Posté le Mercredi 30 avril 2008 par Letel
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte…

Que sont nos amis (maoïstes) devenus ?
Ils s’appellent Alain Badiou, Benny Lévy, Jean-Claude Milner ou Guy Lardreau. A l’époque des manifs et des barricades, ils étaient militants maoïstes. Depuis, ces intellectuels ont, chacun à sa manière, emprunté un même chemin : en mai 1968, ils se mobilisaient sur une scène où le mot-clef était révolution ; aujourd’hui, ils continuent de ferrailler avec une ferveur et un enthousiasme intacts, mais leur vocabulaire est celui de la religion. De mai 1968 à mai 2008, ils sont passés d’un absolu à l’autre, entre engagement politique et quête spirituelle. Dans une série en cinq volets intitulée « De la lutte des classes à la guerre des anges », Le Monde brosse le portrait d’une génération passée de Mao à Mahomet, à Moïse ou à saint Paul.
1) Le dispositif est familier, et pourtant quelque chose détonne par rapport aux meetings traditionnels. Certes, nous sommes rue des Ecoles, à Paris, en plein Quartier latin. Comme dans toute réunion gauchiste digne de ce nom, la tribune est recouverte d’un tissu rouge et surmontée d’une sono crachotante – que l’exiguïté de la salle rend parfaitement inutile. Toujours selon l’usage, l’orateur se fait attendre. Lorsqu’il paraît enfin, avec ses immenses lunettes, son gilet à rayures et son pantalon de velours, chacun retient son souffle, le regard calé sur ces longues mains juvéniles, qui n’en finissent plus de caresser le texte à proférer. Jusqu’ici, rien que de très banal, dira-t-on. A ceci près que la scène ne se déroule pas en mai 1968, mais en décembre 2007, et que l’homme du jour s’appelle Jean-Claude Milner, 66 ans, brillant linguiste, auteur d’essais au style implacable et ravageur, dont le dernier en date s’intitule Le Juif de savoir (Grasset, 2006). Il y a quarante ans, ce théoricien glacial intimidait ses camarades de la Gauche prolétarienne (GP), principale organisation maoïste en France dans l’après-68. Désormais, il (lire plus…)
2) Paris s’embrase, mais il n’en croit pas ses yeux. Un peu partout les barricades se dressent, et Jean-Claude Milner tombe des nues. En ces jours de mai 1968, il est pourtant aux premières loges, lui qui habite au cœur du Quartier latin. Mais rien n’y fait : le grammairien de 27 ans assiste à l’insurrection en spectateur dégagé. Deux raisons expliquent sa perplexité. D’abord, Milner revient des Etats-Unis, où il a été impressionné par les mobilisations contre la guerre du Vietnam, et il est rentré en France avec la certitude que plus rien d’intéressant ne pouvait s’y passer. Ensuite, ce militant maoïste croit si fort à la révolution prolétarienne qu’il est incapable de prendre au sérieux la rébellion des étudiants, leurs revendications libertaires, féministes, bref « petites-bourgeoises », voire réactionnaires… « Je raisonnais de la façon marxiste-léniniste la plus sotte, et j’ai vécu Mai 68 comme une contradiction directe avec tout ce que je pensais », constate Milner aujourd’hui. Certes, dans la Sorbonne occupée, le jeune normalien peut encore s’en remettre à ses auteurs préférés : « Le premier soir, je regarde, je me dis : « Bon, raccroche-toi à la Révolution française, à Jules Michelet… »" Mais quand, à deux pas de l’université, il arrive enfin au (lire plus…)
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77 réponses à “Ils ont été trop clairsemés”
2 juin 08 à 08:00
Je crois qu’Aron rappelle dans « la révolution introuvable » qu’une des premières mesures prises par les étudiants de 68 quand ils ont pu exercer un vague pouvoir a été d’empêcher la publication de je ne sais plus quelle publication conservatrice. Personnellement, je n’ai jamais compris en quoi mai 68 avait bien pu contribuer à libérer les moeurs. La contraception est autorisée avant mai 68, de même que la possibilité pour une femme mariée d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation du mari, donc il devait y avoir une demande pour ce genre de réformes, et même une demande suffisante pour donner lieu à des réformes législatives ; lesquelles ont accessoirement été conduites par un gouvernement conservateur.
Du coup, je soupçonne un peu les anciens soixante-huitards de se prévaloir d’une libéralisation dont ils ne sont pas aussi responsables qu’ils aimeraient bien le croire. Je n’ai jamais très bien compris ce qu’il pouvait y avoir de libéral dans le fait d’admirer Che Guevara ou Mao. Si j’avais été hitlérien en 1934, par exemple (pour prendre un exemple pas du tout polémique), je pourrais à la limite assumer le fait que j’étais jeune et pas très malin, mais je ne crois pas que j’irais raconter que je suis à l’origine du renouveau démocratique de 1945. A la limite, je veux bien me prévaloir d’excellentes intentions pour avoir voté Chirac, et le rouge me monte quand même au front, mais franchement, mai 68, je trouve que ça va un peu loin.
Je veux bien croire que les jeunes se sont amusés en mai 68, qu’ils ont joué à la guerre et qu’ils ont baisé dans les amphis, mais quand je vois des reportages ou que je lis des témoignages, disons que le reste du programme ne me fait pas très envie. Les meetings dans les amphis où des petites frappes prennent la parole pendant des plombes pour parler de la lutte des classes, comment dirais-je, ça devait quand même être un peu gonflant sur les bords, non ? Or, les gens y allaient apparemment volontairement, donc il y a définitvement quelque chose que je n’ai pas et que je n’ai jamais eu en commun avec les étudiants de cette époque.
Pour ma part, je n’ai connu comme expérience vaguement approchante que les manifestations étudiantes de décembre 1986 et j’en ai conçu une aversion durable pour l’activité politique et les jeunes en train de devenir adultes. Plus tard, en 1988, j’ai vu dans mon école une conférence de Rocard (alors candidat virtuel à la présidentielle) qui s’est très bien passée, puis une autre de Barre qui a été interrompue par l’UNEF, les jeunes sympas et antiracistes dont la mentalité était assez proche de celle des chemises brunes.
J’étais un peu jeune pour assister à mai 68 mais pour autant que je sache, ce mouvement, mis à part la manifestations des Champs Elysées, était pour l’essentiel un mouvement d’inspiration fasciste, violent et autoritaire. Si le gouvernement avait vraiment paniqué et si la « révolution » avait réussi à le chasser, on aurait eu droit soit à un coup d’Etat militaire, soit à une prise du pouvoir par des militants, et je crois que la première solution aurait été préférable parce que même si l’on admet que les étudiants étaient en fait très rigolos et bon enfant (ce sur quoi j’ai des doutes), ce sont toujours les pires qui se retrouvent au sommet dans les situations de ce genre.
Voilà, je ne dis pas ça pour agresser les anciens soixante-huitards présents ici, je trouve juste que le discours dominant sur mai 68, mouvement rigolo-et-en-fait-à-l’origine-du-libéralisme est complètement cousu de fil blanc et ressemble très fort à de l’auto-absolution.
1 juin 08 à 01:13
Après le coup des 35h (et le coût), qu’un clown comme ça ait encore le moindre crédit dans ce pays dit tout sur les handicaps qu’on traîne.
1 juin 08 à 01:12
Mdr, elle va nous proposer 29 heures, sûr qu’elle sera élue…
1 juin 08 à 00:58
> j’aimerais bien de Letel une revue de detail des differents atouts et handicaps de l’economie francaise
J’en serais bien incapable, à part dire des banalités. Mon domaine, c’est le passé, l’histoire économique. En tant que macroéconomiste ou conjoncturiste, ou analyste économique, je suis tout à fait incompétent. Par contre, je pourrais vous parler pendant des heures de Newcomen, Watt ou Arkwright, mais bon, ce serait de peu d’utilité…
1 juin 08 à 00:53
> est-il intéressant de chercher une corrélation entre le taux de chomâge et le rapport productivité/coût du travail
Les entreprises embauchent tant que la productivité marginale est supérieure au salaire. Ainsi si les salaires augmentent trop vite, l’embauche diminue. Si la productivité augmente, le chômage diminue. La productivité en France est assez élevée, les salaires dans la moyenne, aussi ce n’est pas à mon sens le problème. Le problème est pour la main d’oeuvre moins ou pas qualifiée, avec une faible productivité. Là les salaires en France sont plus élevés que la moyenne, le SMIC par exemple, et cela décourage l’emploi, ce qui explique le chômage massif dans les cités, formées de gens peu qualifiés. A cela s’ajoute la complexité des licenciements, le peu de flexibilité du marché du travail. Les entreprises sont réticentes à embaucher, parce qu’après elles ne peuvent plus licencier, ou ça leur coûte trop cher.
C’est pour ça que les syndicats sont irresponsables, en réclamant une augmentation constante du SMIC, ils devraient bien avoir des experts qui leur disent que ça augmente le chômage. Mais bon, si leurs experts sont formés par les Editions sociales… Ou alors, c’est du cynisme, protéger les emplois existants, au détriment de ceux qui sont en dehors, qui sont exclus du marché du travail. C’est un cocktail dangereux, ça veut dire des cités qui vont péter à nouveau, inévitablement. Alors que dans les pays anglo-saxons et germaniques, la souplesse du marché du travail et l’absence de SMIC permettent de mieux intégrer les gens sans qualification, donc souvent les immigrés ou enfants d’immigrés. En France, avec des syndicats rétrogrades et obtus, on s’enferme dans les rigidités et les avantages acquis jusqu’à ce que ça pète. Cf. 1789.
1 juin 08 à 00:39
> mais c’est pas le mauvais bougre.
Justement, c’est ça qui est terrifiant. Le gars pétri de bonnes intentions, qui est généreux, qui sait qu’il a les solutions pour améliorer le sort de l’humanité, mais qui ne comprend pas grand-chose. Vous mettez ce genre de type au pouvoir, vous le laissez appliquer ses solutions si belles, si généreuses, et qu’est-ce que vous avez après un an ou deux, l’appauvrissement, les pénuries, les conflits, bientôt la guerre, les répressions et les famines. Ce sont les pires, ces types là, à la Albert Jacquard, les plus dangereux. Il vaut cenf fois mieux un égoïste froid qui comprend les ressorts de la société, un banquier ou un financier implacable, qu’un crétin animé de bonnes intentions.
31 mai 08 à 19:02
Pour autant que je sache , la fameuse amelioration de procuctivite , meilleure de la planete , parait il se trouve surtout dans les unites de production appartenant aux grandes societes francaises ………….. a l;etranger !!! ( Alcatel / …) J’ai la faiblesse de croire qu’elle serait une consequence de la delocalisation plutot qu’autre chose mais j’avoue etre un beotien en la matiere !
