Posté le Dimanche 30 septembre 2007 par Simon Aubert
Que peut-on désirer de savoir relativement aux effets de l’impôt ?
On peut désirer de savoir sur qui tombe réellement son fardeau, et quel est son résultat par rapport à la prospérité nationale.
L’impôt ne pèse-t-il pas uniquement sur le contribuable qui l’acquitte ?
Non : quand c’est le producteur d’un produit qui acquitte l’impôt, il cherche à s’en remÂbourÂser autant que possible en vendant ses produits plus cher. Quand c’est le consommateur, il diminue sa consommation ; d’où résulte une diminution de demande et de prix, qui dimiÂnue les profits du producteur.
Faites-moi comprendre ces effets par des exemples.
Lorsqu’on met un droit sur l’entrée à Paris du bois de chauffage, le marchand de bois, pour faire payer ce droit par le consommateur, élève le prix de sa marchandise.
Le consommateur de bois paie-t-il, par ce moyen, la totalité du droit ?
Probablement non ; car les consommateurs de bois, ou du moins une forte partie d’entre eux réduisent leur consommation à mesure que ce produit devient plus cher. En effet, sur quoi payons-nous notre combustible ? Sur notre revenu, quelle qu’en soit la source. Chacun de nous consacre une portion de son revenu à chacune de ses consommations. Celui qui a 10,000 francs à dépenser tous les ans, consacre, par supposition, 300 francs à son combusÂtible : il obtient pour cette somme douze mesures de bois. Si l’impôt est d’un sixième de la valeur de la denrée, il n’en obtiendra plus pour la même somme que dix mesures.
Il réduira de même sa consommation de vin en raison de l’impôt sur le vin ; son logement en raison de l’impôt sur les loyers ; et il est impossible qu’il fasse autrement ; car il n’a que 10,000 francs à dépenser, il est impossible qu’il en dépense 12,000.
Comment cet effet réagit-il sur le producteur ?
La demande qu’on fait en général d’un produit venant à diminuer à la suite de son renchérissement, les profits des producteurs en sont affectés. Si le bois était à 28 francs la mesure, un droit de 4 francs le porterait à 32 ; mais il faudrait, pour cela, que la consomÂmation rest‚t la même, ce qui n’est pas possible. Dès lors les producteurs de bois seront forcés de renoncer à une partie de leurs profits, et de le céder, par exemple, à 30 francs†; l’acheteur paiera ainsi son combustible 2 francs de plus, quoique le producteur le vende 2 francs de moins, et le droit de 4 francs aura porté sur le revenu de l’un et de l’autre. Car c’est toujours, en définitive, les revenus des particuliers qui doivent payer l’impôt†.
Quand on demande l’impôt au consommateur, comment le producteur en supporte-t-il sa part ?
Par une suite des mêmes nécessités : si un consommateur achète du vin en Bourgogne, les droits qu’on lui fera payer l’obligeront à réduire sa consommation de vin ; et le marchand, pour vendre, sera obligé de réduire son prix. Aussi remarque-t-on que, plus les droits font renchérir les consommations, moins les producteurs gagnent.
Est-ce toujours d’après des proportions fixes que les producteurs et les consommateurs supportent leur part des impôts ?
Non ; c’est dans des proportions qui varient beaucoup, suivant les denrées et suivant les circonstances. Quelquefois l’acheteur d’une denrée fort nécessaire ne diminue pas sa conÂsomÂmation en vertu du renchérissement ; mais comme il ne peut toujours dépenser qu’une somme bornée, il supprime, en tout ou en partie, une autre consommation, et c’est quelÂquefois le producteur du sucre qui supporte une partie d’un impôt mis sur la viande.
Qu’observez-vous à ce sujet ?
Que le bois, le sucre, la viande, ce qu’on appelle communément la matière imposable, ne sont en réalité qu prétexte à l’occasion du quel on fait payer un impôt, et que tout impôt porte réellement, soit sur les revenus de tous genres des consommateurs qu’ils diminuent en rendant les produits plus chers, soit sur les revenus des producteurs, en rendant les profits moins considérables. Dans la plupart des cas, ce double effet a lieu tout à la fois†.

L’impôt ne fait-il pas à une nation un tort indépendant de la valeur qu’il fait payer au contribuable ?
