eXc: Nous aimons la liberté, l'état de droit, l'héritage des Lumières, la séparation de l'église et de l'état, l'humour. Nous n'aimons pas le fascisme, le communisme, l'antiaméricanisme, l'antisémitisme, le racisme, la bureaucratie, les totalitarismes. Nous estimons que le plus grave danger que courent les démocraties libérales est de céder à l'islamofascisme. Lire plus

George W. Bush : De l’héritage à la doctrine (3ème et dernière partie)

Posté le Mardi 22 décembre 2009 par James

George-W.-Bush-III

La Guerre contre le terrorisme

Si le terme de « Guerre contre le Terrorisme » a toujours été imparfait, notamment en raison d’un manque de consensus sur la définition du terrorisme, la réalité qu’il la sous-tend l’a néanmoins précédée. La prise de conscience du terrorisme international a commencé des années auparavant.

En mai 1977, le Département d’Etat américain déclara publiquement  que « le terrorisme international prenait de l’ampleur » et que « les gouvernements de Libye, d’Irak, de Somalie et du Yemen du Sud (10) lui apportait un soutient actif ». Douglas Heck, coordinateur des activités concernées par le terrorisme, admit à cette occasion que les « puissances occidentales n’avaient pas pris, jusqu’à présent, aucune disposition officielle pour coopérer efficacement dans la lutte contre ce fléau ».

A lire les déclarations de Heck, nous avons presque l’impression que peu de choses ont réellement changé. Le terrorisme pourtant n’a pas cessé de faire des victimes. Au total, celui-ci aura commis, entre 1977 et 2002, quelques 7190 attentats dont le bilan s’élève à près de 4000 morts et 10 000 blessés dans le monde.

Une victime sur trois est imputable au terrorisme palestinien et islamique. Dans la seule année 1985, le terrorisme a tué 600 personnes et en a meurtri un millier, et 36 attentats ont été perpétrés directement par des services d’états. Le Liban a connu pour sa part en 5 ans (durant les années 80) 4000 enlèvements, dont une cinquantaine d’otages occidentaux.

Entre 1997 et 2002, il y eut 17 931 victimes du terrorisme sur cette seule période.

Au cours des années 90, Ben Laden avait lui-même déclaré la guerre aux Occidentaux et en particulier aux Etats-Unis. George W. Bush n’était pas en poste et nous n’étions pas en guerre. Mais ailleurs, des gens s’estimaient déjà en guerre. Avant que les premiers avions n’atteignent les tours du World Trade Center, un homme avait pourtant décidé de lancer les premières hostilités.

Retraçons, si vous le voulez bien, cette sinistre chronologie annonciatrice :

Avril 1995, Oussama Ben Laden annonce pour la première fois, selon la chaîne américaine PBS, que son ennemi est avant tout l’Amérique, y compris quand les Etats-Unis le soutenaient activement durant la guerre d’Afghanistan :

« Pour contrer ces athées de Russes, l’Arabie saoudite m’avait choisi comme représentant, mais je n’ai pas combattu contre les communistes sans oublier le péril venu de l’Ouest. En réalité, pour nous, l’idée était de ne pas s’impliquer plus que nécessaire dans le combat contre les Russes, qui était le business des Etats-Unis, mais plutôt de montrer notre solidarité avec nos frères islamiques. Le plus urgent à combattre était les communistes, la prochaine cible était l’Amérique. »

Août 1996. De l’Afghanistan où il s’est réfugié, Ben Laden diffuse le 23 août une

« déclaration de djihad contre les Américains occupant la terre des deux Lieux saints [La Mecque et Médine] qui va fournir une justification religieuse à ses actions futures.

« Il n’y a pas de devoir plus important que de repousser les Américains hors de la terre sainte. La présence des forces militaires croisées des Etats-Unis est le danger le plus menaçant pour le plus grand pays producteur de pétrole au monde. »

Automne 1996. Accusé de terrorisme, il répond :

« C’est l’Amérique et Israël qui sont coupables de terroriser les innocents et les faibles du monde musulman. Quelques exemples : le massacre de Cana au Liban – mort de 107 civils libanais lors de l’opération israélienne baptisée « Raisins de la colère » -, les populations irakiennes qui meurent faute de médicaments, le soulèvement des musulmans en Bosnie. »

Février 1998. Annonçant la création du ”Front islamique international contre les juifs et les croisés” (International islamic front for djihad against the Jews and the Crusaders), Ben Laden lance une fatwa :

« Nous appelons chaque musulman qui croit en Allah à tuer les Américains et à piller leurs richesses, où que ce soit et dès que ce sera possible. Nous appelons également chaque musulman à attaquer les troupes sataniques américaines et ses démons alliés. L’ordre de tuer des Américains est un devoir sacré dans le but de libérer les mosquées d’Al-Aqsa et de La Mecque. »

Mai 1998. Dans un entretien accordé à la chaîne américaine ABC, Ben Laden précise les menaces contre les Etats-Unis :

« Les Palestiniens sont assassinés et, s’ils ont le malheur de répliquer, de la seule façon qu’ils peuvent, ils sont immédiatement taxés de terrorisme. […] La violence de l’Amérique à l’encontre des musulmans n’a cessé de croître depuis la fin de la seconde guerre mondiale. A travers l’histoire, les Etats-Unis n’ont jamais fait la différence entre les civils et les militaires, comme le prouvent les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Alors que l’Amérique n’a pas de religion qui l’empêche de commettre de tels actes contre des femmes et des enfants, pourquoi devrions-nous faire une différence ? Ils sont tous concernés. »

Menaces de mort, déclarations de guerre (ou de guerre d’usure). Qui peut encore prétendre que les années 90 ne furent pas, à ce moment précis, un désastre en gestation ? Il serait injuste de faire porter la responsabilité de tout ceci sur Bill Clinton. Mais il ne fait aucun doute que les divers atermoiements conjugués à une stupéfiante passivité au cours de ces années-là (et les responsabilités sont partagées en Occident) allaient livrer au prochain président un cadeau empoisonné. Rarement, dans l’histoire américaine, une sieste aussi longue de la communauté du renseignement aura coûté si cher en vies humaines.

