Posté le Mercredi 4 novembre 2009 par jc durbant
Juif alsacien né en Belgique d’un père peintre (portraitiste) ruiné par l’arrivée de la photographie, exilé dans des lycées de province comme professeur de philosophie, égaré un temps à la SFIO, exilé volontaire au Brésil grâce au réseau normalien, transfuge de la philosophie pour la sociologie puis l’ethnologie, révoqué en 1940 par les lois raciales de Vichy, réfugié à New York avec nombre de savants juifs “gibiers de camp de concentration” grâce à la fondation Rockefeller, récupéré par les Affaires étrangères comme conseiller culturel, sous-directeur du musée de l’Homme, directeur d’études de l’École pratique des hautes études, sorti de l’anonymat par le grand public via un livre de voyage contre les voyageurs, élu après deux échecs au Collège de France puis à l’Académie française, embaumé de son vivant à la Pléiade puis au Musée Chirac du Quai Branly, inhumé quasiment en cachette pour éviter la médiatisation …
Derrière le véritable tsunami d’hommages …
Qui, à l’occasion de la disparition du père fondateur du multiculturalisme en ce premier anniversaire de l’élection du premier président américain multiculturel et postmoderne, ne va pas manquer et a déjà commencé de déferler sur nous …
Le parcours du premier académicien centenaire de l’histoire n’a, on le voit, pas toujours été un long fleuve tranquille.
Et ce tant à l’Université, où l’exemple par excellence de ce que Bourdieu appelait un “hérétique consacré” n’eut jamais qu’une position marginale, qu’à l’Académie française elle-même.
Mais surtout, comme a le mérite de le rappeler la fameuse et vitriolique réponse de Roger Caillois à son entrée Quai Conti, le génial grammairien de la pensée mythique qui, appliquant l’analyse structurale de la linguistique de Saussure et Jakobson à l’anthropologie, a contribué si puissamment à “casser l’etnocentrisme occidental” du début du XXe siècle et suscité, avec et contre lui, tant de questions, travaux et chercheurs (Bourdieu contre son refus de l’histoire et du social comme Girard contre son refoulement du sacrifice).
Est aussi pour une large part, avec nos Barthes, Foucault et Derrida nationaux, l’un des pères fondateurs plus ou moins volontaire de l’actuel postmodernisme politiquement correct et de son relativisme culturel dont on sait les ravages dans les universités américaines et ailleurs …
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6 réponses à “Disparition de Claude Lévi-Strauss: Etrange destinée de l’ethnographe… (Looking back at the heretic behind the consecration)”
13 nov 09 à 02:48
Titre idiot du Nouvel Obs,
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A journal idiot, titre idiot!
11 nov 09 à 05:07
Titre idiot du Nouvel Obs, « Le dernier des géants »
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Le Nouvel Obs est irreverencieux ! Ils ont oublie Jean Daniel ?
10 nov 09 à 11:56
N’y aurait-il pas un futur Marx par exemple, encore au repos dans les bourses de nos contemporains, pour animer un peu plus le XXIe siècle ? On en frémit…
10 nov 09 à 11:54
Titre idiot du Nouvel Obs, « Le dernier des géants ». Pourquoi diable serait-il le dernier, l’humanité va-t-elle s’arrêter en 2010 ?
9 nov 09 à 10:59
Sur son rapport à sa judaïté et son parcours:
«On m’a traité de sale juif dès l’école communale…»
«Se découvrir subitement contesté par une communauté dont on croyait être partie intégrante peut conduire un jeune esprit à prendre quelque distance à l’égard de la réalité sociale, contraint qu’il est de la considérer simultanément du dedans où il se sent et du dehors où on le met.»