D’autre part , il me semble quand meme que nombre d’entreprises privees en France ont fait des efforts consequents dans ce sens ( reduction des couts et modernisation – et pas forcement par destruction d’emplois comme le ressassent les potes a Besancenot …) choses qui ont aussi un rapport avec la productivite . . Mais de toutes facons ,l’argument est utilise sans cesse et a tort par les partisans de l’immobilisme et du statu -quo pour etayer leur arguments ! Pour eux l’economie se resume a un couple biabolique « patronat/Syndicats » engages dans un tango permanent fait de greves et de concessions sous fond de manifs et de gvt omni-impotent ..Sauf qu’ ils oublient que la c’est la piste de danse qui les nourrit !
Mais je suis comme Cataloun , histoire de mettre de l’ordre , j’aimerais bien de Letel une revue de detail des differents atouts et handicaps de l’economie francaise devant les defis du futur proche . A mon avis , malgre le plombage de ses parasites etatiques ou publics , elle a tout de meme de serieux atouts .et ce dans pas mal de domaines ( Au pif mais je suis un amateur : la tendance a passer a la propulsion electrique dans le secteur auto et la place predominante qu;y occupe la France , son excellence dans la construction nucleaire et le mvt qui se dessine d’un retour a celui ci …
Et egalement le secteur du luxe ou du tourisme , pas des technologies de pointer certes , mais avec une forte demande et generateur massif d’emplois
+++++++++++++…
Pour certains fossiles de Mai 68 , les tenors ont surtout fait un « fade away » du monde de l’action et seraient plutot du ressort du WWF ! Les seconds couteaux , qui etaient alignes , impassibles derriere l’estrade des meetings , l’oeil dur et les dents longues , m’est avis qu’ils ont pas si mal reussi ..
Ils encombrent effectivement les studios de tele et ont au moins cree la « pensee unique » …..
31 mai 08 à 16:48
Letel, je voulais vous poser une question. On entend souvent affirmer que c’est le coût du Travail qui dissuade l’embauche. D’autrepart, on entend aussi souvent que la productivité – je suppose qu’il s’agit de la productivité du Travail – a significativement augmenté dans le secteur privé en France. Ce qui aurait tendance à pousser au dégraissage ( au Royaume Uni, on appelle ça des redundancies, justement ).
Ma question : est-il intéressant de chercher une corrélation entre le taux de chomâge et le rapport productivité/coût du travail, sachant bien entendu qu’il est probable que d’autres facteurs entrent en jeu dans le taux d’emploi ? À priori, selon les prémisses que j’ai posées, on pourrait penser que ce n’est pas le cas, puisque les deux facteurs joueraient tous les deux dans le sens d’une diminution du nombre d’employés.
31 mai 08 à 16:02
Bah, il parle avec le cœur. Il me casse les burnes, à moi aussi, mais c’est pas le mauvais bougre. C’est comme dans le théâtre antique, faut bien un choryphée.
31 mai 08 à 15:39
Les hommes sont terribles avec leurs faiblesses, et Albert Jacquard illustre bien ça. Le gars est un grand savant dans son domaine, récompensé par mille prix et mille honneurs, et parce qu’il reçoit tout ça, ça lui monte à la tête et il se croit savant dans tous les domaines, pas seulement dans le sien. Le résultat est désastreux, il veut savoir et expliquer dans les autres domaines, là où il n’a pas la formation nécessaire, et il ne sort que des conneries. Et on le fait parler comme un oracle à la radio.
31 mai 08 à 15:34
> Ce que j’ai cru comprendre, c’est qu’il ne considérait comme richesse réelle que la production industrielle, et non les secteurs tertiaires ou primaires. C’est pour cela qu’il estime que la délocalisation de l’industrie, source du déficit commercial avec la Chine, revenait à faire fabriquer par le prolétariat chinois ce que la classe ouvrière américaine était devenue incapable de faire. D’où le terme de Plèbe qu’il emploie pour parler du Peuple américain.
Exactement, le gars se saoule de comparaisons fumeuses avec l’Empire romain, qui ne fabriquait plus rien et importait tout, sans comprendre que les TI et les services en tout genre aux US, c’est de la production bien réelle. En plus, comparer une économie en pleine révolution technologique, avec une économie stagnante au plan technique comme Rome ou l’URSS n’a aucun sens. Un crétin imbu de lui-même.
31 mai 08 à 15:30
> il évoquait l’affaire Enron et suggérait une économie américaine moribonde, qui ne tenait qu’en trafiquant ses bilans – ce qui était et probablement reste la caractéristique des bureaucraties communistes
Un exemple de débilité de quelqu’un qui n’a pas la dimension historique : des magouilles, des tricheries, des fraudes, il y en avait bien plus à l’époque des Robber Barons, à la fin du XIXe, en pleine époque d’ascension de l’industrie américaine, sous Rockefeller, Carnegie, Vanderbilt et Morgan. En plus, les fraudeurs d’Enron sont en tôle.
31 mai 08 à 15:23
A mon avis, il n’y a rien à capter à son bouquin, il n’y a rien de plus dévastateur que les rigolos qui sont dans des domaines qui tournent autour de l’économie (démographes, philosophes, sociologues, biologistes) et s’en mêlent. Il leur manque la formation, la compréhension des mécanismes, l’humilité devant sa complexité. Bourdieu était un bon exemple, ses points de vue et jugements abrupts sur l’économie étaient grotesques. Actuellement, il y a un autre exemple de crétin diplômé qui pontifie sur l’économie sans y rien comprendre, Albert Jacquard, qui intervient tous les jours à France Culture à six heures moins dix, dès qu’il commence à parler, je ferme le poste.
31 mai 08 à 14:30
« L’histoire du déficit américain est du même tonneau, en fait il aide les pays en développement, en leur permettant d’exporter massivement, ce qui fait tourner leur machine industrielle à plein régime, voir la Chine. »
C’est ce qui me semblait aussi. Pour s’en sortir, il évoquait l’affaire Enron et suggérait une économie américaine moribonde, qui ne tenait qu’en trafiquant ses bilans – ce qui était et probablement reste la caractéristique des bureaucraties communistes – et en imposant au reste du monde l’emprise de ce qu’il appelle ses « signes monétaires » c’est- à dire les dollars.
Ce que j’ai cru comprendre, c’est qu’il ne considérait comme richesse réelle que la production industrielle, et non les secteurs tertiaires ou primaires. C’est pour cela qu’il estime que la délocalisation de l’industrie, source du déficit commercial avec la Chine, revenait à faire fabriquer par le prolétariat chinois ce que la classe ouvrière américaine était devenue incapable de faire. D’où le terme de Plèbe qu’il emploie pour parler du Peuple américain.
Bizarrement, il ne l’emploie pas pour l’Europe qui se désindustrialise à la suite des USA, et pour laquelle il réclame un protectionisme à l’échelle continentale. Une sorte de mur d’Hadrien en quelque sorte…ou une Ligne Maginot économique.
Enfin…j’ai peut-être rien capté à son petit bouquin.
31 mai 08 à 09:29
Tout jeune assistant, j’ai enseigné à l’université de Vincennes, dans les années 1970. Une note au-dessous de la moyenne à l’examen était inimaginable, j’en ai donné un paquet, ça a été un tollé, évidemment c’était plus simple de faire comme Badiou :
« En philosophie, le maoïste Alain Badiou promet l’UV « La science dans la lutte des classes » à « ceux qui auront condensé leur pensée philosophique dans un bombage ou dans une inscription murale, ceux qui ne sont jamais venus mais qui ont ainsi montré par leur absence un détachement louable des choses de ce monde et une méditation profonde« . »
31 mai 08 à 09:25
15 mai 08 à 14:19
« Tous ces singes savants de Normale Sup et de la gauche prolétarienne ont un problème très simple, le même que celui de Sartre d’ailleurs.(…) le problème de l’enseignement français, on apprend les humanités, les lettres, la philo, d’un côté, et les sciences exactes de l’autre, mais on néglige comme méprisables l’économie » …
Oui, c’est probablement ça qui a permis à un condisciple de Sartre comme Aron (ou longtemps son assistant Bourdieu) de résister aux dérives.
Car que ce soit au Parti ou dans ses diverses sous-sectes, il s’agit toujours, comme disait Bourdieu, de « tenir le monde social à distance » ou, comme disait quelqu’un dans les articles du Monde, de « court-circuiter le réel » …
13 mai 08 à 15:26
On a crédité le gars d’avoir annoncé la chute de l’URSS au début des années 1980, par une analyse démographique,
Un vaste malentendu. E. Todd a profité d’un heureux concours de circonstances. Tous les indicateurs démographiques dans l’ex-URSS sur lesquels il a bâti son argumentation ont empiré depuis sa dislocation : effondrement démographique, alcoolisme ravageur, espérance de vie en berne. Faut-il en déduire que la fin de la Russie actuelle c’est pour demain ? Et le dernier pays stalinien de la planète luttant désespérément contre la malnutrition n’aurait-il pas dû, lui aussi, disparaître depuis belle lurette ? Au contraire, le communisme s’accommode assez bien des catastrophes humaines. Ce sont elles qui le font naître, c’est d’elles qu’il se nourrit la plupart du temps.
L’ex-URSS subissait déjà à sa cadence, et pas pire qu’ailleurs, l’évolution démographique propre à l’ensemble du continent européen et qui perdure de nos jours.
11 mai 08 à 04:44
Son pamphlet sur l’empire américain qui va s’effondrer est une autre imbécillité notoire. On a crédité le gars d’avoir annoncé la chute de l’URSS au début des années 1980, par une analyse démographique, il s’est mis à avoir les chevilles enflées, et s’est dit pourquoi pas passer aux US maintenant, en annonçant leur chute prochaine ? Plus con, tu meurs.
L’histoire du déficit américain est du même tonneau, en fait il aide les pays en développement, en leur permettant d’exporter massivement, ce qui fait tourner leur machine industrielle à plein régime, voir la Chine.
11 mai 08 à 04:41
Todd c’est la bienséance politiquement correcte. Comme dit Alceste, quand Arsinoé l’engage à venir à la Cour, où elle peut l’appuyer :
Et que voudriez−vous, Madame, que j’y fisse ?
L’humeur dont je me sens veut que je m’en bannisse.
Le Ciel ne m’a point fait, en me donnant le jour,
Une âme compatible avec l’air de la cour ;
Je ne me trouve point les vertus nécessaires
Pour y bien réussir et faire mes affaires.
