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Le renoncement aux Lumières, par André Grjebine

Posté le Samedi 4 juillet 2009 par Sittingbull

fragonard_swing
LE MONDE | 03.07.09 | 13h36  •  Mis à jour le 03.07.09 | 13h36

ne grande partie des commentateurs se sont félicités du « discours de paix » prononcé le 4 juin au Caire par Barack Obama, annonçant un retournement de la politique américaine à l’égard du monde musulman. Mais ses bonnes intentions n’impliquent-elles pas un renoncement à promouvoir une société fondée sur la séparation du politique et du religieux face aux sociétés à dominante religieuse ? Faut-il, sous prétexte de ne pas prescrire à d’autres, par la force, notre système de valeurs, ne plus tenter de les convaincre de sa validité ni même le défendre ? La mollesse avec laquelle, ces dernières années, les sociétés européennes ont défendu leurs valeurs, quand elles ne les mettaient pas entre parenthèses, suscitaient déjà des inquiétudes sur l’avenir de la laïcité. L’évolution était plus préoccupante encore aux Etats-Unis où les prédécesseurs de M. Obama n’ont eu de cesse de multiplier les références religieuses. Le nouveau président paraît franchir une étape décisive dans cette régression.

Pour instaurer une coexistence pacifique entre l’Amérique et l’islam, M. Obama raisonne comme si la dimension religieuse était prépondérante pour tous les hommes et toutes les sociétés. Il lui semble évident que « nous aspirons tous à la même chose : aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu ». Il se débarrasse ainsi du principal facteur du « choc des civilisations » : l’opposition entre les sociétés dominées par une religion et celles dans lesquelles tous les systèmes de pensée sont acceptés mais aucun imposé. Allant plus loin, il se désolidarise des pays laïcs comme la France. Parlant de la tolérance « assaillie de plusieurs façons différentes », il n’hésite pas à stigmatiser les pays occidentaux qui « empêchent les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu’une musulmane devrait porter ». Il va jusqu’à affirmer que « nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme ». M. Obama omet de préciser que le port du voile n’est prohibé dans ces pays que dans des circonstances précises.

En revanche, à aucun moment, il ne parle des atteintes à la liberté des femmes qui sont forcées de se voiler par les autorités religieuses ou politiques, par leur père, leur frère ou leur mari. Comment pourront-elles résister, alors que leurs oppresseurs auront beau jeu de leur rétorquer que le président des Etats-Unis lui-même a présenté le port du voile comme une manifestation de liberté religieuse ? De manière générale, s’il condamne les extrémistes et appelle à la réconciliation des chiites et des sunnites, M. Obama ne cite jamais les autres composantes du monde musulman, en particulier tous ceux, sans doute nombreux, qui aspirent à séparer la religion et la vie politique, qu’ils soient ou non croyants. Il fait ainsi le jeu des intégristes, qui entendent parler et agir au nom d’un islam unique perçu comme une communauté homogène et figée.

Au nom d’un rapprochement avec l’islam, le nouveau président fait sien le relativisme qui sévit dans les universités américaines. Il pousse l’humilité jusqu’à se repentir des crimes dont les Occidentaux se sont rendus coupables, sans évoquer ceux perpétrés par les autres civilisations, prête à l’islam d’innombrables inventions, notamment celle de l’imprimerie (généralement attribuée au chinois Bi Sheng et à Gutenberg), multiplie les affirmations douteuses ou franchement fausses, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’histoire des relations américaines avec le monde musulman. Avant d’affirmer que « l’islam a une tradition de tolérance dont il est fier », M. Obama, qui se dit « féru d’histoire », aurait été bien inspiré de se renseigner sur le statut traditionnel d’infériorité des chrétiens et des juifs en terre d’islam (dhimmis) et de comparer les « plus de 1 200 mosquées sur le territoire américain » avec le nombre d’églises et de synagogues par exemple en Arabie saoudite. Il est même allé jusqu’à promettre, au titre des échanges, d’« encourager davantage d’Américains à étudier dans des communautés musulmanes ». Est-ce à dire qu’il met sur le même plan, disons, Harvard ou Yale et l’université coranique Al-Azhar – où il a prononcé son discours et qui n’admet que des étudiants musulmans à l’exclusion même des Coptes -, voire les madrasas pakistanaises ?

