Posté le Dimanche 4 octobre 2009 par jc durbant
A l’heure où Newsweek s’inquiète de “l’envie d’Obama” dont souffrirait notre Sarko national face au Pleurnicheur en chef …
Et après les fureurs sacrées, les chasses aux sorcières, les bâtiments hypocondriaques ou la course au toujours moins …
Retour, dans notre série phénomènes mimétiques de masse, sur les extraordinaires formes que peuvent prendre, en notre monde toujours plus mondialisé, cette fameuse envie du pénis que Freud voulait réserver aux seules femmes.
Ou comment, à partir de la variabilité interindividuelle mais aussi tout simplement naturelle de l’organe
(de 1 à 3 pour cause, on le sait, de régulation thermique via la contraction ou rétraction réflexe des bourses par le muscle crémaster rapprochant ou éloignant ainsi les testicules du corps pour, selon la température ambiante – mais aussi l’état psychologique et le stress -, les réchauffer ou les refroidir, permettant ainsi aux bourses d’assurer leur fonction de frigo du sperme en maintenant les testicules à la température constante la plus favorable à la production de spermatozoïdes, soit environ 3 degrés de moins que le reste du corps)
Peuvent se greffer toutes sortes de complications allant, en nos sociétés occidentales, du simple syndrome des vestiaires (fonds de commerce apparemment sans fond, si l’on en croit nos pourriels, des vendeurs d’accessoires ou de techniques chirurgicales d’agrandissement – chacun ses injections de silicone!).
A de véritables épidémies, en d’autres parties du monde comme en Asie (Chine, Indonésie, Singapour, Inde, sous le terme générique de Koro) ou en Afrique (Bénin, Nigeria, Ghana, Congo, Soudan, souvent liées à des accusations de sorcellerie),… de panique collective de rétraction ou de vol de pénis!
Ainsi, cette phobie des “rétrécisseurs de sexe” et son tribut de lynchages divers, remarquablement bien analysés par le journaliste indépendant Jean-Jacques Mandel (pour “Géo magazine” et les “Cahiers d’études africaines” en 2008) qui, il y a une dizaine d’années, a “traversé l’Afrique de l’Ouest à la vitesse d’un cyclone et fait les mêmes ravages: près de trois cents morts, plus de trois mille blessés, victimes expiatoires de la vindicte populaire”.
Le tout apparemment à partir d’une simple rumeur lancée en août 1996 dans la ville du Cameroun anglophone de Limbé (et amplifiée de plus par la presse locale) de colporteurs Nigérians prétendument dotés de pouvoirs maléfiques (toujours aussi bénéfiques puisque ce sont les mêmes qui vendent les aphrodisiaques), censés faire ‘disparaître’ les organes génitaux par simple effleurement ou poignée de main.
Sur fond naturellement de profondes mutations sociales et économiques (dévaluation du CFA, ‘démocratisation’ de façade, faillite des États, exaspération des inégalités, prévarication, délinquance, exode rural, déracinement, replis communautaires, islamisme, antisémitisme), vite attribuées souvent à l’Occident rapace …
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Une réponse à “Phénomènes mimétiques: Invasion des voleurs de pénis (When the locker room syndrome runs amok)”
4 oct 09 à 05:26
Morceaux choisis:
« J’ai travaillé avec Freud à Vienne. On s’est brouillé sur le concept d’envie du pénis. Il voulait le limiter aux femmes. »
Woody Allen (« Zelig »)
« Cet homme qui, rapporte-t-on, est originaire d’Afrique occidentale, est un agent sioniste impérialiste envoyé pour empêcher la population de procréer et de se multiplier. »
Jafar Abbas (chroniqueur soudanais résidant à l’étranger, Al-Watan, Arabie Saoudite, septembre 2003)
