Posté le Mercredi 6 février 2008 par Letel
Dans The Economist
Sur les blogs : Serial Mapper, Strange Maps
L’auteur, Charles Joseph Minard
On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S’évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui-vive! alerte! assauts! attaques!
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Victor Hugo
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26 réponses à “Comment la Grande Armée a fondu”
10 fév 08 à 02:11
Seulement à peu près 90 000 des hommes de Napoléon survivent à la campagne de Russie. Les victimes russes au cours des quelques rares batailles rangées sont comparables aux pertes françaises, mais les pertes civiles le long de la route empruntée par les armées, dans un territoire dévasté, sont beaucoup plus élevées que les pertes militaires. Au total, en dépit d’estimations hâtives de plusieurs millions de morts, on estime les pertes à environ un million de morts, également réparties entre Français et Russes. Les pertes militaires s’élèvent à 300 000 Français, 70 000 Polonais, 50 000 Italiens, 80 000 Allemands, et 210 000 Russes. En plus des pertes humaines, les Français perdent aussi quelque 200 000 chevaux et plus de 1000 pièces d’artillerie.
Il convient de souligner que la Grande Armée perdit 5 hommes par maladie (typhus et dysenterie) pour chaque homme perdu au combat
Sources wikipedia
10 fév 08 à 01:59
Elle atteignit un maximum de 600 000 hommes en 1812, au départ de l’invasion de la Russie. Cette armée était véritablement « européenne » car elle comprenait :
300 000 Français, Belges et Hollandais
95 000 Polonais
35 000 Autrichiens
25 000 Italiens
24 000 Bavarois
20 000 Saxons
20 000 Prussiens
17 000 Westphaliens
15 000 Suisses
3 500 Croates
sources wikipedia
9 fév 08 à 21:06
Sur les 422 000, on peut penser (espérer) qu’un certain nombre est resté en Russie, pas forcément morts, mais établis (recueillis) dans un de ces villages russes ou ukrainiens, et avoir fait souche..
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Les desertions ont du etre nombreuses Je pense que a peu pres 50% des effectifs etaient francais . Et pour le « receuil » je parlais avec un copain venu de Russie vers 90 et je m’etonnais de son patronyme , pas russe (et a consonnance francaise )pour un sou : Il me raconta que son arriere – arriere grand pere avait ete un de ces soldats egares du gros des troupes visiblement un « straggler » receuilli par une famille russe dont le pere avait disparu durant la guerre et qui avait refait sa vie la bas , une sorte de « Martin Guerre » D’apres lui le cas n’aurait pas ete exceptionnel , les femmes restees seules trouvant un remplacant « envoye par le destin ( faut bien vivre ….)
Ily a eu des histoires de ce genre aussi apres 45 ou des villages entiers avaient ete vides d’hommes par la conscription de l’Armee Rouge et ou les femmes faisaient du « kidnapping » sur les hommes envoyes dans la region ( fonctionnaires de l’appareil ou simples voyageurs …..)
8 fév 08 à 13:48
C’est ce qu’il y a de fort, dans le graphique : la visualisation de l’usure des effectifs.
8 fév 08 à 11:40
Des carnages en effet.
Cependant, et contrairement à l’idée répandue, la majorité des pertes au cours d’une campagne ne provient pas des combats mais des maladies et défections. Les maraudeurs étaient à l’origine de la création de la Gendarmerie, l’Armée rouge avançait poussée par les baïonnettes de la NKVD…
8 fév 08 à 10:36
J’ai vérifié rapidement, et Borodino est bien la bataille la plus sanglante avant les désastres de la fin, Krasnoi et la Berezina, loin devant la 2e bataille de Polotsk.
8 fév 08 à 10:29
madimaxi
Oui, mais ce qui m’étonne, dans le graphique, c’est le faible impact apparent de la bataille. Je vais vérifier…
8 fév 08 à 10:10
Je ne trouve pas Borodino sur le graphique. Je vois la Moskowa,
C’est pareil. La bataille de Borodino porte le nom de « la Moskova » dans la terminologie militaire napoléonienne.
Les Polonais et les Allemands enrôlés ont aussi rejoint tranquillement leurs pénates…
Pas si vite que ça. !
Les Polonais et les Allemands continuent à se battre. Le Vème Corps polonais est saigné à blanc mais se reconstitue aussitôt et les Polonais restent fidèles à l’Empereur durant toute la campagne de 1813 où leur chef, le prince Poniatowski, tombe mortellement blessé à la bataille de Leipzig. Ils sont toujours présents à la campagne de France de 1814 jusqu’à la capitulation de Paris le 30 mars.
Les Allemands en revanche, retournent leurs armes et vont grossir l’armée de Blücher qui porte le coup de grâce à Waterloo.
