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Histoire: Thomas Platter ou l’invention du tourisme culturel (Travel writing: The other Platters)

Posté le Mardi 24 juillet 2007 par jc durbant

Pour ceux qui, comme moi, en étaient restés à “Only you” …

En cette saison privilégiée du voyage et pour ceux qui ne connaitraient que le célèbre groupe de pré-rock américain des années 50 et leur inoubliable slow …

Ou se demanderaient comment un aussi petit pays que la Suisse peut avoir autant de voyageurs partout …

Retour sur, avant même le Grand Tour anglais dont nous avons tout récemment parlé, l’un des grands ancêtres du voyage et du tourisme: le Suisse Thomas Platter.

Moins connu (du moins, manque de traductions oblige, en France – au point que le Figaro lui attribue la nationalité… anglaise!) que son illustre humaniste de père du même nom (l’ancien berger devenu, via son amitié avec le réformateur Zwingli, imprimeur puis professeur et notable) ou que son frère Félix, le médecin bâlois (1574–1628) fait pourtant partie, comme le rappelle le grand historien du Collège de France Emmanuel Le Roy Ladurie qui a consacré toute une série d’ouvrages à la célèbre dynastie bâloise, des monuments de la culture française comme européenne, à l’époque de la Renaissance et du baroque.

Tout simplement parce que c’est en France qu’il commença ses pérégrinations à l’occasion de ses études de médecine (avec son frère) à Montpellier.

Et qu’il parcourut une bonne partie de l’Europe, des Pays-Bas (l’actuelle Belgique en fait) à l’Angleterre, où il assista notamment à l’une des premières représentations d’une pièce de Shakespeare dans son nouveau théâtre du Globe.

Mais aussi pour son précieux regard sur la société européenne de l’époque et notamment sur les mystères, pour le protestant éclairé qu’il était, de cette Europe encore sous le joug du papisme et de la Contre-Réforme (avec ses reliquats païens comme le si exotique culte des reliques ou les combats de coqs ou, comme Montaigne plus tard,… les circoncisions juives!) ou de la monarchie et sa terrifiante panoplie de châtiments mais aussi ses premières grandes entreprises industrielles (salines, moulins, arsenaux des galères, gigantesques ardoisières).

Extraits (Figaro):

« Thomas Platter (…) voyage pour achever sa formation intellectuelle, conformément au modèle du voyage éducatif théorisé par l’humanisme, notamment dans les régions réformées d’Allemagne et de Suisse.

Le journal de voyage de Thomas Platter marque un moment capital de l’histoire de la civilisation occidentale, celui de l’invention du tourisme culturel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : apprendre sur le mode empirique le monde, sa diversité et son histoire, grâce au vécu quotidien du voyage, à l’observation des individus, des moeurs, de la civilisation, et à la visite systématique des monuments et des oeuvres d’art. Tel est l’objectif proposé par l’humanisme à tout jeune homme soucieux de parfaire son instruction et son éducation.

Platter est le parfait touriste du voyage culturel. (…) Dans sa version humaniste, la civilisation chrétienne a inventé dans la seconde moitié du XVIe siècle le voyage instructif comme élément indispensable d’une éducation accomplie. »



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