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Sarkozy, c’est tout cuit

Posté le Lundi 30 avril 2007 par Sittingbull

Frédéric Dabi est directeur du département opinion publique de l’IFOP

Frédéric Dabi : « La victoire de Royal paraît arithmétiquement possible, mais politiquement difficile »

LEMONDE.FR | 30.04.07 | 18h17 • Mis à jour le 30.04.07 | 19h01

En sachant que la participation au deuxième tour est toujours supérieure à celle du premier, qui des deux candidats peut profiter d’un taux de participation encore plus important ?
Frédéric Dabi : Cela n’a pas été systématiquement le cas. En 1969, on a eu plus d’abstentions au second tour qu’au premier, du fait de l’élimination de la gauche. Il est difficile de répondre à une question comme la vôtre.

On peut penser que compte tenu des bons scores réalisés par Sarkozy et Royal, puisque le total des voix Sarkozy-Royal atteint 56 %, alors qu’il n’était que de 37 % en 2002 pour Le Pen-Chirac, et de 43 % en 1995 pour Chirac-Jospin, la dynamique qu’ont créée l’un et l’autre fait qu’ils ont de bonnes chances d’engranger des soutiens issus de l’abstention du premier tour, même si celle-ci a été historiquement basse.

Pour donner une petite piste, on peut penser que compte tenu du score historiquement bas de la gauche au premier tour, qui a atteint 36 %, on a plus eu affaire à des abstentionnistes de gauche que de droite. Même si l’abstention, je le répète, a été très faible.

albatros : A qui profiteront les abstentions au deuxième tour ?

Frédéric Dabi : Question prospective difficile. Il y a des chances qu’on ait des électeurs des extrêmes qui s’abstiennent, aussi bien des électeurs d’extrême gauche que d’extrême droite. Même si pour l’extrême gauche, au nom de l’anti-sarkozysme et du souhait de faire du second tour un référendum anti-Sarkozy, il peut y avoir une bonne mobilisation.

De la même manière, les électeurs du FN de premier tour, en dépit de l’opération de captation, de siphonnage que Sarkozy a réussie sur l’électorat Le Pen traditionnel, auront certainement moins de difficulté à voter Sarkozy en 2007 que Chirac en 1995 ou en 1988.

Alain : Est-ce que l’on peut réellement dire, au vu des précédentes élections, que le report des voix se fait d’après les consignes de vote qui sont données ? Dans quelle mesure ?

Frédéric Dabi : Je dirais non. Il y a un principe majeur qui est : on n’est pas propriétaire de ses voix. Je citerai deux exemples : en 1981, on a tendance à dire que le PCF a fait voter en sous-main contre Mitterrand. De la même manière, il y a eu des récits précis qui tendent à dire qu’une partie de l’appareil RPR de l’époque a fait voter Mitterrand en 1981, pour éliminer le président sortant, Giscard d’Estaing. Dans les faits, on sait que les électeurs communistes de 1981 ont voté massivement Mitterrand. Et malgré tout, les électeurs RPR ont voté Giscard.

Deuxième exemple : Jean-Marie Le Pen en 1988 dit : il ne faut pas une voix pour le candidat socialiste (Mitterrand). Pour autant, on a pu observer des transferts de voix non négligeables de l’électorat Le Pen vers Mitterrand. Même chose en 1995 Le Pen dit : Chirac, c’est Jospin en pire. Pour autant, quand on regarde le rapport de force au second tour, on a pu constater de bons reports de voix FN sur Jacques Chirac.

Les consignes de vote du candidat pour lequel on a voté peuvent compter, surtout si ces consignes émanent de partis militants, comme le PC ou le FN. Mais l’électeur reste souvent dans son choix au second tour.

bernard : A combien estimez-vous le report des voix FN sur les deux candidats en lice et le taux d’abstention des électeurs FN au 2e tour ?