En fait, il y aurait eu environ 700.000 hommes engagés dans la campagne de Russie dont 300.000 survivants, surtout ceux affectés dans des unités éparpillées, chargées d’assurer les arrières. Il est vrai, l’essentiel d’entre eux composé d’étrangers.
8 fév 08 à 09:04
Le Suédois, dont le nom m’a complètement échappé, qui fait des animations graphiques…vous aviez posté sur lui il y a quelques temps.
L’Ost c’est le nom de l’armée royale, à l’époque féodale.
8 fév 08 à 08:59
Quel Suédois ? « Ost sain », c’est quoi ? Je suis largué sur ce fil…
8 fév 08 à 08:57
Duh. Le lien. Sorry.
8 fév 08 à 08:52
Ah, Chateaubriand, OK.
8 fév 08 à 08:51
Le texte est de qui, tu mets pas l’auteur…
8 fév 08 à 08:50
Oui, c’est un précurseur de votre Suédois.
8 fév 08 à 08:49
« Ost sain »…voilà bien le romantisme. Il y a un forumeur complètement allumé sur les FdM, qui se réclame de Chateaubriand et Badiou. Vous l’avez repéré ?
8 fév 08 à 08:48
Dans The Economist, numéro de Noël (voir le lien ci-dessus), avec un autre de Florence Nightingale, la mère de tous les infirmiers, sur les pertes pendant la guerre de Crimée, et leurs causes. Le graphique de Minard a été appelé : le meilleur graphique jamais établi.
8 fév 08 à 08:33
La plus belle page de prose française:
Le 6 novembre (1812) le thermomètre descendit à dix-huit degrés au-dessous de
zéro : tout disparaît sous la blancheur universelle. Les soldats sans chaussures
sentent leurs pieds mourir ; leurs doigts violâtres et raidis laissent échapper
le mousquet dont le toucher brûle ; leurs cheveux se hérissent de givre, leurs
barbes de leur haleine congelée ; leurs méchants habits deviennent une casaque
de verglas. Ils tombent, la neige les couvre ; ils forment sur le sol de petits
sillons de tombeaux. On ne sait plus de quel côté les fleuves coulent ; on est
obligé de casser la glace pour apprendre à quel orient il faut se diriger.
Egarés dans l’étendue, les divers corps font des feux de bataillon pour se
rappeler et se reconnaître, de même que des vaisseaux en péril tirent le canon
de détresse. Les sapins changés en cristaux immobiles s’élèvent çà et là,
candélabres de ces pompes funèbres. Des corbeaux et des meutes de chiens blancs
sans maîtres suivaient à distance cette retraite de cadavres.
Il était dur, après les marches, d’être obligé, à l’étape déserte, de s’entourer
des précautions d’un ost sain largement pourvu, de poser des sentinelles,
d’occuper des postes, de placer des grand’gardes. Dans des nuits de seize
heures, battu des rafales du nord, on ne savait ni où s’asseoir, ni où se
coucher ; les arbres jetés bas avec tous leurs albâtres refusaient de
s’enflammer ; à peine parvenait-on à faire fondre un peu de neige, pour y
démêler une cuillerée de farine de seigle. On ne s’était pas reposé sur le sol
nu que des hurlements de Cosaques faisaient retentir les bois ; l’artillerie
volante de l’ennemi grondait ; le jeûne de nos soldats était salué comme le
festin des rois, lorsqu’ils se mettent à table ; les boulets roulaient leurs
pains de fer au milieu des convives affamés. A l’aube, que ne suivait point
l’aurore, on entendait le battement d’un tambour drapé de frimas ou le son
enroué d’une trompette : rien n’était triste comme cette diane lugubre, appelant
sous les armes des guerriers qu’elle ne réveillait plus. Le jour grandissant
éclairait des cercles de fantassins raidis et morts autour des bûchers expirés.
Quelques survivants partaient ; ils s’avançaient vers des horizons inconnus qui,
reculant toujours, s’évanouissaient à chaque pas dans le brouillard. Sous un
ciel pantelant, et comme lassé des tempêtes de la veille, nos files éclaircies
traversaient des landes après des landes, des forêts suivies de forêts et dans
lesquelles l’océan semblait avoir laissé son écume attachée aux branches
échevelées des bouleaux. On ne rencontrait même pas dans ces bois ce triste et
petit oiseau de l’hiver qui chante, ainsi que moi, parmi les buissons
dépouillés. Si je me retrouve tout à coup par ce rapprochement en présence de
mes vieux jours, ô mes camarades ! (les soldats sont frères), vos souffrances me
rappellent aussi mes jeunes années, lorsque, me retirant devant vous, je
traversais, si misérable et si délaissé, la bruyère des Ardennes.
