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Chine : La crise démographique

Posté le jeudi 14 janvier 2010 par James

L'Esprit des nations

Tout le monde semble célébrer aujourd’hui, en dépit du bon sens, l’essor inexorable de l’Empire du Milieu. Comme toujours, dés lors que la masse pense la même chose concernant des sujets aussi complexes, il serait tout aussi juste de dire qu’elle se trompe avec la même audace. Il y aurait beaucoup à dire sur la Chine de demain. Mais limitons-nous, dans l’immédiat, au délicat problème de la démographie, élément essentiel des forces vives d’une nation.

Deux articles pour cette entrée en matière : L’un de Valeurs Actuelles (indisponible en ligne) et l’autre de Arnaud de La Grange du Figaro.

Mais avant cela, il nous a semblé utile de reproduire quelques paragraphes de la très fameuse étude anthropologique de Laurent Murawiec, l’Esprit des Nations. Dans cet ouvrage, dont nous recommandons vivement la lecture, Laurent y examine l’histoire et les structures politiques de la Chine, du Japon, de l’Inde et de la Russie.

Son propos est de montrer que la politique extérieure de grandes nations situées hors de l’Occident est dictée par un « esprit », qui les habite depuis toujours. Les nations auraient, en quelque sorte, une âme, produit de leur histoire politique, de leurs structures sociales et bien évidemment, de leurs traditions religieuses et culturelles. Sa lecture est d’autant plus nécessaire que toutes les tendances de fonds que nous connaissons actuellement dans ces pays y furent annoncées avec une rare acuité.

L’ouvrage fut rédigé en 2000 et dans la partie concernant la Chine, voici ce que Laurent Murawiec écrivit :

Plus de dix après le massacre [de Tian Anmen], la Chine est en crise. La croissance a certes continué à un niveau élevé. Elle a accentué une série de problèmes économiques qui se posent en cascade : l’eau, la terre, la production agricole, l’énergie, l’environnement, la démographie, la sécurité sociale et les retraites, dont chacun à lui seul pose d’extraordinaires défis. La Chine du Nord-Est est en pénurie d’eau massive et chronique, tant pour l’usage urbain et domestique que pour l’usage industriel et agricole.  Les terres arables diminuent en peau de chagrin alors même que l’amélioration du régime alimentaire en demanderait bien plus pour augmenter les quantités et la proportion de protéines animales  dans l’alimentation de la population – la modernisation alimentaire.

Les prix payés aux paysans pour leurs produits sont largement insuffisants pour empêcher une érosion massive de leur niveau de vie et de leurs investissements. La pénurie d’énergie est aiguë : les gisements de pétrole s’épuisent et ne sont pas remplacés,  le charbon engorge les transports et cause une épaisse pollution, l’électricité manque. La réforme du secteur industriel d’Etat, avec ses cent millions d’employés, est totalement bloquée : le déficit chronique de ces milliers de grandes entreprises monstrueusement improductives – des communes populaire en ville – a créé un gouffre financier sans fond.

Les banques que le pouvoir a forcées à prêter sans garantie à ces entreprises insolvables sont techniquement en faillite. Une crise financière bien plus terrible que celle qui secoua les Tigres et les Dragons du Sud-Est asiatique en 1997-1998 est en gestation. La moindre intégration au marché mondial de l’économie chinoise arriérée a agi comme un frein qui s’use rapidement.

Le problème démographique est pire encore. Le professeur Ma Yinchu, éminent démographe, avait sonné l’alarme dès le début des années 1950 : contrôler l’explosion démographique était une urgente nécessité. Mao, imbu de l’équation archaïque du nombre avec la puissance, l’avait fait enfermer. La population était alors de six cent cinquante millions, elle se monte aujourd’hui à plus de un milliard deux cent millions, on le prévoit atteindre 1,43 milliard en 2025.

L’hypernatalisme maoïste avait empêché tout contrôle des naissances. La politique antinataliste de l’enfant unique obligatoire adoptée dans la panique au début des années 1950, et appliquée avec une infinie cruauté, a ralenti la croissance, mais créé à son tour de profondes distorsions dans la pyramide des âges et la distribution des sexes : la Chine comptera en 2030 plus de quatre  cents vingt millions d’hommes et de femmes de plus de soixante cinq ans, qui n’auront pas de système de retraite. L’assurance vieillesse traditionnelle était la famille nombreuse.

Ne pouvant les nourrir ni les soigner, que fera la Chine ? Les ménages à enfant unique sont légion, et ne pourront en bénéficier. On ne bricole pas impunément avec des mécanismes aussi fragiles et subtils que la démographie – les conséquences imprévues sont désastreuses : pour que l’enfant unique soit un garçon, la pratique de l’infanticide des filles est répandue, et à causé un formidable déséquilibre entre le nombre de filles et celui des garçons.