«Je me sens concerné par le sort d’Israël, affirmera-t-il des années plus tard, de la même façon qu’un Parisien conscient de ses origines bretonnes pourrait se sentir concerné par ce qui se passe en Irlande: ce sont des cousins éloignés…»
4 nov 09 à 06:55
Morceaux choisis:
« Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. »
Roger Caillois (1974)
« Les révolutions symboliques ne sont jamais accomplies que par des hérétiques consacrés. »
Pierre Bourdieu
« Ce fut donc une carrière universitaire mouvementée dont le trait le plus frappant est sans doute de s’être déroulée toujours en dehors de l’Université proprement dite. »
Claude Lévi-Strauss (Libération, 2 juin 1983)
« Quelque chose se trouve plus fréquemment peut-être dans certaines familles juives que dans d’autres: une intense préoccupation pour la vie intellectuelle; et aussi cette idée, inconsciente d’ailleurs, que les difficultés qu’on pouvait rencontrer dans l’existence, du fait des origines raciales, devaient être compensées par un effort soutenu dans des domaines où les obstacles à surmonter étaient moins nombreux. »
Claude Lévi-Strauss (L’Express, 1986)
« Ce que je constate: ce sont les ravages actuels; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne —-si je puis dire—- et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime. »
Claude Lévi-Strauss (2005)
« Dans nos sociétés occidentales, nous éloignons les indésirables, tandis que dans d’autres sociétés, on les ingère ! Lévi-Strauss va très loin dans le relativisme culturel. »
Roland Pourtier (géographe)
« Lévi-Strauss ne cesse de débusquer la géométrie sous la peinture, le solfège sous la mélodie, la géologie sous le paysage. Dans le foisonnement jugé imprévisible des mythes, il discerne une grammaire aux règles strictes. Dans l’apparent arbitraire des coutumes matrimoniales, il découvre une logique implacable. Dans le prétendu fouillis de la pensée des “sauvages”, il met au jour une complexité, une élaboration, un génie inventif qui ne le cède en rien à ceux des soi-disant “civilisés”. »
Roger-Pol Droit
« Il ne se passe guère d’année sans que je reçoive, en général d’Afrique, une commande de jeans. »
Claude L. Strauss
« Je lui reste fidèle [à Marx], non pas, disons, sur le plan des idées politiques, mais parce que je lui suis redevable de deux idées qui restent pour moi centrales et qui ont toujours orienté ma pensée. (…) Qui sont : 1. La conscience, qu’elle soit individuelle ou collective, est trompeuse vis-à-vis d’elle-même et, par conséquent, si l’on veut atteindre des réalités plus solides, il faut descendre en dessous du niveau de la conscience, ce qui, pour moi. n’est pas autre chose que transposer aux sciences humaines et sociales la distinction philosophique de Locke et de Descartes entre qualités secondes et qualités premières (les qualités secondes sont trompeuses ; les qualités premières, elles, correspondent à la réalité). 2. Marx m’a enseigné, parce que je crois que c’est lui qui l’a inventée, la méthode des modèles dans les sciences humaines et sociales. Après tout, cet énorme « Capital » n’est rien d’autre qu’un modèle construit en laboratoire, que l’on fait fonctionner et qu’on met à l’épreuve des ” faits ethnographiques “, si je puis dire : les rapports des inspecteurs de fabrique, et autres, pour voir si le modèle est conforme au réel. »
Claude Lévi-Strauss
« Cela n’a aucune importance, parce que si ça plait aux féministes de dire que ce sont les femmes qui échangent les hommes, cela n’altère en rien la théorie ;il suffit de remplacer les signes plus par les signes moins, et tout fonctionne de la même façon. »
Claude Lévi-Strauss
« J’ai réagi contre cette tendance qui consiste à banaliser la notion de racisme, qui désigne une doctrine fausse mais précise à en faire une sorte d’amalgame qui ne veut plus rien dire. Quand on dénonce comme racistes un attachement à certaines valeurs, un manque de goût pour d’autres – attitudes excusables ou blâmables, mais profondément ancrées dans les communautés humaines – on aboutit à ceci : les gens a qui on fait ce reproche se disent “Si c’est ça le racisme, alors, moi, je suis raciste”. Et il me semble qu’on fabrique ainsi des racistes. »
Claude Lévi-Strauss
« Si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance des règlements (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions); revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses; et pas de femmes.
En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à le reconnaître eux-mêmes comme existants.
Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane » …
Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques, 1955)
« J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. »
Claude Lévi-Strauss (Magazine littéraire, 2003)