Frédéric Dabi : Lorsqu’on regarde les enquêtes d’intention de vote de l’IFOP faites depuis le 22 avril, on constate de très bons reports de l’électorat frontiste sur Sarkozy. Dans ce cadre, on n’est pas du tout dans la situation de 1988 où une partie des électeurs du FN s’étaient placés dans le giron de Mitterrand. Dans nos enquêtes, on a environ, sur 100 électeurs Le Pen qui déclarent une intention de vote de second tour, entre 82 et 89 qui voteraient en faveur de Sarkozy. Sachant qu’il faut aussi prendre en compte les électeurs Le Pen qui ne se prononcent pas, à savoir 10 % environ.

Ce qui change par rapport à 1988, c’est qu’on a eu une campagne spécifique du candidat Sarkozy positionnée très à droite qui a siphonné une partie très importante de l’électorat Le Pen traditionnel. Pour autant, les 11 % d’électeurs déclarant un vote en faveur de Jean-Marie Le Pen peuvent être attirés par le fait que la campagne de second tour de Sarkozy reste sur ce sillon de droite, en parlant beaucoup de sécurité, d’immigration, en s’en prenant à l’héritage de Mai 1968.

L’idée est donc que Sarkozy, sans le dire, réhabilite la phrase de Charles Pasqua de 1988 qui avait fait scandale : les électeurs du FN et ceux de la droite républicaine ont les mêmes valeurs. Il est plus facile pour un électeur FN de franchir le pas du second tour en faveur du candidat de la droite qu’auparavant. Ce que je dis là ne prend pas en compte ce que va dire Le Pen demain.

brelos : Les consignes de Le PEN demain peuvent-elles influencer les électeurs ?

Frédéric Dabi : Cela va jouer un rôle, car c’est un leader qui a eu plus de 3 millions de voix. Mais on voit qu’il y a des remous internes au sein du FN quand certains disent que sur certains points Royal est « moins pire » que Sarkozy. Propos certainement alimentés par la rancoeur liée à la captation d’une partie de l’électorat FN par Sarkozy. Mais il y a aussi peut-être tout une base qui va se retrouver dans le discours de Sarkozy du second tour. La direction du FN est prise entre ces deux tensions. L’influence de ce que va dire Le Pen va être réelle, mais il y a absolument toutes les chances qu’il se contente, comme en 1988, et comme en 1995, d’un soutien ou d’un non-soutien elliptique. Il est clair donc que l’influence jouera un rôle, mais sera minoritaire en comparaison avec les aspirations de la base du FN.

bibi : Sait-on à qui vont aller majoritairement au deuxième tour les voix portées sur François Bayrou au premier ?

Frédéric Dabi : C’est une des clés du scrutin. La victoire de Royal au second tour paraît arithmétiquement possible, mais politiquement très difficile. Elle doit en effet rassembler la quasi-totalité de la gauche, et doit parvenir à attirer un grand nombre d’électeurs Bayrou. Dans ce cadre, quand on regarde nos enquêtes, pour l’instant, Royal parvient à attirer entre 53 et 57 % d’électeurs Bayrou qui déclarent un vote.
Avec une abstention de 14 %.

Mais je pense que le fait que pour l’instant elle parvient à attirer un électeur Bayrou sur deux représente plus un plafond qu’un socle à partir duquel les transferts Bayrou-Royal pourraient augmenter. Pourquoi ? C’est vraiment lié à la sociologie composite de l’électorat Bayrou, dans lequel il y a des électeurs de gauche, de centre gauche, qui ont été déçus par la campagne du PS au premier tour, qui se sont montrés sceptiques face à Royal, face à sa capacité d’incarner la fonction présidentielle. Et on a eu des électeurs de gauche qui pensaient que seul Bayrou pouvait battre Sarkozy au second tour. On peut penser que ces électeurs vont aller majoritairement chez Royal.

