Posté le Jeudi 29 janvier 2009 par Letel
L’invention du Jihad global
Lémergence d’Al-Qaïda comme organisation dédiée au jihad global est le fruit d’un concours de circonstances exceptionnel, où le hasard, irréductible à toutes les théories du complot, a parfois pesé plus que la vision de Ben Laden ou de Zawahiri. Sans l’occupation soviétique de l’Afghanistan de 1979 à 1989, la mobilisation d’une véritable « Internationale moujahidine », galvanisée par une cause authentiquement islamique, était inconcevable. Sans l’interdiction faite à la CIA d’opérer directement en territoire afghan, et sans la détermination d’Islamabad à contrôler étroitement la guérilla afghane, il aurait été impossible de déverser au Pakistan même les milliards de dollars destinés à la résistance antisoviétique. Sans l’institution de zones tribales de non-droit dans le Nord-Ouest pakistanais, à la forte population pachtoune, un glacis de camps d’entraînement n’aurait pu s’établir sous autogestion jihadiste et en collaboration avec les « commandants » pachtounes de la frontière. Sans l’intolérance des prêcheurs wahhabites à l’encontre de la piété afghane, nul n’aurait validé le concept d’une réislamisation brutale des musulmans eux-mêmes, comme préalable à leur libération de l’occupation infidèle. Sans l’ambition saoudienne de briller sur le terrain du jihad, et sans la volonté égyptienne de se débarrasser des extrémistes raflés après l’assassinat du Président Sadate, Ben Laden n’aurait pas rencontré Zawahiri à Peshawar.
Les milliers de « volontaires » arabes hébergés et formés au Pakistan n’ont pratiquement pas été engagés en Afghanistan durant les dix années d’occupation soviétique et leur contribution à la lutte de libération a été négligeable. Ils vont pourtant construire le mythe de leur triomphe face à l’Armée rouge et s’attribuer le rôle essentiel dans l’effondrement de l’URSS en 1991. Animés d’un profond mépris pour la population afghane, ils épaulent les services pakistanais et leurs alliés pachtounes dans leur offensive contre les « commandants » de l’intérieur, pourtant les principaux artisans de la victoire anti-soviétique. Le jihad ne saurait être limité aux frontières nationales de l’Afghanistan, il doit les dépasser pour devenir global. Entre le jihad national, enraciné sur sa terre, et le jihad global de ces intrus orgueilleux, le conflit est déjà inexpiable.
Jean-Pierre Filiu
à suivre…





