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Comment la Grande Armée a fondu

Posté le Mercredi 6 février 2008 par Letel

minardmap2.jpg

Dans The Economist
Sur les blogs : Serial Mapper, Strange Maps
L’auteur, Charles Joseph Minard

On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S’évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui-vive! alerte! assauts! attaques!

Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.

Victor Hugo

Letel @ 10:58
Catégorie(s): Un peu d'histoire


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27 réponses à “Comment la Grande Armée a fondu”

  • 27
    Letel:

    « The central point made by Mr Lieven’s witty and impeccably scholarly book is that Russia owed its victory not to the courage of its national spirit or to the coldness of the 1812 winter, as some French sources have argued, but to its military excellence, superior cavalry, the high standards of Russia’s diplomatic and intelligence services and the quality of its European elite. Thanks to the intelligence he obtained, Alexander was able to outwit Napoleon, anticipating his invasion.

    Napoleon’s intention was not to occupy Russia or overthrow Alexander by stirring a domestic revolt against him. He was counting on his superior force and his own military genius to destroy the Russian army swiftly and force the tsar to accept his peace terms. Alexander’s intention, on the other hand, was to destroy Napoleon and break his Grand Armée. Mikhail Barclay de Tolly, his war minister, devised and implemented the strategy of drawing Napoleon deep inside Russia, away from his supply base, exhausting his army by defensive war and then attacking.

  • 26
    MERCATOR:

    Seulement à peu près 90 000 des hommes de Napoléon survivent à la campagne de Russie. Les victimes russes au cours des quelques rares batailles rangées sont comparables aux pertes françaises, mais les pertes civiles le long de la route empruntée par les armées, dans un territoire dévasté, sont beaucoup plus élevées que les pertes militaires. Au total, en dépit d’estimations hâtives de plusieurs millions de morts, on estime les pertes à environ un million de morts, également réparties entre Français et Russes. Les pertes militaires s’élèvent à 300 000 Français, 70 000 Polonais, 50 000 Italiens, 80 000 Allemands, et 210 000 Russes. En plus des pertes humaines, les Français perdent aussi quelque 200 000 chevaux et plus de 1000 pièces d’artillerie.

    Il convient de souligner que la Grande Armée perdit 5 hommes par maladie (typhus et dysenterie) pour chaque homme perdu au combat

    Sources wikipedia

  • 25
    MERCATOR:

    Elle atteignit un maximum de 600 000 hommes en 1812, au départ de l’invasion de la Russie. Cette armée était véritablement « européenne » car elle comprenait :

    300 000 Français, Belges et Hollandais
    95 000 Polonais
    35 000 Autrichiens
    25 000 Italiens
    24 000 Bavarois
    20 000 Saxons
    20 000 Prussiens
    17 000 Westphaliens
    15 000 Suisses
    3 500 Croates

    sources wikipedia

  • 24
    michael:

    Sur les 422 000, on peut penser (espérer) qu’un certain nombre est resté en Russie, pas forcément morts, mais établis (recueillis) dans un de ces villages russes ou ukrainiens, et avoir fait souche..
    ===================
    Les desertions ont du etre nombreuses Je pense que a peu pres 50% des effectifs etaient francais . Et pour le « receuil » je parlais avec un copain venu de Russie vers 90 et je m’etonnais de son patronyme , pas russe (et a consonnance francaise )pour un sou : Il me raconta que son arriere – arriere grand pere avait ete un de ces soldats egares du gros des troupes visiblement un « straggler » receuilli par une famille russe dont le pere avait disparu durant la guerre et qui avait refait sa vie la bas , une sorte de « Martin Guerre » D’apres lui le cas n’aurait pas ete exceptionnel , les femmes restees seules trouvant un remplacant « envoye par le destin ( faut bien vivre ….)
    Ily a eu des histoires de ce genre aussi apres 45 ou des villages entiers avaient ete vides d’hommes par la conscription de l’Armee Rouge et ou les femmes faisaient du « kidnapping » sur les hommes envoyes dans la region ( fonctionnaires de l’appareil ou simples voyageurs …..)