« Le plus drôle est que le préjugé est colporté depuis des siècles par des Blancs racistes, tant et si bien qu’aujourd’hui nombre de Noirs, eux-mêmes persuadés de leur supériorité sexuelle, ne supportent pas qu’on veuille la démystifier. L’auteur rapporte notamment les résultats édifiants d’une enquête d’opinion Ipsos effectuée en avril dernier en Martinique. “Au fond, démolir cette légende comme Serge Bilé le fait (et il va jusqu’à évoquer la triste condition des Noirs dotés d’un petit sexe, terriblement inhibés à l’idée de provoquer une double déception), c’est risquer de mettre à mal un cas historique de discrimination positive. A cette aune, on mesurera l’enjeu politique d’un essai consacré au sexe des Noirs. »
Pierre Assouline (sur “Le Sexe surdimensionné des noirs” de Serge Bilié)
« C’est le sexe de l’homme qui est visé car dans nos sociétés natalistes c’est le symbole de la richesse et du pouvoir. Lui voler son sexe c’est prendre son pouvoir. »
Felix Koné (sociologue africain)
« Sur les marchés on vend d’énormes quantités d’aphrodisiaques, non pour améliorer les performances sexuelles, mais pour pallier les disfonctionnements… Comme disait Napoléon, l’homme place sa fierté là où il est le plus fragile ! (…) Ce n’est pas pour rien que le Haoussa a été pris pour cible, il est le spécialiste incontesté de la fabrication des aphrodisiaques. Or, dans la société haoussa, la puissante caste des bouchers mêle la préparation de la viande à son corollaire, l’hyper-sexualité. “Les maîtres des sauces” sont en effet les génies de l’étrange gastronomie à fin sexuelle… »
Yannick Jaffré (anthropologue français)
« La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. »
Gil Bailie
A l’heure où Newsweek s’inquiète de “l’envie d’Obama” dont souffrirait notre Sarko national face au Pleurnicheur en chef …
Et après les fureurs sacrées, les chasses aux sorcières, les bâtiments hypocondriaques ou la course au toujours moins …
Retour, dans notre série phénomènes mimétiques de masse, sur les extraordinaires formes que peuvent prendre, en notre monde toujours plus mondialisé, cette fameuse envie de pénis que Freud voulait limiter aux femmes.
Ou comment, à partir de la variabilité interindividuelle mais aussi tout simplement naturelle de l’organe
(de 1 à 3 pour cause, on le sait, de régulation thermique via la contraction ou rétraction réflexe des bourses par le muscle crémaster rapprochant ou éloignant ainsi les testicules du corps pour, selon la température ambiante – mais aussi l’état psychologique et le stress -, les réchauffer ou les refroidir, permettant ainsi aux bourses d’assurer leur fonction de frigo du sperme en maintenant les testicules à la température constante la plus favorable à la production de spermatozoïdes, soit environ 3 degrés de moins que le reste du corps)
Peuvent se greffer toutes sortes de complications allant, en nos sociétés occidentales, du simple syndrome des vestiaires (fonds de commerce apparemment sans fond, si l’on en croit nos pourriels, des vendeurs d’accessoires ou de techniques chirurgicales d’agrandissement – chacun ses injections de silicone!).
A de véritables épidémies, en d’autres parties du monde comme en Asie (Chine, Indonésie, Singapour, Inde, sous le terme générique de Koro) ou en Afrique (Bénin, Nigeria, Ghana, Congo, Soudan, souvent liées à des accusations de sorcellerie),… de panique collective de rétraction ou de vol de pénis!
Ainsi, cette phobie des “rétrécisseurs de sexe” et son tribut de lynchages divers, remarquablement bien analysés par le journaliste indépendant Jean-Jacques Mandel (pour “Géo magazine” et les “Cahiers d’études africaines” en 2008) qui, il y a une dizaine d’années, a “traversé l’Afrique de l’Ouest à la vitesse d’un cyclone et fait les mêmes ravages: près de trois cents morts, plus de trois mille blessés, victimes expiatoires de la vindicte populaire”.
Le tout apparemment à partir d’une simple rumeur lancée en août 1996 dans la ville du Cameroun anglophone de Limbé (et amplifiée de plus par la presse locale) de colporteurs Nigérians prétendument dotés de pouvoirs maléfiques (toujours aussi bénéfiques puisque ce sont les mêmes qui vendent les aphrodisiaques), censés faire ‘disparaître’ les organes génitaux par simple effleurement ou poignée de main.