Oui, surtout quand il est excessif. Il supprime en partie la production de certains produits. En France, avant la révolution, une partie des provinces payaient l’impôt sur le sel ; d’autres provinces ne le payaient pas. La consommation de sel était chaque année, dans les premières, de neuf livres de sel par tête, et dans les secondes de dix-huit livres. Ainsi, outre les 40 millions que payaient les provinces soumises à la gabelle, elles perdaient les profits attachés à la production, et les jouissances attachées à la consommation de neuf livres de sel par personne.
D’autres inconvénients ne suivent-ils pas le recouvrement des droits ?
Oui ; c’en est un très-grave que la nécessité de visiter aux frontières, et quelquefois à l’entrée des villes, les ballots du commerce et les effets des voyageurs. Il en résulte des pertes de temps et des détériorations de marchandises. Ce mal devient d’autant plus grave que les droits sont plus élevés : ce n’est qu’alors que les particuliers sont excités à la fraude, et que le fisc est obligé à des rigueurs.
L’impôt n’a-t-il pas le bon effet de favoriser la production, en obligeant les producteurs à un redoublement d’efforts ?
Les producteurs ne sont jamais plus excités à produire que par la certitude de jouir sans réserve du fruit de leurs efforts ; et l’impôt ne les en laisse pas jouir sans réserve. On peut donc conclure qu’il borne plutôt qu’il n’encourage les efforts de l’industrie†.
Quels sont les effets de l’impôt ?
Quand les droits sont excessifs, ils provoquent la fraude ; or, la fraude est un tort réel que font les fraudeurs aux producteurs qui ne le sont pas ; elle oblige le gouvernement à prendre des moyens de répression qui sont odieux ; à salarier des armées de commis et de gardes qui augmentent considérablement les frais de recouvrement.
Ne pourrait-on pas obtenir quelques bons effets des contributions, outre les besoins publics qu’elles sont destinées à satisfaire ?
Oui ; en les faisant porter sur les consommations mal entendues. C’est l’effet que produisent les impôts sur les objets de luxe et les habitudes contraires à la morale.
Le gouvernement ne rend-il pas au public, par ses dépenses, l’argent qu’il lève sur le public par les contributions ?
Lorsque le gouvernement ou ses agents font des achats avec l’argent qui provient des contributions, ils ne font pas au public un don de cet argent ; ils obtiennent des marchands une valeur égale à celle qu’ils donnent. Ce n’est donc point une restitution qu’ils opèrent. Que penseriez-vous d’un propriétaire foncier qui, après avoir reçu de son fermier le loyer de sa terre, prétendrait lui avoir rendu son fermage, parce qu’il l’aurait employé tout entier à acheter le blé, le beurre, les laines du fermier ? Ceux qui pensent que le gouvernement rend à la nation, par ses dépenses, ce qu’il lève sur la nation par les contributions, font un raisonÂnement qui n’est pas moins ridicule.
Cependant le gouvernement, par ses dépenses, rend à la circulation l’argent qu’il a levé.
L’argent qu’il reverse dans la circulation ne vaut pas plus que les objets qu’il achète, en supposant les achats faits selon les prix courants.
Il encourage du moins la production des objets qu’il achète ?
Oui ; mais s’il avait laissé cet argent aux contribuables, ceux-ci auraient employé ce même argent à des achats d’où serait résulté un encouragement précisément égal. Cet encouraÂgement se serait même perpétuellement renouvelé si le contribuable avait employé l’argent à une dépense reproductive. Vous ne pouvez pas avoir oublié que la consommation reproducÂtive favorise la production au même degré que la consommation stérile, et que n’étant autre chose qu’une avance, l’encouragement qui en résulte se renouvelle chaque fois que la rentrée permet de répéter la même avance. Les sommes que l’économie dans les dépenses publiques laisse aux contribuables la possibilité de mettre de côté, deviennent, entre leurs mains, des portions de capital.
Jean-Baptiste Say in Catéchisme d’Economie Politique
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15 réponses à “Des Effets économiques de l’Impôt. (Say)”
2 oct 07 à 03:33
doit défendre ses intérêts contre les groupes voisins… Au besoin en les attaquant.
