Enquête historique vertigineuse conduite pendant cinq ans par deux historiens des sciences, Erik Conway et Naomi Oreskes, l’ouvrage retrace la généalogie des stratégies de communication qui s’acharnent aujourd’hui à jeter le discrédit sur le Giec et la climatologie.
On y découvre avec stupeur que les mêmes think-tanks, les mêmes personnalités scientifiques ont Å“uvré pour nier les dangers du tabac pour la santé, promouvoir le programme d’armes spatiales de Ronald Reagan (passé à la postérité sous le nom de «guerre des étoiles»), minimiser les risques des pluies acides, démentir l’existence d’un trou dans la couche d’ozone dans les années 1980, et nier aujourd’hui les réalités du réchauffement de la planète.
Ce sont les think-tanks qui irriguent d’idées la droite américaine depuis une ou plusieurs décennies : George C. Marshall Institute, Cato Institute, American Enterprise Institute, Heritage Foundation, Competitive Enterprise Institute, Heartland foundation. Ce sont aussi de grands scientifiques, dont beaucoup ont participé au programme nucléaire américain de la seconde moitié du XXe siècle : Fred Singer, Frederick Seitz, William Nierenberg, Richard Lindzen… ils ont leurs entrées à Washington, conseillent des présidents, et ont dirigé de prestigieuses institutions académiques.
Qu’ont-ils en commun ? Ils entretiennent à dessein le doute, en alimentant des controverses faussement scientifiques, à coup de publication de rapports payés par des groupes industriels ou les fondations qu’ils financent. Lancent des campagnes de dénigrement contre des chercheurs de premier plan qui ne partagent pas leurs points de vue : l’astronome Carl Sagan dans les années 1980, ciblé pour son opposition à la militarisation de l’espace, l’agence américaine de protection de l’environnement, la biologiste Rachel Carson, auteur de Printemps silencieux, livre qui ouvrit les yeux de l’Amérique aux dangers du DDT et des pesticides dans les années 1960…
Le génie de leur stratégie de communication repose sur l’instrumentalisation de la notion de «doute». Tous les chercheurs l’affirment : pas de bonne science sans mise en question de leurs hypothèses. Mais le doute raisonnable s’arrête là où naît le consensus d’une communauté scientifique sur l’état des connaissances sur un sujet. C’est ce à quoi sert le principe du «peer review», la relecture critique des publications des uns et des autres par leurs pairs. Or c’est ce subtil équilibre que font exploser les «marchands de doute», pour leur profit personnel ou celui de leurs idéaux.
Pour les industriels du tabac, des hydrocarbures ou des métaux, le doute devient «un produit» aussi important que les biens qu’ils manufacturent. C’est l’assurance de pouvoir continuer à écouler leur production. Pour les scientifiques impliqués dans ces campagnes anti-science, c’est autre chose qui se joue, expliquent Conway et Oreskes : la poursuite d’une bataille idéologique. Contre l’Etat, le spectre du socialisme (les écologistes sont traités de «pastèques» : verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur), pour le libre marché au nom de la défense de la liberté. Et c’est ainsi que de grands chercheurs en viennent à enfourcher la cause du relativisme et du révisionnisme.
C’est dire si cette histoire américaine éclaire la situation française, marquée elle aussi par le fourvoiement de certains grands scientifiques sur le climat ou l’amiante. Elle permet ainsi de remettre en perspective le «cas» Claude Allègre, trajectoire finalement pas si originale que cela. La dimension planétaire du scandale du «climategate», l’année dernière, fruit d’une campagne de dénigrement sans précédent du Giec, rend la lecture du livre de Conway et Oreskes indispensable : question mondiale par excellence, le climat oblige les «marchands de doute» à sortir de leur périmètre américain pour ferrailler sur la scène internationale.
Comment un tel détournement de la science au profit de quelques-uns a-t-il été possible ?
Naomi Oreskes, co-auteure du livre, lors d’un passage éclair à Paris pour un colloque tenu à Sciences-po sur le thème «Controverses climatiques : science et politique» :
QT : Le climato-scepticisme est-il devenu un business ?
Naomi Oreskes. Oui, je crois. Pour les scientifiques concernés, cela a commencé comme un projet idéologique pour sauver le monde libre. C’était la continuation de leur travail de physiciens pendant la guerre froide. Mais au fil du temps, c’est devenu une industrie. A l’origine de toute cette histoire, on trouve les fabricants de tabac dans les années 1950. En 1953, sort un rapport du Sloan-Kettering Institute à New York. Des chercheurs ont peint la peau de souris avec du goudron de cigarettes, et les animaux ont attrapé le cancer. Pour la première fois, on établit un lien de cause à effet entre le tabac et le cancer.
Cette découverte est très médiatisée. Les plus hauts cadres de l’industrie du tabac convoquent alors une réunion de crise au Plazza, un hôtel chic de New York : ils y invitent un as de la communication, John Hill, qui conçoit pour eux une stratégie très explicite. Il leur dit qu’ils ne peuvent pas se contenter de faire la publicité de leurs produits, et qu’ils vont devoir remettre en cause la science qui prétend que leurs produits sont dangereux. C’est une stratégie à long terme, très intelligente, qui comprend les fragilités de la science.