La justification de ce discours est évidemment d’amener le monde musulman à sortir de la logique d’encerclement qu’était censée produire la politique de George W. Bush. C’est supposer que l’hostilité à l’égard de l’Occident que répandent les mouvements islamistes et fondamentalistes résulte principalement de facteurs transitoires. Cette hostilité paraît au contraire avoir des motivations profondes et durables, mélange de ressentiment, de répulsion-séduction pour la liberté, de volonté de renforcer et d’étendre la primauté de l’islam.

Il est donc probable que le discours de M. Obama sera interprété comme un aveu de faiblesse, une étape majeure dans la voie des concessions, ce qui encouragera les mouvements extrémistes, à l’extérieur et à l’intérieur des pays occidentaux, à aller plus loin et à exiger davantage. Dans l’hypothèse où le président américain n’entend pas poursuivre dans ce sens, il est à craindre que son message ne les induise en erreur, un peu comme les atermoiements de la politique américaine ont conduit – à tort – Saddam Hussein à compter sur la passivité des Etats-Unis face à l’invasion du Koweït.

De plus, en renonçant à défendre les valeurs de la démocratie laïque, M. Obama rend plus difficile encore la tâche des réformateurs, en les privant de références alternatives à l’emprise du religieux. En même temps, il prend le contre-pied de ce qui constitue la première force de nos démocraties : se situer dans le réel et obliger ce faisant les régimes religieux à confronter leur imaginaire à ce réel et à mesurer leurs médiocres performances à cette aune. D’après le New York Times, préparant son discours en consultant des hommes d’affaires musulmans, M. Obama se serait inquiété de savoir si on y percevait « une voix musulmane ». En tout cas, on n’a pas entendu la voix d’un partisan des Lumières.


André Grjebine est directeur de recherche à Sciences Po-CERI. Dernier ouvrage publié : « La Guerre du doute et de la certitude » ( éd. Berg International, 2008).
Sittingbull @ 05:40
Catégorie(s): Islamisme et RATP/ROP et Politique américaine


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36 réponses à “Le renoncement aux Lumières, par André Grjebine”

  • 36
    Dror:

    La reculade.

    Si t’avance quand je recule, comment veux-tu que je t’encule ?

  • 35
    Dror:

    Zoubor, vous persistez encore à croire que le sionisme n’est pas le problème. C’est LE problème de notre siècle. Et tant qu’Israël ne sera pas rayé de la carte, les problèmes s’accumuleront encore dans le monde.

  • 34
    Dror:

    ExtremeCentre.org » Le renoncement aux Lumières, par André Grjebine: Blog Politique Francophone pour les Libertés Fondamentales et Contre Tous les Totalitarismes, qu’ils soient de Droite ou de Gauche

    C’est quoi ce charabia à la madimaxi ? Vous ne comprenez décidément rien à rien mon pauvre. Vous accumulez les phrases en mêlant citations et commentaires de votre propre crue.

    Allez vous refaire. Vous n’êtes pas de taille.

  • 33
    Dror:

    la reculade

    Incompréhensible : qui recule devant qui?

  • 32
    madimaxi:

    Seulement quand ce sont des occidentaux

    Posture conforme au concept de la « Guerre des civilisations ». A cette différence près qu’elle trouve dans la reculade et la pusillanimité le moyen de garder son confort douillet.

    Le confort douillet qu’on hérite de l’engagement et des sacrifices de nos générations passées, fortes de la solidarité et du soutien venant de l’étranger. Le confort douillet insensible à tous les Rwanda, Srebrenica, Gorazde…. au nom du principe : « ils n’ont qu’à se démerder ».

