Posté le Lundi 22 février 2010 par jc durbant
Après Auschwitz, l’art doit-il nécessairement être anti-chrétien?
Au lendemain de la fermeture de la monumentale et quelque peu mégalo exposition Boltanski au Grand Palais (« Personnes ») …
Comment, inversant le titre d’un récent ouvrage de la directrice du Centre Pompidou et justement commissaire de l‘exposition et après les sempiternels « Piss Christ » qui nous sont imposés, ne pas se poser la question de l’anti-christianisme de cette surenchère et course à l’effroi que semble devenu, Auschwitz oblige, l’art contemporain?
Comment, dans cette monstrueuse usine de mort volontairement non chauffée au coeur de l’hiver et oppressé par un insupportable et incessant vacarme de battements de cœur amplifiés devant cette odieuse « mâchoire de Dieu » qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’excavatrice de Treblinka tentant d’ensevelir les traces des forfaits de ses mandants, ne pas entendre cette insidueuse condamnation de la Divinité qui a permis cela ?
Et ce, par un artiste qui, porté par l’inconsolable syndrome du survivant de nombre des enfants juifs de sa génération, semble par ailleurs véritablement possédé par ce si judéo-chrétien souci de la victime?
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6 réponses à “Exposition Boltanski: Le monde est atroce mais il y a bien pire c’est Dieu (Is contemporary art anti-Christian?)”
25 fév 10 à 00:56
Belle illustration en effet du non-totalitarisme de ladite divinité dont il est dit qu’elle « fait lever son soleil et pleuvoir sur les bons comme sur les méchants ».
Mais aussi d’une certaine futilité de quelques uns de nos artistes et de leurs adolescents et pompeux brûlages de rideaux …
Voir aussi:
« Il y a une tendance à faire des choses couteuses, prendre une boule en or véritable par exemple, construire la plus grande installation, le plus lourd… qui est mauvaise dans l’art contemporain. »
Christian Boltanski
« Parmi tous les vêtements étalés sous la verrière du Grand Palais, je n’ai pas repéré une seule petite culotte. Il devait pourtant bien y en avoir parmi tous les vêtements entassés dans les camps d’extermination. »
22 fév 10 à 18:36
Autrement DIT, il a eu pitié…
22 fév 10 à 18:28
Je rends tous les jours grâces à Dieu de vivre dans un monde où on peut blasphémer en paroles ou en images, un monde dans lequel on peut avoir de Dieu une vision d’enfer. Et à propos d’enfer, ma définition préférée est la suivante:
Dans sa bonté, Dieu a prévu un lieu pour ceux qui ne voudraient pas de sa présence et de son amour. Autrement, il a eu pitié de ceux qui ne pouvaient pas le souffrir, et les a dispensés d’avoir à subir sa présence rapprochée.
22 fév 10 à 13:17
« Je ne suis pas le premier à me demander ce qui resterait de l’art contemporain dégagé du verbiage pseudo-philosophique qui lui sert de cache-misère. »
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A une expo photos un couple contemple la photo de trois mineurs noirs dont seul celui du milieu a un penis tout rose . Le couple s’etonne mais un critique d’art present leur sert un laius ou il ressort que c’est une critique virulente et symboloque de l’esclavage du racisme et de la parabole de la repression sexuelle des minorites . Quand il s’arrete enfin in type se rapproche et se presente comme l’auteur du cliche :
« Ce sont en fait trois mineurs gallois avant la douche mais seul celui du milieu a pu faire un saut chez lui a la pause casse croute »
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Maintenant treve de blagues , je pense aussi que la « rationalisation » de l’Holocauste est un exercice vain !
