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Livres: Il a suffi que les communistes s’effondrent pour que les gauchistes remontent à la surface (As happy as Stalin in France)

Posté le Jeudi 21 février 2008 par jc durbant

A l’heure où un certain facteur de Neuilly joue les thuriféraires de l’ex-homme de main de Castro et nous mitonne un nouveau parti anticapitaliste …

Où un “vieux mao sur le retour” cartonne avec son réquisitoire contre Sarkozy et la “démocratie bourgeoise” (pardon: “formelle”) …

Et où on nous ressort comme si de rien n’était “les plus beaux discours de Robespierre” en nous appellant à “réinventer une terreur émancipatrice” …

Retour, après les polémiques suscitées en France par “Le Livre noir du communisme” mais aussi le très grand intérêt dans les ex-pays communistes, sur la suite que Stéphane Courtois lui avait cinq ans plus tard ajouté (”Du passé, faisons table rase!”)…

Notamment la décapante introduction et l’entretien de l’Express où il règle son compte à la très particulière faiblesse de l’intelligentsia française pour la catastrophe qu’a été en réalité le communisme.

Qui éclatera au grand jour avec la levée de boucliers d’une certaine gauche (historiens compris, même si l’intervention du législateur en histoire n’est pas toujours sans danger) lors de la condamnation, 16 ans après la chute du mur de Berlin, du communisme par le Conseil de l’Europe …

Extraits :

Nous avons en Europe de l’Ouest, et particulièrement en France, une mémoire du communisme qui est souvent glorieuse, incontestable, indiscutable. C’est une légende, un véritable mythe, qui confine parfois à l’invraisemblable… Quand, en 1991, on a vu Georges Marchais, qui avait passé plusieurs années en Allemagne comme travailleur volontaire, venir présider la grande cérémonie du cinquantenaire en l’honneur des fusillés de Châteaubriant, c’était un spectacle stupéfiant… Mais rien n’y a fait: le mythe était si puissant que même Georges Marchais pouvait se permettre cela. Et ce, jusqu’au sommet de l’Etat, puisque Lionel Jospin a caché pendant de nombreuses années qu’il avait été troskiste, ce qui est quand même bizarre. Du reste, il est intervenu de façon extrêmement virulente à l’Assemblée nationale pour défendre le PCF. Or, de l’autre côté, en Europe de l’Est, la mémoire du communisme correspond à une catastrophe nationale, à une tragédie, dans chaque pays.

Il existe, en effet, chez nous une espèce de gauchisme culturel, très répandu, très bon chic bon genre. Il n’est pas tant le fait des bobos que des «bobobos» – bourgeois, bohèmes, bolchos – qu’on rencontre un petit peu tous les jours, dans l’Université, dans les médias, dans la politique, etc. On est confronté en permanence à ce politiquement correct. Alors le nazisme, c’est abominable, on est d’accord; Le Pen, c’est horrible, on est d’accord. Mais, dès qu’on parle d’autres problèmes, qui sont tout aussi importants, c’est un tollé!

Cela tient au fait que la France a eu des expériences très différentes du communisme et du nazisme. Du nazisme, les Français ont conservé, et à juste titre, la mémoire tragique de la défaite de 40 et de l´occupation (fusillades, pillages, déportations etc.). Par contre, depuis 1936, et surtout depuis 1944-1945, les Français ont assez largement conservé une mémoire glorieuse qui repose sur la participation du PCF au front populaire, sur la participation des communistes à la Résistance et à la Libération du pays, et aussi au rôle de l´URSS dans l´écrasement du nazisme. Cette opposition entre mémoire tragique de l´un et mémoire glorieuse de l´autre explique cette “différence de méfiance”. Mais, si vous allez par exemple en Europe de l´est, vous verrez qu´il n´y a aucune mémoire glorieuse du communisme, mais au contraire une mémoire tragique en raison des conditions dans lesquelles ont été “libérés” ces pays – certains dès 1939-1940, comme l´Ukraine occidentale, les Etats baltes – par l´Armée rouge : c´est-à-dire une totale soviétisation forcée avec à la clef la terreur de masse, les fusillades et déportations de masses, la destruction des cultures nationales etc. C´est d´ailleurs un des gros problèmes de la réunification européenne : la France, l´Italie, l´Espagne en particulier où l´on entretient une mémoire glorieuse du communisme, et les ex-démocraties populaires qui entretiennent une mémoire tragique (dont témoignent les remarquables films récents en Allemagne avec La vie des autres, ou en Roumanie avec la dernière palme d´or du festival de Cannes). Cela a mené devant le conseil de l´Europe en janvier 2006 à une véritable scission entre socialistes et communistes d´Europe de l´Ouest alliés aux nostalgiques communistes de l´Est pour s´opposer à l´adoption d´une résolution condamnant les crimes des régimes communistes.

Or, en fait, le communisme nous laisse des ruines absolument gigantesques. Ruines économiques: il suffit d’aller visiter ces pays pour voir de quoi il retourne. Ruines politiques, bien sûr, parce qu’on ne reconstruit pas une démocratie comme ça, en quelques mois. Et puis, beaucoup plus en profondeur, ruines de la société. Le tissu social a été détruit, les élites ont été détruites, les repères ont été détruits… Les repères moraux, par exemple, ont en grande partie disparu. Il y a des milliers de filles de l’Est qui se prostituent à l’Ouest. C’est une énorme catastrophe. Plus toutes les mafias…

Il existe un certain nombre de mythes encore très vivaces à gauche: la Commune, le Front populaire, le tout ayant été fortement réactivé par Mai 68. A mon avis, la vraie explication réside dans notre culture révolutionnaire. 1789-94, c’est finalement le cœur de notre identité, politique et même sociétale. Beaucoup de gens n’arrivent pas à s’arracher à cela. Il est tout à fait étonnant de voir comment ils rééditent cette confusion, cet amalgame incroyable qui a été fait en 1920 entre révolution française de 1789 et révolution russe de 1917. Robespierre-Lénine, ou même Robespierre-Staline. Mais l’un n’a rien à voir avec l’autre. On peut dire qu’il y a chez Robespierre des éléments protototalitaires, mais enfin la Terreur a été très limitée; elle a été sanctionnée dès 1794. Et puis 1789, c’est quand même la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen… Il n’y a rien de tel dans la révolution russe, du moins pas dans la révolution bolchevique.

Il suffit d’évoquer la figure d’un Sartre qui, jusqu’à la fin de ses jours, a soutenu la bande à Baader ou la Gauche prolétarienne et s’est solidarisé avec des terroristes. Cet homme était censé être le phare de la pensée française… Enfin, les historiens qui travaillent sur le communisme sont souvent d’anciens communistes ou d’ex-gauchistes. Or maoïstes, trotskistes, communistes appartiennent à la même mouvance idéologique, et d’ailleurs, comme par hasard, eux, qui se sont beaucoup battus et entre-déchirés pendant des dizaines d’années, se retrouvent tous réunis dans les mêmes manifestations depuis que le communisme s’est écroulé à Moscou. Ce qui prouve bien qu’ils appartiennent à la même famille idéologique, celle de Lénine. Ajoutons qu’il a suffi que les communistes s’effondrent pour que les gauchistes remontent à la surface.



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Une réponse à “Livres: Il a suffi que les communistes s’effondrent pour que les gauchistes remontent à la surface (As happy as Stalin in France)”

  • 1
    Letel:

    La dernière video est impressionnante.