    Restez peinard dans les combats à votre portée. Ceux que votre courage autorise : contre les USA et Israël dont vous ne risquez rien au passage. Je réserve le peu de respect qui me reste à mes ennemis : aux BoDoï avec leurs gros canons de char partis écraser les Khmers Rouges et aux braves bougres coco-gaucho, originaires de tous pays, ayant eu le courage de prendre le fusil contre le franquisme durant la guerre civile d’Espagne.

  • 31
    Dror:

    s’intéresse à ce qui se passe au-delà de ses frontières et se solidarise avec des populations qui lui auraient dû être étrangères.

    Seulement quand ce sont des occidentaux qui oppriment lesdites populations étrangères (dont évidemment quelque chose, effet boomrang, nous reviendra à la figure) : les ricains -et qq autres- en Afghanistan, les sionistes en Palestine…

  • 30
    Dror:

    Les palestiniens de l\AP votent pour leur porpre parlement

    LOL

    Comment s´appelle ce bantoustan au fait ?

  • 29
    madimaxi:

    la fin du sionisme ?
    la représentation politique pour les habitants de Palestine ?

    Vous voyez bien, que même vous dont je ne partage pas du tout les idées, s’intéresse à ce qui se passe au-delà de ses frontières et se solidarise avec des populations qui lui auraient dû être étrangères.

  • 28
    Zoubor-Del:

    Les palestiniens israeliens votent pour la Knesset comme tous les israeliens et lils ont leur representants a la Knesset
    Les palestiniens de l\AP votent pour leur porpre parlement.Depuis plus de 15 ans deja
    Faut sortir sa poublle, le Con, le CLone ou le CLown !!!

  • 27
    Dror:

    la fin de l’apartheid en Af.Sud

    la fin du sionisme ?
    la représentation politique pour les habitants de Palestine ?

  • 26
    Dror:

    Où le devoir premier de la majorité élue pour gouverner est la protection de la minorité et des droits élémentaires accordés à chaque citoyen. Tout oppresseur, qu’il bénéficie du soutien populaire de circonstance afin de réduire au silence le citoyen contestant sa légimitimité ou qu’il impose sa force afin de museler la majorité qui lui est opposée, est notre ennemi.

    Vous rédigiez les discours langue de bois de Ceauscescu ou Fidel ?

  • 25
    Dror:

    vous immisçant sans cesse dans les choix des Israéliens

    ???

  • 24
    madimaxi:

    oui à nos valeurs, pour nous, chez nous; que les autres fassent comme bon leur semble.

    Il n’y a pas de « chez nous » et « chez eux », Dror. D’ailleurs vous le savez très bien en vous immisçant sans cesse dans les choix des Israéliens pour qu’ils ne fassent pas comme « bon leur semble ».

    Il y a la lutte légitime de l’espèce humain à faire valoir son droit à la vie digne et décente dans un cadre démocratique et égalitaire où il décide seul de sa destinée. Où le devoir premier de la majorité élue pour gouverner est la protection de la minorité et des droits élémentaires accordés à chaque citoyen. Tout oppresseur, qu’il bénéficie du soutien populaire de circonstance afin de réduire au silence le citoyen contestant sa légimitimité ou qu’il impose sa force afin de museler la majorité qui lui est opposée, est notre ennemi.

    Le soutien à la majorité opprimée est un devoir qui ne se justifie plus depuis nos combats gagnés par le passé emmenant la chute des « démocraties populaires » et la fin de l’apartheid en Af.Sud. Le soutien aux minorités subissant l’injustice des majorités manipulées doit s’inspirer du même principe. Est-ce que le fait que dans une société les 80% privent de droits et exploitent les 20% restant justifie votre formule : « comme bon leur semble » ?

    Si on n’a pas compris que la lutte de tous les opprimés et de tous les démocrates, où qu’ils se trouvent et peu importe leur nombre, est aussi la nôtre, c’est qu’on a rein appris.

  • 23
    Dror:

    A force de coucher depuis des mois dans une grotte entre ben laden et omar

    Bush est parti : plus personne ne croit à ses conneries.

  • 22
    sil:

    Excellent, l’article de Senanque… trés George Carlin… Va falloir qu’on le publie, non ?…

  • 21
    Letel:

    Une romancière s’exprime.