  • 23
    Cataloun:

    C’est ce qu’il y a de fort, dans le graphique : la visualisation de l’usure des effectifs.

  • 22
    madimaxi:

    Des carnages en effet.
    Cependant, et contrairement à l’idée répandue, la majorité des pertes au cours d’une campagne ne provient pas des combats mais des maladies et défections. Les maraudeurs étaient à l’origine de la création de la Gendarmerie, l’Armée rouge avançait poussée par les baïonnettes de la NKVD…

  • 21
    Cataloun:

    J’ai vérifié rapidement, et Borodino est bien la bataille la plus sanglante avant les désastres de la fin, Krasnoi et la Berezina, loin devant la 2e bataille de Polotsk.

  • 20
    Cataloun:

    madimaxi

    Oui, mais ce qui m’étonne, dans le graphique, c’est le faible impact apparent de la bataille. Je vais vérifier…

  • 19
    madimaxi:

    Je ne trouve pas Borodino sur le graphique. Je vois la Moskowa,

    C’est pareil. La bataille de Borodino porte le nom de « la Moskova » dans la terminologie militaire napoléonienne.

    Les Polonais et les Allemands enrôlés ont aussi rejoint tranquillement leurs pénates…

    Pas si vite que ça. !
    Les Polonais et les Allemands continuent à se battre. Le Vème Corps polonais est saigné à blanc mais se reconstitue aussitôt et les Polonais restent fidèles à l’Empereur durant toute la campagne de 1813 où leur chef, le prince Poniatowski, tombe mortellement blessé à la bataille de Leipzig. Ils sont toujours présents à la campagne de France de 1814 jusqu’à la capitulation de Paris le 30 mars.
    Les Allemands en revanche, retournent leurs armes et vont grossir l’armée de Blücher qui porte le coup de grâce à Waterloo.

    En fait, il y aurait eu environ 700.000 hommes engagés dans la campagne de Russie dont 300.000 survivants, surtout ceux affectés dans des unités éparpillées, chargées d’assurer les arrières. Il est vrai, l’essentiel d’entre eux composé d’étrangers.

  • 18
    Cataloun:

    Le Suédois, dont le nom m’a complètement échappé, qui fait des animations graphiques…vous aviez posté sur lui il y a quelques temps.

    L’Ost c’est le nom de l’armée royale, à l’époque féodale.

  • 17
    Letel:

    Quel Suédois ? « Ost sain », c’est quoi ? Je suis largué sur ce fil…

  • 16
    Cataloun:

    Duh. Le lien. Sorry.

  • 15
    Letel:

    Ah, Chateaubriand, OK.

  • 14
    Letel:

    Le texte est de qui, tu mets pas l’auteur…

  • 13
    Cataloun:

    Oui, c’est un précurseur de votre Suédois.

  • 12
    Cataloun:

    « Ost sain »…voilà bien le romantisme. Il y a un forumeur complètement allumé sur les FdM, qui se réclame de Chateaubriand et Badiou. Vous l’avez repéré ?

  • 11
    Letel:

    Dans The Economist, numéro de Noël (voir le lien ci-dessus), avec un autre de Florence Nightingale, la mère de tous les infirmiers, sur les pertes pendant la guerre de Crimée, et leurs causes. Le graphique de Minard a été appelé : le meilleur graphique jamais établi.