C’est par dizaines de millions que ces derniers ne pourront se marier, ce qui causera de considérables tensions psychosociales.  N’oublions pas que la Chine est encore largement archaïque et médiévale : la mortalité infantile y est près de dix fois plus élevé qu’à Hong Kong ou au Japon. En 1998, le revenu par tête en dollar était de 750, contre 500 quinze ans plus tard, alors qu’à Taïwan il passait de 3000 à 8600.

(Laurent Murawiec, l’Esprit des Nations, Editions Odile Jacob, 2001, p. 98-99)

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La Chine manque de femmes

Pauline Liétar, le 13/08/2009

Valeurs Actuelles

Les projections démographiques et sociales affolent le régime. Pour le Parti communiste chinois, un célibataire est un contestataire en puissance.

« Un danger latent pour la société, susceptible d’affecter la stabilité sociale ». C’est ainsi que le Parti communiste chinois évoque le célibat masculin dans un rapport officiel. Des démographes y avancent le chiffre de 30 millions d’hommes chinois célibataires en 2020, faute de femmes. Il manquerait près de 5 millions de filles dans les générations nées après 1980. Quelle que soit la génération, la pyramide des âges révèle des écarts considérables entre les sexes. Ce célibat forcé concerne les plus pauvres. Il nourrit des révoltes, de plus en plus nombreuses.

La politique de l’enfant unique mise en place à la fin des années 1970 – et la baisse de la fécondité, associée à un développement des techniques échographiques – a provoqué un cycle infernal : avortements sélectifs, abandons d’enfants, infanticide des fillettes. La solidité de la tradition culturelle asiatique, qui valorise le garçon, ne se dément pas. On nourrit moins bien les filles et on ne les soigne pas ou peu.

La politique sanitaire profite aussi aux garçons : le taux de mortalité infantile ne cesse de baisser chez eux, mais il augmente chez les filles. En Chine, les fils sont censés perpétuer la lignée et s’occuper de leurs parents dans leurs vieux jours.“Il vaut mieux avoir un fils infirme que huit filles valides”, dit un vieux proverbe chinois…

Le déséquilibre garçons-filles s’accentue. En 2005, on comptait en moyenne 120 naissances de garçons pour 100 filles, voire 130 pour 100 dans certaines régions. Ce ratio est anormal : dans le monde, naissent en moyenne 105 garçons pour 100 filles. « Ce déséquilibre inquiétant s’est amorcé il y a vingt-cinq ans et ne fait que s’accentuer », s’alarme Isabelle Attané, démographe et sinologue. Il explique en grande partie l’important exode rural : les paysans quittent leurs terres et leurs villages désertés pour chercher une épouse en ville. Le parti communiste estime que plus de 300 millions de Chinois quitteront les campagnes d’ici à vingt ans.

Ce célibat est aussi à l’origine de nombreux trafics. Certains achètent un bébé fille, une tongyangxi,“épouse nourrie depuis l’enfance”, pour la faire grandir en même temps que leur garçon et les marier vers l’âge de 15 ans. Ailleurs, on part à l’achat de femmes.

Acheter une femme 2000 euros n’a rien d’immoral…

C’est le cas à Lengshuihe, un petit village au cœur des montagnes Qiling (centre de la Chine), où la population est quasi exclusivement masculine. Une dizaine d’hommes ont fait appel aux services d’un intermédiaire, qui leur a vendu une femme pour 2000 euros, une fortune pour ces paysans, qui gagnent en moyenne 60 euros par an. Ils se sont donc lourdement endettés auprès de leur famille et sont allés dans le Yunnan, une province pauvre du sud-ouest de la Chine, pour y chercher leur épouse. Vendue par sa famille ou bernée par l’intermédiaire, la femme n’a pas le choix.

Cette pratique n’est absolument pas considérée comme immorale. Quand trois de ces femmes achetées ont réussi à s’enfuir, les maris sont allés porter plainte à la police. « Ce sont des mauvaises femmes. Elles avaient un contrat – nous avions donné de l’argent – et elles ne l’ont pas respecté », dénonce la belle-sœur d’un paysan délaissé. Ruinés, certains sont désespérés : « Je vais mourir seul ici, sans personne pour me soutenir. L’État doit faire quelque chose », se lamente Xie Guangbin, 40ans. Sa femme, achetée, est partie il y a quelques mois.

