Posté le Jeudi 16 août 2007 par jc durbant
Epidémies de malaises dans des hôpitaux ou des écoles (jusqu’à cette école corse où, “après l’arrivée d’un élève handicapé, plusieurs enfants se sont retrouvés en fauteuil roulant”), toxi-infections alimentaires plus ou moins inexpliquées (la crise du “Coca belge” de juin 99, partie aussi d’un lycée), épidémies de suicides, syndrome d’épuisement professionnel, syndrome des tours, syndromes de la Guerre du Golfe, syndrome de fatigue chronique, syndrome du bâtiment malsain …
La liste est longue, comme le rappelait Le Monde hier et en cette veille du grand pèlerinage national français de Lourdes, de ces nouvelles maladies inexpliquées ou “introuvables” et ce d’autant plus, facteur aggravant de complication et de confusion, que nous vivons à une époque d’explosion des connaissances et des moyens d’investigation ainsi que de l’information (télévision, internet).
Mais aussi des produits utilisés par l’industrie (pesticides, ingrédients cosmétiques et additifs alimentaires) ou dans les habitations (notamment les COV, ou composés organiques volatils, dans les mousses isolantes, peintures, moquettes, linoléum, vernis, bois des charpentes et des planchers, bombes aérosols (produits insecticides, cosmétiques, cire, etc.), colles, produits de nettoyage (détergents, décapants, détachants, diluants, alcool à brûler, essence de térébenthine, etc.), mais aussi les voitures neuves, assimilées par certains au sniffing de colle!), susceptibles de causer des troubles.
Sans parler des gaz toxiques incolores et inodores ou des bactéries portées par l’air ou des systèmes de ventilation/climatisation (légionellose).
Et le problème est que ces différents facteurs peuvent se croiser et décupler leurs effets, suscitant un véritable climat de suspicion généralisée, voire déclencher une sorte de “machine infernale des investigations environnementales”, “les résultats négatifs nourrissant en retour l’inquiétude”. (”S’ils ont fait ces travaux-là, c’est bien qu’il y avait quelque chose”). Y compris les nouvelles phobies telles que celles des OGM, du réchauffement de la planète ou… des complots à la Meyssian!
De plus, au niveau de leur description, les termes médicaux se multiplient aussi de plus belle: hystérie collective ou de masse, contagion comportementale, psychose collective, réaction collective au stress, dérangement psychique transitoire, contextuel et épidémique réaction de conversion collective, psychopathologie de groupe, panique de masse, épidémie de symptômes psychiatriques, malaises de masse sociogéniques ou psychogéniques …
Et les phénomènes sont souvent éphémères mais avec possibilités de rechute (lors de périodes critiques comme les anniversaires) ou de persistance (jusqu’à des années).
Sans compter que les manifestations de la somatisation sont étrangement récurrentes voire stéréotypées (douleurs et malaises musculo-squelettiques, difficultés à respirer, nausées, faiblesses, étourdissements, maux de tête, embrouillement de la vision) …
Avec toujours le même mode de déroulement: convergence (plusieurs personnes développent des symptômes indépendamment les unes des autres.), déclencheur (l’occurrence ou la perception d’un événement précis et inhabituel ou souvent une odeur étrange) et la contagion (propagation soit par rayonnement via les travailleurs-euses voisins soit par le réseau des individus intimement liés, compliqué à nouveau par l’accès à l’internet).
Le tout généralement dans un contexte de tension sociale ou internationale (crises sociales ou économiques, guerres, bouleversement sociaux ou religieux, etc.).
D’où le fait que ces phénomènes sont loin d’être nouveaux, depuis les “maladies dansantes” qui parcoururent toute l’Europe à la fin du Moyen Âge (la fameuse danse de Saint-Guy ou Saint-Gui ou Saint-Vit – voir illustration ci-dessus -, cette forme d’épilepsie du nom du saint censé la guérir et qui pouvait vous conduire au bûcher pour possession démoniaque – tout comme d’ailleurs les intoxications ergotées, le fameux “feu Saint-Antoine” ou “mal des ardents”, liés à l’ingestion du champignon parasite du pain de seigle qui produisait, on le sait, des substances proches du LDS et donc des hallucinations, d’où les utilisations chamaniques que pouvaient être tentés d’en faire certains: nos fameuses “sorcières” européennes ou de Salem!) ou les épidémies de couvents (comme cette manie de morsure dans des couvents allemands au 15e) entre 1550 et 1650 – soit au moment de l’éclatement du monde religieux de la Réforme -, comme plus tard au milieu du XIXe siècle, notamment aux Etats-Unis avec le renouveau protestant (phénomènes collectifs extatiques, mais l’Europe et la France ont aussi connu leurs saintes Bernadette ou Thérèse).
Avant (en passant ainsi du religieux, au folklore puis au médical) l’ère industrielle et de masse, avec les établissement d’enseignement et les usines et manufactures, notamment les industries à main-d’œuvre majoritairement féminine (textile, comme dans dans une manufacture de coton à Hodder Bridge en Angleterre. en 1787, suite à l’introduction d’une souris dans le chandail d’une ouvrière par une collègue).
Avec déjà la surreprésentation des femmes (jusqu’à 90%), qui se trouvaient être aussi en surreprésentation dans les milieux de travail à risques (caractère répétitif et monotone du travail, faible salaire, cadence rapide, insatisfaction face aux relations avec les supérieurs), d’où la possibilité d’une sous-évaluation des risques environnementaux/organisationnels et ergonomiques et partant de la pénibilité des conditions de travail des femmes.
Et les explications afférentes et passablement machistes sur la survulnérabilité biologique (génétique ou hormonale) ou sociale à l’hystérie des femmes, comme l’indique déjà le terme lui-même, depuis sa création par Hippocrate en 400 avant JC, avec le lien supposé avec l’utérus, comme réactions de femmes célibataires à l’abstinence sexuelle (convulsions, spasmes musculaires, crampes abdominales, maux de tête, etc), et plus tard le concept d’hystérie de masse avec la contagion aux demoiselles de l’entourage (à l’instar de la synchronicité menstruelle bien connue des femmes se côtoyant continuellement?) et partant les changements hormonaux liés au cycle menstruel ou leur différence supposée de socialisation (plus ou moins grande réticence, selon le sexe, à se déclarer malades) ou les conflit de rôle ou cumul des rôles (la double journée).
Explications nénanmoins relativisées par l’occurrence d’épisodes d’hystérie collectives dans des environnements purement masculins (école de garçons 1860, réactions de panique dans l’armée, évanouissements en chaîne lors des campagnes de collecte de sang, suicides collectifs, poussées de violence comme… nos fameuses émeutes raciales de novembre 2005!)
Ce qui pourrait confirmer les intuitions et hypothèses de René Girard à partir de la nature notoirement mimétique des animaux supérieurs que nous sommes (”monkey see monkey do”), comme on le voit quotidiennement autour de nous que ce soit les épidémies de quintes de toux dans les concerts, ou de fous rires en classe de nos enfants ou de nos enfances ou, plus contrôlés, pendant les spectacles des humoristes mais aussi les “épidémies” de symptomes des maladies étudiées dans les écoles de médecine …
Mais surtout sur ce besoin d’exutoire et d’externalisation des surcharges de stress, au niveau individuel comme de tout un groupe social, que l’on retrouve dans toutes les sociétés sacrificielles mais qui, avec la disparition desdits sacrifices ou de leurs substituts sociaux (les pogromes de juifs et autres cagots servant de boucs émissaires) tendraient à s’internaliser et à se somatiser?