2 oct 07 à 03:31
La guerre n’est pas due au capitalisme : les guerres existent depuis toujours, depuis des centaines de milliers d’années, le capitalisme n’est apparu qu’à la Renaissance, depuis cinq siècles ; le capitalisme a besoin de la paix pour se développer, ex. 1945 à aujourd’hui, les guerres arrêtent son développement, ex. 1914 à 1945.
Les guerres sont dues au nationalisme, pas au capitalisme, ou à l’équivalent du nationalisme dans les périodes où il n’y avait pas de nations : l’idée que le groupe, le clan, le peuple, la cité, n’importe quel groupement homogène d’hommes, auquel on appartient, doit passer avant les autres, doit se méfier des autres, est supérieur aux autres, doit défendre ses intérêts contre les groupes voisins.
2 oct 07 à 03:19
> Pourtant ce texte est plein de bon sens tant que la production et la consommation proviennent du même pays, ce qui était le cas à l’époque ou il a été écrit! Avec la mondialisation tout le jeu est faussé.
Je crois que vous passez à côté. Bastiat était un défenseur infatigable du libre-échange et du commerce entre les nations. Le commerce international a commencé bien avant l’ère actuelle de mondialisation, tout le XVIIIe siècle est une période de boom des échanges internationaux, ils augmentent deux fois plus vite que la production des pays, elle-même en plein essor du fait de la révolution industrielle. Enfin, la mondialisation est un facteur essentiel dans la croissance mondiale et l’augmentation de nos niveaux de vie, elle n’est pas le problème, mais la solution.
2 oct 07 à 03:14
C’est plutôt la préparation de la guerre, la rivalité entre les nations, la course à l’innovation pour avoir un avantage sur l’autre, qui favorise les découvertes et le progrès technique.
Vous donnez vous-même cette réponse, car l’exemple que vous donnez, la rivalité Est/Ouest durant la guerre froide, s’est déroulé sans la guerre réelle, sans la guerre chaude, la paix a été maintenue. Si la guerre réelle avait eu lieu, la guerre nucléaire généralisée, je doute que cela ait été favorable à la croissance…
Mais de toute façon, la question des progrès techniques dus à la guerre ou la crainte de la guerre, progrès réels, incontestables, n’est pas l’argument gauchiste.
L’argument gauchiste, c’est 1) le capitalisme apporte la guerre, ce qui est absurde, voir la longue période de croissance capitaliste dans la paix, entre 1815 et 1914, et surtout la période de paix qu’on vient de vivre en Europe, dans le développement capitaliste : depuis 1945.
2) La guerre favorise la croissance, à cause de la demande d’armements, les profits des marchands de canons, etc. C’est aussi un argument idiot, parce que le secteur militaire n’est pas dominant dans l’économie. Pour tous les secteurs plus nombreux et plus importants que la guerre détruit (bombardements, ravages, destructions diverses, infrastructures et usines), plus les hommes, les millions d’hommes qui sont tués, et qui sont autant de producteurs potentiels, pour toutes ces destructions, vous n’avez que quelques secteurs favorisés. L’exemple évident, c’est l’Allemagne de 1944-1945, complètement ravagée par la guerre, avec des industries d’armements qui continuaient à tourner dans les sous-sols des usines et les cavernes. Qui va prétendre que la guerre a favorisé la croissance ? La production a été divisée par cent. A part des idiots gauchistes ?
2 oct 07 à 03:11
Pourtant ce texte est plein de bon sens tant que la production et la consommation proviennent du même pays, ce qui était le cas à l’époque ou il a été écrit!
Avec la mondialisation tout le jeu est faussé.
2 oct 07 à 03:05
Tout a fait d’accord ! et la remarque etait juste pour prevenir de la difference entre un debater honnete et des parasites de mauvaise foi ..
Au fait juste une question sur le seuil de « taux de pauvrete » des donnees du PNUD .
Il s’agit bien de 50% de la valeur du revenu median ? Pour juger de la repartition des richesses dans une societe ( pays) donne , faut il egalement prendre en consideration le rapport de revenus entre les deux groupes extremes ( 10% superieur / inferieur ) ?