Etre franc et sincère est mon plus grand talent ;
Je ne sais point jouer les hommes en parlant ;
Et qui n’a pas le don de cacher ce qu’il pense
Doit faire en ce pays fort peu de résidence.
On pourrait dire en paraphrasant Molière :
Et qui n’a pas le don de grande bienséance
Doit faire en ce pays fort peu de résidence
11 mai 08 à 04:31
Voir ici, l’arrogance imbécile dans toute sa splendeur, vers la minute 50. Sur le protectionnisme, voir les commentaires.
11 mai 08 à 04:30
Justement je venais de tomber dessus, Todd parade dans le Figaro, après la télé. Encore un type qui ne comprend rien à l’économie, son idée de protectionnisme régional renforcé est une connerie monstrueuse, on a déjà esssayé ça dans les années 1930 avec les résultats qu’on sait, aggravation de la crise, dépression étendue à une décennie, montée des nationalismes (liée au protectionnisme) débouchant sur la guerre. Todd est un imbécile ignorant, et dans ce pays, les imbéciles plastronnent. On se croirait dans une comédie de Molière, c’est Diafoirus.
11 mai 08 à 04:25
A propos Letel, je voudrais vous poser une petite question : avez-vous lu le petit bouquin anti-américain d’Emmanuel Todd Après l’Empire. Connaissez-vous son argumentation économique ? Elle me semble complètement farfelue, mais elle retourne ce qui me semble être le classique discours anti-mercantiliste : pour lui le déficit commercial américain signifie l’exploitation des masses du Tiers-Monde au profit de la « Plèbe » américaine, devenue incapable de produire. L’économie américaine serait une illusion basée sur les « signes monétaires ». Vous connaissez ça ?
À propos du mépris de l’Économie, vous avez bien-sûr raison, et c’est même pire. c’est une haine de l’argent purement déclarative, aussi répandue qu’elle est ridicule et hypocrite.
10 mai 08 à 04:43
Tous ces singes savants de Normale Sup et de la gauche prolétarienne ont un problème très simple, le même que celui de Sartre d’ailleurs. Ce problème est le problème de l’enseignement français, on apprend les humanités, les lettres, la philo, d’un côté, et les sciences exactes de l’autre, mais on néglige comme méprisables l’économie et la science économique. Ces imbéciles ne comprennent rien aux mécanismes économiques de base, ils ne comprennent rien à l’évolution économique des sociétés à long terme, et cette bêtise ignorante (masquée sous un jargon savant) – qui n’est pas tant de leur fait mais de celui-ci de la formation qu’ils ont reçue depuis tout gosses – les poussent à embrasser les conneries les plus absurdes du marxisme-léninisme, une solution simple mais séduisante pour des esprits non équipés intellectuellement comme les leurs, une solution pour tout casser dans une société, établir la dictature, la répression, le meurtre de masse, la misère, les famines.
Les pays anglo-saxons et nordiques – qui ont chez eux une formation économique digne de ce nom – n’ont pas ce genre de problème, les groupes extrémistes, le parti communiste, les partis trotskistes ou maoïstes en tout genre, les crétins des Alpes comme Badiou, Besancenot ou Marchais, n’y existent pratiquement pas. Les gens sont intellectuellement équipés pour résister aux conneries marxistes-léninistes, communistes, gauchistes et ultragauchistes.
8 mai 08 à 06:17
6 mai 08 à 05:30
Meat loaf. Love it. Never known him, never heard him. Amazing piece of drama : kept wondering if the man was going to reach Home and get it on stage.
An ode to male procrastination. Is marriage not for losers, what ? I’m sure our friend Islam should love it, too.
5 mai 08 à 21:02
Let me sleep on it (Meat Loaf)
5 mai 08 à 18:34
Merci déjà. Il est tard, so I’ll sleep on it. Have a good day.
5 mai 08 à 18:01
Badiou est fort. Son Saint Paul est fort, d’autres bouquins aussi. Son totalitarisme découle du fait qu’il est philosophe, et que la philosophie s’obstine à faire des touts (discours du maître selon l’autre Big Chief Lacan). Heidegger est l’exemple parfait, son nazisme est conséquence logique de sa philosophie (il le savait, il ne s’en est jamais excusé). Bon, il y aurait beaucoup à écrire, mais ce qui est bien quand on est Big Chief, c’est qu’on peut paresser à sa guise…
5 mai 08 à 17:23
De Chabrol aussi : Les Bonnes femmes, sans Yanne, mais avec Stéphane Audran., je crois, et Mario David. Mais vous avez dû le voir, vous avez tout vu.
5 mai 08 à 17:18
Letel
Oui, oui. « Nous ne vieillirons pas ensemble », aussi. Grand acteur, peu de bons rôles.
5 mai 08 à 17:16
Oui, c’est vous et le sujet c’est Badiou, Chief.
5 mai 08 à 17:14
Le Grand Chef, c’est moi? Sur mai 68, que les morts ensevelissent les morts. C’est ce qu’un ancien mao comme moi devrait dire…
5 mai 08 à 17:07
Oui, le Boucher et Que la bête meure, c’est la classe au-dessus, des grands films, avec un grand acteur, Yanne. Mais Yanne metteur en scène, ce sont des pochades, les Chinois à Paris, c’est marrant, mais ça va pas loin. Ce qui rend encore plus grotesque le dogmatisme imbécile de Badiou, supportant pas les critiques à un régime totalitaire.
5 mai 08 à 17:01
Letel, je ne m’étais même pas aperçu que vous aviez écrit 4 commentaires, le temps que j’écrive le mien. J’ai jamais vu Les Chinois, mais j’ai toujours aimé le jeu de Jean Yanne. Me suis aperçu aujourd’hui que j’ai les DVD du Boucher et de Que la bête meure. Vais me régaler.
5 mai 08 à 16:49
« resté dans sa secte. »
C’est l’Organisation Politique, dont il est l’un des trois secrétaires. Il y a aussi sa copine et sans doute deux ou trois autres membres.
Tiens, dans le wiki anglais, ils disent qu’il n’est plus à l’ENS. Si c’est vrai, il n’est pas resté longtemps. Aurait-il démissionné par protestation, sans que quiconque s’en soit aperçu ?
5 mai 08 à 15:55
> Quant à la radicalité, c’est aussi un truc d’ado : qui a la plus grosse, quoi.
Qu’en pensez-vous ?
Tout à fait, c’est le type qu’est jamais sorti de son école, qu’a jamais grandi, entré dans une secte, resté dans sa secte.
5 mai 08 à 15:50
Une erreur s’est glissée dans le commentaire précédent : j’ai oublié le point après la première strophe. ( Oui, c’est une forme de poésie expérimentale ).
5 mai 08 à 15:45
Letel
Vous savez peut-être que Birnbaum a publié un bouquin il y a une vingtaine de mois qui s’appelle « leur jeunesse et la nôtre ». C’est basé sur des entretiens Letel
Vous savez peut-être que Birnbaum a publié un bouquin il y a une vingtaine de mois qui s’appelle « leur jeunesse et la nôtre ». C’est basé sur des entretiens effectués pour une série d’émissions passées sur France-Culture. Quite enlightening.
Cela fait longtemps que j’ai noté l’étrange coïncidence que trois des icônes de Badiou : Saül, Spinoza et Marx, peuvent être considérés comme des juifs sortis du particularisme juif pour aller à l’universel. Peut-être imagine-t-il Mao comme une sorte de marrane 犹太 ?
En tout cas je souscris à la formule de Bensaïd. Pour l’avoir entendu – mais pas lu – depuis quelques années, j’ai été frappé par cette transcendance révolutionnaire de Badiou. C’est un fidéiste, sans doute plus de lui même que du maoïsme, dans une perspective purement opératoire – c’est à dire d’une œuvre à construire. Ça m’étonnerait que ce soit tout à fait inconscient.
Cela fait aussi des années que je note la christianisation discursive du communisme. Je ne sais pas si c’est l’effet de la Révolution iranienne, qui est après tout le seul événement politique porteur d’espérance pour un anti-capitaliste, un retour aux sources profondes du communisme qui serait aussi et surtout le concurrent spirituel des religions organisées, ou un simple processus de repli réactionnaire.
Quant à la radicalité, c’est aussi un truc d’ado : qui a la plus grosse, quoi.
Qu’en pensez-vous ? Enfin, faudrait demander aussi au Big Chief, qui a l’air d’en savoir beaucoup plus que moi, mais qui demeure aussi bavard qu’un insigne de Cigar Store sur le sujet. Pas bien, ça.
5 mai 08 à 14:20
Hilarant le film. Pour faire cesser quelques révoltes, Jean Yanne suggère aux Chinois de faire de la France le mauvais exemple de tous les autres pays, alcool, débauche, bonne bouffe, baise, boîtes, cabarets, etc., comme les Spartiates saoulaient un type pour montrer aux autres le droit chemin.
Les Chinois sont emballés, on donne l’ordre de rouvrir les bordels, de faire couler le vin à flot, et ainsi de suite, un général suggère :
- Doublez le nombre de jours de congé !
Un autre répond :
- Impossible. Ils en ont déjà 200 par an.
5 mai 08 à 13:57
Mentalité totalitaire un jour, mentalité totalitaire toujours. L’amateur de censure, l’amateur d’attaques personnelles (cf. son pamphlet sur Sarko, sa taille, etc.) dans le style fachos des années 1930, une ordure obtuse.
5 mai 08 à 13:42
Direct 8 )
5 mai 08 à 13:41
Je tombe ce soir à la télé (Direct
sur le film de Jean Yanne de 1974, Les Chinois à Paris, comédie sur l’occupation (pardon, libération) de la France par la Chine de Mao. Un film anodin et loufoque se foutant du marxisme-léninisme à la Mao et des Français.
Le crétin de Badiou est tellement con, qu’à l’époque, il avait manifesté devant les cinémas pour faire interdire le film… Quand on voit le niveau du « penseur » français « le plus connu à l’étranger », qui continue à pontifier et à écrire, y’a plus grand-chose à dire.
3 mai 08 à 12:00
Créé à l’automne 1968 afin de perpétuer le “miracle” de Mai, ce groupe se saborde dès 1973. A l’origine de cette décision, il y a un événement crucial : les attentats perpétrés aux Jeux olympiques de Munich contre les athlètes israéliens, le 5 septembre 1972.
Moi je crapahutais sur les montagnes du Carmel, en chantant « Che Guevara » et autres chants de partisans- a ce moment!
Puis quand Beni Levi et ses copains se masturbaient l’intellect je suis aller passe 6 mois sur le canl de Suez defendre les frontieres israeliennes!
Avec un fusil FM, 7.62 et un canon francais Hovitser 155:
» Le pouvoir est au bout du fusil » diasit Mao
Les choses etaient claires et nettes; pas besoin de branlette des meninges pour voir clair!
