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La fable du « grand méchant loup libéral et du gentil petit franchouillintello à chaperon rouge » analysée par Raymond Boudon (sociologie des contes de fadas).

Posté le Mercredi 6 janvier 2010 par sil

Dans son ouvrage intitulé « Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme » publié chez Odile Jacob, l’Académicien Raymond Boudon explique pourquoi, au fil des décennies, intellectuels et libéralisme n’ont jamais fait bon ménage. Face à lui : l’économiste Marc Guillaume, professeur à l’université Paris-Dauphine (source). Cliquez sur l’image du livre pour écouter l’émission (clic droit pour télécharger le fichier mp3)
Raymond-Boudon-intellectuels-liberalisme

Suivi de Boudon : « Nos élites semblent victimes d’une perte de repères »
Par Sébastien Le Fol.

Voici l’entretien (paru ce jour dans les pages Débats et Opinions du Figaro) avec le grand sociologue français Raymond Boudon que je vous avais annoncé en décembre. L’auteur de Pourquoi les intellectuels français n’aiment pas le libéralisme (Odile Jacob) et de L’idéologie ou l’origine des idées reçues (Points Seuil) y passe en revue différents sujets en débat dans la société française : crise économique, identité nationale, écologie…

La crise financière de 2009 a-t-elle discrédité le libéralisme ?

Raymond BOUDON. – Les vertus du libéralisme sont suffisamment fortes pour qu’il puisse résister au procès qu’on lui intente. La crise a nécessité l’intervention de l’État dans le secteur bancaire, mais les nécessités de la conjoncture ne remettent nullement ses principes en question. L’ultralibéralisme que l’on évoque à tout propos n’a jamais existé : on ne connaît pas de sociétés sans règles. Le libéralisme ne garantit pas l’absence de crise, mais les diverses formules dirigistes qu’on lui oppose n’excluent pas les erreurs économiques des dirigeants, créent des rentes de situation à leur profit, encouragent la corruption et briment la liberté du citoyen.

Est-ce toujours, selon vous, le meilleur système ?

Oui. Les facettes économique, morale et politique du libéralisme ont un dénominateur commun : le respect des libertés, notamment d’opinion, d’expression et d’initiative du citoyen. Les deux piliers du libéralisme politique sont la liberté de la presse et la séparation des pouvoirs, administratif, syndical, économique et médiatique.

Peut-on parler d’une crise des valeurs dans les sociétés occidentales ?

Cette crise est moins sérieuse qu’on ne le dit. Une étude réalisée par l’Université du Michigan dans 43 pays montre que les jeunes adhèrent plus que leurs aînés à une morale d’inspiration kantienne. Ils acceptent l’autorité à condition qu’elle se justifie et les différences de comportement tant qu’elles ne nuisent pas aux tiers. Ils acceptent toutes les religions. Ils croient à la distinction entre le bien et le mal mais en refusent toute définition dogmatique. Ils croient à la valeur de la famille. Ils reprennent à leur compte l’objection de Voltaire à Pascal selon laquelle la morale se fonde sur « cette seule maxime reçue de toutes les nations : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ». L’idée d’une crise des valeurs véhicule une vision exagérément pessimiste due en partie à la publicité faite aux actes de délinquance. Ils restent, aujourd’hui comme hier, le fait d’individus très peu nombreux en pourcentage. Mais il existe un phénomène propre à la France. Nos élites culturelles et politiques donnent l’impression d’être victimes d’une perte de repères, ce qui n’est pas le cas des Français dans leur grande majorité. L’on ne parle d’une crise des valeurs dans aucun autre pays européen autant qu’en France.

Comment expliquez-vous cette exception française ?