Pour les cliches imbeciles , il semble que trop souvent ces memes minables ont reussi a en faire le « common wisdom » a force de repetitions ! On peut juste conceder qu’un apres guerre ( consequences et non justification ) permet grace a la reconstruction dans certains cas de restructurer certains pans de l’economie , moderniser ( par force ) un outil industriel obsolete ( si la guerre ne l’avait pas detruit ou endommage …..)..
Autre chose , quand on parle de mondialisation , cause recente de tous les maux en citant les « delocalisations » vers la Chine ou ailleurs , on oublie les
« gemissements » sur « Mighty Nippon » des annees 70 et l’enorme deficit entre le Japon et l’Europe d’alors . Il me semble que la Nature ( economique ) s’est finalement chargee de « lisser » les inegalites ( voir l’industrie automobile US et aussi europeenne sinistree par la concurrence nippone mais a non seulement survecu mais a aussi rebondi …..Sans parler de la tendance generale de produire » close to market » qui est egalement , je pense , un facteur de « lissage » ….
aux dernieres nouvelles , des investisseurs chinois ( ou indiens) acheteraient des firmes de R&D ou de high tech en Europe ( USA , je n’ai pas de data ) et pas forcement pour les delocaliser …..Mais je suis loin d’avoir en economie les connaissances qui permettent une vue d’ensemble , seulement des faits isoles pas toujours significatifs …
2 oct 07 à 02:57
“la guerre favorise la croissance économique »
D’ une certaine façon oui, puisque la guerre favorise les progrès techniques, l’aviation à hélices n’a pris son essor que »après les immenses progrès de 1914 1918, l’automobile aussi, l’énergie nucléaire, le radar, les avions à réaction, la chimie de synthése, les premières machines électroniques ibm, sont des enfants de la seconde guerre mondiale, la conquête spatiale découle des travaux de von braun sur les V 2, et, ensuite de la guerre froide et de la compétition us urss,disons que la guerre est un accélérateur de la recherche et développement non bridée par l’écueil des coûts !
2 oct 07 à 02:24
Pas seulement pour les comiques dont vous parlez, mais pour tout le monde. Les faits sont têtus, comme disait Lénine.
2 oct 07 à 02:23
Oui, mais ce n’est pas discuter, c’est rappeler un fait, devant les éternels clichés gauchistes imbéciles : « la guerre favorise la croissance économique », « le capitalisme favorise la guerre », etc.
Bon, mais si vous avez un après-guerre avec une croissance capitaliste qui n’a jamais été aussi forte, et qui dure aussi longtemps, dans la paix, il y a un quand même un petit écart entre les théories fumeuses d’un autre âge et la réalité des faits. Un écart utile à rappeler.
2 oct 07 à 02:07
@Letel
Pour info , le « bot » Jladlo est la derniere variation ( et probablement pas l’ultime ) du (des) Spammys Spoum Spoums quebecquois ( ou montrealais , aucune importance …) Discuter avec de pareils pollueurs n’est peut etre une priorite enrichissante …..
2 oct 07 à 01:22
Non, la guerre ne favorise pas la croissance économique, elle détruit et fait baisser la production. Regardez la croissance économique en Europe entre 1945 et maintenant, dans la paix pendant plus de 60 ans, elle n’a jamais été aussi forte dans l’histoire. Regardez la croissance économique entre 1914 et 1945, avec deux guerres mondiales, elle n’a jamais été aussi faible de toute la période contemporaine. Plus de 40 millions de morts, des destructions d’infrastructures et de capacités productives en tout genre, cela se ressent évidemment sur la production.
1 oct 07 à 23:43
Merde, moi qui croyais que la guerre favorisait la croissance économique…heureux celui qui a connu le catéchisme.
1 oct 07 à 12:17
l’objection : dans l’espace des droits de l’homme le code civil n’est plus impératif ; des législations paralleles favorisant les économies paralleles protegent des populations dont les biens impossibles à diminuer par aliénation s’augmentent au contraire sans arret de nouvelles acquisitions sans les astreintes des ressortissants soumis à l’impot.
1 oct 07 à 03:40
pourquoi?
1 oct 07 à 02:07
A noter que l’on parle ici de taxes, non d’impôt (au sens contemporain de ces mots).
Mais peu importe, ce texte est une horreur, pardon un exemple raisonnement biaisé, un vrai catéchisme d’économie libérale !