3 mai 08 à 07:33
« Depuis la disparition de Jacques Derrida, en 2004, Badiou est sans doute le penseur français le plus lu et le plus commenté à l’étranger. »
Mdr.
3 mai 08 à 07:00
Universel en « extension » contre universel en « intensité », fraternisation globale contre identités singulières, général contre particulier : à l’horizon de ces débats, il y a bien sûr plus d’un enjeu d’actualité. Mais il y a aussi une dispute autour de l’héritage sartrien, si central dans la conscience des gauches françaises : « Pour Sartre, l’homme n’est rien, il est néant, il ne peut pas exister sur le mode de l’identité, souligne Alain Finkielkraut. Mais Sartre admet que face à l’antisémite, celui qui s’assume comme juif mérite le respect. Si Benny Lévy est fidèle à l’homme Sartre, donc, c’est Badiou qui tire les conséquences de sa philosophie : pour lui, il n’y a rien ni personne, et surtout pas de juifs, car ils fournissent la matrice de toutes les identités à venir. Badiou, c’est Sartre moins la générosité ! Et voilà comment l’extrême gauche prend son tournant théologique : au moment où l’Eglise devient vraiment judéo-chrétienne en invoquant la première Alliance, ce sont les gauchistes qui la révoquent en enrôlant saint Paul ! »
Tournant théologique ? Alain Badiou dément. Et répond à ces critiques de plusieurs façons. Sur le mode du dépit personnel, pour commencer, en confiant sa nostalgie d’une certaine solidarité entre ex-camarades. Hier, il pouvait dire « nous les soixante-huitards professionnels ». Maintenant, il déplore que ce « nous »-là fasse défection : « Ce « nous » était précisément tout sauf un nom… », souffle-t-il.
Pour le reste, le théoricien maoïste est tenté de rabattre la polémique sur un axe gauche/droite, un partage classique entre progrès et réaction. A l’entendre, les critiques dont il est la cible marquent l’émergence d’un néoconservatisme dont l’originalité serait à la mesure de l’expérience mao : « Quand se mettent en place des figures inédites du conservatisme, observe Badiou, elles sont souvent liées à des retournements, au pivotement de gens qui ont été nourris par la tradition révolutionnaire. Or le maoïsme a été la grande nouveauté politique issue de Mai 68. Dans ces conditions, il n’y a rien d’étonnant à ce que ses militants continuent d’irriguer les nouveautés. Y compris les nouveautés réactionnaires ! »
S’il n’en reste qu’un… Dans la famille des normaliens « lacano-maoïstes », Alain Badiou se présente comme celui qui ne s’est jamais « retourné ». Ni vers l’ordre bourgeois, ni vers le ciel des religions. Et si certains le décrivent comme un chrétien qui s’ignore, Badiou, lui, proteste de son radical athéisme. Pourtant, même ses meilleurs soutiens sont tentés d’inscrire sa pensée dans le champ théologique : ainsi le théoricien trotskiste Daniel Bensaïd évoque-t-il une « philosophie guettée par la sacralisation du miracle événementiel », tandis que son collègue slovène, Slavoj Zizek, n’hésite pas à présenter Badiou comme « le dernier grand auteur de la tradition française des catholiques dogmatiques ». Quand on lui rappelle ces propos, l’intéressé ne se défile pas. « A mes yeux, assure-t-il, il n’y a pas d’histoire transcendante. Mais quand on rallie une cause puissante, on s’inscrit sur une scène qui est plus vaste que soi-même. Dès lors qu’on aborde les motifs de l’appel radical, de la conversion, du nouvel homme… je vois bien qu’il y a une généalogie chrétienne, oui, bien sûr. C’est pour cela que j’ai écrit le Saint Paul. » Ainsi, le plus « marxiste-léniniste » de nos philosophes prend-il toute sa part dans l’aventure métaphysique du maoïsme français. »
Jean Birnbaum
3 mai 08 à 06:59
« Austères, intraitables, ils sont restés fidèles à eux-mêmes. A la fin des années 1960, les jeunes « maos » se croisaient dans les couloirs de l’Ecole normale supérieure, entre une discussion avec le philosophe Louis Althusser et un séminaire du psychanalyste Jacques Lacan. Ils ferraillaient à propos de tel ou tel article publié par les Cahiers marxistes-léninistes, une revue où l’on pouvait lire en exergue les mots suivants : « La théorie de Marx est toute-puissante parce qu’elle est vraie. »
Quarante ans plus tard, ces brillants sujets tiennent encore le haut du pavé parisien, partageant toujours une même conviction : qui veut le pouvoir doit détenir la vérité. « Ce sont des aristocrates qui méprisent la piétaille de Mai 68, remarque le philosophe Bernard-Henri Lévy, leur cadet de quelques années. Chez eux, il y a une jeunesse inentamée : l’enthousiasme spéculatif et la furie conceptuelle n’ont pas varié. »
Par-delà les ruptures personnelles, les clivages idéologiques, les ex-maos ont conservé bien des traits communs : d’abord, la certitude que le combat intellectuel est le seul qui compte vraiment. Ensuite, la conscience que, pas plus que les autres, cette bataille-là ne se mène avec des gants blancs. Enfin, un rapport terroriste au langage, déterminé par la haine du compromis, voué à l’intimidation d’autrui.
Leurs joutes continuent de polariser une large partie du champ intellectuel français, où les avant-gardes ont d’autant plus d’impact qu’elles sont marginales : « C’est un jeu stratégique qui se déploie dans un mouchoir de poche, poursuit Bernard-Henri Lévy. Mais tous ont un rayonnement considérable, selon le principe de la microsecte à effets virulents. Et de même qu’il y eut jadis une génération structurée par le face-à-face entre ces deux enragés qu’étaient André Breton et Louis Aragon, de même il y a aujourd’hui une génération qui doit choisir entre deux sartriens, Benny Lévy et Alain Badiou. »
Sur les ruines du maoïsme à la française, telle serait la nouvelle ligne de front. D’un côté, la petite troupe attachée à Benny Lévy. Ancien chef de la Gauche prolétarienne (GP), celui-ci a fait « retour » à la tradition juive, dès le milieu des années 1970. Dans l’Institut d’études levinassiennes qu’il a fondé en 2000, l’espérance radicale s’énonce désormais à la lumière de la Torah. Après la mort de Benny Lévy, en 2003, ses amis se regroupent autour du linguiste Jean-Claude Milner : « Milner, c’est une intelligence disponible, commente le psychanalyste Jacques-Alain Miller, ex-mao et gendre de Lacan. Le désir brûlant était celui de Benny, mais Milner sert son impulsion, il parle pour lui. C’est un travail de piété. »
De l’autre côté, les disciples d’Alain Badiou. En mai 1968, ce paisible père de famille, qui enseigne la philo à Reims, bascule dans l’engagement politique, s’en allant diffuser ses idées à la porte des usines et dans les foyers d’immigrés. Un choix vécu sur le mode de la conversion : « Mai 68, pour moi, ce fut une chute sur le chemin de Damas, confie-t-il. Avant, je me considérais comme un écrivain ; ensuite, je deviens un militant dont la politique absorbe l’existence. » Dans l’après-Mai 68, le philosophe fonde la groupusculaire Union des communistes marxistes-léninistes de France (UCFML). Et aujourd’hui encore, à 70 ans, il dirige un collectif baptisé « L’Organisation politique », qui s’investit essentiellement dans la solidarité avec les sans-papiers.
Parmi les figures intellectuelles du courant « pro-chinois », Badiou est le seul qui n’a pas bougé : dans son séminaire à Normale Sup’, qui continue d’attirer chaque mois des centaines d’auditeurs, le professeur brocarde « le capitalo-parlementarisme » et cite abondamment Mao Zedong, dont il affirme que les écrits philosophiques devraient figurer au programme de l’agrégation.
Depuis la disparition de Jacques Derrida, en 2004, Badiou est sans doute le penseur français le plus lu et le plus commenté à l’étranger. Ses livres se répartissent en deux catégories : les épais volumes théoriques, d’abord, où il puise dans les mathématiques pour bâtir une pensée de l’événement ; les essais de circonstance destinés à un large public, ensuite, dont le dernier en date, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 2007), fait les délices de l’extrême gauche.
A mi-chemin entre ces deux catégories, un autre ouvrage a semé la zizanie dans la galaxie des ex-maos français : Saint Paul. La fondation de l’universalisme (PUF, 1997). Sous la plume de Badiou, l’apôtre devient « un Lénine dont le Christ aurait été le Marx équivoque ». Bien plus : selon lui, les Epîtres proposent une nouvelle figure du militant, et un credo universaliste pour demain. Contre la prolifération des « communautarismes », les textes de Paul permettraient d’en finir avec les « identités fermées » : au regard de l’universel façon saint Paul, c’est bien connu, il n’y a plus « ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme »…
Ses ex-concurrents de la Gauche prolétarienne ne s’y sont pas trompés. Dès sa parution, certains ont vu dans le livre de Badiou un authentique casus belli, une façon de déclencher cette « guerre métaphysique sur la notion même d’universel » annoncée par Benny Lévy. « Oubliez son nom ! », lançait celui-ci, peu de temps avant de disparaître, à quiconque évoquait Badiou devant lui.
Par la suite, Jean-Claude Milner prend le relais. Ironie souterraine, allusions cruelles et notes assassines : texte après texte, et sans jamais le citer nommément, Milner fustige Badiou, dont il était naguère l’ami. Car, à ses yeux, l’urgence est là : il faut faire barrage aux « sectateurs de l’universel facile », qui confondent cet universel avec l’effondrement des identités, l’effacement des noms particuliers : ni Juifs ni Grecs… « L’universel selon Badiou est un universel en extension, fondé sur la conversion du plus grand nombre, affirme Milner d’une voix cristalline. Dans cette logique, est bon ce qui unit, est mauvais ce qui divise, pour paraphraser Mao… Or le nom juif est ici en position de cisaille. Depuis l’affaire Dreyfus au moins, il est le point d’achoppement, le point de honte de la belle langue française. Le nom juif divise au maximum, et c’est pour cela qu’il est porteur d’un autre universel, non plus en extension, mais tout en intensité. »
…/…
3 mai 08 à 06:56
De la lutte des classes à la « guerre des Anges » – 5/5
Saint Paul au milieu du front
2 mai 08 à 10:31
Quand Lévy décide d’entrer à la yeshiva (académie talmudique) de Strasbourg, en 1984, il se dit toujours athée. Mais onze ans plus tard, c’est un « pur sujet de l’Alliance » qui franchit le pas ultime en « montant » en Israël. Désormais, ce normalien n’a plus de mots assez durs pour railler les « pitres » universitaires, la gauche parisienne, et surtout son propre passé maoïste : « J’étais un petit peu monstrueux », ironise-t-il. Traduction : « J’étais, à ce moment-là, un juif oublieux de moi-même, mangeant n’importe quoi dans les restaurants. »
Sur ce « chemin du Retour », emprunté avec la même intransigeance que les sentiers d’autrefois, certains « ex » de la GP essaient tant bien que mal de suivre Benny Lévy. Une poignée va étudier avec lui à la yeshiva de Strasbourg – l’un d’entre eux y est encore aujourd’hui. Plus tard, d’autres font le voyage de Jérusalem pour lui rendre visite. Une infime minorité se pose même la question de la conversion : « Si j’étais moins feignasse, j’irais étudier dans une yeshiva, je trouve cela absolument passionnant », soupire Jean Schiavo, ancien « établi » aux usines Perrier, aujourd’hui directeur marketing d’une filiale de Wanadoo.
