Posté le Mardi 5 juin 2007 par lagrette
Par Michaël Béhé à Beyrouth
Metula news Agency
Après de nombreuses années durant lesquelles elle a fait œuvre de figurante, ou pire, de supplétive de l’occupant syrien, l’armée libanaise est en train de passer son nouveau baptême du feu lors des combats qui se déroulent pour le contrôle du camp palestinien de Nahr el-Bared.
Encore faut-il préciser que l’armée nationale n’est nullement à l’origine de cette confrontation, qui s’est imposée par hasard, suite au hold-up d’une banque réalisé par l’organisation Fatah el-Islam (voir mon article précédent « ;Notre Hamas se fait appeler Fatah el-Islam »).
A ce sujet, il semble que les Libanais ont eu de la chance, car d’après les nombreux documents saisis depuis le début de la confrontation, de même que de l’aveu des prisonniers, cette milice préparait une opération d’envergure, visant à mettre le nord du pays à feu et à sang. Les mêmes documents, selon les chefs des services de renseignement avec lesquels j’ai pu m’entretenir, démontrent que Fatah el-Islam agissait comme un groupe infiltré, recevant ses ordres directement de Damas.
L’armée libanaise tient correctement le choc et est capable de prendre des initiatives élaborées, c’est là une agréable surprise pour la plupart des Libanais. De plus, elle se montre disciplinée et homogène, ce qui constitue une autre bonne surprise pour ceux qui craignaient, à mon instar, que les divisions claniques et politiques risquassent de la paralyser.
Encore doit-on relativiser nos constatations et souligner que nos soldats affrontent un adversaire palestinien sunnite. Car les Palestiniens, au Liban, font l’objet d’une détestation quasi unanime, datant de la période où Yasser Arafat avait tenté de s’emparer de notre Etat par la force. Qu’en serait-il de l’armée si elle avait à se frotter au Hezbollah chiite ? C’est une question à laquelle il est, pour le moment, impossible de répondre.
L’armée, d’après ce que j’ai pu constater dans le Nord, agit avec détermination. Selon son commandement, « soit les terroristes se rendent pour être jugés, soit ils seront annihilés ». En fait de terroristes, si j’en juge par le tableau fort à propos dressé par Ilan Tsadik dans l’un de ses derniers articles, il faut plutôt parler de miliciens, puisque ce groupe paramilitaire s’oppose presque exclusivement à nos militaires.
Sur le terrain, dans la seconde moitié de la nuit et ce matin, l’armée libanaise a repris son offensive contre les positions encore détenues dans le camp par les séides de Béchar Al Assad. Disposant de milliers d’hommes, de forces spéciales, de chars et d’artillerie, elle a complètement détruit l’immeuble de la Coopérative, qui servait de quartier général au Fatah el-Islam. Désormais, les rescapés se terrent dans des bunkers situés au centre de Nahr el-Bared. Ils font sporadiquement feu sur la troupe à partir des mosquées, au moyen de missiles antichars, notamment depuis le minaret de la mosquée Haouz, suite à l’engagement de l’armée de ne pas s’en prendre aux lieux saints.
La situation des assiégés semble extrêmement compromise. Certains d’entre eux tentent d’audacieuses sorties, tandis que d’autres essaient, mais en vain, de s’enfuir à bord d’ambulances de la Croix-Rouge.
A Beyrouth, dans l’entre-temps, le gouvernement s’inquiète des vives tensions ressenties dans d’autres camps de réfugiés palestiniens, particulièrement à Aïn el-Hilwé, dans la région sud, dans le périmètre de la ville de Sidon.
Le gouvernement a également alerté la Ligue arabe et l’ONU au sujet d’infiltrations massives de miliciens et de matériel militaire au travers de notre frontière avec la Syrie. Ces combattants et leurs cargaisons se dirigent vers la plaine de la Bekaa, où ils se joignent aux milices du FPLP Commandement Général d’Ahmed Jibril et au Fatah-Intifada, qui sont deux organisations supplémentaires téléguidées par Damas.
Le gouvernement et l’armée soupçonnent une tentative de déstabilisation généralisée de la part des Syriens, qui viserait à étendre les combats de Nahr el-Bared à d’autres régions du territoire. Cela explique la volonté affichée par l’état-major « d’en finir rapidement avec le problème posé par le Fatah el-Islam », afin, à la fois, de libérer les troupes d’élite pour les rendre disponibles sur d’autres fronts et de faire étalage de l’efficacité de nos forces armées.
Suite aux messages émanant du Sérail, la Commission de surveillance des frontières de l’ONU a effectué deux descentes surprises, en l’espace de 48 heures, en divers points de la frontière syrienne. Les inspecteurs ont eu tout le loisir de photographier des franchissements illégaux, de même que des opérations de contrebande d’armes en direction de camps du FPLP et du Fatah-Intifada, situés à proximité, en territoire libanais. L’ONU envisagerait de placer des caméras automatiques aux points névralgiques afin de documenter les infractions en provenance de Syrie.
Sur le théâtre politique, la majorité gouvernementale fait bloc derrière l’armée. Le général Michel Aoun, dans l’opposition, l’a également assurée de son soutien, de même que le leader druze, Walid Joumblatt, qui, de plus, a fustigé les propos génocidaires contre Israël, prononcés avant-hier par le président iranien Ahmadinejad. Ce dernier avait précédemment déclaré à Aljeezira que le compte à rebours pour la destruction de « l’entité sioniste » avait débuté et qu’elle se produirait à partir du Liban. Joumblatt estime que ces propos sont délirants et que le Liban a déjà rempli plus que sa part dans la guerre arabe contre Israël.
Au Hezbollah, dans l’autre courant chiite Amal de Nabih Berri, et à la présidence, tous des alliés de la Syrie, on fait, pour l’instant, profil bas, en mettant en avant la nécessité de trouver une issue pacifique aux combats. Dans ces milieux, on dénonce également les Etats-Unis, qui soutiennent logistiquement notre armée, les accusant de vouloir mettre la main sur toutes les richesses arabes.
Bref, dans ce pays connu pour ses alliances fluctuantes, dont l’avenir est hypothéqué par la présence massive de forces armées supplétives de notre ennemi syrien, chaque point de conflit, même limité géographiquement au départ, risque, en permanence, de s’étendre au reste du pays. Avec, en face, deux inconnues : l’attitude des 15 000 hommes de la FINUL en cas de conflit avec les prosyriens, et la capacité, à terme, pour l’instant prometteuse, de l’armée libanaise de participer au maintien de notre liberté et de notre indépendance.