La Doctrine Bush et le reste du monde

On a souvent associé la notion de Guerre Préventive à Bush. Mais il faut noter que celle-ci existait bien avant. C’est à l’ancien Secrétaire d’Etat George P. Schultz que revient la paternité de ce terme. Schultz – qui le premier avait vu venir la menace terroriste – a théorisé cette stratégie à la suite d’un attentat à Beyrouth le 23 octobre 1983 qui tua 241 militaires américains dont 220 marines.

Lorsque Schultz évoque cette guerre préventive à l’époque, cette déclaration ne soulève aucune protestation en Europe.

http://www.dailymotion.com/video/x29bw6

Du reste, le monde arabe n’a jamais réellement désapprouvé la politique internationaliste américaine. En son temps, Hassan II avait déjà critiqué la réaction tardive de Jimmy Carter durant l’affaire des otages américains en 1979 :

« Ce que je peux vous dire c’est que si j’étais le président américain j’aurais entrepris cette opération deux semaines après la prise des otages. Je n’aurais jamais attendu six mois » (11)

Le 17 mai 1979, Hassan II s’oppose avec vigueur à l’Islam de Khomeiny : « Cet hérétique qui s’entend à mettre les diablotins dans les burnous ».

Le vendredi 6 mars 2009, le Maroc a annoncé qu’il rompait les relations diplomatiques avec l’Iran.

Dans ses Mémoires, Anouar Al Sadate estimait que la paix au Proche et Moyen-Orient passait plus que jamais par les Etats-Unis. (12)

Abdelatif Filali – décédé récemment – fut probablement l’un des plus prestigieux hauts fonctionnaires marocains dont l’histoire personnelle se confond avec l’histoire du Maroc au 20ème siècle. Il fut successivement Premier ministre (1994-1998) et ministre des Affaires étrangères du Maroc (1971-1972 et 1985-1999) et intime du roi Hassan II depuis l’époque où celui-ci était Prince Héritier.

Dans ses Mémoires, celui-ci explique pourquoi la vision du président George W. Bush – le Grand Moyen-Orient – lui semble valable et que le monde arabe se doit d’accéder plus que jamais à la modernité en s’arc-boutant sur l’Europe et les Etats-Unis.

Il a souvent été entendu que la France bénéficiait d’un consensus intérieur sur l’intervention américaine en Irak. Et pourtant, Pierre Juillet, ancien directeur de la DGSE – service de renseignement et de contre-espionnage français -, se confierait plus tard à Jeanne Assouly, journaliste à France 2, dans un ouvrage où il revient sur les enjeux de la guerre :

« De toute façon, les Américains seraient rentrés en Irak. Et s’ils l’avaient fait sans combattre, probablement qu’ils ne seraient pas allés bien loin… Saddam a laissé passer l’occasion : il aurait pu partir, négocier, mais il n’a pas voulu agir comme un véritable homme d’Etat et c’est sur ce point qu’on peut considérer qu’il est fou car il était évident, déjà à ce moment-là, qu’il était fini ».

[…]

«… La vision d’un monde nouveau de Bush est loin d’être idiote : vouloir établir une plate-forme au Moyen-Orient est une idée plutôt pertinente. Le problème est que tout ne s’est pas passé comme il l’espérait. Bush a tout de même réussi son coup – évincer Saddam – et il a montré aux pays voisins que leur sort peut ressembler à celui de l’Irak, car les élections irakiennes sont un gros succès, qu’on le veuille ou non. Les élections ont donné une légitimité au nouveau régime. «

[…]

« De fait, le régime de Saddam a été détruit (personne ne se plaindra), des élections démocratiques ont eu lieu pour la première fois en Irak, pour la première fois également, dans l’histoire de ce pays également, Jalal Talabani, un Kurde, est devenu président, et pour la première fois enfin, un non-arabe est élu à la tête d’un pays à majorité arabe… Jalal Talabani est aussi le premier président de l’Irak élu démocratiquement. On dit que Saddam, du fond de sa cellule, n’en est pas revenu. Ses geôliers lui auraient infligé l’humiliation de suivre en direct à la télévision l’investiture de son ennemi juré. Pauvre Saddam, il aura tout perdu… » (14)

Walid Joumbalt, l’une des plus anciennes figures politiques du Liban, sera opposé à l’intervention américaine en Irak. Il fut longtemps un farouche critique des Etats-Unis. Suite aux succès des élections en Irak de janvier 2005, il reconnaîtra la nécessité d’une telle intervention, après avoir observé le fort désir de démocratie à Bagdad.

Dans une interview accordée à David Ignatius pour le Washington Post, il déclara :

« J’étais cynique à propos de l’Irak. Mais lorsque j’ai vu le peuple irakien voter trois semaines plus tôt, 8 millions d’entre eux, c’était le commencement d’un nouveau monde arabe ».

« Les Syriens, les Egyptiens, tous disent que quelque chose est en train de changer. Le Mur de Berlin est tombé. Nous pouvons le voir ».

En dépit de tous ces éléments, Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de Courrier International, n’est pas très content. Pour un peu, il se réjouirait que l’Irak retombe sous la coupe de Saddam Hussein. Thureau-Dangin, en bon idéologue de la vulgate gauche bohême, ne se réjouit pas tellement de ces élections de janvier 2005 :

« On s’en voudrait de ternir le bel unanimisme qui a suivi les élections en Irak, avec force commentaires sur le caractère « démocratique » du scrutin. Car rien ne ressemble à un pays démocratique que l’Irak, où il n’y a ni souveraineté, ni indépendance des pouvoirs, ni état de droit… On verra bientôt comment tous les Occidentaux, réalisme oblige, se retrouveront pour saluer cette drôle de démocratie irakienne. »

En clair, ce que Thureau-Dangin souhaite, c’est que le pays fasse table rase du passé et devienne un pays aussi exemplaire que la Suisse. Mais le bougre récidivera en qualifiant le régime de « pseudo-démocratie » dans un article du 24 février 2005.