Sur fond naturellement de profondes mutations sociales et économiques (dévaluation du CFA, ‘démocratisation’ de façade, faillite des États, exaspération des inégalités, prévarication, délinquance, exode rural, déracinement, replis communautaires, islamisme, antisémitisme), vite attribuées souvent à l’Occident rapace …
Extraits:
À la mi-août, le Cameroon Post, hebdomadaire de langue anglaise, fait pour la première fois état d’émeutes suivies de lynchages dans les bourgades de Limbé, Tiko, Muea et Batoké, toutes situées au pied des monts Cameroun, à un vol de busard de la frontière. Devant l’ampleur du phénomène, les forces de sécurité sont mises en alerte et opèrent rapidement de nombreuses arrestations dans la communauté nigériane de la bourgade pétrolière de Limbé, changée en cocotte-minute par la rumeur qui, selon l’hebdo Le Messager, couvait depuis le Noël précédent. Toute personne suspectée de sortilège sera désormais mise en garde à vue ; une façon comme une autre de protéger les suspects du lynchage en passe de devenir le sport local quotidien.
Ce qui n’empêche pas les émeutes de se multiplier. Trois morts et une dizaine de blessés en l’espace d’une seule semaine. Dès lors, chacun connaissant au moins quelqu’un qui a vu ou connaît quelqu’un qui a vu quelqu’un dont le sexe a été rétréci par un Nigérian, la psychose gagne à une vitesse fulgurante. Elle emprunte les transports en commun, gagne les villes voisines jusqu’aux environs de Douala et remonte vers le centre du pays. « Tous les hommes se promènent les mains bien enfoncées dans les poches et refusent d’échanger des poignées de mains », s’inquiète l’AFP dans une dépêche du 20 août 1996 émise de la capitale, Yaoundé, où la rumeur qui est annoncée fait craindre l’embrasement de la ville. Le risque est réel car la cité ne s’est jamais vraiment remise de cette terrible année 1978 où pareille rumeur, imputée à une vieille sorcière irascible, avait obligé les habitants à protéger de palmes le seuil de leurs maisons, seul remède magique capable de détourner le courroux démoniaque. Cette même année, les Camerounais s’en souviennent encore avec effroi, dans le Sud, non loin de Limbé comme par hasard, « les jours de marchés des malfrats faisaient disparaître le sexe des hommes et déplaçaient sur le front celui des femmes ! ».
La trame de cette rumeur naissante n’est pas le fruit d’un délire collectif mais la projection imaginaire des conséquences d’un fait avéré : une escroquerie montée par de faux colporteurs de médicaments mais vrais charlatans ambulants. Le scénario de l’arnaque, pratiquée par un duo de compères haoussas gonflés, sera invariable dans les pays que la rumeur va traverser. Toujours le même film. Sur un marché, une gare routière, à un carrefour, un étranger demande des renseignements à l’autochtone, il lui serre la main ou lui tape sur l’épaule. Puis il poursuit son chemin. Alors tout va très vite : la personne touchée par l’inconnu éprouve un frisson glacial ou bien une chaleur intense, des picotements ou encore de vives démangeaisons. Autant de signes qui annoncent la disparition imminente du sexe qui aussitôt se recroqueville, pire qui disparaît au plus profond du corps. Comme par miracle, un complice s’approche de la victime désemparée : il assure posséder les médicaments permettant au sexe de recouvrer sa taille initiale. Il peut même les lui vendre contre une coquette somme. Une sorte de rançon qui varie, selon les lieux et la qualité des victimes, de cinq mille francs CFA (environ 7,50 €) à sept ou huit cent mille francs CFA !
Une telle crédulité sur fond de magie pourrait a priori faire sourire si elle n’entraînait mort d’homme. Mais c’est ainsi que sont les superstitions ancestrales dont l’origine mythique se situe, dit-on, au cœur des ténèbres de l’Afrique centrale. C’est la remise à jour d’un châtiment millénaire inventé par les dieux pour punir les hommes adultères ou, plus prosaïque, les fainéants qui culbutaient les paysannes dans les champs au lieu de récolter les moissons. Dans le lit de la croyance populaire rurale, une simple affaire d’escroquerie va devenir en quelques mois la première rumeur panafricaine de l’histoire du continent.
Traversant successivement, à la vitesse d’une traînée de poudre, le Bénin, le Togo, la Côte-d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal et la Mauritanie ; relayée par les médias, enrichie par des centaines de témoignages, elle se nourrit de l’angoisse engendrée par la crise politico-économique pour s’infiltrer dans tous les foyers, et réveille les peurs villageoises enfouies au plus profond des ruelles des cités indigènes.
