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Désarroi

Posté le Dimanche 13 mai 2007 par Sittingbull

Aux racines du désarroi socialiste
Vue sur le monde.
Bernard Guetta
Jeudi 12 mai 2005.
Les socialistes ont su ne pas trop étaler leurs divergences sur les causes de leur défaite présidentielle mais la presse est pleine de leur désarroi et, jour après jour, Libération débat de ce qui est devenu l’évidence: la gauche française est en crise. C’est dit mais on aurait tort de penser que cette crise lui soit spécifique.
Les racines du mal sont, au contraire, communes à toutes les gauches occidentales et le seul tort des socialistes français est d’avoir plus tardé que d’autres à mesurer l’ampleur des défis que les changements du monde lancent aux gauches.

Le premier d’entre eux fut la fin, dès le milieu des années 70, de la période de croissance qui avait suivi la guerre. Durant ces Trente Glorieuses, toutes les gauches, leurs électeurs comme leurs dirigeants, s’étaient convaincues que le progrès social – réduction du temps de travail et de l’âge de la retraite, allongement des congés payés ou extension des systèmes de protection – pourrait être illimité.

La gauche de l’après-guerre, c’était cela: la constante amélioration de la condition salariale rendue possible par une croissance exceptionnelle et le plein-emploi mais, au moment même où François Mitterrand ramenait les socialistes au pouvoir après deux décennies d’opposition, tout a changé.

Le boom de la reconstruction achevé, la croissance s’est ralentie et parallèlement – les dates sont les mêmes – de nouveaux pays ont entamé une révolution économique qui a ajouté à l’émergence du Japon, celle de la Chine, de l’Inde et de tant d’autres pays asiatiques, bientôt rejoints dans leur envol par les anciens pays communistes d’Europe centrale.

Non seulement l’Occident et ses salariés se sont trouvés confrontés à de nouveaux concurrents qu’ils n’avaient pas vu venir, non seulement ces concurrents offrent des coûts de production pour longtemps inégalables car leurs salaires sont dérisoires et leurs protections sociales inexistantes, mais le temps est passé où ils ne produisaient que des chemises.

Tous rattrapent à grands pas l’avance technologique de l’Occident et, troisième changement de taille, l’allongement de la durée de la vie a considérablement renchéri le coût des retraites et des soins. Les budgets sociaux sont en déficit structurel. Il n’est plus question d’abaisser mais de relever l’âge de la retraite et cela d’autant plus qu’il n’y a pas de justification à ce que les jeunes salariés paient vingt ans de pension et non plus dix à leurs aînés. Ces trois changements ont contraint l’Occident, employeurs et salariés, à des révisions déchirantes. Ils ont surtout totalement bouleversé le rapport de force entre le Capital et le Travail car, face au chômage, à la menace permanente des délocalisations et aux réelles nécessités d’adaptation des entreprises, le mouvement syndical a perdu la majeure partie de ses moyens de pression.

La gauche est à réinventer. Comme dans les années 20 lorsqu’ils avaient inventé l’Etat providence, ce sont les sociaux-démocrates scandinaves qui ont ouvert la voie en redonnant plus de marges de manœuvre aux entreprises en échange d’un gigantesque effort de formation et de reconversion des salariés dont les emplois se sont évaporés. Les gauches sont plus nécessaires que jamais pour amortir la violence sociale de ces chocs, mais c’est tout leur logiciel qui est à changer – leurs alliances, leurs références historiques et leurs revendications qui ne peuvent plus être celles des Trente Glorieuses et du monopole économique de l’Occident.

Sittingbull @ 09:30
Catégorie(s): Législatives 2007


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