Il dira aussi dans son éditorial du 10 mars 2005 :

« Et il [George W. Bush] pense, à tort, que le soulèvement libanais est en partie l’œuvre de sa politique ».

Pour un journal épluchant la presse internationale, le moins que l’on puisse dire, est que Courrier International ne va jamais aussi loin que lorsqu’il ne sait plus où il va.

De toute évidence, cette cécité démontre, s’il en était encore besoin, l’incapacité de Thureau-Dangin – à l’image de la presse française – à prendre réellement la mesure de ce qui se passe dans le monde arabe. Car la politique américaine est loin d’être aussi impopulaire que certains en Europe l’auraient espéré.

Jadis, l’adepte le plus fervent d’une intervention américaine ayant pour objectif la chute de Saddam Hussein était probablement le chef spirituel de la communauté chiite irakienne, l’imam Mohammed Hussein Fadhlallah. Dans une fatwa (décret religieux), l’imam justifie une « alliance transitoire » avec des puissances étrangères si c’est le seul moyen de rendre victorieux les « musulmans opprimés« . « Les partis musulmans« , dit-il, « ont le droit de joindre des partis politiques laïques, nationalistes et libéraux pour faire tomber le régime de l’oppression. » (15)

De Qom (centre de l’orthodoxie religieuse en Iran), où il était exilé à l’époque de Saddam, l’ayatollah Sayyid Sadeq Al-Husseini Al-Shirazi a émis une fatwa similaire. Il a appelé les croyants à « rassembler tous leurs efforts pour tirer parti de toutes les occasions… à tous les niveaux, afin de sauver le peuple irakien croyant mais opprimé de la répression prolongée qu’il subit… « 

Il invoque ensuite Allah pour qu’Il aide à « écarter les tyrans et à construire un Irak indépendant et unifié sur les principes de la compétitivité [politique] légitime, la justice et la liberté.  » (16)

Jalal Duweidar, directeur du quotidien égyptien Al-Akhbar, commente dans un article: «Le dictateur Saddam Hussein n’a plus aucune utilité et il est temps de se débarrasser de lui(17)

Sous le titre : «La démission plutôt que la guerre», Mme Houda Al-Husseini, journaliste au quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres, déplore l’attitude de Saddam Hussein, une fois de plus prêt à s’engager dans une «guerre victorieuse». Elle conclut que la démission du président irakien est préférable à la guerre. (18)

Dans le «forum des écrivains» du quotidien saoudien Al-Riyadh, le chroniqueur Badriyah Al-Bashar ironise en affirmant que Saddam mériterait un prix pour l’interview donnée à Tony Benn :

«Il mérite un prix parce qu’il a initié deux guerres, l’une contre l’Iran et l’autre contre le Koweït… Saddam mérite un prix parce qu’il imagine que l’histoire de Bagdad a commencé il y a seulement trente quatre ans, le jour où il a pris le pouvoir dans le pays, détruisant la culture de Bagdad… Il mérite un prix parce qu’il a provoqué la fuite des écrivains et des chercheurs scientifiques irakiens, et a réduit les Kurdes au silence à l’aide d’armes chimiques.» (19)

Dans un article intitulé «Le moindre mal », le chroniqueur d’Al-Hayat Daoud Al-Shiryan déplore le dilemme imposé au peuple irakien par Saddam : ce peuple doit choisir entre soutenir une Amérique qui le sauverait d’un «régime despotique et autoritaire», lequel a gaspillé les richesses nationales et fait preuve d’«une sauvagerie politique sans précédent dans l’histoire», et prendre part à une bataille perdue d’avance dans les tranchées de Saddam. (20)

La franchise de ces appels semble bien douce comparée à un article du quotidien saoudien Al-Jazeera : après avoir passé en revue les quatre positions possibles du royaume saoudien face à la guerre en Irak, D. Ali Ben Shuwail Al-Qarni, président du Conseil d’administration de la Société saoudienne pour l’information et la communication et maître de conférences à l’université du Roi Saoud, invite Saddam Hussein à se suicider:

« En ce qui concerne l’Irak, le changement [de régime] est inévitable, avec ou sans guerre. Mais qu’adviendra-t-il de Saddam Hussein ? Sa majesté abdiquera-t-elle pour empêcher un massacre et sauver les intérêts vitaux de l’Irak et de la région ?»

Si Saddam refuse d’abdiquer, il ne lui reste plus qu’une solution pour éviter de mener le monde à la catastrophe, dit Al-Qarni: «tendre la main vers son revolver et tirer le coup de feu de la clémence qui mettra fin à la tragédie qu’il a initiée.» (21)

Un sentiment similaire a été exprimé il y a quelques jours dans le quotidien égyptien officiel Al-Gumhurriya. Dans un article intitulé «Après moi le déluge» (en français dans le texte), le quotidien estime que Saddam ne s’exilera que quand tout le peuple irakien se trouvera lui-même exilé.

Ce n’est qu’alors «que Saddam se demandera s’il doit lui aussi quitter le pays… pour profiter des richesses et des plaisirs». (22)

Plus tard, dans l’Irak libéré, le maire de Bagdad, Ali Fadel, proposera que l’on érige une statue en l’honneur de George W. Bush. Le précédent maire ayant été tué en raison de ses sympathies pro-américaines.

Ali Fadel veut ériger cette statue car, dit-il, « Il [Bush] est le symbole de la liberté ».