Par l’influence du relativisme sur les élites. L’idée que les valeurs n’ont pas de fondement objectif a été véhiculée dans notre pays par de grands noms du monde intellectuel. La centralisation forte qui caractérise la France suscite la formation de groupes d’opinion incluant une poignée d’intellectuels, de politiques et de médiateurs parisiens qui s’arrogent le droit de définir le politiquement, le moralement, voire l’esthétiquement correct, souvent contre l’opinion publique, comme le révèlent les sondages. Je crois que la génération des intellectuels de 30 à 40 ans fera oublier les facéties et les discours verbeux des gloires intellectuelles des années 1970-1980. Mais ils n’ont pas encore la visibilité de leurs aînés.

Le sentiment du déclin national est-il, lui aussi, propre à nos élites ?

Il existe des critères objectifs pour le mesurer. Notre production intellectuelle, par exemple, est réellement en baisse. Les Français sont moins sollicités que leurs voisins européens lorsqu’il s’agit de collaborer à une entreprise internationale, par exemple à une encyclopédie ou à un colloque. Quant à nos grandes écoles, elles sont excellentes mais peu orientées vers la recherche, ce qui nous handicape. L’idée de donner plus d’autonomie à nos universités va dans le bon sens, mais, chez nous, les réformes sont beaucoup plus lentes qu’ailleurs. Cela est dû surtout à la structure politique de notre pays. On a parfois l’impression qu’elle se caractérise par un face-à-face qualifié par litote de « dialogue social » entre l’exécutif d’un côté, les groupes d’influence et les minorités actives de l’autre.

Selon vous, c’est l’État qu’il faudrait réformer en priorité ?

Les idées de Montesquieu sont moins appliquées en France que dans des démocraties voisines. La réforme de l’État est urgente, mais difficile à réaliser. La réforme constitutionnelle récente va dans le bon sens, car elle renforce le pouvoir du Parlement, et donc la séparation des pouvoirs. Cela est indispensable, car notre pays est soumis à la tyrannie des minorités et des groupes d’influence. Lorsque l’opinion est hostile à leurs idées, le citoyen quelconque a tendance à attendre que d’autres s’y opposent. On le voit à l’exemple de la méthode globale d’enseignement de la lecture : bien des parents étaient convaincus de sa nocivité, mais l’opinion s’est révélée impuissante face au lobby des experts en sciences de l’éducation. Le poids des minorités actives impose au politique de bâtir des usines à gaz pour les contourner. S’agissant par exemple du débat sur le voile intégral, le bon sens veut qu’on ne puisse dissimuler son visage ni dans la rue, ni à l’hôpital, ni à l’école, pour des raisons de sécurité, voire de simple normalité de la vie sociale dès lors qu’elle est supposée inclure à égalité femmes et hommes. Au lieu de cela, on a choisi de prendre la température des uns et des autres et de se condamner sans doute à une décision mi-figue mi-raisin. Cela nous vaut des débats comiques où des politiques s’improvisent théologiens. Autre exemple d’usine à gaz : le service minimum dont la grève prolongée du RER vient de montrer qu’il était impuissant à empêcher que des millions de voyageurs ne soient pris en otages pendant des semaines. Autre exemple : le bouclier fiscal. On l’a préféré à l’abolition pure et simple de l’impôt sur la fortune, que toutes les démocraties ont abandonné pour des raisons de bon sens. Cette autre usine à gaz a surtout fourni à l’opposition un argument développé en boucle.Ces groupes sont notamment très actifs dans l’Éducation nationale.

Comment le gouvernement devrait-il s’y prendre pour endiguer leur influence ?

Les syndicats d’enseignants ont pour rôle de défendre les droits et les conditions de vie et de travail des personnels, mais non d’évaluer les recherches sur un plan scientifique ou de définir les programmes. Dans ce cas comme dans d’autres, le corporatisme se révèle le principal obstacle aux réformes.

Diriez-vous que la politique menée actuellement en France est libérale ?

Dans une certaine mesure. La structure du pouvoir dans notre pays fait que le libéralisme doit emprunter des chemins de traverse. Tocqueville a montré qu’un pouvoir trop concentré est fort en apparence, mais nécessairement faible en réalité. On voit bien que les gouvernements français ont plus de peine à imposer des mesures nécessaires mais qui heurtent des intérêts corporatistes que n’en a eu par exemple le gouvernement du chancelier Schröder.

