eXc: Nous aimons la liberté, l'état de droit, l'héritage des Lumières, la séparation de l'église et de l'état, l'humour. Nous n'aimons pas le fascisme, le communisme, l'antiaméricanisme, l'antisémitisme, le racisme, la bureaucratie, les totalitarismes. Nous estimons que le plus grave danger que courent les démocraties libérales est de céder à l'islamofascisme. Lire plus

Carnets de campagne 10

Posté le Vendredi 20 avril 2007 par lagrette

Luc Rosenzweig nous donne son pronostic et nous devoile son choix personnel  pour le premier tour des elections , dimanche.

1. Pronostics

Nous voici arrivés au terme de la campagne pour le premier tour de la huitième élection au suffrage universel du président de la Vème République. L'heure n'est plus à l'analyse des thèmes développés par les candidats, ni à l'observation nonchalante des petits et grands événements qui émaillent le parcours des divers postulants. Dans quelques heures, il me va falloir abandonner mon rôle de spectateur livrant à ses semblables ses impressions sur cette joute démocratique. L'aficionado de l'arène politique se transforme l'espace d'un dimanche en acteur majeur du spectacle qu'il regardait en esthète, par le simple fait d'introduire un bulletin dans une urne (mon village de montagne ne fait pas partie des communes ayant accepté de tester le vote électronique). Jadis, lorsque j'étais encore dans le service actif de l'information, c'était le moment où, dans les rédactions, on mettait en place les paris sur l'issue du scrutin, les mises constituant la cagnotte dont il était impensable, pour celui ou celle qui la remporterait, de l'utiliser autre chose que la consolation de ses collègues moins chanceux au moyen de diverses boissons alcoolisées. Généralement, le meilleur pronostiqueur n'était pas, comme il eût été logique, membre du service politique, mais un ou une journaliste dont la rubrique était très éloignée de cet univers : la critique de danse classique se montrait souvent plus perspicace à ce jeu que l'éditorialiste chevronné.

Mais le risque d'être démenti par les résultats du dimanche soir ne doit pas nous empêcher de jouer les devins le vendredi, quitte à expliquer doctement le lundi qu'il était inéluctable, vu les circonstances, que nous nous trompassions.

Vivant éloigné des arrondissements parisiens où, paraît-il, se mijotent les petits plats de savoir qui rendraient leurs consommateurs plus lucides sur l'avenir immédiat, il me faut utiliser des méthodes rustiques de divination, comme le humage de l'air du temps, l'écoute des bruits du marché hebdomadaire, les "à propos, tu votes quoi, toi ?" en fin de conversation téléphonique avec la famille et les amis, et enfin la méditation sur les innombrables sondages qui nous sont livrés quotidiennement. L'hebdomadaire Le Point a eu la bonne idée de faire la moyenne des scores annoncés par les différents instituts depuis trois mois pour les quatre principaux candidats (Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen), ce qui donne le graphique suivant : http://www.lepoint.fr/content/a_la_une/article?id=179077. Cela signifie-t-il que l'ordre d'arrivée Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen est inéluctable ? En aucune manière. Deux éléments, en effet, sont de nature à modifier la donne : la baisse prévisible du taux d'abstention par rapport à 2002 et le taux encore très élevé d'indécis : plus du quart des électeurs interrogés à trois jours du vote avouent n'avoir pas fait de choix définitif. Si l'on ajoute à cela le fait que l'élection présidentielle a provoqué une vague plus importante que de coutume d'inscriptions sur les listes électorales, on trouve réunis tous les ingrédients d'un résultat surprenant, en tout cas pour ceux qui croient aux sondages.