De façon presque ironique, c’est Bill Clinton qui, le 16 décembre 1998, dans une allocution télévisée à la nation concernant les frappes sur l’Irak, qui fera l’analyse la plus lucide de ce que l’écharde irakienne constituera dans le futur :

« Aussi lourds puissent-ils être, les coûts d’une actions contre Saddam doivent être mis en balance contre le prix que coûterait une inaction. Si Saddam défie le monde et que nous échouons à répondre, nous ferons face à une plus grande menace dans le futur. Saddam frappera de nouveau nos voisins. Il fera la guerre à son propre peuple. Notez bien ce que je vous dis, il développera des Armes de Destructions Massives. Il les déploiera et les utilisera. C’est parce que nous agissons aujourd’hui, que nous serons moins susceptibles de faire face à ces dangers à l’avenir. »

George W. Bush, simple avatar de l’antiaméricanisme

Ainsi que nous l’avons vu précédemment, l’idée selon laquelle George W. Bush aurait alimenté un antiaméricanisme virulent à travers le monde manque de crédibilité pour être prise au sérieux. Le conflit dans le Golfe, en 1991, avait déjà réveillé les passions françaises en étant stigmatisé comme une « guerre américaine » par une partie de l’opinion, mais l’engagement de l’armée française sur le terrain empêcha à l’époque la pleine expression de l’antiaméricanisme.

Stigmatisation, par ailleurs paradoxale car, contrairement aux interventions des présidents Clinton et Bush fils, l’intervention militaire destinée à libérer le Koweït du joug irakien fut non seulement validée par l’ONU à l’unanimité, mais même la plupart des pays arabes (les états du Golfe, l’Egypte, le Maroc et la Syrie) y avaient pris part et d’autres condamnaient l’intervention américaine tout en prenant leurs distances avec le régime de Bagdad.

Or, dans le conflit de 2003, il en a été autrement. La dénonciation de la politique irakienne de Washington est apparue comme la revanche de ceux qui avaient été contraints au silence 12 ans plus tôt. Dans aucun autre pays l’antiaméricanisme n’est passé, comme en France,  du statut de mouvement d’opinion à celui de politique officielle.

La lame de fond qui a failli emporter l’alliance franco-américaine a submergé la gauche atlantiste, qu’en son temps Mitterrand avait représentée, pour consacrer le succès de la droite nationale Républicaine et de la gauche altermondialiste, toutes les deux donnant le la à l’opinion publique dans une sorte d’union sacrée sur le dos des Etats-Unis (et accessoirement sur le dos de leurs alliés britanniques). Il s’agissait là d’une sorte de resucée de l’alliance gaullo-communiste d’hier qui donna droit à des florilèges du genre :

«  La résistance irakienne est méritoire. J’aurais aimé que la France résistât de même en 1940 ». (23)

Certes, il s’agit là de l’antiaméricanisme français. Mais ô combien révélateur d’une tendance qui touche nombre de pays. Parler de l’élection de Barack Obama comme d’une réconciliation de l’Amérique avec le monde (ou l’inverse), c’est sans aucun doute fantasmer avec emphase et grandiloquence une époque qui n’a jamais existé. L’antiaméricanisme d’antan s’astreignait au moins à entourer son mépris d’une hypocrite pudeur.

Et pourtant, il fut une époque pas si lointaine, au milieu des années 80, où sondeurs et politologues nous annonçaient la forte régression de l’antiaméricanisme, son extinction imminente : à les croire, l’antiaméricanisme vivait ses dernières heures de gloire. Certains intellectuels, comme dans l’ouvrage de collectif dirigé par Denis Lacorne en 1986, L’Amérique dans les têtes : un siècle de fascination et d’aversion, avaient trouvé, nous disaient-ils, leur « chemin de  Damas ».

Mais il semble que l’importance de l’anti-américanisme sert de baromètre : quand un pays (la France, en l’occurrence) est en bonne santé, il entretient une bonne image des Etats-Unis, et inversement. Or, la décennie des années 80 est par excellence l’une des rares époques où l’embellie subsista.

Mais cette « embellie », réelle ou supposée, se verra malheureusement contrariée par l’arrivée du troisième millénaire. Ce nouveau siècle exigeait que l’on remette les pendules à l’heure. Le 11 septembre n’a pas encore frappé mais dores et déjà, les agriculteurs prennent d’assaut les McDo. On suspend la commercialisation du Coca-Cola dans quelques pays européens pour des raison de « santé publique ». Le « lycée light » et l’américanisation de l’enseignement supérieur sont conspués dans les rues.

C’est dans ce contexte que George W. Bush arrive. A cela, s’ajoute son élection. Certes, il est élu mais dans des conditions qui vont alimenter l’une des premières théories du complot de l’ère Bush, celle de l’élection volée de 2000.

Avatar de l’antiaméricanisme, George W. Bush l’est assurément. Il ne fut qu’un prétexte dans un environnement qui n’était probablement pas prêt à le recevoir. Dans les années 70, il aurait été certainement mieux accueilli.

« Nous sommes tous des Américains », pouvait dire le journaliste Colombani au lendemain du 11 septembre 2001. Cela va de soi, une Amérique faible suscite la sympathie. Mais cette subite américanophilie ne durera que l’espace d’un après-midi. Il aurait mieux valu dire : « Nous sommes tout, sauf Américains ».

Dès lors, nous avons eu droit à une nouvelle formule : Je ne déteste pas les Etats-Unis, ni les Américains, c’est la politique de Bush que je déteste. Quel vilain mensonge !

Aux côtés de Harry Truman et Richard Nixon, George W. Bush fut le président avec une cote de popularité étonnamment basse. Mais à l’instar de ces présidents, nous pouvons dire qu’il sera inévitablement réhabilité par l’histoire. Non que le personnage n’ait pas commis d ‘erreurs, ses propres partisans le reconnaissent sans peine. Mais ce n’est pas tant les fautes qu’il ait pu commettre que la disproportion des attaques qu’il a dû subir et cette incapacité parmi ses détracteurs à ne guère lui donner de satisfecit. Bref, si on en croit les critiques, les 8 années qui viennent de se dérouler furent une longue marche au Calvaire pour la planète toute entière.