Mi-octobre, la rumeur repasse la frontière du Nigeria, puis celle du Bénin qu’elle parcourt comme un missile téléguidé avant d’arriver à Lomé, Togo. Elle se répand sur tout le pays. Dans son sillage, la vindicte populaire. Le carnage continue jusqu’à la fin de l’année. Seul changement notable, les nouveaux boucs émissaires sont désormais des Ghanéens, traditionnels bras de la main-d’œuvre immigrée. Bien entendu, ceux-là sont plus nombreux que les Haoussas.
Le Togo n’est séparé du Ghana que par quelques kilomètres de plages qui commencent au centre de Lomé. À pied, en pirogue, en bus, en taxi, en car rapide comme en camion, le bruit des exactions commises contre les Ghanéens brûlés vifs ou lapidés précède la rumeur et arrive à la douane. Le 17 janvier 1997 « Satan s’empare d’Accra ! » annonce, en Une, le Ghanaian Times. « Des hommes aux pouvoirs maléfiques frappent dans la rue », surenchérit la manchette du Daily Grafic. Sept personnes sont lynchées à mort. On assiste alors à un étrange ballet dans les rues : la plupart des hommes se déplacent une main dans leur poche, l’autre devant l’entrejambe. On ne compte plus les blessés. Treize personnes dont deux Nigérians sont arrêtés et placés en détention pour être préservés de la colère de la foule. Le 20 janvier, la presse comptabilise onze cadavres ! Un fantastique dispositif policier est mis en place autour des principales villes, il s’agit de protéger les victimes putatives, des Nigérians essentiellement : Yorubas, Haoussas ou Ibos, promis au lynchage, aux bastonnades mortelles ou tout simplement à être brûlés vifs par le supplice du collier.
Elle court, elle court la rumeur, et n’en finit pas de gonfler. Elle court le long de la route côtière. Pénètre en Côte-d’Ivoire par l’est. Le journal abidjanais Soir Info annonce l’arrivée des « envoûteurs de sexe ». Aussitôt, les premiers cas de disparitions d’organes génitaux sont signalés près de la frontière ghanéenne. La rumeur fond sur Abidjan début février. Elle va s’installer pour de longs mois, dans les quartiers chics ou les cités populaires, à Cocody comme à Treichville, en Zone 4 et à Abobo gare ou Adjamé… On l’entend même près des pistes de l’aéroport essayant de s’envoler pour essaimer bien plus loin. Dans les quartiers périphériques des meutes déchaînées, armées de gourdins, de barres de fer et de machettes, terrorisent les « étrangers ». Un matin, on craint même un pogrom dans le quartier Koumassi, place Inch’Allah, quand les sanguinaires émeutiers entonnent leur nouveau cri de guerre : « Il faut braiser les Haoussas ! » Appel au meurtre qui va résonner dans toute la ville. Résultat ? Dès la première semaine, une dizaine d’innocents seront brûlés vifs ou lynchés. Parfois les deux. Les journaux font leur Une des photographies de cadavres de suspects calcinés, on publie les témoignages hallucinés des victimes. Plus personne n’ose sortir, on ne se salue plus. L’Autre est devenu le Diable. Seuls la confrérie des « trado-thérapeutes » et autres marabouts charlatans se frottent les mains. C’est bon pour le business : sur les marchés aux fétiches, la vente des grigris, poudres magiques et autres amulettes de protection connaît un véritable boom.
Les commissariats de police sont assiégés par les plaignants. Par peur de se faire eux-mêmes lapider, les flics hésitent désormais à intervenir pour protéger les victimes des foules hystériques. Pendant qu’Abidjan est à feu et à sang, la rumeur court toujours, mais ne peut aller plus loin à l’ouest sur la côte car elle est incapable de rivaliser avec les atrocités bien réelles de la guerre civile qui n’en finit pas de déchirer le Liberia frontalier. Deuxième quinzaine de mars, elle bifurque donc et poursuit son chemin vers le nord, par le chemin de fer cette fois. Direction le Burkina Faso, qu’elle traverse pour atteindre, au nord-ouest, le Mali.
Le 28 mars, on apprend que « deux escrocs nigérians auraient fait disparaître le pénis d’un innocent de passage » en plein Sikasso, non loin de la frontière. Les deux ont été tabassés par la foule puis, en piteux état, ils ont été interpellés par la police malienne ; le 3 avril, un prétendu Haoussa est bastonné à mort dans la ronde des taxis de la gare routière. Pendant que la fièvre gagne Bamako, la rumeur flambe à l’est du Burkina et pénètre dans Ouagadougou le 9 avril, vieille cité calme et douce. Il ne lui faudra qu’un mois à peine avant d’atteindre la paranoïa.