Mais au sein de l’électorat Bayrou coexistent aussi des électeurs UDF « historiques » de centre droit, qui ont voté Bayrou par identification partisane, surtout parce qu’ils ont été gênés par le positionnement de Sarkozy au premier tour. On peut penser que ces électeurs voteront Sarkozy au second tour. On a de ce point de vue un élément probant : lorsqu’on regarde la proximité politique des personnes interrogées, si Royal attire plus d’électeurs Bayrou que Sarkozy, celui-ci parvient à obtenir plus d’intentions de vote chez les sympathisants UDF. Le plus souvent des gens qui ont sûrement voté Bayrou mais restent ancrés à droite.

Pour se rapprocher des 50 % des voix, il faudrait que Royal, sur 100 électeurs Bayrou de premier tour ait 15 % qui s’abstiennent ou votent nul, et en capte 51 %. Mais on est là dans des projections. Pour parler des transferts de voix, il faut d’abord examiner le rapport de force électoral du premier tour, avec une gauche historiquement faible, une tripolarisation de la vie politique, et des extrêmes réduits. Dans le cadre de ce rapport de force, Royal doit réaliser un grand écart difficilement gérable qui consiste à conserver la plupart des électeurs sur son aile gauche, et, comme on l’a dit, attirer un nombre très important d’électeurs Bayrou.

Cela rappelle le dilemme de Chirac en 1998 à front renversé, puisque lui se trouvait entre le fait de conserver les électeurs du centre droit, et essayer d’attirer des électeurs du FN. C’est un peu ce qui arrive à Royal dans cette élection.

Marco : Quel a été l’effet du débat Ségolène Royal-François Bayrou pour les reports de voix UDF au second tour ?

Frédéric Dabi : Il est trop tôt pour mesurer les effets de ce débat. Celui-ci a eu lieu samedi, c’est à partir des jours qui arrivent qu’on en verra l’effet et les reports de voix Bayrou sur Royal. Même si l’on peut penser qu’il est vraisemblable que l’électorat de centre droit franchira difficilement le pas d’un vote Royal. Sachant que l’électorat de centre gauche de Bayrou, elle arrive à l’attirer. L’effet de ce débat est d’autant plus difficile à juger qu’on est devant un objet politique non identifié dans le cadre de ce second tour, avec la présence très forte du candidat arrivé en troisième position.

fred : Quelle part des électeurs de l’extrême gauche ne vont pas voter pour la candidate socialiste du fait de son rapprochement au centre ?

Frédéric Dabi : C’est une question majeure. On est face à deux tensions. Pour l’instant, on observe une tolérance forte de l’électorat de gauche non socialiste vis-à-vis du rapprochement Royal-Bayrou. Cette tolérance peut tenir jusqu’à la fin de la campagne au nom de l’anti-sarkozysme et de faire, chez cette gauche radicale, du second tour un référendum anti-Sarkozy.

Mais la question est : quid de ces électeurs de gauche face à d’autres pas supplémentaires de Royal ou de son entourage vers Bayrou ? On a parlé de Bayrou ministre, premier ministre, de l’entrée de l’UDF au gouvernement. On ne peut jurer de rien. Surtout qu’on tient pour acquis des reports excellents de la gauche ou de la gauche non socialiste vers Royal, et on voit que ce n’est pas tout à fait le cas. On a des situations très variables selon les différents électorats.

Si chez les électeurs de Buffet et Besancenot, les reports se font très bien, au-dessus de 90 %, les reports sont moins satisfaisants au sein de l’électorat Laguiller, par exemple. On voit dans notre dernière enquête que chez les électeurs d’extrême gauche, si l’on prend le cumul des enquêtes d’intentions de vote de l’IFOP depuis le 22 avril, on a par exemple sur 100 électeurs Laguiller 52 % qui se prononceraient pour Royal, 30 % pour Sarkozy, et 18 % s’abstiendraient ou voteraient blanc.

Il y a toujours un vote révolutionnaire, ou un rejet d’un électorat très masculin de la candidate socialiste, ou les sarkozystes de gauche, électeurs issus de catégories très populaires attirés par le discours de remise en ordre de Sarkozy, le discours sur la sécurité, ou le discours sur le flux migratoire. On a vu tout au long de la mandature, quand on réalisait des enquêtes de popularité, une percée non négligeable de Sarkozy à gauche, et même à l’extrême gauche.

