« Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes », avait estimé Jacques Chirac en octobre 2003, au cours d’une conversation avec Philippe de Villiers, rapportée par ce dernier. Le président de la République se faisait l’interprête d’une « relecture » de l’histoire, entamée il y a quarante ans, visant à attribuer à l’islam, à ses intellectuels (Averroès, Avicennes, Algazel, etc) et aux « Lumières » andalouses un rôle prépondérant dans la transmission de la culture grecque à l‘Occident, et singulièrement de la pensée d‘Aristote. Cet argument avait permis de justifier l’opposition de Chirac à la demande de Jean-Paul II de voir » les racines chrétiennes de l’Europe » mentionnées dans le projet de préambule de la Constitution européenne, rejeté en 2005.
Or, pour avoir choisi de rééquilibrer cette historiographie moderne faisant des arabes musulmans les inspirateurs de l’âme européenne, l’historien Sylvain Gouguenheim est au centre d’une polémique qui dépasse l’analyse historique pour rejoindre des préoccupations politiques. Professeur d’histoire médiévale à l’Ecole normale supérieure de Lyon, l’auteur soutient (Aristote au Mont-Saint-Michel: les racines grecques de l’Europe chrétienne, Seuil) que les couvents du haut Moyen-âge et notamment les traducteurs du Mont-Saint-Michel surent garder les liens avec la Grèce et que ce furent les arabes chrétiens qui traduisirent les textes antiques.
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