Mais tout en lui conservant leur amitié, nombreux sont ceux qui refusent d’accompagner Lévy jusqu’au bout de sa nouvelle radicalité : « Quand je lis les derniers textes de Benny, j’y trouve une violence monumentale, insupportable. J’ai l’impression de me couper aux pages ! » souffle Denis Clodic, un ancien de chez Renault, sans doute le plus proche ami du chef mao juste après la dissolution. « Six mois avant sa mort, confie de son côté Alain Finkielkraut, Benny me bousculait encore : « Ecoute, Alain, toi et moi nous avons 120 ans. Que transmettras-tu à tes enfants ? » Et moi qui suis si étranger à la foi, je ne répondais rien… »
D’année en année, la petite troupe se disperse : « Il y a eu de la perte », tranche Gérard Bobillier pour évoquer celles et ceux qui se sont éloignés. Lorsqu’il parle de « Benny », ce fidèle d’entre les fidèles a des étincelles plein les yeux. Lui aussi a pensé se convertir, avant de renoncer. Patron des éditions Verdier, il a fait de sa maison une nouvelle structure de discipline et de dévouement : « J’ai décidé que mon rôle était de protéger ceux qui étudient plutôt que d’être moi-même au coeur du dispositif. »
Editeur de Benny Lévy mais aussi de Jean-Claude Milner, Bobillier porte toujours le siècle sur ses épaules. En 1968, il s’agissait d’ »allumer l’étincelle qui mettra le feu à la plaine », selon la formule de Mao. Quarante ans plus tard, c’est l’alphabet hébraïque qui constitue l’unique brasier : « Aujourd’hui, l’étincelle est dans l’étude des lettres carrées, assure Gérard Bobillier. J’ai la certitude que si cette étincelle venait à mourir, la notion d’espoir serait barrée. Le monde n’aurait plus de raison d’être. »"
Jean Birnbaum
2 mai 08 à 10:28
« Ils sont tous là, ou presque. En cette soirée de novembre 2003, le Théâtre Hébertot, à Paris, accueille la foule des grands jours. Dans la salle, beaucoup d’anciens soixante-huitards, qui souvent s’étaient perdus de vue depuis l’époque des manifs et des meetings. Sur scène, une poignée d’ »ex », autrefois militants ou sympathisants de la Gauche prolétarienne (GP), principale organisation maoïste dans l’après-68 : les philosophes Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy et François Regnault, le linguiste Jean-Claude Milner et le psychanalyste Jacques-Alain Miller.
Tous unis pour rendre hommage à leur camarade Benny Lévy, disparu trois semaines plus tôt à Jérusalem. Au cours des années 1970, le chef charismatique de la GP avait progressivement troqué le Petit Livre rouge pour la Torah. Jetant un regard complice aux autres orateurs, Jacques-Alain Miller présente les choses ainsi : « Benny était une sorte de missionnaire, qui adressait un rappel à l’ordre aux infidèles, à la racaille que nous sommes. »
Au fil des interventions, et tandis que claquent les nouveaux mots de passe (« Juif d’affirmation », « horizon de la Torah »…), l’assistance plonge dans une atmosphère électrique. Certains s’étranglent en silence, comme l’écrivain Olivier Rolin. « Ils sont devenus fous », murmure une femme installée au premier balcon. « C’est la deuxième autodissolution de la Gauche prolétarienne ! », fulmine depuis le poulailler l’islamologue Christian Jambet, qui fut l’un des rares maos français officiellement reçu à Pékin, en 1969.
Autodissolution ? Le terme résume bien l’aventure de la GP, et d’emblée il est lié à la question juive. Créé à l’automne 1968 afin de perpétuer le « miracle » de Mai, ce groupe se saborde dès 1973. A l’origine de cette décision, il y a un événement crucial : les attentats perpétrés aux Jeux olympiques de Munich contre les athlètes israéliens, le 5 septembre 1972. C’est le moment-clé : au lendemain de l’attaque, alors que Jean-Paul Sartre, leur ange gardien, justifie l’opération, les dirigeants de la GP, eux, la condamnent.
Une prise de position d’autant plus inattendue que les jeunes « gardes rouges » ont fortement contribué à populariser la cause palestinienne au sein de la gauche française, à une époque où celle-ci ne s’en souciait guère. « Nous sommes tous des fedayins ! », martèle alors le journal de la GP, La Cause du peuple. Si bien qu’à la fin de sa vie, Benny Lévy ira jusqu’à lancer : « Les Palestiniens ? C’est moi qui les ai inventés ! »… Une provocation que son camarade Alain Geismar, figure emblématique de Mai 68, explicite aujourd’hui ainsi : « Dans les foyers de travailleurs, on s’était aperçu qu’à cause de leurs rivalités nationales, les immigrés avaient du mal à militer ensemble. On cherchait un point capable de les unir. C’est comme ça qu’est apparue l’affaire de la Palestine, comme une figure apte à empêcher les immigrés de se taper dessus. »
Au lendemain de Munich, tout bascule. La GP, que sa rhétorique ultraviolente et son savoir-faire militaire prédisposaient à une dérive de type Brigades rouges, s’autodétruit. « Munich est déterminant, assure l’éditeur Gérard Bobillier, un ex-mao de Besançon. C’est là que la dissolution est pensée, quand on prend conscience que notre slogan « Geismar, Arafat, même combat ! » débouche sur l’assassinat des athlètes israéliens. »
Après des années d’activisme, d’affrontements, parfois de prison, le collectif s’éparpille et chacun essaie de retomber sur ses pieds. « A l’époque, 68 part dans le sable, il y a beaucoup de comportements d’échecs, sans parler des suicides, témoigne le sociologue Jean-Marc Salmon. Moi, je fume du hasch, je regarde ma vie passer. Une façon différente de s’en sortir est de revenir à l’absolu spirituel. » Si quelques-uns sombrent dans la drogue, plus nombreux sont ceux qui plongent dans la métaphysique : « Notre besoin d’infini, on est allé le chercher dans d’ autres textes », explique Gérard Bobillier, qui participe aux « cercles socratiques » fondés par Benny Lévy après la dissolution, pour tenter de penser le naufrage du politique. Réunis dans une bergerie de La Grasse (Hérault), les rescapés de la GP potassent Platon et Hobbes, mais aussi Foucault et Sartre.
Avec ce dernier, dont il devient le secrétaire personnel, Benny Lévy noue très vite une relation forte, si intense qu’elle suscitera la jalousie de Beauvoir. Pour l’ancien chef maoïste, ce dialogue débouche sur une double métamorphose. Par Sartre, Lévy devient français : en 1975, le philosophe appelle le président Giscard d’Estaing pour qu’il accorde enfin la nationalité française à son protégé, né au Caire et jusqu’alors apatride. Par Sartre, surtout, Lévy (re)devient juif : de fil en aiguille, dressant le bilan de l’espérance révolutionnaire, les deux hommes lisent non seulement les classiques de la philosophie politique, mais aussi les grands textes de la tradition biblique. Un jour d’été, alors qu’ils passent leurs vacances ensemble, Benny Lévy tombe sur un passage du Sefer Yetzirah (Livre de la formation) : « Le monde, disait ce texte, était créé avec des lettres, racontera-t-il plus tard. Sartre regardait mon visage en feu : la vérité parlait, j’en étais sûr, et je ne comprenais pas un mot. »
Voici donc Lévy à la recherche de maîtres capables de le guider jusqu’aux portes du messianisme. Conjuguant prophétisme et philosophie, la pensée d’Emmanuel Levinas lui permet d’accomplir pour de bon sa conversion. Ou plutôt son « tournement », comme il disait, qui l’amène peu à peu à devenir « observant » : « Quand Benny s’est mis à étudier la Torah, se souvient Alain Geismar, il expliquait qu’il n’était pas religieux pour autant. Et puis, un jour, il m’a dit que s’il mangeait casher, c’était parce qu’on ne pouvait pas comprendre la Bible sans vivre comme ceux qui l’ont écrite. »
Sur les camarades qui l’ont escorté après l’effondrement de la GP, Benny Lévy exerce toujours une vive fascination. Juifs ou non, qu’importe : ils sont quelques-uns à acquérir des rudiments d’hébreu avec Shmuel Trigano, à sillonner la Kabbale aux côtés de Charles Mopsik, et même à recevoir l’enseignement de Jean Zaklad, puis d’Eliahou Abitbol, deux religieux qui donnent des cours de Talmud aux soldats perdus du maoïsme français. « Parce qu’elle a un rapport essentiel à la pratique, la pensée juive est stimulante pour des gens qui font le deuil d’un engagement total, miraculeux », s’enthousiasme Jacques Theureau, ancien dirigeant du comité de lutte Renault, toujours intarissable dès qu’il s’agit d’évoquer tel ou tel commentaire de la Torah.
…/…
2 mai 08 à 10:27
2 mai 08 à 07:06
Soyez plus cochonne, vous savez que ça marche toujours
2 mai 08 à 02:12
Sitt ! .Heeelp !!..ya encore worpress qui fait des misères à mes commentaires !!!
(il aime pas le franco-provençal, ce raciste ?)
1 mai 08 à 23:49
Que sunt mi ami devenu
Que j’avoie si pres tenu
Et tant amei?
Je cuit qu’il sunt trop cleir semei ;
Il ne furent pas bien femei,
Si sunt failli.
L’original en fanco-provençal, ça a quand même de la gueule !
Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeul
Cf. aussi la traduction en français de Leo Ferré en 1955 : Pauvre Rutebeuf
1 mai 08 à 17:59
« le pillage de Fauchon’
En prélevant l’impôt révolutionnaire au passage. Le slogan devait être « Fauchons Fauchon ».