Le débat sur l’identité nationale était-il nécessaire ?

C’est un gadget politique. Il révèle chez certains de nos responsables politiques une absence totale de confiance dans le bon sens du citoyen de base. Ils le croient manipulable à merci par les astuces de la com. Ce n’est pas le cas. Ils le supposent animé par des passions égalitaires. Or toutes les enquêtes montrent qu’il ne confond nullement l’égalité et l’équité. Ce qu’il rejette, ce sont les inégalités injustifiées.

Du Petit Nicolas au cinéma aux Beatles réédités, les succès culturels de l’année témoignent d’un fort courant nostalgique dans notre pays. Selon vous, s’agit-il d’une mode ou bien d’un sentiment plus profond ?

On comprend que l’opinion ait envie de revenir aux valeurs sûres, s’agissant des diverses manifestations de la vie culturelle, de la chanson à la philosophie. Alain Badiou est traité avec considération par certains médias culturels français bien que sa philosophie se recommande de Pol Pot. Un clou chassant l’autre, c’était hier Derrida qui était sacré grand homme parce qu’il avait découvert que toute idée est bonne à déconstruire, sauf l’idée de la déconstruction elle-même. Bien des vedettes françaises attirent plutôt parce qu’elles déconcertent que parce qu’elles sont porteuses de vraies valeurs.

L’écologie est devenue incontournable dans le discours politique. Diriez-vous que c’est la nouvelle idéologie dominante ?

Qu’il existe dans le monde des problèmes d’eau, de déchets et de réchauffement climatique, c’est un fait. Et il est juste de s’en préoccuper. Mais l’écologie actuelle se transforme en effet de plus en plus en une idéologie qui met l’homme en accusation. À l’inverse des tomates, beaucoup de nos écologistes ont été rouges avant d’être verts. Ils ont été habitués à nier l’autonomie, le bon sens et l’inventivité humaine. En matière d’écologie comme sur tout, on devrait faire confiance à ce qu’Adam Smith appelle le « spectateur impartial ».

Qu’est-ce qui contribue le plus à former nos croyances aujourd’hui ?

Les autorités traditionnelles, religieuses, politiques ou intellectuelles ont beaucoup perdu de leur influence, Dieu merci, si j’ose dire. La télévision a une forte audience, mais aucune autorité. Le citoyen construit ses croyances à partir d’un bricolage visant à faire tenir ensemble les informations dont il dispose. Internet est une bénédiction pour la démocratie française : le Web expose l’internaute à une pluralité de points de vue, gêne les pratiques d’occultation des faits et incite par son côté foisonnant à l’exercice de l’esprit critique.

Vous faites souvent référence au bon sens des individus. Mais est-il si infaillible que cela ?

Le bon sens des individus s’exerce plus facilement sur certains sujets que sur d’autres. Le débat peut contribuer à éclairer le bon sens. La loi sur les trente-cinq heures a d’abord été favorablement accueillie par l’opinion, puisqu’elle proposait de travailler moins pour gagner autant. Puis l’opinion a compris que la loi avait surtout des effets négatifs pour le pays et pour les citoyens eux-mêmes.

À vous écouter, le libéralisme, c’est l’optimisme finalement ?

La base du libéralisme, c’est la confiance en l’homme : il a du bon sens, il est donc capable de voir si une institution favorise ou non la dignité et les besoins de l’homme. C’est aussi la confiance dans l’opinion publique. Pour reprendre la phrase de Tocqueville, l’avenir est un « juge éclairé et impartial, mais qui arrive hélas toujours trop tard ». Le juge en question, c’est l’opinion.

Propos recueillis par Sébastien Le Fol

sil @ 07:36
Catégorie(s): LIBERTÉS


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Une réponse à “La fable du « grand méchant loup libéral et du gentil petit franchouillintello à chaperon rouge » analysée par Raymond Boudon (sociologie des contes de fadas).”

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