Posté le Mercredi 27 janvier 2010 par sil
Effets d’inventaire oblige, il y aurait beaucoup à médire sur Mitterrand et ses présidences. Cependant, plus je me centrise et mieux je comprends une remarque de Charles Pasqua. Alors qu’il présentait à la radio le premier tome de ses mémoires, et que le journaliste s’étonnait d’une certaine admiration qui transparaissait dans son livre pour François Mitterrand, Charles Pasqua répondit « Mitterrand, mais Mitterrand fut l’un des plus grands présidents de droite que ce pays a connu ». Oui, plus je me centrise et mieux je comprends aussi pourquoi mon François disait qu’après lui, « il n’y aurait plus de véritable président de la république », seulement des boutiquiers et autre marchands de tapis ou vendeurs de Rolex en toc.
Ce que tu peux me manquer mon François. Ton aura, ton intelligence, ton sens de la France, de l’histoire, de la république, de l’état, de la fonction publique.
Admettez qu’un « c’est une rime mais une rime pauvre » rétorqué à un « Mitterrand fous le camp » lancé par un gueux au salon de l’agriculture, est d’une tout autre tenue qu’un « casse toi pôv’con ».
Concédez que même la vie sexuelle de cet homo politicus était d’un autre niveau que celle des vulgaires queutards qui suivirent. Vie sexuelle ou plutôt vie affective car plus ça va et plus je suis persuadé qu’il a toujours été fidèle à ceux qu’il aimait. Je ne dis pas que jeune ministre, il n’ait pas profité de son pouvoir et de son charme pour cueillir toutes les jolies fleurs que Paris pouvait lui offrir. Je pense juste que pour posséder ce qu’il faut d’estime de soi, il a dû très vite en souper, et préférer s’amuser de ce jeu de dupes. Ce qui m’a fait croire cela furent trois choses, entre autres.
La starlette Amanda Lear aurait reçu, un soir, un appel du secrétariat de l’Elysée lui annonçant que le président Mitterrand souhaitait s’entretenir avec elle. Elle s’y serait rendu en s’attendant à goûter au vit présidentiel. Or après un bref entretien, le président Mitterrand lui donna congé, se délectant sans doute des ragots que cela générerait dans le si médiocre microcosme parisien. Le deuxième élément fut une photo où on pouvait voir la journaliste Michèle Cotta le lécher du regard pendant qu’il lui offrait un air détaché. Détaché comme devait l’être sa façon de dire aux greluches qui l’attendaient, paraît-il, à la sortie de certains meetings, « rentrez dans vos hôtels respectifs, j’appellerai l’une d’entre vous », ce qui lui permettait sans doute d’en appeler aucune tout en leur offrant le loisir de prétendre que chacune d’entre elles avait obtenu ses faveurs. « Trop puissant » me suis-je dit, tout en imaginant à quel point cette comédie liée au pouvoir devait l’amuser. Ce qui m’a fait penser qu’au vu de cela, sa famille ou ses familles devaient être tout pour lui, au point de chercher à les protéger toutes deux de toute cette comédie humaine. Épris à Paris et Constant à Clermont-Ferrand, était sans doute ainsi François Mitterrand.
Oui tout, absolument tout, même le plus vulgaire, était majestueux chez ce Monsieur, de quoi m’inciter à lui pardonner d’avoir servi l’état sous tous ses états, y compris, un bref moment, sous son côté obscur de la Force publique.
Observez la magnifique photo ci-dessus. Ne résume-t-elle pas si bien tout cela ? Elle fut prise en 1991 au cours de négociations visant à faire réintégrer la France dans l’OTAN. Voici notre François, malade, diminué, condamné, en compagnie du président d’une nation qui venait de gagner la guerre froide, un Bush père, fringant, élancé, portant si bien le costume.
Lequel des deux a l’air le plus majestueux ? Tout bonnement notre François Mitterrand.
Observez comme le fait de baisser les yeux sur un François qui regarde droit devant, la main posée paternellement sur le bras du président américain, donne un surcroît de majesté au président français, le fait paraître plus sage, plus puissant, bien supérieur. On croirait voir maître Yoda. On comprend mieux « la force tranquille » et son au revoir, proche de ce 8 janvier 1996 où il nous quitta, marqué par un « je crois aux Forces de l’esprit ». Oui, François, que ta Force soit avec nous…
SILuc Skywalker mitterrandien.