1 mai 08 à 08:12
Et le pillage de Fauchon, pour aller distribuer le caviar aux immigrés, voir l’article. Des Robin des bois, quoi…
1 mai 08 à 07:53
En fait, ceux qu’on appelait les maos spontex n’étaient pas tellement maoïstes, mais plutôt situationnistes. Ils s’inspiraient de Guy Debord, de Raoul Vanegeim, etc. Parmi leurs actions les plus remarquées, les détournements des pubs, qui ont fait école jusqu’à présent.
1 mai 08 à 07:20
Machin c’est Antonio Negri, bien sûr.
1 mai 08 à 05:21
Sorry, nées.
1 mai 08 à 05:19
Letel, oui, spontanés. Et c’était aussi une allusion à la publicité pour les éponges. De la scission de ce groupe sont nés diverses branches des mouvements revendicatifs : écolo, féministes, homosexuels, etc. qui furent à la pointe de ce qui allait se révéler la part majeure des conséquences de mai 68 ( et de ses équivalents étrangers ) : la libéralisation des mœurs, l’autonomisation des revendications, l’éclatement des groupes. Bref la fin de l’ère des masses, que Machin essaie de retrouver avec sa notion de « multitudes », pour enlever son caractère terriblement normatif. Après tout, le sommet de l’uniformité, ce fut la Révocul, et ses succédanés Khmer Rouges et Coréens.
1 mai 08 à 04:04
Y avait un groupuscule maoïste qui s’appelait ou qu’on appelait les Maos spontex, jamais bien compris ce que ça voulait dire, spontanés ? faire confiance à la spontanéïté des masses, comme en 68 ? Le nom était marrant en tout cas.
1 mai 08 à 03:09
Vous étiez Mao, Ali ?
J’etais ds les Comites Vietnam du lyce puis au CAL- Comite d’Action Lyceen en 68.
J’ai ete elu delegue de ma classe (seconde C) apres un discourt sur les valeurs de l’education au Kibboutz !
En bref, j’etais tendance Mao-Sioniste……
Ce qui m’a fait joindre l’Hashomer Hatzair, les « Jeunes Gardes » mouvement sioniste socialiste, celui qui a, entre autres, dirige la revolte du Getto de Varsovie (Mordechai Anielevitz a sa tete) et construit plus de 70 kibboutz en Israel – et ce qui m’a fait engager, plus tard, au « Nakhal », la Brigade des « Jeunesses Pionieres Combattantes » de Tzahal en tant que volontaire etranger, apres une annee de Math Sup terminee avec mention, a Paris!
1 mai 08 à 02:57
Fin 3 :
Au lendemain de ce drame qui ébranle la France entière, les « nouveaux partisans » de la GP jettent toutes leurs forces dans la bataille. Non seulement en enlevant Robert Nogrette, cadre dirigeant de la Régie Renault, mais surtout en réinvestissant Billancourt, pourtant quadrillée par les CRS. Ici encore, leur prédication s’avère aussi solitaire que suicidaire : « Le troisième jour, on sent que c’est cuit, raconte Denis Clodic, aujourd’hui directeur de recherche à l’Ecole des mines de Paris. Au lieu de se disperser, on se dit : « Autant y aller en gloire. » Donc, on rentre dans l’usine, et là, il y a vraiment un côté christique : on se fait clouer, mais bien, par une centaine de gardiens qui nous tabassent et nous livrent aux flics. Moi, je me retrouve à Fresnes avec la mâchoire fracassée. »
Overney est mort, et le pays reste calme. Pour les militants de la Gauche prolétarienne, c’est le début d’une vaste désillusion. Bientôt, une autre expérience, beaucoup plus douce celle-là, achèvera de les dérouter : la fameuse grève de l’usine Lip, qui fabrique des montres à Besançon. En 1973, protestant contre la fermeture annoncée de leur entreprise, les ouvriers s’organisent. Première surprise : ils réinventent l’autogestion. « On produit, on vend, on se paye », voilà leur slogan. Deuxième surprise : ils sont habités par l’enthousiasme religieux, comme le constatent les émissaires de la GP. « Avec Benny (Lévy), on y va, et on tombe sur les fesses, se souvient Denis Clodic. C’était des curés blancs, des leaders charismatiques, vêtus de blanc, qui organisaient une communauté en révolte. L’imprégnation du catholicisme était énorme. Ils réalisent ce dont nous avions rêvé, mais de façon très différente, sans envisager un instant la guerre civile. Bref, on comprend qu’on fait fausse route. »
Un détail frappe Benny Lévy et ses camarades : les ouvriers de Lip ont soudé les portes de l’usine afin qu’elles restent grandes ouvertes. Rien à voir avec les pratiques de la CGT : depuis Mai 68, afin d’entraver l’ »influence pernicieuse » des gauchistes, le syndicat bloque systématiquement l’accès des entreprises. Dans le comité d’action des Lip, au contraire, tout le monde est invité à s’exprimer, à participer, à vendre des montres… Or ces travailleurs se passent très bien du Petit Livre rouge, remarquent les observateurs de la GP. A leur tête, on trouve d’abord des chrétiens, notamment le syndicaliste Charles Piaget, membre de l’Action catholique ouvrière, et le prêtre dominicain Jean Raguenès.
Dans l’aventure collective des maos français, la rencontre avec ces hommes-là s’avère décisive. Elle provoque une brutale remise en question. « A nos yeux, Lip a représenté le point extrême de l’impulsion donnée par Mai 68, précise l’historienne Evelyne Cohen. C’était des ouvriers tels que nous les avions rêvés, et c’était des croyants. Au contact de quelqu’un comme Raguenès, qui nous raconte ses expériences mystiques, nous comprenons que nous ne pouvons pas aller plus loin sur la voie du politique. Et que les ressorts de l’engagement sont aussi religieux. »
Fin 1973, la Gauche prolétarienne opte pour l’autodissolution. L’heure de l’enquête sociale semble révolue. Voici venu le temps de la quête spirituelle. »
Jean Birnbaum
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Prochain article : De Mao à Moïse
1 mai 08 à 02:55
Et pour la postérité :
« Le 28 mai 1968, à Paris, une affiche est placardée sur les murs du Quartier latin. Elle reproduit un article du philosophe Maurice Clavel (1920-1979) paru dans le journal Combat. Gaulliste frondeur et gauchiste chrétien, il y livre une interprétation métaphysique du soulèvement : « Cette révolution est d’abord spirituelle, écrit-il. L’esprit se venge. Il était temps. L’espoir est là. Etudiants, jeunes ouvriers l’ont en charge. » Par la suite, ce sympathisant maoïste ira jusqu’à proclamer : « Mai confirma Dieu. Oui, une Pentecôte de l’Eglise invisible. Il y eut un grand vent et les portes claquèrent. »
Ce souffle prodigieux porte un nom : unité. Que la jeunesse étudiante s’insurge, que les ouvriers se mettent en grève, quoi de plus attendu ? L’événement est ailleurs – dans la fusion des deux révoltes. Ensemble, tout devient possible : quarante ans avant la provocation sarkozyste, Mai 68 affirme l’urgence d’en finir avec ce qui sépare. « La grandeur du Mai français, c’est de dire que le couple dominant/dominé ne vaut plus, assure Jean-Claude Milner, ex-mao et linguiste raffiné. Au XVIIe siècle, à propos de la Fronde, le cardinal de Retz déclarait : « Le peuple entra dans le sanctuaire : il souleva le voile… » Mai 68, c’est cela : pendant quelques jours, le peuple a soulevé le voile. »
Milner appartient à la poignée de militants qui jettent les bases de la Gauche prolétarienne (GP), à l’automne 1968. Tous partagent un même espoir : prolonger la grâce de Mai, empêcher que le voile ne retombe. Bientôt, ils volent des tickets et organisent le passage gratuit dans le métro. Le 8 mai 1970, ils dévalisent l’épicerie de luxe Fauchon, à Paris, avant d’aller distribuer le caviar dans un foyer de travailleurs immigrés. « Les militants de la GP jouaient aux Robins des bois, sourit le philosophe Bernard Sichère, ex-mao lui aussi, mais d’une autre tendance. Il y avait chez eux un côté théologie de la libération. C’est tout à fait le type d’action qu’auraient pu faire des chrétiens de gauche. »
Mais l’essentiel, aux yeux des jeunes « gardes rouges », c’est de faire en sorte qu’étudiants et ouvriers continuent de se donner la réplique, voire d’échanger les rôles. Et, dans La Cause du peuple, le journal de la GP, une obsession revient sans cesse, directement inspirée de la « révolution culturelle » chinoise : lutter contre le clivage entre travail manuel et travail intellectuel, surmonter la division entre « ceux qui triment et ceux qui pensent ». Pour cela, la première urgence est de multiplier les contacts sur le terrain : « Celui qui n’a pas enquêté n’a pas droit à la parole », martèlent les militants en reprenant une formule de Mao.
A cette tâche d’investigation, les reporters de La Cause du peuple vont s’atteler corps et âme : « A l’époque, je deviens une sorte de moine mendiant, témoigne Jean-Pierre Barou, aujourd’hui éditeur, qui multiplie alors les enquêtes en Bretagne. Je perds la femme avec laquelle je vis, la fille que j’ai eue d’elle aussi, et j’inscris la tragédie du prolétariat dans ma chair. A Fougères, une ouvrière m’a demandé : ‘Pour gagner sa vie, faut-il la perdre ?’ Et j’ai tout de suite pensé à la dernière phrase de ma mère, ouvrière elle aussi, sur son lit de mort : ‘Tu sais, Jean-Pierre, j’ai eu une vie de naïve.’ »
Les ouvriers ne sont ni naïfs ni passifs ; chez eux, l’imagination se déploie en une souveraine spontanéité : telle est pour les maos la grande leçon de Mai, celle qui ruine d’un seul coup la vieille orthodoxie marxiste-léniniste. « Au fond, ce qu’on apprend en Mai 68, c’est que la classe ouvrière peut penser, et faire penser », résumera plus tard le chef de la GP, « Pierre Victor », alias Benny Lévy, dans un dialogue avec Philippe Gavi et Jean-Paul Sartre, publié sous le titre On a raison de se révolter (Gallimard, 1974). Dès lors, à Renault-Flins comme chez Usinor (Dunkerque) ou chez Babcock-Atlantique (Saint-Nazaire), il s’agit de reconnaître la « puissance spirituelle créatrice » des actions ouvrières.