Le 13 mai, la goutte d’eau qui fait déborder le canari : une foule en délire est prête à lapider des Ibos dans un quartier populaire de la capitale burkinabè. La police intervient. On ramasse les corps martyrisés de nombreuses victimes. Des cas de disparition de sexe seront signalés chaque jour aux quatre coins de la ville en proie à la psychose. Les autorités organisent une réunion au sommet et publient un appel au calme. Le 20 mai, un communiqué du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité lance un deuxième appel au calme et rappelle que la loi sera appliquée dans le cas d’actes de violence. « Les fauteurs de troubles seront sanctionnés sans faiblesse » titre le quotidien Sidawaya, daté du 22 mai. En pages intérieures, on lit qu’il est urgent de « procéder à une campagne de sensibilisation au niveau des églises, temples, mosquées et organisations de la jeunesse. Il faut organiser des patrouilles, sécuriser les étrangers, et utiliser la répression contre les fauteurs de troubles ». Riposte visiblement efficace car la rumeur abandonne le Burkina du jour au lendemain !
Peut-on encore parler de rumeur ? Une énorme pieuvre étend désormais ses tentacules sur les pays avoisinants. Elle tente le passage en Guinée, la remontée vers le Niger. Elle est à nouveau secouée de soubresauts au sud du Cameroun et arrive, un rien essoufflée, au Gabon. Le 13 juin, un lycéen aura le sexe réduit au beau milieu de la cour du bahut, au cœur de Libreville. Puis la fièvre retombe dans la forêt gabonaise, les exploits des rétrécisseurs n’intéressent plus personne. Tout se passe comme si la malédiction ne pouvait survivre loin des contrées islamiques propices à sa naissance et à sa propagation. Elle stoppe net aux lisières de cette même forêt qui, jadis, arrêta l’expansion hégémonique de l’islam. Tous les djihad, même les plus guerriers tels que ceux menés par les fantastiques armées peules au XIXe siècle, ont capitulé devant la puissance des génies des bois sacrés de la sylve primaire équatoriale. Peu importe, le monstre a du boulot ailleurs. Le Mali n’en finit pas de se contorsionner. Une demi-douzaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Puis, le céphalopode meurtrier prend le train en gare de Bamako, emprunte la voie ferrée, pénètre dans Kita, met le feu à Kayes, et plonge sur le Sénégal. Lançant ses ventouses vers les faubourgs de Dakar, Ziguinchor et Saint-Louis où il est signalé le 17 juillet. Le lendemain c’est la Casamance.
« À mort les étrangers, tuons tous les “niaks”, ce sont tous des sorciers ! » hurlent les justiciers populaires. Le Sénégal vit un cauchemar : on veut poignarder, lyncher, lapider, brûler vif tout ce qui porte un faciès d’étranger, tous les Haoussas en puissance : Guinéens, Ivoiriens, Za ïrois ou même Sénégalais au look un peu trop broussard, les colporteurs de médecines contre les maux de reins et les asthénies sexuelles. Bilan d’une semaine d’émeutes : sept morts dont un homme dévoré par le feu et un wagon de victimes de la « tragique méprise ». Et ce, rien que dans l’agglomération dakaroise ! Flics, psychologues et juges interviennent dans les colonnes des quotidiens, Le Matin ou Le Soleil. Ils dénoncent ce « fantasme collectif à thème de castration » qui reçoit un fantastique écho dans un pays ou les marabouts-sorciers ont le pouvoir d’éteindre la virilité des hommes. Au Sénégal on appelle cela faire un xala. À la fin des années 1970, le cinéaste Sembene Ousmane s’en est inspiré pour un film éponyme qui fit longtemps un tabac dans les cinés en plein air des quartiers populaires.