  • 20
    sil:

    « que les autres fassent comme bon leur semble. »… y compris d’arriver aux mêmes conclusions que nous (ou pas loin) et de vouloir la même chose que nous (ou pas loin)…

    Ce qui justifie dans ce genre de cas qu’on leur donne un petit coups de mains…

  • 19
    Letel:

    Oui

  • 18
    sphax:

    « Les excellents lecteurs du Monde le disent clairement : « 

    A force de coucher depuis des mois dans une grotte entre ben laden et omar, normal qu’on trouve les « analystes » du Monde « excellents »

  • 17
    Dror:

    Les excellents lecteurs du Monde le disent clairement :

    oui à nos valeurs, pour nous, chez nous; que les autres fassent comme bon leur semble.

  • 16
    sphax:

    « et surtout cette petite merde vitriolée, dégoulinant de mauvaise foi, de Pierre Plussquenain. »

    Mon dieu ! Et c’est le mode qui a publié un truc pareil ! Et aprés on vient me dire que la régle d’or de ce journal est l’objectivité !!!!

  • 15
    Zoubor-Del:

    Les commentaires sur le Monde son cons….
    Par contre il faut lire l’article d’Antoine Senanque sur l’ecologie – un delice !!!

  • 14
    Letel:

    En rien, mais ils taxent Bush de la pire rigidité, sans se rendre compte de la leur : ils s’étaient mis dans la tête, bon, on va négocier avec le clown, on prépare tout en fonction de ça. Et puis, tous leurs plans sont déjoués par ces emmerdeurs d’Iraniens des villes. Ils préfèrent les Iraniens des champs, pas structurellement, mais juste parce qu’ils ont commencé à travailler dessus.

  • 13
    sil:

    Sinon, un truc que je n’ai pas encore bien compris, c’est en quoi l’option Moussavi du regime de Teheran aurait emmerdé Obama ???

  • 12
    sil:

    « Le pire problème en Occident, ce sont ces gauchistes déjantés » : je me tue à le dire la même chose… le problème c’est que chez nous, on a confié le diagnostic à des malades !

  • 11
    Letel:

    o

  • 10
    Letel:

    Le plus amusant, c’est que le gars est prof et conseiller, dans un truc à Bruxelles. Il s’imagine Obama en train de financer et pousser tous les manifestants à Téhéran, les pro Moussavi. Il s’est même pas aperçu qu’en fait Obama était salement emmerdé par ces manifs, et que ça mettait sa stratégie en porte-à-faux.
    Le pire problème en Occident, ce sont ces gauchistes déjantés, c’est comme si – toutes proportions gardées – on partait en 14 (en France et en Angleterre) avec un tiers des gens proKaiser. En fait c’était d’ailleurs un peu le cas en France en 39, ce qui explique en partie l’épuvantable débâcle.

  • 9
    Letel:

    et surtout cette petite merde vitriolée, dégoulinant de mauvaise foi, de Pierre Plussquenain.

  • 8
    Letel:

    L’hypocrisie du Monde, sur la même page, il y a ça, dégoulinant de bons sentiments, prenant ses désirs pour des réalités

  • 7
    Letel:

    Ils demandent un chef. Je me nomme. Ils se rendent.
    (Ciding Bull, V, 3)

  • 6
    Letel:

    Le flux les apporta. Le reflux les remporte.

  • 5
    Letel:

    Contre nous, de pied ferme ils tirent leurs alfanges,
    De notre sang au leur font d’horribles mélanges,
    Et la terre et le fleuve, et leur flotte et leur port
    Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

  • 4
    Letel:

    Tiens, les Maures, comme par hasard :
    trente voiles.
    L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
    Les Maures et la mer montent jusques au port.

  • 3
    Letel:

    Pas mal, le clair obscur de Fragonard, pour illustrer les Lumières. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles, enfin avec le flux nous fit voir, etc.

  • 2
    Letel:

    Les commentaires, moins.

  • 1
    sil:

    Tout bonnement excellent !