Harry Truman fut également détesté à la fin de son mandat. Ce qui ne l’empêcha pas de devenir l’un des présidents les plus visionnaires de sa génération. L’accusation des pays communistes qui lui reprochèrent d’avoir fomenté une « guerre bactériologique » qui tua des enfants chinois et coréens, fut l’une des entreprises de désinformation les plus abjectes et des plus mensongères de l’histoire de la Guerre Froide. Même une commission d’enquête dirigée par le célèbre biochimiste britannique Joseph Needham, finit par entériner ce mensonge soviétique dans un rapport de 669 pages.

Or, cette sinistre farce de la « guerre bactériologique » fut forgée de toutes pièces par un agent soviétique, le journaliste australien Wilfred Burchett. En 1976, dans son autobiographie, J’ai Cru au Matin, Pierre Daix, ancien rédacteur en chef du quotidien communiste Ce Soir, racontera avec force arguments comment fut élaborée cette escroquerie journalistique.

Le groupe de Rock Chicago lui rendra hommage plus tard en lui dédiant une chanson.

Au lendemain du Watergate, les Américains se révélaient soudain plus nostalgiques que jamais de l’époque Truman. On parlait même de « Truman Mania ».

Richard Nixon connaîtra le même destin. Le recul et la distance qu’impose l’histoire, obligeront certains à le voir avant sa mort comme un sage en politique faisant profiter de ses conseils à tout le monde.  Et comme les anciens présidents américains ont inspiré les musiciens, Nixon lui aussi bénéficiera d’un hommage en chanson par les très british Manic Street Preachers.

Nicky Wire, le chanteur du groupe Gallois, n’a pas vraiment de sympathie pour les présidents américains, quels qu’ils soient, mais note tout de même que face à la pusillanimité occidentale devant le massacre rwandais dans les années 90, George W. Bush serait certainement intervenu pour faire cesser les exactions…

Et exactions, il y eut. La découverte, année après année, des charniers successifs en Irak donnait le sentiment d’un véritable malaise en pensant à tous ces opposants à la guerre. Malaise d’autant plus profond et perceptible que l’intervention au Kosovo en 1999 fut pourtant justifiée au titre que les populations civiles subissaient un massacre sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale.

Les mêmes – comme Joschka Fischer ou Gerhard Schröder - qui invoquèrent des raisons morales au Kosovo pour faire cesser les purifications ethniques commises par les Serbes, devinrent subitement plus réfractaires à ce type d’arguments dans le cas de l’Irak. En 1999, la terrible crise humanitaire et le caractère sauvage du comportement des Serbes devaient l’emporter sur l’obligation juridique d’obtenir un mandat de l’ONU, affirmait-on alors.

Les charniers irakiens sont une leçon autant pour Philippe Thureau-Dangin que pour l’ensemble des opposants : pensent-ils que les Arabes ne sont finalement bons qu’à vivre sous le joug de dictateurs sanguinaires, en supposant que ces mêmes Arabes louent et plébiscitent ces dirigeants de la honte ?

Dès le mois de mai 2003, de très grandes fosses communes ont été déterrées en Irak. Des victimes civiles irakiennes du régime Baasiste de Saddam Hussein y étaient enfouies. Parmi elles, des prisonniers politiques et des participants aux révoltes chiites et kurdes qui furent violemment persécutées après la guerre du Golfe de 1991. Il y avait aussi des restes de femmes, d’enfants et de vieillards. Selon certaines sources, le nombre total de victimes excéderait un million.

Ecoutons plutôt les propos de journalistes arabes sur ces horreurs découvertes en Irak. Dans un article intitulé «Nul ne présente ses excuses» dans le quotidien londonien de langue arabe Al-Sharq Al-Awsat, l’éditorialiste Ahmed Al-Rab’i écrit (24):

«Des douzaines de partis et de personnalités politiques ont applaudi Saddam Hussein et son régime. Ils l’ont tous défendu parce qu’ils considéraient ce régime comme nationaliste et ennemi du Sionisme, et quelques-uns ont même utilisé l’épithète de «démocratique» pour qualifier ce régime. Ces gens sont apparus sur différentes chaînes câblées arabes et dans les rues des villes arabes pour défendre le régime de Saddam Hussein, jusqu’à ce que le voile n’a été levé sur l’inconnu, jusqu’à ce qu’ils aient vu de leurs propres yeux les centaines de milliers de familles recherchant leurs chers disparus, les centaines de prisons secrètes dont les portes ne se fermèrent jamais et les milliers d’enterrés tout habillés d’une façon barbare et inhumaine».

« Plus encore, ils ont vu de leurs propres yeux comment ces opposants au régime étaient attachés à des explosifs et ont été explosés par un système de contrôle à distance, tandis que leurs meurtriers applaudissaient… Nous n’avons vu aucun de ceux qui défendirent Saddam et son régime se tenir debout avec courage et présenter leurs excuses aux Irakiens, admettre leurs fautes et affronter la vérité…»

«Y-a-t’il un seul homme de conscience qui pourrait être amené par ces images à admettre qu’il s’était trompé, qu’il était inconscient de la vérité, qu’il a été victime des médias (arabes) qui l’ont induit dans l’erreur. N’y-a-t’il donc personne qui dira au peuple, ce peuple qui a conduit les manifestations pour défendre le régime de Saddam Hussein, q’il avait tort? N’est-ce pas désastreux que celui qui a commis le crime de défendre le régime de Saddam et qui a trompé le peuple se refuse à présenter ses excuses. Et cette personne devrait d’abord sauver la face et ensuite sauver l’honneur de la nation arabe. »

Beaucoup d’arabes ont pêché….contre le peuple irakien se mettant du coté de ses exécuteurs, quand ils ont sous-estimé la sauvagerie avec laquelle le régime (irakien) traitait son propre peuple, quand ils ont ouvert leurs colonnes dans les médias à quiconque défendait ce régime morbide et quand ils ont refusé de traiter avec tolérance les opinions des autres. Il est plus que temps que certains d’entre eux se lèvent et avec un minimum de dignité s’excuse devant les irakiens…. !»

