Posté le Samedi 21 novembre 2009 par jc durbant
En ces temps, crise mondiale oblige, aux étranges relents de Grande Dépression …
Et au moment où triomphe dans les musées parisiens la Renaissance flamande …
Retour, via un livre qui lui avait été consacré il y a quelques années pour son 75e anniversaire par l’historien de Harvard Steven Biel (“American Gothic: a life of America’s most famous painting”, 2005 – merci Samuel Laurent) …
Sur le curieux parcours d’un des plus célèbres et des plus décriés et parodiés tableaux américains du début justement des années 30, le fameux American Gothic (qui fera chez nous la couverture du célèbre ouvrage de Tocqueville, De la démocratie en Amérique) …
Où comment la redécouverte, par un peintre régionaliste américain (Grant Wood alors âgé de 39 ans) fraichement rentré d’Europe et confronté à l’abstraction continentale qui gagnait alors l’Amérique, de l’austérité sacrée de la Renaissance allemande dans la façade néo-gothique d’une maison de son Iowa natal …
Elle-même d’ailleurs inspirée (grâce à l’invention de la scie à chantourner à vapeur et l’apparition des moulures en bois produites en série – on parle ainsi de “gothique du charpentier” ou gothique rural) de l’engouement de l’architecture anglo-saxonne d’alors pour les formes médiévales tant des temples protestants que des campus universitaires ou des édifices publics …
Finit, à partir du climat anti-provincial des années 30 des Sherwood Anderson et des Sinclair Lewis puis de la contestation des années 60, en véritable icône, systématiquement et continument parodiée depuis, de la dénonciation de la culture censément bornée et répressive de la “Bible Belt” américaine (la menaçante fourche du puritain rural censée défendre tant la pruderie supposée de sa fille que le sacré emprunté de sa propriété ) …
Mais aussi, par un curieux retour des choses et en réaction de la part des provinces ainsi stigmatisées (l’artiste se gardant bien lui-même de lever l’ambiguité de sa ruralité reconstituée – “le genre de personnes que j’imaginais vivre dans cette maison” – sa soeur et son dentiste jouant les fermiers américains), en véritable étendard et célébration des vertus et des valeurs les plus sacrées, de détermination pionnière et de liberté individuelle, de l’Amérique profonde …