« Aujourd’hui avec le règne de la stigmatisation, de la vindicte populaire, de la dénonciation dans un climat de suspicion, d’anonymat, de sentiment de danger, les individus sont fragilisés », enfonce un éditorialiste. « Et, puisque l’opinion publique n’a pas besoin de preuves, parce qu’elle est déjà préparée et ne demande qu’à être conviée au lynchage, la boucle est bouclée. » Un constat. Lucide et sans appel. Qui renvoie à la folie sanguinaire qui a traversé le Sénégal en avril 1989. Quand la chasse au « Nar », au Maure en wolof, a été ouverte dans le pays. Quand les placides Sénégalais coupèrent, pour de vrai, les couilles des Mauritaniens, après les avoir massacrés à coup de machettes, au terme d’horribles chasses à l’homme. Comme par hasard, c’est vers la Mauritanie que se dirige la rumeur maintenant. Le 31 juillet, elle passe le bac sur le fleuve Sénégal à Rosso, et fait sa première victime en terre mauritanienne. Le « coupable », présumé sorcier haoussa, s’avère être malien…
Durant le mois d’août, on n’entend plus parler de rien ; radio-trottoir s’est même murée dans le silence. La nouvelle des condamnations des justiciers coupables de coups et blessures, dénonciation calomnieuse, incitation à la violence, assorties de peines de prison ferme, au Sénégal et au Mali a eu son effet au-delà les frontières. Tout le monde l’espère. Jusqu’au début septembre. Le 2 c’est un coup de tonnerre relayé par l’hebdo Mauritanie-Nouvelles : « La grande frayeur » n’est pas terminée. La rumeur, que tout le monde avait un peu trop rapidement enterrée, vient de sortir de sa tombe. Deux Sénégalais sont à nouveau impliqués dans des affaires de disparition d’organes génitaux à Nouakchott… Puis la capitale maure s’est rendormie dans la torpeur des premiers vents de sable.
Début octobre, l’Afrique de l’Ouest qui a retenu longtemps son souffle, panse les plaies de ses milliers de blessés. Et inhume pieusement ses trois cents morts. Martyrs de la rumeur sorcière…
(…)
Voir aussi:
Sarkozy complexé devant Obama selon Newsweek
Julie Cloris
Le Parisien
02.10.2009
L’hebdomadaire américain Newsweek du 5 octobre fait sa Une européenne sur Nicolas Sarkozy, titrant sur le «complexe d’Obama» dont souffrirait le président français et consacrant un long article aux points communs entre les deux hommes malgré des relations sans confiance ni complicité.
Comme son homologue américain, Nicolas Sarkozy éprouve un besoin viscéral «d’être à l’avant de la scène», estime l’auteur de l’article, le journaliste Christopher Dickey, qui dirige le bureau parisien du grand hebdomadaire américain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, selon lui, le président de la République semblait légèrement en retrait à Pittsburgh, lors du G20, où le Premier ministre birtannique Gordon Brown et Obama semblaient, eux, jouer jeu égal. Sarkozy apparaissait «comme s’il était le témoin de mariage d’un homme qu’il ne connaît pas», écrit Dickey, se fiant au langage du corps.
L’article s’interroge sur les relations entre les deux hommes, «Obama (semblant) parfois à peine remarquer son homologue français bourré de tics». Mais il dresse un portrait plutôt flatteur du président français. Pour Dickey, Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir un an et demi avant Obama, lui a montré la voie dans bien des domaines, «des pirates somaliens à l’Iran en passant par le G20, la prime à la casse, la taxe carbone, l’+afghanisation+ de la guerre en Afghanistan, la manière d’aborder la belligérance russe et les ouvertures de paix envers la Syrie». Et Newsweek de noter qu’Obama et son administration feraient mieux de choyer un peu l’Elysée s’ils veulent obtenir son soutien sur les grands thèmes internationaux. Sans compter que l’hyperactif «Sarkozy n’est pas quelqu’un qu’on veut voir travailler contre soi», conclut l’article.
L’hebdomadaire américain, publié à 3 millions d’exemplaires aux Etats-Unis mais diffusé à 4 millions outre les frontières américaines, a déjà consacré plusieurs articles élogieux au président de la République française, l’inscrivant parmi les 50 personnalités les plus puissantes du monde, et estimant que «le palais de l’Elysée est redevenu l’adresse n°1 en Europe».
Voir enfin:
Sarkozy’s Obama Envy
Christopher Dickey
NEWSWEEK
Published Sep 26, 2009
From the magazine issue dated Oct 5, 2009
* From the Editors (2)
* Sarkozy vs. Villepin: a Scandalous French Lawsuit
* Denis MacShane: Obama and Europe
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* A Bloody Battle
* Sarkozy Looking To Play Crucial Role In Gaza
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* Obama, Dems Vary Widely on Afghan Policy
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Facing down Iran, French president Nicolas Sarkozy stood shoulder to shoulder with President Barack Obama and British Prime Minister Gordon Brown in Pittsburgh last week. Or so it might be said. The statements of all three were consistent as they denounced the Islamic Republic’s construction of a secret nuclear facility. But in this stage show of solidarity, body language sent a different message. Obama and Brown really did stand side by side. Sarkozy stood apart, looking a little like he’d been asked to stand as best man at a stranger’s wedding.