En Mai 68, l’un des premiers réflexes ouvriers fut de séquestrer le patron ? « On a raison de séquestrer le patron ! », lance la GP. D’autres ont malmené les cadres avant de procéder à la « grande lessive » des bureaux ? « Bravo ! », clament encore les maos, qui avertissent les bourgeois et leurs « laquais » dans les termes suivants : « Quand nous le voudrons, tous unis, on vous séquestrera, on vous crachera dans la gueule et on vous pendra. Par les pieds d’abord… »
Mais la vocation mao ne consiste pas seulement à enquêter ou à cogner devant les entreprises. Elle exige d’endosser la blouse bleue des ouvriers. Pour les dizaines de militantes et de militants qui décident de « s’établir » en usine s’amorce alors une authentique conversion : « On ne passe pas comme ça du statut d’étudiant à celui d’OS (ouvrier spécialisé), témoigne Denis Clodic, qui avait entamé un cursus d’ethnologie à la Sorbonne avant d’entrer chez Renault. C’est tout un itinéraire, il faut d’abord faire oublier son passé. Et puis, sur une même chaîne, à Billancourt, tu es au milieu d’Angolais, de Marocains, de Portugais. Tu dois apprendre à parler avec 300 mots. Il y a un côté prêtre-ouvrier : on est comme des curés, mais des curés rouges… qui mordent. »
Dévouement, courage, discipline : entre le travail à l’usine et les réunions avec les camarades, l’ »établi » dort peu, donne tout. Au coeur de l’engagement, insiste Benny Lévy, il y a « l’élément idéologique du sacrifice ». Un révolutionnaire ne craint pas la mort, répète-t-il. La mort symbolique, d’abord, quand le militant s’efface après avoir rempli sa mission de médiateur, ainsi qu’en témoigne Jacques Theureau, aujourd’hui chercheur en ergonomie : « On a tout fait pour que les jeunes ouvriers soient maîtres des opérations, se souvient cet ancien établi de chez Renault, qui organisa avec d’autres la venue de Sartre à Billancourt, en octobre 1970. On se pensait comme l’intermédiaire entre le non-pouvoir et le pouvoir. On orchestrait notre propre disparition. » La mort réelle, ensuite : le 25 février 1972, à la porte Zola de Renault-Billancourt, Pierre Overney s’écroule. Quelques instants auparavant, faisant face au vigile Jean-Antoine Tramoni, qui l’avait mis en joue, le jeune ouvrier maoïste a simplement dit : « Vas-y, tire ! »
…/…
1 mai 08 à 02:53
Troisième article : « Des « curés rouges » à Billancourt« , Le Monde du 1er mai 2008
1 mai 08 à 02:44
Fin 2 :
Lorsqu’ils prennent enfin la mesure des événements, après coup, les jeunes maos basculent soudain de l’indifférence à la ferveur, et du doute à la foi. Leur chef, Benny Lévy, ira plus tard jusqu’à parler de Mai 68 comme d’une « divine surprise », dans un curieux clin d’oeil à un mot célèbre du royaliste Charles Maurras, saluant en 1940 l’accession au pouvoir du maréchal Pétain.
Et au début des années 1970, la Gauche prolétarienne a d’autant plus à coeur de prolonger le « miracle » de Mai que ses fondateurs ont traversé l’événement en n’y voyant que du feu. Cette vaste opération de rattrapage, ils la mènent résolument, avec la radicalité systématique sans laquelle il n’y a pas, en France, d’intellectuels dignes de ce nom. Ici, bien sûr, c’est Sartre qui donne le ton : « La France sartrienne, c’est un pays où la question politique est liée à l’engagement des intellectuels, observe Alain Badiou. Dès lors que vous mélangez le maoïsme à l’existentialisme sartrien, vous produisez une position militante qui ne se rencontre nulle part ailleurs : le maoïsme français avec sa forme hypertendue, qui en fait ressortir la subjectivité en partie aberrante et la dimension religieuse. »
Voici donc une figure insolite et typiquement française : le normalien « lacano-maoïste ». Si ce militant se lance dans un activisme effréné et très concret, qui le mènera parfois jusqu’en prison, son rapport au quotidien n’en demeure pas moins filtré par un enthousiasme ultra-spéculatif. Pour lui, il s’agit toujours de court-circuiter le réel, de passer outre : « Lacan nous avait appris que le désir est irréparable, résume Guy Lardreau. « Il y a un au-delà de la demande », telle était sa thèse de fond. Nous la rapprochions de celle d’Althusser : « Il y a un au-delà de l’opinion. » Nous avons essayé de tenir ensemble ces deux « au-delà ». »
Pour la petite troupe, voici donc l’horizon : un certain « au-delà ». Au-delà du monde présent, de ses inégalités, de sa division. Dans la rue, sur les marchés et à la porte des usines, les maoïstes vont donc jeter toutes leurs forces dans un effort désespéré pour perpétuer le « prodige » de Mai. Pour maintenir vivante, surtout, ce qu’ils considèrent comme sa véritable signification : « Mai 68 n’est pas réductible à l’épisode des barricades au Quartier latin, assure l’éditeur Jean-Pierre Barou, ex-mao lui aussi, aujourd’hui captivé par le bouddhisme tibétain. C’est un instant de communion, dont la vérité se joue dans les années 1970. Qu’on appelle cela « unité des consciences », selon la formule de Sartre, ou « karma », comme disent les bouddhistes, peu importe. L’essentiel est là, dans l’ordre de l’invisible, dans cet « au-delà » de la lutte des classes et de l’histoire. »
Emballement idéologique, fureur conceptuelle, extase métaphysique : chez les maos de Normale-Sup, tout est réuni pour que la politique finisse très vite en mystique. Le regard tendu vers un grand soleil chinois dont ils ignorent à peu près tout, sauf ce que leur en dit le bulletin de propagande Pékin-Information, ces brillants esprits agitent la bonne parole de Mao comme d’autres brandissent les textes saints. « Certains d’entre eux étaient intégristes, assure l’intellectuel égyptien Baghat Elnadi, alter ego d’Adel Rifaat, frère de Benny Lévy et converti à l’islam. Je me souviens d’une discussion sur Lin Biao (symbole de la « Révolution culturelle » chinoise) qui avait dit un jour : « Même si on ne la comprend pas, il faut appliquer la pensée de Mao. »A la Gauche prolétarienne, certains étaient d’accord avec ça. Le Petit livre rouge, pour eux, c’était un peu le Coran. »"
Fin de l’article de Jean Birnbaum, « Une « divine surprise »", dans le Monde du 29 avril
1 mai 08 à 02:41
Suite 2 :
« Mais quand, à deux pas de l’université, il arrive enfin au Théâtre de l’Odéon, haut lieu de la Commune estudiantine, les grands classiques ne lui sont plus d’aucun secours. « Les loges bondées, la parole qui circule… là, vraiment, ça n’a plus rien à voir avec ce que je peux intégrer. Je me souviens de la phrase prononcée par le comédien américain Julian Beck (animateur du Living Theater) : « Ce que je vois ce soir, c’est la plus belle chose que j’aie jamais vue dans un théâtre. » Aujourd’hui encore, je cherche à comprendre ce qu’il voulait dire », murmure le linguiste.
Comme Milner, la plupart des jeunes maos qui s’apprêtent à fonder la Gauche prolétarienne, à l’automne, ont loupé le coche de Mai. Eux qui finiront par incarner, dans l’imaginaire collectif, la « Génération 68″, sont en fait passés à côté. Or ce qui est en cause dans un tel fiasco, c’est une certaine relation au monde, à la fois érudite et abstraite. Et qui veut comprendre ce rapport au réel doit faire halte rue d’Ulm, dans le microcosme normalien où naît le maoïsme à la française : « C’est un moment très particulier de l’Ecole normale, explique le philosophe Bernard-Henri Lévy. Avant, c’était l’abbaye de Thélème. Plus tard, ça deviendra un lieu de bachotage. Mais là, pendant cinq ou six années, c’est un laboratoire de la révolution, qui va faire l’expérience de son impossibilité. »
Depuis le milieu des années 1960, en effet, le philosophe Louis Althusser règne sur Normale-Sup. Il y enseigne une théorie communiste rajeunie par la doctrine chinoise, qu’il juge plus riche que le dogme soviétique, et moins conciliante que le marxisme italien. A ses disciples, il transmet un violent complexe de supériorité. Et surtout cette double conviction qui ne facilite guère la vie : d’une part, les concepts peuvent renverser des montagnes ; d’autre part, le monde est hors de portée. « La grande idée qui irrigue cette génération est liée au pessimisme historique d’Althusser, précise Bernard-Henri Lévy. On pourrait la formuler ainsi : aussi ardemment qu’une âme tente de sortir d’elle-même, elle ne rencontre jamais le réel. »
Cette philosophie, la jeunesse rebelle qui peuple les khâgnes l’envisage pourtant comme la vraie pensée révolutionnaire. Et dans leur esprit, le seul nom d’Althusser suffit à déterminer une vocation : « Intégrer la rue d’Ulm nous était un devoir, car le « caïman » (préparateur à l’agrégation) s’appelait Althusser, confie le philosophe Guy Lardreau, alors élève au lycée Louis-le-Grand (Paris). Personnellement, la vie telle qu’elle va me paraissait dégoûtante. Qu’il y ait de la différence, de l’injustice, m’était insupportable. Alors, la voie naturelle d’un jeune comme moi, c’était d’entrer à l’Ecole normale et d’être payé pendant quatre ans pour apprendre le marxisme-léninisme. »
Aux élèves d’Althusser, deux voies s’ouvrent alors, représentées par deux revues : le chemin proprement maoïste est celui des Cahiers marxistes-léninistes ; une piste encore plus théorique s’offre du côté des Cahiers pour l’analyse, tournés vers le psychanalyste Jacques Lacan, dont le séminaire se tient rue d’Ulm de 1964 à 1969. Qu’allaient donc y chercher ces révoltés ? « Au fond, ils pensaient que Mao était à Lénine ce que Lacan était à Freud, répond le philosophe Alain Badiou, qui appartenait au comité de rédaction de la revue. Sous l’impulsion de Mai 68, ils se sont projetés dans le maoïsme via cette puissante analogie : de même qu’il y avait une psychanalyse américaine sclérosée, que Lacan était venu dénoncer, de même il existait un léninisme soviétique ossifié, dont Mao avait interrompu le cours. »
De Lacan, les maos héritent également un goût pour les formules lapidaires : « La femme n’existe pas », « il n’y a pas de rapport sexuel », tranche le psychanalyste en de mémorables sentences. « Rejetez vos illusions, préparez-vous à la lutte ! », « On demande où est la bourgeoisie ? La bourgeoisie est dans le Parti communiste ! », martèlent ses émules de la rue d’Ulm.