  • 10
    Sittingbull:

    La plus belle page de prose française:

    Le 6 novembre (1812) le thermomètre descendit à dix-huit degrés au-dessous de
    zéro : tout disparaît sous la blancheur universelle. Les soldats sans chaussures
    sentent leurs pieds mourir ; leurs doigts violâtres et raidis laissent échapper
    le mousquet dont le toucher brûle ; leurs cheveux se hérissent de givre, leurs
    barbes de leur haleine congelée ; leurs méchants habits deviennent une casaque
    de verglas. Ils tombent, la neige les couvre ; ils forment sur le sol de petits
    sillons de tombeaux. On ne sait plus de quel côté les fleuves coulent ; on est
    obligé de casser la glace pour apprendre à quel orient il faut se diriger.
    Egarés dans l’étendue, les divers corps font des feux de bataillon pour se
    rappeler et se reconnaître, de même que des vaisseaux en péril tirent le canon
    de détresse. Les sapins changés en cristaux immobiles s’élèvent çà et là,
    candélabres de ces pompes funèbres. Des corbeaux et des meutes de chiens blancs
    sans maîtres suivaient à distance cette retraite de cadavres.

    Il était dur, après les marches, d’être obligé, à l’étape déserte, de s’entourer
    des précautions d’un ost sain largement pourvu, de poser des sentinelles,
    d’occuper des postes, de placer des grand’gardes. Dans des nuits de seize
    heures, battu des rafales du nord, on ne savait ni où s’asseoir, ni où se
    coucher ; les arbres jetés bas avec tous leurs albâtres refusaient de
    s’enflammer ; à peine parvenait-on à faire fondre un peu de neige, pour y
    démêler une cuillerée de farine de seigle. On ne s’était pas reposé sur le sol
    nu que des hurlements de Cosaques faisaient retentir les bois ; l’artillerie
    volante de l’ennemi grondait ; le jeûne de nos soldats était salué comme le
    festin des rois, lorsqu’ils se mettent à table ; les boulets roulaient leurs
    pains de fer au milieu des convives affamés. A l’aube, que ne suivait point
    l’aurore, on entendait le battement d’un tambour drapé de frimas ou le son
    enroué d’une trompette : rien n’était triste comme cette diane lugubre, appelant
    sous les armes des guerriers qu’elle ne réveillait plus. Le jour grandissant
    éclairait des cercles de fantassins raidis et morts autour des bûchers expirés.

    Quelques survivants partaient ; ils s’avançaient vers des horizons inconnus qui,
    reculant toujours, s’évanouissaient à chaque pas dans le brouillard. Sous un
    ciel pantelant, et comme lassé des tempêtes de la veille, nos files éclaircies
    traversaient des landes après des landes, des forêts suivies de forêts et dans
    lesquelles l’océan semblait avoir laissé son écume attachée aux branches
    échevelées des bouleaux. On ne rencontrait même pas dans ces bois ce triste et
    petit oiseau de l’hiver qui chante, ainsi que moi, parmi les buissons
    dépouillés. Si je me retrouve tout à coup par ce rapprochement en présence de
    mes vieux jours, ô mes camarades ! (les soldats sont frères), vos souffrances me
    rappellent aussi mes jeunes années, lorsque, me retirant devant vous, je
    traversais, si misérable et si délaissé, la bruyère des Ardennes.