Dans un article intitulé «Mais qui s’excusera ?», l’éditorialiste Rajah Al-Khuri écrit dans le quotidien libanais Al-Nahar (25) :

« Plus d’un demi-siècle est passé depuis l’effondrement du troisième Reich et le peuple allemand ne s’est pas encore purgé des crimes nazis horribles commis par Adolf Hitler. Il y a quelques semaines, le régime de Saddam Hussein s’est écroulé et il n’y a toujours pas de signe que les régimes arabes aient compris le poids considérable des crimes horribles de Saddam Hussein…»

«Les faits ont révélé que la fosse commune de 15.000 victimes, comme toutes les fosses communes, sont la marque immense de la honte, non seulement sur le front du régime défunt irakien mais aussi sur le front de l’entière identité arabe et sur quiconque affirme «je suis un arabe» …car l’arabisme contemporain comprend aussi des mesures énormes de haine et de barbarie…»

«Nous avons tous vu le film de l’exécution des victimes par explosion contrôlée à distance, les poches bourrées d’explosifs. Plus tard, nous avons vu les exécuteurs applaudir quand les victimes éclataient en l’air en morceaux, leurs membres déchirés en lambeaux de chair et recouverts de poussière. »

«Nous avons ressenti quelque chose de précieux dans notre dignité d’homme partir en éclats (à la vue de ces images)… Nous avons eu le sentiment que, d’une manière ou d’une autre, nous étions partie prenante de cette culpabilité, car les meurtriers qui venaient de notre monde arabe étaient ceux-là même qui avaient perpétré ces méfaits de sauvage. »

«(Ces meurtriers) ont vendu (au monde arabe) les slogans de nationalisme et de progressivité tout en conduisant la monture de l’idéologie de l’arabisme qu’ils ont prostituée…Cette barbarie, sans précédent dans l’histoire humaine, a été commise par des mains arabes, par des mains qui ont éprouvé un tel plaisir dans la mort et le meurtre que les escadrons de la mort envoyaient les têtes de leurs victimes aux deux fils de Saddam Hussein dans des boîtes de carton.»

«Ces sacs en plastique trouvés dans des fosses communes contenaient des cranes criblés de balles, des corps enveloppés en lambeaux, liés par des cordes (ou) habillés dans des morceaux de vêtements déchirés… Des cordes reliaient encore les os d’une mère à deux de ses enfants et ceux d’un père à celui de son fils.

«Jusque là, nul n’a entendu une simple parole…pas une excuse, ni une déclaration qui puisse trahir une once de honte et de déshonneur, après l’horrible ignominie faite à l’image des arabes par Saddam Hussein, dont les portraits ont été brandis lors des manifestations contre la guerre.»

«Tous ces meurtres, toutes ces excavations qui déversent sur les rivages les os en décomposition des victimes, tout le choc causé par le Saddamisme, dont les crimes surpassent ceux du Nazisme et du Stalinisme et le monde n’a pas encore lu un seul communiqué exprimant du regret ou des excuses.»

«Nous ne savons pas ce qui est le plus important maintenant. Est-ce de reconstruire la Ligue arabe ou de reconstruire l’image honteuse de l’arabisme?

«Ce qui serait nécessaire (maintenant) est une excuse arabe au monde pour les crimes de Saddam, une excuse aux morts dans les fosses communes…une excuse au peuple irakien massacré, car ils étaient parmi nous ceux qui ont essayé de prolonger le massacre en défendant Saddam, en affirmant qu’ils protégeaient le peuple irakien.»

Dans « Les fosses communes de Saddam« , l’éditorialiste Ureib Al-Rintawi écrit dans le quotidien jordanien Al Dustour (26) :

«Avec la découverte des fosses communes (dans les banlieues de) Bassorah contenant… les restes de plus de 15.000 irakiens, l’histoire de Halabia semble être un épisode mineur dans le jeu sanglant expérimenté par le peuple irakien sous le régime baassiste de Saddam Hussein»

Ce régime a alloué des tombes – comme il l’a fait pour ses magnifiques palais présidentiels – dans les régions et les communautés d’Irak, équitablement et impartialement. De la même façon, tous les irakiens, compris des membres respectables et indiscutables du parti Baas, sont parmi les nombreuses victimes. Ces révélations épouvantables appellent une nouvelle évaluation des faits suivants:

«D’abord, la dictature du régime baasiste a atteint le niveau de Pol Pot et des Khmers rouges du Cambodge et, par rapport à elle, les autres capitales arabes ont l’air d’oasis de démocratie et des droits de l’homme.»

«Ensuite, l’idée que le changement pouvait venir de l’intérieur de l’Irak a été réfutée. Dans un tel régime, les irakiens ont du contenir leur souffrance et leur douleur pendant des décennies. Le changement de l’intérieur était inconcevable.»

«Enfin, à ceux qui sont encore immergés dans la recherche des causes de l’effondrement rapide du régime de Saddam Hussein, je dis ceci: «ne vous fatiguez pas à rechercher des conspirations, des intrigues et des trahisons. Les raisons de cette déroute sont le plus honteusement exposées par ces fosses communes.»

Dans «les fosses communes n’agitent pas leurs consciences», l’éditorialiste Salem Mashkur écrit dans le quotidien libanais Al-Nahar (27) :

«Beaucoup parmi ceux qui ont de bonnes intentions affirment qu’il est nécessaire aujourd’hui de tourner la page du passé irakien, d’ouvrir une (nouvelle) page de l’avenir et d’agir pour assurer que cette page sera différente de la précédente à cet égard.»

«Il est impossible d’atteindre cet objectif jusqu’à ce qu’on ne déverrouille le passé et les éléments qui ont mené à ce niveau d’oppression, de suppression et de destruction.

