Posté le Jeudi 10 septembre 2009 par jc durbant
Déshumanisation, aliénation, inhumanité des nouvelles formes d’habitat, déconstruction et refus de l’artefact de la cohérence du récit, non-sens de la société de consommation, implacable de sa domination, terrible loi des grands ensembles, dépossession de soi, exploitation capitaliste, cruauté du néo-capitalisme, Gestapo des structures, violence de l’univers concentrationnaire, inhumanité du régime policier nazi, violence de la mise en ordre capitaliste, “CRS SS” …
A l’heure où l’irresponsabilité d’un journaliste a encore frappé …
En ce 8e anniversaire d’une journée d’infamie et de tragédie que certains de nos “grands intellectuels” avaient, avec leurs sophismes à la petite semaine, trouvé moyen d’aggraver …
Retour, avec une fascinante analyse de la revue Cahiers d’histoire (”Les 4000 logements de La Courneuve: réalités et imaginaires cinématographiques”, Aurélie Cardin, 2006 – merci José), sur cette époque bénie où, sous prétexte de “critique de la société de consommation” et de “l’aliénation imposée par l’exploitation capitaliste” (entendez- “Made in USA”), nos journalistes (le Nouvel observateur déjà) et nos cinéastes (nos Godard ou nos Tati) ou nos “sémiologues” (nos Barthes) ou nos écrivains (nos Pérec) pouvaient se permettre à peu près n’importe quoi.
Y compris (mais les choses ont-elles tellement changé?) de jouer avec l’image des lieux d’habitation de toute une population tout juste sortie de l’insalubrité des bidonvilles, des taudis des quartiers parisiens (Belleville) ou de l’hébergement d’urgence du rapatriement d’Algérie.
Ainsi ce célèbre film de Godard dûment subventionné comme les autres par le Centre National de la Cinématographie (”Deux ou trois choses que je sais d’elle ») où, reprenant son thème sensationnaliste de la prostitution (”Vivre sa vie”) tout en rêvant avec ses petits camarades à une Chine de Mao alors en plein dans ses massacres de la Révolution culturelle comme “symbole du possible d’une société autre” ( “La Chinoise”), notre maitre à penser de la Nouvelle vague et consommateur boulimique de films américains veut, sur fond d’antiaméricanisme bien de chez nous (en pleine contestation de la Guerre du Vietnam) nous faire prendre (à partir d’une enquête bidonnée du Nouvel Observateur) la prostitution occasionnelle d’une femme de cadre moyen (incarnée par Marina Vlady) comme “typique d’une certaine petite bourgeoisie” de la cité HLM des 4000 …
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3 réponses à “Désinformation: On aménage la région parisienne comme un grand bordel (Two or Three Things I Know About the Gestapo of Structures)”
12 sept 09 à 21:59
Pour l’étiquette «le plus con des Suisses pro-chinois», c’était apparemment l’autre bande d’épateurs de bourgeois à Debord à la fin des années 60, mais fallait bien que le petit-fils de banquier suisse se distingue un peu de ses potes de droite de la Nouvelle vague …
11 sept 09 à 05:51
Je ne sais plus qui disait de Godard qu’il était « le plus cons des maoïstes suisses ». Profonde vérité.
Remarquez que « nos journalistes », nos « sémiologues » et « nos écrivains » se permettent toujours n’importe quoi. S’ils demeurent politiquement corrects, cela va de soi.
11 sept 09 à 05:43
Morceaux choisis:
« Le rédacteur en chef du New York Times a qualifié jeudi de “simplistes” les voix qui se sont élevées pour critiquer les méthodes d’enquêtes d’un journaliste du quotidien, enlevé en Afghanistan samedi puis secouru lors d’une opération où son interprète afghan est mort. Le reporter britannique Stephen Farrell, otage des talibans dans la province de Kunduz, a été libéré mercredi par un commando de l’Otan. L’opération s’est soldée par la mort de son interprète afghan Sultan Munadi, d’une femme, d’un enfant et d’un soldat britannique. »
Dépêche du Monde (le 11.09.09)
« L’antiaméricanisme en France n’est pas un sentiment populaire, il est le fait d’une certaine partie de l’élite. Un livre est à citer : “Les Scènes de la vie future”, de Georges Duhamel, paru en 1930. Le titre exprime bien la répulsion: l’Amérique d’aujourd’hui, c’est notre monde de demain. Et Duhamel de fustiger les horreurs du cinéma, la musique en boîte (le disque), la publicité, “l’omniprésence de l’automobile, le jazz (pas de musique aux Etats-Unis, sauf celle des “nègres monocordes”), les ascenseurs, l’horrible promiscuité de toutes les races du monde, le goût excessif du sport, la cuisine qui n’est pas naturelle…”Nous nous sentons orphelins de notre grandeur, non seulement politique, mais littéraire, artistique, intellectuelle. L’antiaméricanisme est une des modalités de la nostalgie nationale. »
Michel Winock (historien)
« Quand on soulève les jupes de la ville, on en voit le sexe »
Jean-Luc Godard
« Silence
Apprenez en silence deux ou trois choses que je sais d’ELLE
ELLE, la cruauté du néo-capitalisme
ELLE, la prostitution
ELLE, la région parisienne
ELLE, la salle de bain que n’ont pas 70 % des Français
ELLE, la terrible loi des grands ensembles
ELLE, la Gestapo des structures
ELLE, la physique de l’amour
ELLE, la vie d’aujourd’hui
ELLE, la guerre du Vietnam
ELLE, la call-girl moderne…
(Cartons du film de Godard “Deux ou trois choses que je sais d’elle”)
« On aménage la région parisienne […] comme un grand bordel […] Et si j’ai filmé une prostituée, c’est disons, pour mettre cela en évidence. Je veux dire que j’aurais pu le faire sur un ouvrier ou un technicien qui les trois quarts du temps ne se comporte pas, grosso modo, différemment… »
JL Godard
« C’est l’histoire d’une femme, une ouvrière qui se prostitue pour se payer un manteau de fourrure. »
Luc Favory (interviewer de l’ORTF sur les lieux lors du tournage du film de Godard en 1966)
« Je suis pas d’accord, les deux dames qui travaillent avec moi ce sont deux petites Portugaises qui habitent dans un bidonville, c’est des femmes courageuses. Elles veulent arriver alors elles travaillent. »
Femme de ménage résidente des 4000
« D’une récente enquête, menée dans une cité neuve, à l’est de Paris où sont logées deux mille familles, il ressort qu’une ménagère sur deux, mères de famille comprises, pratique « en amateur » le plus vieux métier du monde. »
Catherine Vimenet (journaliste du Nouvel Observateur, 23 mars 1966, au sujet d’une enquête de son partenaire Claude Vimenet sur la prostitution dans les grands ensembles publiée les 29 mars et 10 mai 1966)
« Évidemment, il n’y a pas une femme sur deux, et dans aucun ensemble, qui se livre à la prostitution. Qu’il y en ait beaucoup est déjà suffisamment grave. Ce n’est pas une réalité que nous avons traquée volontairement, par goût du scandale : elle nous a sauté au visage dès que nous avons commencé à mettre en place les structures du club Louise Michel. »
Jeannette Brutelle (militante socialiste)
« S’il y a scandale, il n’est pas dans la publication de Catherine Vimenet, mais dans les conditions de vie qui sont faites à des centaines de milliers de femmes et qui conduisent certaines d’entre elles – certaines seulement bien sûr- à se prostituer. »
Autre militante