Perhaps in his gut he thought this should have been his show—or at least his and Obama’s. The G20 that all were attending is a forum that Sarkozy pushed to create last year. And Sarkozy’s government has taken the lead in confronting Iran over its nuclear intentions.
Sarkozy wants to lead: he made it clear last year he didn’t want to step down from the European presidency when his six-month term was over. Sarkozy wants to act: he’s shown that in such faraway venues as the Gulf of Aden, where French troops were the first to stop payments to, and start shooting at, Somali pirates. And Sarkozy can claim, with some justification, that where he has led, Obama has followed.
Since Sarkozy became president in the summer of 2007, a year and a half before Obama took the oath of office, he has been out in front of the United States on issues ranging from Somali pirates, Iran, and the G20, to Cash for Clunkers, a carbon tax, the “Afghanization” of the Afghan war, coping with Russian belligerence, and opening the door to peace with Syria. His style is to be everywhere at once and all the time—the hyperprésident, as the French press calls him—and in that, too, Obama sometimes seems to be following his lead.
But he’s not. In fact, relations between the two leaders have been far from ideal or always effective. It’s sometimes unclear if Obama even notices his hyperkinetic counterpart. And that explains the ambitious Parisian’s Obama obsession. Few people outside France expect the leader of the world’s fifth-largest economy to set the global pace on major issues. But Sarkozy, sometimes known as l’Américain at home, has often tried to do just that. Under him the Paris-Washington partnership has become in many ways the most dynamic bilateral relationship in the Atlantic alliance, and one that helps set the global agenda. As their speeches at the United Nations and the G20 last week made clear, both he and Obama are committed internationalists with a similar vision of the new, more just and regulated world economic order. But—and this is part of the problem—both also expect to be at the forefront of any initiative: Obama because he is president of the United States, and Sarkozy because he’s so ambitious, and the French are so ambitious for their president.
The question that haunts Sarkozy is whether anyone sees him as part of a globe-beating tandem—and whether this team will ever achieve its potential. The two presidents’ very different personalities can collide: Obama, smiling but aloof, treats Sarkozy as one of many not-quite-equals in Europe, while Sarkozy, the backslapper, likes to call the U.S. president his “buddy,” but hasn’t had the favor returned. Watching the two of them onstage together, as when they appeared at D-Day anniversary commemorations in Normandy in June, is like watching the diminutive tough-guy actor Joe Pesci—all twitches and attitude—playing against Denzel Washington, all dignity and reserve. When Obama decided not to hang around for a family photo op with Sarkozy, the Élysée’s fury at the perceived slight was a sensation in the Paris press.
Sarkozy’s Obama complex is now a subject of persistent media speculation in France—and could become a real problem if the Obama administration doesn’t make more of an effort to understand it. This isn’t just a matter of policies and personalities, but of politics. In France’s troubled banlieues, many young people of African and Arab origin who once sported Che T shirts now wear Obama’s image instead. A recent Transatlantic Trends poll shows that Obama has a phenomenal 88 percent approval rating in France, while Sarkozy generally scores under 50. As some French journalists cautioned the new U.S. ambassador to France recently in a private meeting, if Sarkozy ever fears that the American president might try to bypass him and appeal directly to the French people on important issues, then Sarkozy’s testy friendship could turn to bitter enmity.
Last week, TV interviewer David Pujadas dared to ask Sarkozy directly whether there was a “competition for leadership” between him and Obama. “There’s no competition,” insisted Sarkozy, hardly concealing his chagrin. “I know my place. I preside over a big country. He is president of the No. 1 economic force in the world.” Citing the oft-forgotten history of “friendly ties” between the two nations, Sarkozy declared that “we have an interest in having Mr. Obama succeed.” But he took pains to say that he wouldn’t hesitate to cross swords with Obama on some issues, like commerce—citing his efforts to close a lucrative deal to sell advanced fighter aircraft to Brazil. While Obama had reportedly lobbied Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva over the phone on behalf of the Boeing F-18, Sarkozy had gone to Brasília himself to seal (some might say steal) the deal for the French-European Rafale.