Néanmoins, l'application de la méthode exposée plus haut m'incite à prédire une finale Sarkozy-Royal, en dépit d'une ponction importante effectuée par François Bayrou sur les électorats potentiels de ces deux candidats. Sarkozy a fait une campagne "classique" de premier tour pour un candidat de droite, en s'efforçant de rassembler son camp, et en essayant de récupérer le maximum de voix de droite qui s'étaient, en 1995 et 2002, égarées chez Le Pen. Le succès relatif de cette tactique se traduit dans les sondages, et peut le placer en tête du premier tour avec un peu moins de 30 % des voix, mais elle présente un risque pour le second. La "droitisation" du discours sarkozien, les imprudentes excursions langagières dans des domaines qui ne lui sont pas familiers (comme sa déclaration sur le caractère génétique de la pédophilie) risquent de contribuer à la campagne de diabolisation du personnage par son adversaire du second tour, que ce soit Bayrou ou Royal. Ce thème du "Sarko, facho !" commence déjà, d'ailleurs, a émaillé les discours des socialistes pour éviter que les voix de l'extrême gauche, troublée par les tentations centristes des Rocard, Strauss-Kahn et consorts, ne fasse défaut à leur candidate le 6 mai...

Ségolène sera seconde, car plus on s'approche du jour J, plus ressurgit dans les mémoires de gauche le traumatisme du 21 avril 2002 et l'horrible geste du 5 mai qui suivit : mettre un bulletin Chirac dans l'urne pour faire barrage à Le Pen. Mais c'est peu dire que la candidate n'a pas suscité d'enthousiasme dans le "peuple de gauche". Cela n'a pas échappé au regard perspicace du meilleur observateur étranger de la vie politique française, John Vinocur, de l'International Herald Tribune : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-896641,0.html. Son score ne devrait pas cependant pas dépasser les 23-24 %, constitué de l'addition des voix de Jospin-Chevènement-Taubira de 2002. Il n'y a pas eu "d'effet Ségolène" à gauche, mais un double mouvement de refus d'un nouveau 21 avril et une mobilisation anti-Sarkozy dont elle est la principale bénéficiaire.

J'exclus, pour ma part, la présence de Jean Marie Le Pen au second tour car l'histoire ne se répète jamais, même sous la forme marxiste d'une tragédie se muant en farce...

Quant à Bayrou, le score impressionnant qu'il va réaliser par rapport à son résultat de 2002 (6,82 %) sera pour lui plus une charge qu'un atout s'il n'est pas qualifié pour le second tour, ce qui me paraît probable. Son électorat composite ne suivrait aucune des consignes de vote qu'il pourrait donner pour le second tour, et il lui faudra alors songer à sauver son maigre groupe parlementaire, dont la plupart des députés doivent leur élection à des alliances avec la droite....

Voilà pour des pronostics dont la témérité nous conduira, dimanche soir, soit vers le Capitole, soit vers la Roche tarpéienne des augures.

2. Outing

"Quand on est de gauche, on vote à gauche" a déclaré Dominique Strauss-Kahn pour dissuader ses partisans au sein du PS de se laisser tenter par la sirène Bayrou.

Pour avoir suivi cette injonction pendant toute ma vie passée d'électeur, qui a commencé en 1965 par un vote en faveur de François Mitterrand contre Charles de Gaulle, je me suis senti interpellé par l'excellent Dominique.

Mais j'en ai assez. Assez de voir la société française bloquée sur des structures archaïques, de l'emploi, de l'Université, de l'administration, des syndicats. Assez de voir fuir vers des cieux plus cléments les plus entreprenants de nos jeunes. Assez de l'anti-américanisme qui fait office de vulgate idéologique dans la plus grande partie des supposées élites intellectuelles et politiques. Assez de voir mon pays se faire moquer partout dans le monde, à l'exception des cercles dirigeants des dictatures moyenne-orientales et africaines, pour l'arrogance et la suffisance de la politique extérieure chiraquienne. Assez de voir l'antisionisme primaire servir de modèle interprétatif généralisé du conflit israélo-arabe. C'est pourquoi, faute d'avoir pu voter pour Dominique Strauss-Kahn, je voterai pour Nicolas Sarkozy, au premier comme au second tour.



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