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10 réponses à “Je vous parle d’un Mitterrand que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (comme une envie de légendes dorées).”
30 jan 10 à 01:43
Chaque fois que j’ai rencontré un juif marocain, j’avais du mal à voir en lui sa judéité tellement nous étions profondément marocains. Nous parlions la même langue, partagions les mêmes références culturelles.
Musulman et juif, certes, mais avec cette histoire commune qui fait qu’encore aujourd’hui le Maroc est le seul pays à disposer de la plus grande communauté juive du monde arabo-musulman.
30 jan 10 à 01:39
Il faut noter ce fait que l’antisemitisme virulent en AFN pendant WWII fut le fait du colonat et des groupes qu’il manipulait parmi les musulmans
C’est juste et les archives de presse de l’époque – journaux arabes – parlent de façon éloquente en ce sens.
C’est aussi pour cette raison que le Maroc et la Tunisie ne furent pas du tout sensibles aux sirènes du nassérisme. L’Algérie entretenait des relations étroites avec l’Egypte et elle se faisait un devoir de propager la révolution socialiste en AFN. Elle fut assez logiquement l’avocate du nassérisme.
Bourguiba – et à juste titre – fut l’anti-Nasser par excellence. Il avait vécu en Egypte avant son retour de Tunisie. Il connaissait le mouvement des Officiers Libres.
Quant à la Ligue Arabe, Bourguiba n’a jamais compris le sens de cette organisation égyptienne dirigée par un egyptien.Il n’a jamais cru à la Ligue.
Assez paradoxalement, Bourguiba reste le moins connu en Europe et surtout en France.
30 jan 10 à 00:15
Et pour memoire si on parle des « Dahirs Juifs » on oublie que des 43 Mohammed V signe un troisieme Dahir qui abroge sans equivoques les deux precedents !
Voir un site de souvenirs individuels de Marocains de toutes origines mais principalement juifs
http://www.darnna.com/
29 jan 10 à 08:19
Mohammed V a effectivement fait le maximum pour mettre des bâtons dans les roues du résident vichyste Nogues . Il est vrai que son peu de pouvoir vis a vis du pouvoir colonial l’a finalement oblige a son corps défendant a signer le Dahir des Juifs mais l’ambassadeur US Murphy l’avait mis dans la confidence d’un débarquement imminent et il savait que sa signature ne signifiait plus rien . Il est donc passe avec raison dans l’histoire comme « celui qui a dit non » et c’est tout a son honneur comme ses actions ultérieures comme Sultan le prouveront. Quand a Nogues il venait de se faire « remonter les bretelles » par Darquier de Pellepoix venu en « inspection en AFN pour accélérer la déportation des Juifs . Peut être pensant a l’avenir ( savait il quelque chose des plans US ? ) il temporisa arguant que la déportation des Juifs ( ses services avaient achevé le recensement des biens et des personnes ) risquerait de désorganiser l’économie chérifienne ( nombre de Juifs assuraient la jonction entre le monde agricole marocain et les grossistes en grain ) Il argua également que les moyens logistiques ( bateaux ) manquaient et que la priorité était le repli des civils du Senegal en convoi ( ce convoi fut surpris a Casablanca le jour de Torch ) . Il faut noter ce fait que l’antisemitisme virulent en AFN pendant WWII fut le fait du colonat et des groupes qu’il manipulait parmi les musulmans . Les masses elles manifesteront plutot le mepris traditionnel de l’islam face aux Dhimmis mais cela ne se traduisait pas par des violences .
Quant a Bourguiba , somme par la Ligue Arabe de prendre des mesures discriminatoires contre les Juifs Tunisiens , il repondit : » En Tunisie , il n’y a pas de Juifs , seulement des Tunisiens « .
29 jan 10 à 06:00
C’est très juste, Michael. En effet, vous avez raison de rajouter Mohammed V. Autant pour moi.
Le nouveau roi, qui monta sur le trône en 1927, fut exactement à l’opposé de ce qu’attendaient les Français.
Ils voulaient un roi docile, ils trouvèrent en lui un nationaliste qui peu à peu s’imposa comme leader de la lutte pour l’indépendance, et en ce qui concerne les juifs, il fit systématiquement obstruction aux mesures racistes que le gouvernement de Vichy voulut imposer aux juifs du Maroc.
À chaque nouvelle loi vichyste, le souverain prenait, jusqu’à l’affrontement avec le Résident général, une défense farouche des juifs en ayant soin de rappeler à chaque fois que juifs et musulmans étaient également ses sujets et qu’il ne souffrirait aucune discrimination entre ses enfants.