Clearly this is not the kind of sympathique partnership that British Prime Minister Margaret Thatcher enjoyed with President Ronald Reagan. But Sarkozy clearly wishes it were. And no wonder. The problem isn’t ideological. Both Sarkozy and Obama are realists headed toward the same pragmatic center on many global issues. They may differ on specific questions, like whether to put a ceiling on bonuses for financial executives, but they agree on basic matters, like the need to create a better global financial regulatory system.
Both men campaigned with slogans about a fundamental break with the past (which was quite a feat for Sarkozy, who had served in the previous government). And once elected, both seemed to try to change everything at once. Sarkozy pushed for a radical rethinking of environmental policies; so, too, Obama. Sarkozy instituted a highly successful program to buy up old cars and subsidize the purchase of new, more ecofriendly ones. So, too, Obama. Sarkozy put the Middle East at the center of his foreign-policy initiatives, opening up to Syria and focusing on Iran’s nuclear threat. So did Obama. Only Sarkozy did all that before Obama had even taken his oath of office.
Sarkozy, always a showoff, was also much more blunt about a strategy that can come across as manic. In January 2008, when he had spent eight months in office (as Obama has now) and was facing criticism for taking on too many projects and delivering on too few, he told reporters, “You can’t hope to get results unless you change everything at the same time.” To do otherwise is to let the forces opposed to change gang up on you, he said, and then everything grinds to a halt. “The French ought to know this: I have a passion for action and I want to act,” he announced. Obama, by contrast, has never invoked the I word—it’s always about what’s practical.
Such differences in style risk having a further impact on substance. Take Afghanistan. Under Sarkozy, France rejoined the integrated command structure of NATO this year, and responded to the Bush administration’s pleas for more allied troops in Afghanistan by raising France’s contingent to almost 3,000. But the way Sarkozy calls attention to these changes again and again in public suggests he feels he hasn’t gotten enough credit for them. Now Obama wants still more from his allies. But an embittered, underappreciated Sarkozy might be tempted not to cooperate.
Such differences would be easier to smooth over if the two leaders shared the kind of full trust that the French call complicité. They don’t. The U.S. president is a tough politician from the Chicago school, but not quite tough enough for the Frenchman. Sarkozy has managed to co-opt or crush virtually all opposition. (He’s even had his most bitter Gaullist rival, former prime minister Dominique de Villepin, put on trial for an alleged smear campaign against him.) Obama’s inability to do something similar and bulldoze his opponents in order to push through his own agenda appears to have frustrated Sarkozy. Obama is “courageous” and “understands what is at stake,” Sarkozy told an interviewer last week, “but he is out in front of his country.” This past spring, Sarkozy reportedly told a group of parliamentarians having lunch at the Élysée that Obama “has never run a ministry in his life,” and “he’s not always up to the decision making and effectiveness.”
All the more pity, then, that the two men aren’t closer. For when the partnership works, it brings some striking results, as Sarkozy marshals not only France’s resources, but Europe’s. A good example is Somalia. Last winter, multiple multinational flotillas tried to cope with the rising threat to international shipping posed by pirates off the Horn of Africa. NATO proved ineffective, as did an ad hoc force the United States cobbled together out of Bahrain. The warships’ commanders proved reluctant to shoot at the pirates, and seemed unsure what to do with them if they captured them. And the Kalashnikov-toting corsairs just kept upping the ante. So Sarkozy worked with the European Union to create a much more aggressive force and also forged an agreement with Kenya allowing captured pirates to be offloaded there for trial. When Somalis seized the American-crewed Maersk Alabama and took its captain hostage in April, the U.S. Navy followed the by-then well-established precedents set by the French. It kept the pirates far out at sea, and when snipers got clear shots at the hostage takers, they pulled the trigger, killing the Somalis and freeing the captain.
“Now everything is operating very smoothly,” says a U.S. official who works closely with France on NATO and related issues but isn’t authorized to talk about them. “Sarkozy is an activist we can work with.” More than that, the implication goes, he’s not somebody you want working against you.
With Tracy McNicoll in Par
Cette entrée a été publiée le Dimanche 4 octobre 2009 à 12:14 et est en lien avec Afrique, Chine, France-US, diplomatie, discriminations/persécutions, groupes ethniques, mondialisation, médecine, santé, société. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cet article à l’aide du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site. Modifier cette entrée.
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