Nous devons être conscients de l’éventuelle récurrence de ces facteurs et de ces tragédies. Cela nécessite que nous analysions d’abord les implications de la tyrannie, de la dictature, de l’expropriation d’un pays (entier) et de sa subjugation aux intérêts d’un seul homme et de ses deux fils…a tel point que le peuple irakien, quand les forces étrangères ont envahi le pays, se soit tenu oisif, indifférent au résultat de tout. Tout ce que le peuple voulait était d’être sauvé de ce cauchemar…»

«Quand j’ai parlé ainsi devant la convention des étudiants de l’Université américaine de Beyrouth, mes mots ne furent pas bien reçus par le chef du mouvement libanais qui parlait après moi. Il décrivit mes mots comme «un nouveau pleurnichement irakien»et il appela à tourner la page du régime de Saddam et à penser à l’avenir car la nation arabe est en danger et qu’elle est sous une conquête oppressive, (l’occupation américaine). Il affirma aussi, «pour ce qui est des fosses communes, elles existent dans chaque pays arabe et ne sont pas uniques à l’Irak.» Comme mon interlocuteur s’exprimait, des centaines de femmes et de fils étaient exhumés d’un charnier de 15.000 irakiens, et parmi eux un grand nombre de femmes et d’enfants. Cette tombe est l’une des douzaines…exposées chaque jour.»

«Ce collègue tenta de nous distraire du sérieux des massacres… C’est ainsi que les défenseurs du régime défunt de Saddam, affirment qu’il n’était pas le seul despote du monde arabe. Alors que le régime massacrait son propre peuple durant des décennies, tous ces guerriers de la Djihad et les différents combattants arabes ont bien gardé leur langue. Certains ont même salué ces massacres, d’autres ont justifié leur silence en clamant que c’était une conspiration internationale.»

«Tous ces arguments reflètent le discours officiel et général arabe: comment l’individu est considéré quantité négligeable et le dénigrement de ses libertés, la dignité et même ses ossements dans le charnier

Dans «Les tombes… les tombes et une proposition», l’éditorialiste Hazem Saghiya écrit dans le quotidien de langue arabe de Londres, Al-Hayat (28) :

«Ce ne sont pas les tombes et le régime de Saddam Hussein qui sont effrayants. Ce qui est effrayant, ce sont ceux qui affirment «le régime de Saddam a pris fin, alors oublions ces fosses communes.» C’est effrayant par ce que dans l’ombre de cet oubli, le phénomène Saddam et ses tombes pourraient revenir…en Irak ou dans n’importe quel pays arabe dirigé par la culture de«oublions cela».

«En 1940, sous les ordres de Staline, les soviétiques ont exécuté dans la forêt de Katin 4.000 officiers polonais qui avaient été faits prisonniers. Cette fosse commune devint la structure de la culture nationale polonaise et (un facteur clé) des relations sociéto-polonaises et plus tard des relations russo-polonaises.»

«Saddam a rempli les tombes de ses citoyens, à un point tel qu’il est encore plus difficile d’oublier. Le nombre des victimes …se situe entre un million et un million et demi de personnes… Il y a maintenant un schisme dans la culture arabe…Ceux qui veulent s’opposer aux Etats-Unis en oubliant et en mobilisant tous leurs efforts dans le but (de résister). Mais même si tous s’accordent à oublier et à se battre contre (les USA), la route qu’ils prendront les mènera à un nouveau Saddam et à de nouvelles tombes…»

«Seulement ceux qui crient contre les fosses communes…verront respectées leurs exigences d’en finir avec la présence américaine sur le sol irakien. Sinon, comment pourrait-on être si anxieux de libérer l’Irak et indifférent face à la mort collective d’irakiens?»

«Celui qui transforme ces fosses communes en monuments, qui les dédie comme une leçon pour l’avenir, qui cherche à exposer les morts, un après l’autre, pour exposer l’histoire de la vie de chacun, qui leur redonne un peu de leur individualité et les libère de n’être que des morceaux d’être humain et des cadavres…seul son appel…d’en finir avec l’occupation américaine sera crue…»

«Pour éviter la réapparition de telles tombes, nous devons discuter des raisons de leur existence … et ces raisons concernent la ‘domination des peuples’ par les tyrans avec des dogmes et des slogans…»

En guise de conclusion…

Par quelle opération de sorcellerie George W. Bush a-t-il pu être considéré comme plus dangereux que Saddam Hussein ? Comment des peuples ont-ils pu mettre le président d’une grande nation démocratique sur le même plan que le Boucher de Bagdad ?

Si nous rôdons un peu misérablement au milieu de nos contemporains de ce début de 21ème siècle, c’est dans le vain espoir d’élucider leur comportement. Naguère,  au plus fort de la crise des Balkans, même Bill Clinton ne fut pas mis sur le même plan que Milosevic.

Aussi atypique que cela puisse paraitre, John F. Kennedy – érigé bien maladroitement comme un chevalier pacifiste par une gauche radicale en mal de héros – aurait probablement été du côté de George W. Bush aujourd’hui. Dans un ouvrage qu’il publia en 1957, Profiles in Courage, et pour lequel il reçut le prix Pulitzer, JFK écrivit :

« Le courage est l’occasion qui tôt ou tard s’offre à chacun de nous ».

Et cette occasion se présente lorsque :

«  Un homme fait ce qu’il doit – malgré toutes les conséquences que cela peut avoir pour lui, malgré tous les obstacles, tous les périls et toutes les pressions – et c’est la base même de la moralité humaine ». (29)

Winston Churchill fut l’un des premiers leaders occidentaux a reconnaître très tôt la menace soviétique. Il mourut en 1965, dans sa 91ème année, sa réputation ayant déjà eu à souffrir de certaines allusions concernant plusieurs stratagèmes amoraux qu’il avait utilisés dans la conduite de la guerre.  Notamment de sa responsabilité dans l’épisode de Coventry, de Dieppe, la manipulation des forces de la Resistance, Fortitude, Bodyguard, l’utilisation d’Ultra, de la ruse et de tant d’autres stratégies, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais en 1974, à l’occasion du centenaire de sa naissance, le New York Times n’en reconnut pas moins la pérennité de la place qu’il occupe dans l’histoire :

« Mais quel homme ! le son familier de cette voix… nous rappelle à nouveaux qu’à de rares moments de l’Histoire, un homme de courage, de vision, et d’éloquence, peut faire toute la différence, non seulement pour la Grande-Bretagne, mais pour tout le monde… Où et quand la Grande-Bretagne, où n’importe lequel d’entre nos pays, retrouveront-ils une telle inspiration ? » (30)

Il est probable que l’Amérique l’ait trouvée en la personne de Georges W. Bush.