28 jan 10 à 11:18
James je partage votre appreciation sur Hassan II et si vous parlez de Bourguiba ( sa senilite en fin de regne n’etant pas un critere ) rajoutons Mohammed V qui fut un grand sultan pour la cohesion du Maroc fraichement independant meme si il eut moins d’impact sur la scene internationale que son fils …
28 jan 10 à 00:50
Même réponse ici…
28 jan 10 à 00:23
140 $ US il me semble , James, ….
27 jan 10 à 22:49
Dans cette incroyable galerie de portraits politiques de ma génération, j’oserai presque mettre mon cher Hassan II. Probablement le plus illustre chef et le seul chef d’état arabe intelligent et maître tacticien parmi les autres médiocres chefs d’états arabes – à l’exception peut-être de Bourguiba – de ce siècle.
Mais ça, c’est une toute autre histoire…
27 jan 10 à 22:46
Quel plaisir de lire un tel billet. Je souscris également à chaque ligne. Ceux qui ont 20 ans ou moins ne peuvent pas comprendre, en effet. Et probablement certains eXcentristes non plus. Mais mes deux personnages politiques français préférés sont Talleyrand et ce cher « Tonton ».
« Pour moi, vous êtes Machiavel, Don Corleone, Casanova et le Petit Prince« , disait Giesbert à Mitterrand.
« Mitterrand, mais Mitterrand fut l’un des plus grands présidents de droite que ce pays a connu »
Et oui, même des gens de gauche aujourd’hui l’admettent.
Le document sur les années 80 que tu as avais présenté était édifiant à cet égard en nous montrant quelques moments de sa présidence. Plus encore le document sur Chirac de Rotman qui évoque les relations entre Chirac et François. Dans ce document, concernant la cohabitation, feu le gaulliste P. Seguin dira au sujet de 1986 :
« Ce n’est pas l’atmosphère qui m’a impressionné. Au bout d’un quart d’heure, si j’ose dire, l’affaire de la cohabitation était réglée. Il y en avait un qui dominait c’était Mitterrand et tous les autres qui étaient là à attendre que la foudre leur tombe sur la tête (rires).
C’est extraordinaire comme par sa personnalité, par son regard, par ce qu’il était, c’est vraiment admirable. Il était tout seul. On était 40 autour de lui et c’est nous qui nous nous sentions les intrus. Et lui, il était chez lui (rires).
Jean-Louis Bianco évoquera même la méprise que fera Chirac en remerciant Mitterrand et l’appelant par erreur “Mon Général”. (8 : 52)
Extrait vidéo (à partir de 07 : 28)
Est-il encore besoin d’évoquer ce combat d’anthologie que fut le débat Mitterrand/Chirac ? Magistral François :
- CHIRAC : « Mais est ce que vous pouvez dire, M. Mitterrand, en me regardant dans les yeux, que je vous ai dit que nous avions les preuves que Gordji était coupable de complicité ou d’action dans les actes précédents ; pouvez-vous contester cette version ? ».
- MITTERRAND : « Dans les yeux je la conteste ».
Le plus stupide fut certainement Chirac qui avait naïvement cru que Mitterrand allait lui dire la vérité en face.
Ou encore cette salve donnée par François à Chirac, alors que ce dernier vient de donner du « Monsieur Mitterrand« .
Ce qui fit dire à l’homme politique de droite, Jean-François Probst (15 : 27) :
« Quand on revoit cet épisode aujourd’hui. On se dit quand même ce François Mitterrand était unique, très très fort. »
C’est dire s’il fascine à droite.
A notre époque où beaucoup recherche des hommes politiques plus « people », il est intéressant de constater que durant cette décennie, ceux qui marquèrent l’histoire de leur pays furent précisément des hommes ou des femmes d’un âge plus ou moins avancé – Reagan, Mitterrand ou Thatcher – mais non moins charismatiques.
Certes, Reagan, de par la culture politique américaine, se différenciait de François du fait que les coups de Jarnac et les crocs-en-jambes en politique française sont des sports permanents au moins depuis Richelieu. Ronnie était un stratège d’un tout autre genre. Mais tous les deux savaient séduire sans s’attirer cette sidération bêlante de groupies qu’à connu pour un temps très bref l’actuelle baudruche en chef du bureau ovale.