    Les grandes armées russes suivaient la nôtre : celle-ci était partagée en
    plusieurs divisions qui se subdivisaient en colonnes : le prince Eugène
    commandait l’avant-garde, Napoléon le centre, l’arrière-garde le maréchal Ney.
    Retardés de divers obstacles et combats, ces corps ne conservaient pas leur
    exacte distance : tantôt ils se devançaient les uns les autres ; tantôt ils
    marchaient sur une ligne horizontale très souvent sans se voir et sans
    communiquer ensemble faute de cavalerie. Des Tauridiens, montés sur de petits
    chevaux dont les crins balayaient la terre, n’accordaient de repos ni jour ni
    nuit à nos soldats harassés par ces taons de neige. Le paysage était changé : là
    où l’on avait vu un ruisseau, on retrouvait un torrent que des chaînes de glace
    suspendaient aux bords escarpés de sa ravine.  » Dans une seule nuit, dit
    Bonaparte (Papiers de Sainte-Hélène), on perdit trente mille chevaux. On fut
    obligé d’abandonner presque toute l’artillerie, forte alors de cinq cents
    bouches à feu ; on ne put emporter ni munitions, ni provisions. Nous ne
    pouvions, faute de chevaux, faire de reconnaissance ni envoyer une avant-garde
    de cavalerie reconnaître la route. Les soldats perdaient le courage et la
    raison, et tombaient dans la confusion. La circonstance la plus légère les
    alarmait. Quatre ou cinq hommes suffisaient pour jeter la frayeur dans tout un
    bataillon. Au lieu de se tenir réunis, ils erraient séparément pour chercher du
    feu. Ceux qu’on envoyait en éclaireurs abandonnaient leurs postes et allaient
    chercher les moyens de se réchauffer dans les maisons. Ils se répandaient de
    tous côtés, s’éloignaient de leurs corps et devenaient facilement la proie de
    l’ennemi. D’autres se couchaient sur la terre, s’endormaient : un peu de sang
    sortait de leurs narines, et ils mouraient en dormant. Des milliers de soldats
    périrent. Les Polonais sauvèrent quelques-uns de leurs chevaux et un peu de leur
    artillerie ; mais les Français et les soldats des autres nations n’étaient plus
    les mêmes hommes. La cavalerie a surtout beaucoup souffert. Sur quarante mille
    hommes je ne crois pas qu’il en soit échappé trois mille. « 

  • 9
    Cataloun:

    Je ne trouve pas Borodino sur le graphique. Je vois la Moskowa, mais je m’attendais à une saignée plus importante…
    Tarantino, c’est Тарутинo, Tarutino. Tarantino est plutôt un désastre cinématographique que militaire.
    Beau graphique. Où l’avez-vous trouvé ?

  • 8
    Sittingbull:

    Les Polonais et les Allemands enrôlés ont aussi rejoint tranquillement leurs pénates…

  • 7
    Letel:

    Sur les 422 000, on peut penser (espérer) qu’un certain nombre est resté en Russie, pas forcément morts, mais établis (recueillis) dans un de ces villages russes ou ukrainiens, et avoir fait souche.

  • 6
    Letel:

    Napoléon est un grand stratège, que voulez-vous… C’est le prix (insensé) de la gloire, que l’histoire retient, il est le seul Occidental, la France est le seul pays d’Europe occidentale à avoir jamais conquis Moscou. Pour perdre ensuite… Voir Guerre et Paix, dont on parle sur l’autre fil.

  • 5
    jc durbant:

    Oui, je l’avais aussi repéré …

    De 422 000 à 10 000 en à peine un an, ça fait quoi, du quasi 98% de pertes?

    Quelle meilleure et plus terrible définition, après les 40 000 morts et blessés en une seule journée d’Eylau 5 ans plus tôt qu’ « une nuit de Paris était censée réparer », d’une Bérezina?

    Même Lénine aurait pas fait mieux!

    Quant est-ce qu’on déménage notre propre mausolée de Lénine ou de Mao aux Invalides?

  • 4
    jc durbant:

    De 422 000 à 10 000 en à peine un an, ça fait quoi, du quasi 98% de pertes?

    Quelle meilleure et plus terrible définition, après les 40 000 morts et blessés en une seule journée d’Eylau 5 ans plus tôt qu’ « une nuit de Paris était censée réparer », d’une Bérezina?

    Même Lénine aurait pas fait mieux!

    Quant est-ce qu’on déménage notre propre mausolée de Lénine ou de Mao aux Invalides?

  • 3
    madimaxi:

    Encore mieux… presque sublime : « Je sonne la retraite ! »

  • 2
    madimaxi:

    Retraite !

  • 1
    Letel:

    Apparemment, ça a bardé à Tarantino, tout à fait à droite. La guerre de partisans commençait.