Les grandes armées russes suivaient la nôtre : celle-ci était partagée en
plusieurs divisions qui se subdivisaient en colonnes : le prince Eugène
commandait l’avant-garde, Napoléon le centre, l’arrière-garde le maréchal Ney.
Retardés de divers obstacles et combats, ces corps ne conservaient pas leur
exacte distance : tantôt ils se devançaient les uns les autres ; tantôt ils
marchaient sur une ligne horizontale très souvent sans se voir et sans
communiquer ensemble faute de cavalerie. Des Tauridiens, montés sur de petits
chevaux dont les crins balayaient la terre, n’accordaient de repos ni jour ni
nuit à nos soldats harassés par ces taons de neige. Le paysage était changé : là
où l’on avait vu un ruisseau, on retrouvait un torrent que des chaînes de glace
suspendaient aux bords escarpés de sa ravine. » Dans une seule nuit, dit
Bonaparte (Papiers de Sainte-Hélène), on perdit trente mille chevaux. On fut
obligé d’abandonner presque toute l’artillerie, forte alors de cinq cents
bouches à feu ; on ne put emporter ni munitions, ni provisions. Nous ne
pouvions, faute de chevaux, faire de reconnaissance ni envoyer une avant-garde
de cavalerie reconnaître la route. Les soldats perdaient le courage et la
raison, et tombaient dans la confusion. La circonstance la plus légère les
alarmait. Quatre ou cinq hommes suffisaient pour jeter la frayeur dans tout un
bataillon. Au lieu de se tenir réunis, ils erraient séparément pour chercher du
feu. Ceux qu’on envoyait en éclaireurs abandonnaient leurs postes et allaient
chercher les moyens de se réchauffer dans les maisons. Ils se répandaient de
tous côtés, s’éloignaient de leurs corps et devenaient facilement la proie de
l’ennemi. D’autres se couchaient sur la terre, s’endormaient : un peu de sang
sortait de leurs narines, et ils mouraient en dormant. Des milliers de soldats
périrent. Les Polonais sauvèrent quelques-uns de leurs chevaux et un peu de leur
artillerie ; mais les Français et les soldats des autres nations n’étaient plus
les mêmes hommes. La cavalerie a surtout beaucoup souffert. Sur quarante mille
hommes je ne crois pas qu’il en soit échappé trois mille. «
8 fév 08 à 08:22
Je ne trouve pas Borodino sur le graphique. Je vois la Moskowa, mais je m’attendais à une saignée plus importante…
Tarantino, c’est Тарутинo, Tarutino. Tarantino est plutôt un désastre cinématographique que militaire.
Beau graphique. Où l’avez-vous trouvé ?
8 fév 08 à 07:34
Les Polonais et les Allemands enrôlés ont aussi rejoint tranquillement leurs pénates…
8 fév 08 à 02:49
Sur les 422 000, on peut penser (espérer) qu’un certain nombre est resté en Russie, pas forcément morts, mais établis (recueillis) dans un de ces villages russes ou ukrainiens, et avoir fait souche.
8 fév 08 à 02:47
Napoléon est un grand stratège, que voulez-vous… C’est le prix (insensé) de la gloire, que l’histoire retient, il est le seul Occidental, la France est le seul pays d’Europe occidentale à avoir jamais conquis Moscou. Pour perdre ensuite… Voir Guerre et Paix, dont on parle sur l’autre fil.
8 fév 08 à 02:25
Oui, je l’avais aussi repéré …
De 422 000 à 10 000 en à peine un an, ça fait quoi, du quasi 98% de pertes?
Quelle meilleure et plus terrible définition, après les 40 000 morts et blessés en une seule journée d’Eylau 5 ans plus tôt qu’ « une nuit de Paris était censée réparer », d’une Bérezina?
Même Lénine aurait pas fait mieux!
Quant est-ce qu’on déménage notre propre mausolée de Lénine ou de Mao aux Invalides?
8 fév 08 à 02:22
De 422 000 à 10 000 en à peine un an, ça fait quoi, du quasi 98% de pertes?
Quelle meilleure et plus terrible définition, après les 40 000 morts et blessés en une seule journée d’Eylau 5 ans plus tôt qu’ « une nuit de Paris était censée réparer », d’une Bérezina?
Même Lénine aurait pas fait mieux!
Quant est-ce qu’on déménage notre propre mausolée de Lénine ou de Mao aux Invalides?
6 fév 08 à 15:30
Encore mieux… presque sublime : « Je sonne la retraite ! »
6 fév 08 à 12:24
Retraite !
6 fév 08 à 11:17
Apparemment, ça a bardé à Tarantino, tout à fait à droite. La guerre de partisans commençait.






