Posté le Mercredi 13 février 2008 par jc durbant
Cette remarquable critique, par le prix Nobel de littérature nigérian Wole Soyinka, des centaines de témoignages recueillis par le correspondant du New Yorker Philip Gourevitch dans ses Chroniques rwandaises (“Nous avons le plaisir de vous informer que, demain, nous serons tués avec nos familles”, 1998 – titre tiré d’une lettre d’un pasteur toutsi à un confrère houtsi quelques heures avant le massacre annoncé de son village) :
Extraits (traduits au babelfish) :
Pour bien saisir la singularité du crime rwandais, il faut imaginer la quasi-totalité de la population allemande participant à la liquidation des juifs, ou les masses russes répondant massivement à la guerre de Staline contre les koulaks, s’armant de pelles et pioches pour massacrer les koulaks village après village, au lieu simplement de les regarder embarquer pour leur ultime destination.
Aucune unique explication n’est satisfaisante. Gourevitch nous fournit utilement les antécédents du drame mais ne propose, à juste titre, aucune réponse définitive. Les facteurs qui ont contribué au cycle de tueries – avec les Toutsis très largement les victimes désignées – ne sont tout simplement pas à la hauteur de l’énormité du crime, autant les relations quasi-féodales explosives entre les Houtous et les Toutsis, que les modèles économiques inégalitaires qui séparaient les deux. Pas même la pénurie de terres du pays ne peut fournir une explication permettant de saisir par l’esprit une aberration sociale à une telle échelle. Les ordres sont venus d’en haut, oui ; l’interahamwe, la milice houtoue, a été formée, entrainée et endoctrinée dans la mission divine de liquider un Autre désigné, mais que tant de gens ordinaires puissent se retourner contre leurs voisins, leur propre sang, leurs collègues, leurs compagnons de beuveries ou de potins — c’est là où le processus de la compréhension cale, quelque soit l’éloquence des arguments des sciences économiques et de la politique, ou du rôle délétère de la mémoire.
Les Serbes et les musulmans bosniaques viennent à l’esprit. La politique de l’opportunisme qui cherche toujours des boucs émissaires a fourni le moteur pour l’idéologie meurtrière ‘’du ‘’nettoyage ethnique dans un cas, ‘’du ‘’Pouvoir houtou » dans l’autre, qui s’est traduit par – pas d’autre expression – que la Solution finale. Former des cadres, endoctriner une secte d’élite est une chose, mais engager une majorité de la population dans une orgie d’auto-mutilation ?
Un Houtou, notable d’une petite ville rwandaise que j’ai visitée, s’était senti personnellement visé après une visite d’un fonctionnaire du gouvernement, qui accusait l’ensemble des habitants d’avoir été négligents dans leur tâche de ‘’débroussaillage’’- un des nombreux euphémismes du pouvoir pour désigner l’élimination des Toutsis.
Un jour après son départ, le notable, dont l’épouse était toutsi, convoque les villageois à une réunion d’auto-critique. Il a amené ses quatre fils avec lui. Il commence son allocution en indiquant qu’ayant pris à coeur les reproches de son visiteur, il a décidé de faire un exemple et qu’il avait ainsi abattu son épouse toutsi avant de quitter son domicile.
Mais c’était seulement une première étape, ajoute-t-il. Il ne suffit pas de tuer tous les Toutsis, il faut éliminer chaque vestige de sang toutsi qui a souillé la pureté de la race. Et pour vous le prouver, je vais vous en donner publiquement un nouvel exemple. Et d’un coup de machette, il tranche la tête de son fils ainé. Puis, l’un après l’autre, il abat ses trois autres fils qu’il se fait amener de la case dans laquelle ils les avait fait venir. Et c’est ainsi qu’un nouveau village, qui jusque-là, avait résisté au discours de haine des interahamwe, bascula la tête la première dans le bain de sang général.
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2 réponses à “Rwanda: Pour bien saisir la singularité du crime rwandais (Hearts of Darkness)”
13 fév 08 à 16:16
Merci, K.
C’est noté.
13 fév 08 à 05:01
Le livre de Gourevitch est un des meilleurs sur le sujet et une très bonne première lecture pour appréhender le génocide rwandais.
D’ailleurs ARTE diffuse ce 22 février le meilleur film sur le drame rwandais, un film inédit en France: Quelques jours en avril
J’ai montré ce film à de nombreux Rwandais et la réaction a été unanime: ils trouvent ‘Hotel Rwanda’ nul et ce film excellent. A ne pas manquer!