Un homme a aussi été arrêté pour avoir vendu des cadavres de femmes à des parents désireux de trouver, pour l’au-delà, une épouse à leur fils mort célibataire. Dans des provinces comme le Hebei, le Shanxi ou le Henan, dans l’est de la Chine, des familles déboursent entre 300 et 400 euros pour assurer le mariage, et donc le bonheur éternel, de leur fils trépassé. Vivantes comme mortes, les femmes prennent une vraie valeur commerciale en Chine.

En 2005, plus de 87000 manifestations ont impliqué environ quatre millions de personnes. Ce chiffre est en constante augmentation. Les 900 millions de paysans chinois ont un revenu trois fois moins élevé en moyenne que les habitants des villes. Ils subissent des déplacements forcés (environ deux millions de paysans perdent leur terre chaque année), des impôts très lourds, une administration locale corrompue et un accès de plus en plus difficile à l’éducation et aux soins.

Ils n’ont même pas la pleine propriété des terres qu’ils exploitent. Leurs parcelles sont bien souvent revendues, au nom de l’État par des cadres sans scrupules, sans dédommagement. À cela s’ajoute ce célibat subi pour la moitié des paysans de plus de 40 ans, donc l’impossibilité de fonder une famille, synonyme de soutien et de transmission.

Le gouvernement devine la difficulté à contenir cette grogne rurale par sa seule autorité. Le soutien des paysans chinois, les deux tiers de la population du pays, est essentiel à la solidité du Parti et à la stabilité du pays. Cette inquiétude explique l’annonce par le premier ministre, Wen Jiabao, en septembre 2006, de réformes touchant à l’éducation, à la politique locale et à la culture.

Le gouvernement promet aussi de punir ceux qui pratiquent des échographies pour déterminer le sexe du bébé, des avortements sélectifs ou des infanticides. « En Chine, pour assurer le renouvellement des générations, les femmes, parce que minoritaires, doivent avoir chacune en moyenne 2,3 enfants, analyse Gilles Pison, chercheur à l’Institut national d’études démographiques. Pour revenir à un ratio normal, le pays doit valoriser le statut de la femme, afin que la naissance d’une fille devienne aussi désirable que celle d’un garçon. »

« Le déséquilibre accru des sexes est actuellement un problème à résoudre de manière urgente, reconnaît Zhang Weiqing, le ministre chargé du Planning familial. Régler ce problème est difficile : nous prévoyons dix à quinze ans pour normaliser le déséquilibre des sexes à la naissance dans la population chinoise. »

Les autorités se sont engagées à lutter contre ce déséquilibre et le vieillissement de la population. Parce que la Chine risque de devenir vieille avant d’être riche.

 

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La Chine paie le dogme de l’enfant unique

Par Arnaud de La Grange – Correspondant à Pékin

Le Figaro

15/12/2009

Chine

Fresque murale de propagande pour l’enfant unique, dans la province de Guangdong.

Depuis 1980 jusqu’à aujourd’hui, il serait né 38 millions de garçons de plus que de filles. Pékin commence sérieusement à craindre les effets pervers d’une politique qui, au-delà des drames humains, crée de graves déséquilibres sociaux et démographiques.

Et voilà que la plus sérieuse presse chinoise chante un drôle de refrain. «Où sont les femmes ?» pouvait-on y lire l’autre jour en gros titres, sans pour autant en déduire que le fameux tube de Patrick Juvet ait un jour poussé sa notoriété hors de l’aire francophone. Le contexte de la citation n’était d’ailleurs pas très disco, mais au contraire des plus académiques puisqu’il a trait à l’évolution démographique chinoise. Un cri d’alarme sur la masculinisation accélérée de la société chinoise, qui pourrait pousser à une révision du dogme de l’enfant unique en vigueur depuis près de trente ans.

Comme toujours en Chine quand on parle chiffres, le déséquilibre donne le vertige. Depuis 1980 jusqu’à nos jours, il serait né 38 millions d’hommes de plus que de femmes. Les statistiques officielles montrent qu’en 1980, le ratio de naissances était de 107 garçons pour 100 filles, soit le haut de la norme mondiale. Mais il a grimpé à 120 pour 100 aujourd’hui. Cette disproportion est un effet pervers de la politique de l’enfant unique, entrée en vigueur en 1980, et qui aurait selon Pékin permis d’éviter 400 millions de naissances supplémentaires depuis cette date.

Que d’hommes, que d’hommes, donc ! Et au-delà des drames humains liés à la difficulté de trouver l’âme sœur dans le sexe opposé, c’est une fois de plus pour la sacro-sainte stabilité sociale que l’on craint. Il est expliqué qu’un nombre croissant d’hommes seuls n’auront pas de famille pour les soutenir dans leurs vieux jours. Et qu’ils dépendront de systèmes sociaux encore sur les fonts baptismaux.