Ayant cherche a comprendre et ayant rencontre dans ma vie plusieurs survivants des camps et des partisans a l’Est , ils m’ont tous dit ou envoye le meme message : » Il n’y a RIEN a comprendre. Ca a ete et rien ne le justifiant , il faut seulement s’en souvenir en son for interieur et reagir en etre humain . Un souvenir collectif mene a la « folie » … »
22 fév 10 à 11:45
Sans être tout-à-fait un béotien en la matière, je suis désespérément fermé comme une huître à l’art contemporain. Je veux bien qu’un empilement de hardes manipulées par un engin quelconque puisse évoquer ce que montre, avec davantage de spontanéité (et à moindres frais) n’importe quel campement de Roms. Je ne suis pas le premier à me demander ce qui resterait de l’art contemporain dégagé du verbiage pseudo-philosophique qui lui sert de cache-misère. Du reste, Boltanski n’a rien souffert des horreurs qu’il s’imagine montrer dans une mise en scène grotesque. Plus âgé, je crois savoir mieux que lui ce que c’est que d’avoir faim et froid et d’avoir peur. Les gens de la « Carlingue » et ceux de la Milice je les ai vus de près, pas lui. Est-ce qu’il suffit d’avoir eu un géniteur juif pour vous ouvrir plus que jamais les portes du monde culturel ou journalistique comme sous l’Occupation l’ausweis permettait de circuler ? Il semble bien que oui.
Cela dit, je ne vois pas ce qu’il y a de spécifiquement antichrétien dans « l’art et la manière » de Boltanski, mais j’y vois à coup sûr l’exploitation de cet inépuisable fond de commerce qu’est la Shoah pour nos intellos de la rive gauche, à commencer par Bernard Henri Lévy qui ne rate jamais la moindre occasion de se répandre en propos aussi vertueux qu’égotistes. Le dernier des Justes, c’est lui. Il faut le statufier avant que l’empailler. Le Panthéon plutôt que le musée Grévin.
On peut dire la même chose de la chaîne Arte (dont il fut administrateur) qui ne laisse jamais passer une semaine sans nous infliger quelque resucée de nazisme en noir et blanc, ses personnages obligés, ses foules de leveurs de pattes en extase… Une telle constance dans le « devoir de mémoire » devient suspecte à la longue. On peut y flairer comme une complaisance, voire une fascination pour le Mal absolu. Notre littérature classique offre maints exemples de ce genre de névrose obsessionnelle. Pour le téléspectateur, c’est juste fatiguant parce que répétitif. La Chaîne est beaucoup moins diserte sur les dévastations planétaires du communisme pendant trois-quarts de siècle.
Du reste l’antichristianisme se porte bien, aussi bien que l’antisémitisme sous le faux nez de l’antisionisme dont parle un autre billet de ce forum. Notre société déglinguée ne veut plus reconnaître les valeurs qui l’ont fondée voici 1000 ans. L’antichristianisme est protéiforme. Notre clergé gallican se croit futé de soutenir la construction de mosquées sur notre sol alors que les églises de nos villages menacent ruine. L’Église « œcuménique » – le bon pape Benoît doit se sentir bien seul – ne sait même plus défendre sa propre boutique. C’est dire que la Reconquista n’est pas pour demain. La France qui pense, écrit, bavarde, moralise et répand ses ukases comme d’autres les fatwas, cette France-là marche sur la tête.
L’« art » de Boltanski et de ses pairs est à l’image de cette société-là : plus c’est moche, plus c’est sale, plus ça pue, plus ça gueule, et plus c’est con et mieux c’est. Les bien charmantes Annette Gerlach et Marie Labory en font tous soirs la démonstration dans le magasine culturel. L’art, mais aussi les mœurs contre-nature, la vogue négrophile, l’ « islam des Lumières » – pur artefact intellectuel de cet arsouille de BHL qui croit, en bon agitateur mao qu’il fut autrefois, que le concept ou le slogan suffisent à transcender la réalité. On peut sans peine convaincre un public ignorant de son histoire qu’une religion qui « a connu sa Renaissance avant son Moyen âge » (Régis Debray) est compatible avec Rousseau et les Encyclopédistes. Nous vivons l’époque la plus dégradante, la plus vulgaire et peut-être aussi la plus inculte qui fut jamais.