Las ! Ni la psychanalyse lacanienne ni le marxisme althussérien ne fournissent aux jeunes « gardes rouges » les outils propres à saisir la nouveauté du « moment » 68. Au contraire, cet appareillage théorique les rend aveugles à l’inédit de l’époque. « En Mai 68, j’ai 24 ans, témoigne le psychanalyste Jacques-Alain Miller, ex-mao et gendre de Lacan. Le monde tel qu’il est, la duperie des pauvres par les riches, tout cela me révolte. Mais sur le moment, je ne comprends rien à ce qui se passe. Jean-Claude Milner et moi sommes perdus dans la préparation d’un numéro des Cahiers pour l’analyse consacré à la « formalisation logique ». Quand on sort de chez moi, on traverse la rue de Buci, un mouchoir sur le nez, sans vraiment prêter attention au gaz lacrymogène. »
…/…
1 mai 08 à 02:39
Amusant, j’écoutais ce titre de joan baez il n’y a pas trois semaines en rentrant de Toulouse.. insupportable.
Die, hippie, die !
1 mai 08 à 02:38
Fin 1 :
Tout ça pour ça ? A la place de la révolution culturelle chinoise, le retour à l’ancienne « révolution chrétienne » ? Là où Mao martelait que « l’oeil du paysan voit juste », s’agissait-il simplement d’affirmer, comme le faisaient les deux philosophes dans un pied de nez, que « l’oeil du prêtre voit juste » ? Ce serait trop facile, répond aujourd’hui Guy Lardreau. Au début des années 1970, ce normalien était l’un des chefs de la Gauche prolétarienne, coiffant à la fois le journal de l’organisation, La Cause du peuple (dont Sartre était directeur) et son secteur « cinéma » (où il côtoyait Jean-Luc Godard). A l’issue de son parcours militant, Paris lui étant devenu « intolérable », Lardreau s’est installé à Dijon.
Professeur en classe préparatoire (khâgne), il y habite maintenant un hôtel particulier un brin délabré, réaménagé en cabinet philosophique. Autour de son bureau, les oeuvres complètes de Hegel et de Thomas d’Aquin ; dessus, un vieux coupe-papier, quelques notes griffonnées. Et les Psaumes. Hanté par l’Orient chrétien, Lardreau entretient désormais une relation très forte avec « une certaine forme de rigueur qu’on appelle la théologie ». Et avec la prière ? « Je vous répondrai comme Jésus : je ne sais pas ce que c’est que prier. Vous êtes bien suffisant, en disant « prier »… », lâche-t-il dans un douloureux sourire.
Sa mère était institutrice. Son père enseignait les maths au collège. Dans les années 1930, celui-ci avait été royaliste d’Action française. Après la guerre, « sur la base de la Résistance », il avait voté communiste, demeurant à la fois athée et « profondément catholique », précise Guy Lardreau. Lui-même, tout en définissant le christianisme comme « la plus grande révolution dans l’histoire de l’âme », refuse qu’on parle de son itinéraire comme d’un retournement.
« C’est cette idée qui a fait l’abominable succès de L’Ange, dont je me mords encore les doigts, confie-t-il. Le malentendu était complet : on a lu le livre comme une espèce de jérémiade calotine, couvrant d’une dignité spirituelle un pur et simple retour au bercail. Mais pour moi, c’était autre chose : j’avais investi une espérance maximale dans un domaine où elle s’était avérée mal placée. Alors il fallait essayer de comprendre ce que nous avions cherché, à partir du moment où cela ne s’épelait plus avec les mots du discours politique. Ce que nous appelions « l’Ange », c’était une figure telle qu’elle fit dans l’histoire une rupture absolue. »
Malgré tout, maintenir l’horizon d’un autre monde possible ; à toute force, perpétuer l’espoir d’un « au-delà » pour notre temps : dans le sillage de Mai 68, chacun à sa manière, nombre d’anciens maoïstes ont tenté de relever ce défi. Aller à leur rencontre, ce n’est pas seulement brosser le portrait d’une génération au miroir de ses illusions passées. C’est aussi reconnaître, à même le présent, une ferveur et une virulence inentamées. Une soif d’absolu, surtout, qui en dit long sur notre époque, alors que la question religieuse y est redevenue centrale : « Quand la politique est à la baisse, la théologie est à la hausse. Quand le profane recule, le sacré prend sa revanche. Quand l’histoire piétine, l’Eternité s’envole », déplorait récemment le philosophe trotskiste Daniel Bensaïd dans un pamphlet intitulé Un nouveau théologien, B.-H. Lévy (Ed. Lignes).
De ce grand mouvement de bascule, les desperados du maoïsme français sont de parfaits témoins. Mieux : ils sont, cette fois encore, à l’avant-garde. »
Fin du premier article de Jean Birnbaum, « Quand un absolu chasse l’autre », Le Monde du 28 avril 2008
1 mai 08 à 02:36
Suite 1 :
« Désormais, il s’exprime devant les fidèles de l’Institut d’études levinassiennes, créé en 2000 autour de son ami Benny Lévy, ancien chef de la GP. Depuis la mort de celui-ci, à Jérusalem en 2003, Milner a pris la place du maître au sein du petit institut. Ce soir-là, du reste, le silence est impeccable quand, d’une voix souveraine et pincée, le grammairien énonce son sujet : « Sur les ruses de l’universel, études de cas : Mai 68 et le gauchisme. »
Une heure durant, Milner cite les bons auteurs (Lévi-Strauss, Foucault, Sartre) pour examiner la « rencontre » entre Mai 68 et le gauchisme français. D’un côté, explique-t-il, Mai 68 pose la question du présent : « Mai 68 dit : la révolution, c’est pas pour les autres, pour plus tard. C’est pour nous, ici, maintenant. » D’un autre côté, poursuit-il, le gauchisme redécouvre la question de l’ »Histoire absolue », avec un grand « H ». A l’intersection des deux, il y a la Gauche prolétarienne, qui tente de conjuguer l’esprit de Mai et la « révolution en soi » en inventant une politique de l’absolu. Or, il n’y a nul hasard, conclut l’orateur, si cette épopée se confond avec les noms de Benny Lévy, de Robert Linhart, auteur d’un livre fameux intitulé L’Etabli (Ed. de Minuit, 1978), ou encore de Pierre Goldman, insoumis et gangster assassiné en 1979 : « Moyennant la Gauche prolétarienne, tranche Milner, le gauchisme français est aussi une histoire juive. »
Est-ce une blague ? Dans l’assistance, en tout cas, personne ne rit. Au contraire, Jean-Claude Milner peut contempler la mine exaltée de ses auditeurs, dont certains portent la kippa. Parmi eux, seule une poignée a connu l’époque des manifs et des batailles rangées, avant de vivre les lendemains qui déchantent, les petits matins glauques. Mais tous savent l’essentiel : quand l’espérance radicale s’effondre, seul demeure le désir d’infini ; dès lors que l’histoire manque à ses promesses, l’absolu se cherche un autre nom.
Mai 1968 – mai 2008, de la politique à la spiritualité : dans la grande famille des maoïstes français, ils sont un certain nombre à avoir emprunté ce chemin. Qu’ils soient religieux ou qu’ils continuent de se dire athées, beaucoup sont passés d’une scène marxiste, où le mot qui compte est « révolution », à une scène métaphysique, où l’on ne parle plus que de « conversion ». A l’arrivée, c’est le credo monothéiste qui constitue l’horizon vrai de la radicalité : de Mao à saint Paul, pour les philosophes Guy Lardreau, Bernard Sichère ou Alain Badiou ; de Mao à Mahomet, pour leur camarade Christian Jambet, qui a appris le persan afin de se plonger dans l’étude des mouvements extrêmes en islam chiite ; et de Mao à Moïse, donc, pour d’autres.
Ou plutôt « de Moïse à Moïse en passant par Mao », comme le précisait lui-même Benny Lévy, qui aura incarné, mieux que quiconque, ce grand passage d’un absolu à l’autre. « Tôt, je rencontrai le Tout-Puissant. Dans le texte de Lénine, qui fut l’objet de ma première année à l’Ecole normale supérieure : je mettais en fiches les 36 tomes des Œuvres de Moscou », écrivait-il.
Leader charismatique de la Gauche prolétarienne, il devient ensuite le secrétaire personnel de Sartre et se tourne avec lui vers l’étude des textes juifs, au milieu des années 1970, délaissant les 36 tomes de Lénine pour les 20 volumes du Talmud. « Sous les pavés, la plage ! », avaient lancé les insurgés en Mai 68. « Et si sous les pavés de la politique se cachait la plage de la théologie ? », rectifiait Benny Lévy, en 2002, dans Le Meurtre du Pasteur (Grasset-Verdier). Publié dans la collection « Figures », dirigée par Bernard-Henri Lévy, cet ouvrage était sous-titré « Critique de la vision politique du monde », comme pour entériner le divorce de la politique et de l’absolu : non, tout n’est pas politique ; non, la condition humaine n’est pas un problème dont la politique représenterait la solution.
De cet amer constat, les enfants du maoïsme français ont payé le prix fort. Un quart de siècle avant Le Meurtre du Pasteur, du reste, un autre livre avait déjà dressé l’inventaire : publié dans la même collection, cosigné par deux « ex » de la GP, Guy Lardreau et Christian Jambet, L’Ange était paru en 1976, l’année où Mao mourait, au moment où s’affirmait un certain discours antitotalitaire. Et si l’on considère souvent cet essai comme le manifeste des « nouveaux philosophes », c’est que L’Ange disait adieu aux années militantes, venant clore pour de bon les années « 68″ : « Nous avions fait l’épreuve d’une conversion (…). Nous croyions avoir touché le fond : savez-vous ces temps où tout vient à faire défaut, les nuits entières passées à pleurer à petit bruit, à petit flot, sur le passé sans remède (…). Nous nous retirâmes au désert », notaient Lardreau et Jambet dans ce « guide des égarés », où le congé donné à l’engagement politique débouchait sur une autre rébellion, spirituelle celle-là.
…/…
1 mai 08 à 02:34
Vous étiez Mao, Ali ?
1 mai 08 à 02:11
Les gaullistes et les miterrandistes aussi…
1 mai 08 à 02:10
Ah! Mai 68!
Moi, Mai 68 m’a conduit au Kibboutz, a la lutte armee dans l’armee populaire sioniste, et ces dernieres annees a la lutte pour le progres scientifique et technologique….
Quant a ceux qui sont restes maoistes, troskistes, communistes, anarchistes, royalistes, fascistes,
je les emmerde!
30 avr 08 à 13:13
OK
30 avr 08 à 12:32
Tu devrais faire des copiés collés complets, ça va bientôt passer aux archives payantes…
30 avr 08 à 12:19
Nana, à défaut de Joan.
30 avr 08 à 12:17