Confucius, pour qui l’homme était supérieur en condition à la femme, n’est pas étranger à l’affaire. Le professeur Yuan Xin de la Nankai University de Tianjin, explique que dans une société où le mâle est encore culturellement dominant, le choix se porte sur un garçon si on ne peut avoir qu’un enfant. Mao pourtant, sur ce registre, avait fait avancer les choses. En déclarant que «les femmes portent la moitié du ciel», il leur avait offert droits et place dans la société. Mais «5 000 ans d’histoire» ne se balaient pas d’un revers de révolution.

Ne dit-on pas encore, dans certaines campagnes chinoises, qu’«élever une fille, c’est cultiver le champ d’un autre ?». Aux bébés tragiquement supprimés à la naissance, s’ajoutent les avortements. S’il est interdit en Chine de donner le sexe de l’enfant lors d’une échographie, nombre de médecins se laissent aisément forcer la main pour quelques centaines de yuans.

Des dizaines de milliers d’enlèvements

Autre drame lié à cette demande d’enfants mâles, les enlèvements. Le ministère chinois de la Sécurité publique vient pour la première fois de publier sur son site Internet des informations sur des dizaines d’enfants kidnappés, retrouvés après une campagne de répression. Selon l’agence Chine Nouvelle, entre 30 000 et 60 000 enfants seraient enlevés chaque année. Et ce sont presque tous des garçons. Parfois aussi, des parents dans le besoin vendent leur garçon contre une fille «moins cotée».

Spectaculaire et donnant lieu à d’infinis débats plus ou moins légers sur le Web chinois, cette «pénurie de femmes» est loin d’être la seule raison qui pourrait pousser les dirigeants à changer de politique démographique. Car au-delà des blessures profondes chez des millions de parents chinois et de l’apparition de générations «d’enfants-empereurs» au comportement souvent déroutant, la politique de l’enfant unique a fini par poser un vrai problème de pure démographie. Le vieillissement de la population chinoise est au cœur du débat.

«Au milieu de ce siècle, si rien ne change, la Chine aura la population la plus vieille du monde, plus vieille encore que celle du plus vieux pays occidental aujourd’hui, explique l’un des pionniers de la démographie chinoise contemporaine, Baochang Gu, de l’Université du Peuple. Nous aurons par exemple 100 millions de personnes de plus de 80 ans !»

Autre spécialiste réputé, Wang Guangzhou, de l’Académie des sciences sociales, confirme que «la Chine est le pays du monde où le pourcentage de population âgée augmente le plus vite». D’après ses estimations, les «plus de 65 ans» qui étaient 100 millions en 2008, soit 8 % de la population, seront 340 millions en 2050, soit près de 25 % de la population. Et cette évolution rapide se fait dans un pays encore en voie de développement, où les systèmes de retraite et de sécurité sociale sont encore à construire.

« Éviter la pénurie de main-d’œuvre »

L’industrieuse et riche Shanghaï a, la première, pris la mesure du problème. Les autorités ont entrepris de redonner du sang neuf à leur cité, en lançant l’été dernier une vaste campagne incitant les couples «éligibles», soit formés par deux parents eux-mêmes enfants uniques, à avoir deux enfants. Des fonctionnaires ont fait du porte-à-porte pour «conseiller les jeunes mariés», des tracts ont été distribués en masse et des spots diffusés à la télévision. Il faut dire que Shanghaï, c’est déjà la Chine de 2050, ou presque. Près d’un quart des 13 millions de Shanghaïens ont plus de 60 ans, et les autorités prévoient que cette proportion montera à plus d’un tiers d’ici à 2020. Selon Xie Lingli, directeur du planning familial de Shanghaï, il s’agit aussi «d’éviter une pénurie de main-d’œuvre à venir». Cette rupture shanghaïenne n’a pas fait l’unanimité. Certains articles de la presse officielle ont dénoncé un «très mauvais signal envoyé au pays».

La politique de restriction des naissances avait commencé avant l’instauration de la loi sur l’enfant unique de 1980. Dès les années 1970, on s’est éloigné des préceptes de Mao qui voyait en Malthus un «bourgeois occidental». Et, sur ce registre au moins digne héritier de Confucius, il associait les notions de masse et de multitude à celles de puissance et de prospérité. En 1973, le gouvernement lance les fameux trois mots d’ordre : «wan, xi, shao». Autrement dit, se marier tard, espacer les naissances et limiter le nombre d’enfants. Quelques années, plus tard, une campagne stipule que «deux enfants, c’est bien. Trois, c’est trop».