Qt : Vous révélez les liens entre cette stratégie des industriels du tabac, les partisans de la guerre des étoiles et les climato-sceptiques aujourd’hui. Qu’est-ce qui les relie ?
Ce sont des liens conceptuels et personnels. La personne clef de cette histoire est Frederick Seitz. En 1979, il travaille pour l’industrie du tabac, qui a compris que pour que ces campagnes de doute soient crédibles, elles devaient utiliser des chercheurs de renom. Seitz est une fabuleuse prise de guerre pour eux : il a présidé l’Académie des sciences américaine, la plus haute instance scientifique du pays. Il s’implique ensuite dans le débat sur «la guerre des étoiles». Pour la plupart des chercheurs à l’époque, c’est une très mauvaise idée : cette stratégie militaire paraît irréaliste, infaisable, dangereuse, très coûteuse.
Mais Seitz fait comme Allègre aujourd’hui. Il contredit les résultats de plusieurs milliers de ces collègues chercheurs. Il envoie des communiqués de presse aux médias, organise des ateliers pour les journalistes, menace de poursuivre les médias en justice quand ils ne lui accordent pas autant de temps de parole qu’à ses adversaires. Et ça marche. Lui et ses compagnons de lobbying fabriquent un débat qui n’existait pas avant eux. Ils s’en prennent à l’astronome Carl Sagan qu’ils détestent. Ils sèment les graines de ce qui va devenir une vaste campagne anti-science les années suivantes.
Tout cela se passe dans les années 1980. Les partisans de la guerre des étoiles expliquent que l’URSS est très puissante, très dangereuse et menace les Etats-Unis. Cette paranoïa de la guerre froide est délirante. En 1984 – cette date est incroyable, tellement orwellienne –, ils créent le George Marshall Institute, pour mener ces activités pro-guerre spatiale. Toutes ces prophéties d’apocalypse s’effondrent en 1989 quand chute le mur de Berlin. Mais leur paranoïa est toujours là . Et elle se trouve un nouvel objet : les défenseurs de l’environnement. Le Marshall Institute est devenu l’une des sources principales de désinformation sur le changement climatique depuis trente ans. Encore aujourd’hui ils recyclent les vieux arguments de l’industrie du charbon.
Qt : Pourquoi l’environnement ?
Parce que, pour eux, les écologistes sont des socialistes déguisés. Ils les traitent de «pastèques» : verts à l’extérieur mais rouges à l’intérieur… Ils croient que les environnementalistes ont un agenda caché, et Å“uvrent en secret pour l’établissement d’un gouvernement mondial et l’extension de l’Etat. Pour défendre leur conception de la liberté, ils attaquent la science. Ils pensent que la fin justifie les moyens.
Qt : Quel est le moteur de ces scientifiques «sceptiques» ?
C’est compliqué. D’abord, ils interviennent sur un champ scientifique qui n’est pas le leur. Ils sortent du cadre habituel de la recherche pour créer leur propre petite cour de récréation. Ensuite, ce sont des chercheurs qui ont très bien réussi. Des hommes, plutôt âgés, qui sont en proximité avec le pouvoir. Ils ont l’oreille de personnes extrêmement puissantes, comme Allègre en France. Or, Bill Nierenberg, le fondateur du Marshall Institute, vient d’une famille très pauvre du Bronx. Il se retrouve à conseiller le président des Etats-Unis. C’est une success story impressionnante. Je crois que, dans son cas, il a été emporté par le sens de sa propre importance.
S’ajoute enfin une vision idéologique, qui est capitale pour comprendre ce qui s’est passé. Ces chercheurs «sceptiques» partagent un anti-communisme virulent. Ils pensent qu’ils ont aidé le monde libre à gagner la guerre froide. Ils nomment leur institut «Marshall» d’après le nom de l’auteur du plan Marshall pour reconstruire l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Et là , pas de chance pour ces hommes qui ont consacré leur vie à combattre l’ennemi communiste : le communisme disparaît et la science découvre l’existence des pluies acides, du trou dans la couche d’ozone, et du changement climatique. Arrivent les preuves scientifiques qu’il y a un problème très sérieux au sein du capitalisme. L’économie de marché crée des problèmes que le marché ne peut pas résoudre. La seule solution semble donc être… la réglementation par l’Etat. Ça les rend fous.
Tout cela a nourri une campagne de désinformation qui a des effets sur les gens. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, selon les derniers sondages, la majorité de la population pense que le changement climatique existe. Mais ils en ont une vision confuse : ils pensent que la cause en est le trou dans la couche d’ozone. Qu’il existe une controverse scientifique sur l’existence du réchauffement climatique. C’est exactement ce que voulaient les «marchands de doute».
6 déc 10 à 13:49
6 déc 10 à 13:44
1 déc 10 à 18:14
[...] table d’un café, près de gare du nord, il prend le temps d’expliquer son concept de climatomancie (qui peine à se [...]