22 fév 10 à 07:35
Morceaux choisis:
« Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. »
Jésus (Luc 3: 1-5)
« Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. »
Hans Jonas
« Christs, Vierges, Pietàs, Crucifixions, enfers, paradis, offrandes, chutes, dons, échanges: la vision chrétienne du monde semble revenir en force. Où? Dans le domaine de l’art le plus contemporain. (…) L’homme y est réinterprété comme corps incarné, faible, en échec. Cette religion insiste sur l’ordinaire et l’accessible, elle est hantée par la dérision, la mort et le deuil. Après une modernité désincarnée proposant ses icônes majestueuses, on en revient à une image incarnée, une image d’après la chute. En profondeur, il se dit là un renversement des modèles de l’art lui-même: A Prométhée succède Sisyphe ou mieux le Christ souffrant, un homme sans modèle, sans lien, inscrit dans une condition humaine à laquelle il ne peut échapper. »
Yves Michaud (4e de couverture, L’art contemporain est-il chrétien, Catherine Grenier)
« C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. »
Christian Boltanski
« Depuis quelques temps, je m’intéresse au doigt de Dieu, au hasard. Sous la nef s’élèvera une montagne de vêtements, haute d’environ dix mètres. Une grande pince au bout d’une grue prendra ces vêtements, les amènera jusqu’au ciel et les relâcher. Quand je marche dans une forêt, j’écrase sans le vouloir des fourmis à l’égard desquelles je ne nourris aucune animosité. Aujourd’hui je pense que Dieu, de la même manière, et indifférent. De temps en temps il écrase des choses en dessous de lui, mais sans désir de méchanceté. »
Christian Boltanski
« Vous savez ce qu’on dit : le Russe bat le Polonais, le Polonais bat le Juif, le Juif bat son chien. On bat toujours plus bas que soi. Cet homme pourrait être nous, ou ne pas l’être. Ou pas encore. C’est le pouvoir sur l’homme qui est terrible. La loi française avait interdit aux Juifs d’avoir un chat. Notre voisin, un homme extrêmement sympathique, est venu un jour : si votre chat continue à m’embêter, je vous dénonce. Il n’était pas mauvais, mais on lui avait donné ce pouvoir. »
Christian Boltanski
« Au musée, tout est sacré. Chez moi, il n’y a rien de sacré. Pour rouiller mes boîtes, je pissais dessus. Après, je les ai arrosées de Coca. Un conservateur pour une exposition les faisait installer avec des gants blancs. Cela n’a aucun sens!
Je ne cesse de penser au hasard, avec cette question, absurde, inexpliquée : pourquoi, moi, je suis encore vivant ? Et pourquoi mon voisin est-il mort ? Il n’y a aucune règle à tout ça, et cette chose m’obsède. Ma vie et mon oeuvre ont été très marqués par la Shoah – à ma naissance, en 1944, mes parents ont volontairement effacé leurs traces, et nous avons vécu dans un appartement parisien dissimulés sous le plancher de la maison -, et je crois que tous les survivants de la Shoah n’ont cessé de se poser la question: pourquoi j’ai survécu? »
Christian Boltanski
« Elle est bien là, la mort estampillée XXe siècle, la mort hitlérienne, celle des industriels et des scientifiques qui se regroupaient autour d’une table pour discuter des moyens de rendre leur industrie rentable : comment tuer, à moindre coût et sans trop salir, le plus de monde possible, prisonniers des camps amenés par trains entiers. Une première dans l’histoire de la guerre ; ici l’horreur n’est plus barbarie, mais annihile l’émotion pour laisser place à un esprit logique, au sens de l’organisation. »
Lorraine Alexandre
« Né dans une famille juive originaire de Russie, le père, médecin, s’est converti au christianisme. La mère, née dans une famille bourgeoise désargentée, atteinte de la polio à 22 ans, a abandonné ses études. La guerre survient et ses lois antijuives. Dans l’appartement du 7e arrondissement, une dispute éclate. Hurlements, claquements de porte. A la concierge, on explique que le père a abandonné le domicile familial. A Luc, 2 ans, que papa est parti. Le divorce est prononcé. A la Libération, l’enfant assiste « avec effroi » au retour du père. L’homme était caché dans un réduit, aménagé sous le plancher. « Il sortait la nuit, c’est même comme ça que j’ai été conçu », raconte Christian, né en 1944. »
Le Monde





