Posté le Mercredi 30 décembre 2009 par jc durbant
Alliance française (1883, Barcelone), Società Dante Alighieri (1889, par le poète et écrivain Giosue Carducci), Goethe-Institut (Munich, 1925 sous le nom de Deutsche Akademie avec le géopoliticien Karl Haushofer), British Council (1938, Le Caire), Peace corps (1961), Fondation du Japon (1972), Instituto Cervantes (1991), Instituto Camões (1992), Institut de Confucius (Séoul, 2004) …
Après l’Amérique, Hollywood, Superman, les chants de Noël, les comédies musicales et le rock, les sionistes auraient-ils aussi inventé le soft power?
A l’heure où la Chine vient de montrer, devant le peu de réaction américaine et la non-réaction du Pays des droits de l’homme (voyage d’affaires de notre premier ministre oblige après en octobre dernier les accords UMP avec le parti communiste chinois), le peu de cas qu’elle fait de l’Occident en condamnant le jour même de Noël le dissident Liu Xiaobo à 11 ans de prison …
Et où, forts de leur nouvelle puissance (jusqu’à tenter d’acheter une mine d’or dans les zones militaires du Nevada!), les “nouveaux maîtres du monde” (dixit un dossier spécial du Point de 82 pages), s’essaient à leur tour au soft power avec l’ouverture de centres culturels et de langue à travers le monde, les Instituts de Confucius (bientôt 300, depuis 2004, dans près de 90 pays) …
Retour, à la veille justement de ses 150 ans, sur le grand oublié de ces réseaux culturels qui en est en fait l’ancêtre (l’Alliance française lui doit même son nom!), l’Alliance Israélite Universelle.
Et surtout, histoire de mesurer le chemin parcouru, sur les circonstances et les principes qui en avaient été à l’origine.
Fondée à Paris en 1860 par un groupe de six personnalités juives autour du juriste Adolphe Crémieux, l’Alliance Israélite Universelle répondait surtout à l’indignation soulevée par l’Affaire de Damas (juifs accusés du crime rituel d’un père franciscain et de son serviteur arabe en 1840) et l’Affaire Mortara (enfant juif converti en secret par une servante catholique et enlevé en 1858).
Résolus à poursuivre, contre les discriminations et les statuts de citoyens de 2e classe (la dhimmitude) dont était alors victimes les communautés juives d’Afrique du Nord et d’Orient, l’émancipation des juifs commencée en 1792 avec la Révolution française et étendue à une partie de l’Europe par les troupes napoléoniennes (avant le décret de 1870 initié justement par leur fondateur pour les indigènes – juifs comme musulmans – d’Algérie), ces derniers y voyaient une synthèse, fortement teintée de l’idée de “mission civilisatrice du ministre de l’Education et des colonies Jules Ferry (version elle-même laïcisée du missionarisme chrétien), des idéaux des Lumières et des principes du judaïsme.
Cependant, l’AIU ne se limita jamais, comme à la conférence de Berlin en 1878 suite à la guerre russo-turque, à la défense des minorités juives (de la Turquie d’Europe), mais intervint aussi, dès l’année de sa fondation en 1860, en faveur des chrétiens du Liban victimes d’émeutes populaires (de la part des Druzes) et, trois ans plus tard, des protestants d’Espagne emprisonnés pour prosélytisme.
Et surtout, au-delà des interventions auprès des Etats, elle préparait, dès sa première école en octobre 1862 à Tétouan au Maroc, les juifs à l’émancipation avec son réseau d’écoles, de l’Afrique du Nord aux Balkans et à la Perse …
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4 réponses à “Identité nationale: Les sionistes ont même inventé le soft power! (Zionists even invented soft power!)”
30 déc 09 à 09:48
30 déc 09 à 09:01
Bonne nouvelle ces centres Confucius…
30 déc 09 à 08:57
30 déc 09 à 04:27
Morceaux choisis:
« Rentré à la maison, j’entendais parler de l’Affaire Dreyfus. Mon père nous lisait les articles de Zola et disait: La France, mes enfants, seul pays au monde dont le peuple pouvait se passionner et se déchirer pour défendre un juif innocent. Il me semblait que toute la beauté du monde, toute la justice de la terre s’étaient réfugiées dans ce pays qui portait le nom de France et que je rêvais de connaître un jour. »
Thérèse Mitrani (ancienne élève de l’AIU, mai 1956)
« La distinction des croyances religieuses et des confessions ne pourra être opposée à personne comme un motif d’exclusion ou d’incapacité en ce qui concerne la jouissance des droits civils et politiques, l’admission aux emplois publics, fonctions et honneurs ou l’exercice des différentes professions et industries, dans quelque localité que ce soit. La liberté et la pratique extérieure de tous les cultes sont assurées à tous les ressortissants nationaux aussi bien qu’aux étrangers ; et aucune entrave ne pourra être apportée soit à l’organisation hiérarchique des différentes confessions, soit à leurs rapports avec leurs chefs spirituels. »
Déclaration de la conférence de Berlin (inspirée par les juristes de l’AIU, 1878)
« Nous autres, démocrates chinois, nous sommes comme le Juifs dans l’ Allemagne nazie: le Parti communiste nous poursuit et nous extermine. Lorsque nous aurons tous disparu, vous, les Occidentaux, vous vous interrogerez gravement sur votre silence et votre indifférence. »
Liu Xia (femme du dissident chinois Liu Xiaobo)
« Certains pays nous critiquent, redoutent un impérialisme chinois, mais nous nous sommes inspirés du modèle de l’Alliance française qui va bien au-delà de l’enseignement de la langue et présente aussi le cinéma, la littérature et les arts français… Tout comme le British Council, nous traduisons des manuels et notre budget est deux fois moins important que celui du Goethe-Institut allemand. Notre mission est d’encourager les jeunes à apprendre le chinois. On renforce ainsi les amitiés, les échanges et cela aidera à créer un futur meilleur pour l’humanité. »
Mme Xu Lin (directrice générale des Instituts de Confucius)
« Aujourd’hui, les Chinois souffrent de se sentir incompris. Ils ont réalisé que le fait qu’ils parlent des langues étrangères ne suffisait plus. Il faut que la communication passe dans les deux sens. »
Diplomate chinois.
« Le choix de Confucius pour patronner ce projet permet de désamorcer les critiques idéologiques. Confucius n’a-t-il pas été conspué pendant la Révolution culturelle ? En réhabilitant le vieux sage, le gouvernement chinois se démarque des excès de la révolution communiste et se replace dans une tradition de 2.500 ans qui prône la paix et l’harmonie. »
Le Point