—————

George W. Bush : De l’héritage à la doctrine (1ère partie)

George W. Bush : De l’héritage à la doctrine (2ème partie)

—————

10. L’actuel Yémen est né en 1990 de la réunion de la République démocratique et populaire du Yémen (Yémen du Sud) et de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord).

11. Conférence de presse du 28 avril 1980 à Skhirat. Map Document, avril 1980, p. 36

12. Anouar Al Sadate, A la recherche d’une identité, Paris, Fayard, 1978, p. 424.

13. Abdelatif Filali, Le Maroc et le monde arabe, Préface de Hubert Védrine, Scali, 2008, p. 288-295.

14. Jeanne Assouly, Irak, la Vérité, Editions Telemaque, 2006, p. 153-156.

15. Al-Mutamar, 16-22 août 2002

16. Al-Watan (Koweït), le 28 septembre 2002

17. Al-Akhbar (Egypte), le 18 mars 2003

18. Al-Sharq Al-Awsat, le 10 janvier 2003

19. Al-Riyadh, le 9 février 2003

20. Al-Hayat, le 1er février 2003

21. Al-Jazira, le 25 janvier 2003

22. Al-Gumhurriya, le 9 janvier 2003

23. Jean-Pierre Chevènement, Jeune Afrique, 14 décembre 2003.

24. Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 19 mai 2003

25. Al-Nahar (Liban), 20 mai 2003

26. Al-Dustour (Jordanie), 19 mai 2003

27. Al-Nahar (Lebanon) 21 mai 2003

28. Al-Hayat (Londres), 25 mai 2003

29. John Fitzgerald Kennedy, Profiles in Courage, Harper & Brothers, 1957, p. 215

30. The New York Times, 30 février, 1974



Laisser un commentaire


5 réponses à “George W. Bush : De l’héritage à la doctrine (3ème et dernière partie)”

  • 5
    James:

    De nouvelles révélations :

    The Secret Casualties of Iraq’s Abandoned Chemical Weapons

    GIs sickened as US kept Iraq chemical weapons secret

  • 4
    James:

    Syrie: Juppé veut s’affranchir de l’ONU

    L’ancien ministre des Affaires étrangères et maire de Bordeaux Alain Juppé (UMP) a appelé ce matin dans un billet publié sur son blog à « s’affranchir des blocages onusiens et aider militairement la résistance syrienne ».

    « Les démocraties avaient prévenu: l’utilisation d’armes chimiques par le régime est la ligne rouge à ne pas franchir. C’est fait », écrit-il dans un billet intitulé « l’innommable ». « Je sais bien que le Conseil de Sécurité est bloqué par le veto des complices du régime syrien, Russie en tête. Je sais que le respect de la légalité internationale, c’est-à-dire l’autorisation dudit Conseil préalablement à tout emploi de la force, est un principe de base de notre diplomatie. Mais il n’est pas besoin d’invoquer Antigone pour se souvenir qu’il existe des lois non écrites qui l’emportent sur le droit positif« , poursuit celui qui fuit ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995 et de février 2011 à mai 2012.

    « C’est risqué. Je connais les objections, sérieuses, qu’on peut soulever à l’encontre de toute intervention. Mais la seule alternative, c’est la poursuite du martyre du peuple syrien. Il ne faudra plus, alors, continuer à verser des larmes de crocodile. Il nous restera le silence de la complicité », prévient Alain Juppé.

  • 3
    James:

    Bush More Popular Than Obama

  • 2
    Letel:

    « Dix jours après la fin de ma présidence, je me suis retrouvé là avec un sac en plastique à la main, à ramasser ça (les crottes de son chien Barney), ce que j’avais pu éviter depuis huit ans. »
    George Bush, lors d’une conférence à l’université du Texas, à Tyler, sur les bons et les mauvais côtés de la présidence.

    « Bush said during his first days out of office, he took his dog Barney on a walk around his new neighborhood in Dallas. He hadn’t been on a walk in a neighborhood for almost a decade, he said, and it was a liberating feeling.

    The experience also was new to Barney too who saw a neighbor’s yard and took the opportunity to relieve himself. »

    “Ten days out of the presidency, there I was with a plastic bag in my hand, picking up that which I had been dodging for eight years,” he said to many laughs. »

  • 1
    Letel:

    « Dix jours après la fin de ma présidence, je me suis retrouvé là avec un sac en plastique à la main, à ramasser ça (les crottes de son chien Barney), ce que j’avais pu éviter depuis huit ans. »
    George Bush, lors d’une conférence à l’université du Texas, à Tyler, sur les bons et les mauvais côtés de la présidence.

    http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/northamerica/usa/8077317/Bush-From-presidential-pampering-to-pet-poop.html

    « Bush said during his first days out of office, he took his dog Barney on a walk around his new neighborhood in Dallas. He hadn’t been on a walk in a neighborhood for almost a decade, he said, and it was a liberating feeling.

    The experience also was new to Barney too who saw a neighbor’s yard and took the opportunity to relieve himself. »

    “Ten days out of the presidency, there I was with a plastic bag in my hand, picking up that which I had been dodging for eight years,” he said to many laughs.

    http://tpstage.sx.atl.publicus.com/article/20101020/NEWS08/101029998