Et de fait, avant même l’instauration de l’enfant unique, l’indice de fécondité s’est réduit considérablement, passant de 5,7 à 2,8 enfants par femme. Il est aujourd’hui officiellement de 1,8 mais Baochang Gu, comme beaucoup de démographes, l’estime entre 1,5 et 1,6. La règle de l’enfant unique ne s’applique pas à l’ensemble de la population. Elle ne concerne que 36 % des Chinois, surtout dans les grandes villes et les cités de taille moyenne. Dans les zones rurales de 19 provinces, soit 53 % de la population, les couples peuvent avoir un deuxième enfant, si le premier est une fille. Enfin, 11 % de la population – essentiellement les minorités – ne sont pas limités pour le nombre d’enfants. Et il y a toujours moyen de passer outre et payer l’amende qui peut représenter plus d’un an de salaire moyen.

« On gâche un temps précieux »

Contrairement à certaines idées reçues, la grande Chine et son 1,3 milliard d’habitants ne va pas voir sa population croître indéfiniment. Les experts chinois s’accordent pour estimer qu’elle atteindra son «pic» autour de 2030-2035, avec quelque 1,45 milliard de citoyens. «Quelles que soient les politiques adoptées, la population va arrêter d’augmenter, explique Wang Guangzhou, il reste à savoir à quel rythme…». Ce rythme dépend bien sûr de la date à laquelle Pékin va renoncer à la politique de l’enfant unique.

«Vous me demandez quel est le meilleur moment ? Il faudrait dire le moins mauvais moment car nous avons déjà un terrible retard de dix ans, confie Baochang Gu, il y a tellement de débats et de confusion sur le sujet. On gâche un temps précieux, car la démographie, ce n’est pas comme l’économie, on ne fait pas un plan de relance avec des milliards de dollars qui font bouger les choses en quelques mois. Le grand défi est de faire changer les mentalités, mais certains brandissent encore la menace du chaos.»

Récemment, le grand patron du planning familial chinois affirmait encore que la politique de contrôle des naissances devrait être maintenue au moins une décennie, de peur d’une déstabilisatrice explosion de la population.

La plupart des démographes chinois exhortent le gouvernement à changer sans attendre, en commençant par autoriser deux enfants pour tous les couples. Les débats sont nourris à l’occasion de la préparation du 12e plan quinquennal (2011-2015). Mais au-delà des lois, la grande interrogation est de savoir quelle sera la réponse des jeunes générations. À Shanghaï, un sondage chez les «couples éligibles» a montré que moins de 20 % d’entre eux se déclaraient prêts à avoir deux enfants. «C’est vrai que nous avons été très choyés et que nous avons pris goût à la liberté, comme les jeunes couples en Occident, confie Li, une jeune Shanghaïenne mariée depuis trois ans, et on a vu nos parents se saigner pour l’éducation d’un seul enfant. Cela ne fait pas envie !»

«Finalement, pour le moment, on préfère la règle du“zéro enfant, double salaire”», s’amuse son mari. «Dans le Jiangsu, en zone rurale, une de nos études a montré à peu près les mêmes résultats, commente Baochang Gu. Là-bas, depuis vingt ans, les couples dont un seul parent est enfant unique sont autorisés à avoir deux enfants. Et seulement 10 % d’entre eux font ce choix. Dans l’avenir, 21 % d’entre eux s’y disent prêts et 45 % disent qu’ils aimeraient bien mais ne le feront pas, pour des raisons économiques surtout

L’atelier du monde risquerait-il un jour de manquer de bras ? Les démographes font valoir que le vieillissement de la population pourrait dans l’avenir peser sur la croissance chinoise. Une étude américaine vient d’ailleurs de montrer que le ratio actuel de 16 personnes âgées pour 100 actifs devrait doubler d’ici à 2025, et doubler encore d’ici à 2050 pour atteindre 61 pour 100. À cette même date, l’Inde devrait avoir 244 millions de plus de citoyens «actifs» que la Chine, fait remarquer la presse chinoise. Cette fois-ci, c’est bien la puissance qui est en jeu.

James @ 01:33
Catégorie(s): Généralités


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52 réponses à “Chine : La crise démographique”

  • 2
    James:

    @Madi,

    Il faut du temps pour ces choses et il semble que la Chine vacille.

    Sinon, cette dernière se montre de plus en plus agressive :

    China Gets Aggressive in the Senkakus

  • 1
    James:

    Notre avenir se décide en Asie















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