Jean : Quelle sera l’influence des ralliements des élus UDF à Sarkozy sur l’électorat de l’UDF ?

Frédéric Dabi : L’excellent score de Sarkozy au premier tour, le fait qu’il rallie beaucoup d’élus, les sondages qui lui sont tous favorables depuis le 15 janvier, tout cela participe d’une dynamique bénéfique en faveur du candidat de l’UMP. Mais l’influence de ces ralliements sur les électeurs semble limitée. On est plutôt là dans la préparation de la bataille des législatives.

Badou : Pensez-vous que des électeurs ayant choisi Ségolène Royal au premier tour pourraient se reporter sur Sarkozy au second et inversement ? Ce genre de reports de voix se sont-ils déjà produits dans le passé et si oui, dans quelle proportion ?

Frédéric Dabi : Ce sont des cas vraiment très, très marginaux. Dans nos enquêtes d’intention de vote de second tour, quand on observe les reports de voix, on a 1 % d’électeurs Royal au premier tour qui vont chez Sarkozy, et 1 % d’électeurs Sarkozy qui vont chez Royal. Ce sont des proportions très marginales.

Vincent : Le débat du 2 mai entre Royal et Sarkozy peut-il avoir une influence sur le vote du second tour ?

Frédéric Dabi : Une influence, peut-être, mais qui va être limitée. Cela a toutes les chances de ne faire bouger les rapports de force qu’à la marge. En effet, à la question que nous avons posée : avez-vous l’intention de suivre le débat du 2 mai ? 62 % des gens disent qu’ils vont le suivre mais que celui-ci ne pourra pas les faire changer d’avis quant à leur vote, et 17 % disent que le débat peut les faire changer d’avis. Et il y a beaucoup d’électeurs Bayrou qui déclarent cela, puisque 38 % d’électeurs Bayrou le déclarent.

Historiquement, on n’a jamais vu un débat télévisé d’entre-deux tours inverser une tendance. Contrairement à ce qui a été dit, ce n’est pas le débat de 1974 qui a assuré la victoire de Giscard d’Estaing, qui était en tête avant le débat. C’est la même chose pour Mitterrand en 1981. Quant à 1988 et 1995, l’écart dans les intentions de vote entre, d’une part, Mitterrand et Chirac et, d’autre part, Chirac et Jospin n’a pas été réduit.

Anna : Quels sont les résultats des derniers sondages ?

Frédéric Dabi : Le dernier sondage réalisé vendredi et samedi donne un avantage net à Nicolas Sarkozy, puisqu’il est crédité de 53 % d’intentions de vote, contre 47 % pour Ségolène Royal. Notons que ce sondage n’a pas pu véritablement prendre en compte les effets électoraux du débat entre la candidate socialiste et François Bayrou.

Dernier point : on se focalise sur les reports de voix, mais il convient de s’intéresser à ce que donnent les intentions de vote selon les catégories de population. Et ce qui frappe dans cette enquête comme dans les enquêtes précédentes de l’IFOP, c’est la très forte avance de Sarkozy dans l’électorat âgé. Il obtiendrait 63 %, soit 10 points de plus que sa moyenne, chez les 65 ans et plus. Auprès de ce segment traditionnellement mobilisé, qui va voter, Royal accuse donc un vrai retard.

Alors que dans d’autres catégories, chez les jeunes, les moins de 35 ans, Royal l’emporte. Elle l’emporte aussi chez les catégories supérieures et au sein des professions intermédiaires. En revanche, chez les ouvriers, Sarkozy et Royal font jeu égal. Au-delà des reports de voix, il faut donc aussi procéder à une analyse par segment démographique, qui explique l’avance prise par Sarkozy.

 

Anne-Gaëlle Rico

Sittingbull @ 19:42
Catégorie(s): Le pape


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