Pour ceux qui en ont marre du traitement préférentiel médiatique (leurs sanglants et répétés quarts d’heure de gloire à eux) dont, audimat oblige, bénéficient nos Michel Fourniret, Guy Georges, Pierre Bodein ou Patrice Alègre …
Comme d’habitude, l’intérêt des situations de crise ou des scandales, c’est ce qu’ils révèlent sur ce qui passe le reste du temps pour la pratique ordinaire.
D’où l’intérêt, au-delà de l’extraordinaire combinaison de pulsions primaires (Eros et Thanatos, qui dit mieux?) que peut constituer pour des médias en crise le crime sexuel en série, de la remise des pendules à l’heure du chercheur du CNRS Pierre Fournier (dans La Croix de lundi dernier).
Non seulement sur l’extrême rareté statistique des taux de récidive en matière d’homicide et d’agressions sexuelles (0,5 % et 1 % sur mineur).
Mais aussi sur les écueils opposés mais complémentaires du “populisme pénal” qui “dramatise et instrumentalise l’émotion des citoyens” comme du “gauchisme pénal” qui “relativise à outrance”.
D’où aussi hélas la perplexité face à son étrange silence sur nos Dr. Jekyll and Mr. Hyde des médias, attisant d’un côté les flammes (si lucratives pour eux) dudit populisme pénal et se réfugiant de l’autre dans l’hyper-relativisme du même gauchisme pénal.
Avec leurs indignations si sélectives quand il s’agit de hurler avec les loups, chercheurs compris, contre la récupération politique de ces actes par une bête médiatique comme Sarkozy.
Comme leur singulier aveuglement sur leur propre contribution intéressée au dispositif, contribuant ainsi au populisme pénal qu’ils prétendent dénoncer par ailleurs.
Y compris directement comme l’ont montré brièvement les dérives qui ont vu l’inculpation de l’animateur de Canal + Karl Zéro dans l’Affaire Patrice Alègre (discrètement disculpé l’an dernier) ou via un effet d’imitation encore trop peu étudié (voir, armes automatiques en moins, la toute récente tentative de tuerie à la Columbine du collège Olivier-de-Serres de Meyzieu ou les émeutes de novembre 2005).
En somme, comme l’ont montré des chercheurs sur le terrorisme, comment ne pas voir cette même sorte de couple infernal entre les médias et la rhétorique criminelle particulière (et heureusement rare contrairement à l’image totalement disproportionnée qu’en donnent justement les médias) que constituent les crimes en série?
Ce même dispositif pervers et cette même “spirale de mort mutuellement bénéfique” où, comme le rappelaient il y a deux ans deux économistes suisse et britannique, “plus le sang coule, plus l’encre coule et vice-versa”?