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Prise de dette entre Delhommais et Rocard : de la dette privée à la dette publique et vice versa.

Posté le Lundi 14 décembre 2009 par sil

« Michel Rocard nous répond », par Pierre-Antoine Delhommais, pour Le Monde.

Cela ne va toujours pas bien à Dubaï, que le riche cousin Abou Dhabi tarde à renflouer. Cela ne va pas non plus très fort en Espagne, où le chômage approche les 20 % et dont la dette préoccupe beaucoup Standard & Poor’s, ce qui n’augure jamais rien de bon. Au Royaume-Uni, Gordon Brown, à quelques mois d’élections qui s’annoncent aussi périlleuses pour son parti que le financement du déficit budgétaire, fait preuve d’une grande créativité fiscalo-démago-morale, en taxant les bonus des traders et en baissant les salaires de ses hauts fonctionnaires.

La Grèce se trouve quant à elle carrément au bord de la banqueroute, la seule question étant de savoir si c’est le Fonds monétaire international (FMI) ou Bruxelles qui va sortir le carnet de chèques et diriger, de fait, la politique économique du pays, à la place de M. Papandréou.

Tous ces événements confirment qu’on est bien en train de passer d’une crise de la dette privée à une crise de la dette publique, de Lehman Brothers à la Grèce, que le virus des subprimes a voyagé de Wall Street jusqu’à l’Acropole.

Dieu merci, la France est à l’abri de ces vents mauvais qui soufflent sur les marchés d’emprunts d’Etat. Pour preuve, Nicolas Sarkozy dévoilera lundi 14 décembre tous les détails de son grand emprunt. Jusqu’à lui donner un nom ? Nul n’ose sérieusement imaginer un seul instant qu’il puisse en porter un autre que le sien. A propos de l’ »emprunt Sarkozy », donc, nous avons reçu de Michel Rocard la lettre suivante :

« L’article que vous avez publié sous le titre « J’emprunte donc je suis » appelle de ma part trois remarques. La première concerne l’objet même de l’emprunt. Il est symptomatique que vous ne citiez qu’une seule fois les mots mêmes du président de la République : « financer l’avenir de la France », au début de l’article, pour n’y plus revenir ensuite, comme s’il n’y avait aucun problème à cet égard et s’il s’agissait là d’un mauvais alibi.

On eût souhaité lire sous votre plume votre avis sur le retard des universités françaises dans les classements mondiaux, sur les conséquences prévisibles de la baisse significative et constante du pourcentage d’étudiants s’orientant vers les sciences exactes, et sur le blocage faute de financements de programmes de recherche majeurs dans les sciences du vivant, dans les nanotechnologies, dans les énergies renouvelables ou dans la préparation d’objets moins énergivores pour nos déplacements urbains, notre chauffage ou nos activités maritimes, aériennes et spatiales. C’est de ce diagnostic que dépend la possibilité pour la France de maintenir ou de reconquérir de fortes positions mondiales, ou d’être suiviste et importatrice (d’où la dette de demain, monsieur) dans ces domaines dont dépend notre avenir.

La seconde concerne la dette. C’est le monde entier que la crise bancaire financière et économique en cours a affecté d’une augmentation spectaculaire et dangereuse de l’endettement. Quelques pays sont en faillite pure et simple, Hongrie, Lettonie, Islande. Les Etats-Unis portent une dette ahurissante (37 trillions de dollars) mais c’est moins grave pour eux que pour d’autres, aussi longtemps que le dollar restera la monnaie du monde, à cela près que justement leur dette met en cause ce règne du dollar.

Aux limites de l’étranglement sont aussi l’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie et la Belgique et quelques autres. Les deux pays qui ont le moins mal résisté sont la France et l’Allemagne, même si leur dette à toutes deux est en train d’approcher 80 % du PNB, ce qui est énorme, dangereux, mais moins que la moyenne. Nos deux Trésors publics restent notés AAA, sans annonce de modification prochaine comme ce vient d’être le cas pour l’Angleterre. C’est justement cette situation comparative qui laisse à la France la marge de liberté de se poser la question de savoir s’il n’y a pas encore plus d’urgence à renforcer nos positions pour l’avenir, du moment que l’augmentation annuelle de notre dette est acceptable par les marchés. L’emprunt en représente 12 % ; les opérateurs considèrent ce niveau comme acceptable, précisément. Pour en discuter, il eût fallu relativiser et comparer. Votre papier eût été plus convaincant si vous l’aviez fait.

Ma troisième remarque me concerne personnellement. Vous écrivez : »Deux anciens premiers ministres, Rocard à gauche, Juppé à droite, qui il est vrai avaient pratiqué avec brio l’art du déficit quand ils occupaient leur poste… » Je ne peux ni ne cherche à parler au nom d’Alain Juppé. Pour ce qui me concerne, il me faut rappeler quelques faits.

Je suis nommé le 10 mai 1988. Le budget de cette année a été arrêté par le gouvernement et la majorité précédente avec un déficit de 135 milliards de francs. Je l’exécute au milliard près. Je fais adopter pour 1989 un budget au déficit de 115 milliards, puis pour 1990 un budget au déficit de 100 milliards, tous deux exécutés au milliard près. Je fais adopter le budget pour 1991 avec un déficit de 90 milliards. Je quitte mes fonctions en mai, ce dernier budget sera exécuté avec un déficit majoré de près de 4 milliards. La récession de 1992 commençait en effet à se faire sentir fin 1991. Est-ce ce type de gestion que vous appelez « pratiquer avec brio l’art du déficit » ? Une meilleure mémoire vous aurait évité ce que, compte tenu justement de l’idée que je me fais des finances publiques et de la dette, je ne peux considérer que comme une insulte. »



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3 réponses à “Prise de dette entre Delhommais et Rocard : de la dette privée à la dette publique et vice versa.”

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    sil:

    Il es tout de bon ce Delhommais;

  • 2
    Letel:

    « Au milieu du XVIIIe siècle, Jean-François Melon (1675-1738), secrétaire de John Law (1671-1729), avait établi un théorème séduisant selon lequel « un Etat ne peut jamais être affaibli par ses dettes, parce que les intérêts sont payés de la main droite à la main gauche ».

    L’Etat reversant d’un côté au peuple ce qu’il lui prenait de l’autre, sa dette étant du coup neutre et indolore. Adam Smith avait déjà vivement contesté ce principe, les travaux de Rogoff et Reinhart confirment qu’un endettement public excessif nuit gravement à la santé de l’économie. »

  • 1
    sil:

    Recherche et jeux de piste de l’emprunt Sarkozy