Posté le Jeudi 19 avril 2007 par Sittingbull

L’effroyable tuerie qui vient de survenir dans une université de Virginie a suscité en France les réactions que l’on pouvait prévoir. Sur toutes les chaînes de télévision, des interrogations sur la « violence » que génère la société américaine, sur la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes aux Etats-Unis, sur le « tout puissant lobby des armes à feu ». Dans la presse écrite, c’est la même chose. Avec la délicate hypocrisie qui le caractérise souvent, le journal Le Monde, dans un éditorial non signé, souligne qu’il serait « injuste et faux » d’en rester à l’image de l’Amérique donnée par les « accès de folie meurtrière auxquels cèdent des individus isolés », mais ajoute aussitôt que les « faits de cet ordre sont exceptionnels ailleurs, alors qu’ils viennent fréquemment défigurer le rêve américain ». Un peu plus haut dans le texte, la jeunesse made in Usa se trouve décrite comme « soumise à la double tyrannie de l’abondance et de la compétition » : tout le monde n’a pas la chance de vivre dans la pauvreté et le planisme, bien sûr….
Qui dans un pays où on pense majoritairement que la pauvreté est une vertu et la richesse un vice et où continue à être certain que l’Etat doit s’occuper de tout pourrait dire le contraire ? Seulement des gens comme moi, je sais, des horribles adeptes de la liberté individuelle qui devraient déjà avoir quitté le territoire français.
N’étant pas encore parti, je dirai, pour tous ceux qui ne supportent plus le conformisme ambiant et ses odeurs de chloroforme, je dirai ce qui me semble devoir l’être au vu des circonstances.
1. Depuis de nombreuses années, la société américaine tend à être moins violente que les sociétés européennes. Il y a plus de morts par arme à feu aux Etats-Unis qu’en Europe, mais nombre de ces morts tombent sous les balles de la police après s’être conduit de manière répréhensible. Le nombre des cambriolages, des vols avec violence et des viols, lui, est inférieur à ce qu’il est statistiquement dans nombre de pays d’Europe. Plusieurs raisons expliquent cela : d’abord, une politique de « tolérance zéro » inaugurée à New York au temps où Rudy Giuliani était maire de la ville. Cette politique a porté ses fruits et a fait tache d’huile. Ensuite, l’application de peines dissuasives qui font que les criminels sont en prison, et disposent de peu de chances de récidive. Les Etats-Unis sont aujourd’hui une société où la liberté est plus grande que dans nombre de pays d’Europe pour ceux qui ne commettent ni crimes ni délits, mais bien moins grande que dans nombre de pays d’Europe pour ceux qui commettent des crimes et des délits. Me situant dans la première catégorie, et non dans la seconde, c’est une équation qui me convient. Je ne doute pas qu’elle ne convient pas du tout à ceux qui considèrent que c’est un pur hasard et une absolue malchance si un violeur en série récidive souvent une fois que, selon les règles de la générosité à l’européenne, on lui en donne l’opportunité.
2. Le droit de porter des armes à feu dans l’essentiel des Etats-Unis ne crée pas davantage de crimes, mais permet, au contraire, aux victimes potentielles de se défendre, et joue un rôle de dissuasion. Le raisonnement prédominant aux Etats-Unis est que ce n’est pas l’arme qui tue, mais l’assassin. La base de tout est la responsabilité individuelle. Des actes tels celui qui vient de survenir en Virginie ont failli survenir plusieurs fois, quasiment à chaque fois, l’engrenage meurtrier n’est pas allé jusqu’au bout, car quelqu’un a stoppé le meurtrier. Les cas où il n’y a personne pour stopper le meurtrier sont ceux où une politique d’interdiction des armes a fait que le meurtrier s’est retrouvé dans la position où il est le seul à être armé. Telle a été la situation à Columbine voici huit ans. Telle est à nouveau la situation aujourd’hui à Blacksburg. Le président de l’université où a eu lieu la tuerie se félicitait en septembre dernier qu’il soit strictement interdit, sur le campus, de posséder une arme à feu. Je ne pense pas qu’il se félicite aujourd’hui que celui qui a tué trente trois personnes avant de se suicider ait eu le monopole des armes à feu pendant de longues minutes, en ce triste jour d’avril. Le journal Le monde, dans l’éditorial cité plus haut, note avec consternation que « des voix se sont élevées pour déplorer que les professeurs et les étudiants ne soient pas autorisés à s’armer, car l’un d’entre eux aurait pu neutraliser le tueur ». Je le déplore moi aussi. Le discours « politiquement correct » et ses conséquences se sont rendus, une fois de plus, complices de meurtre. Le droit de porter des armes à feu ne fait pas partie de la Constitution américaine, comme je l’entends dire ici ou là. Il fait partie du Bill of Rights américain, la Déclaration des droits. Toucher au Bill of Rights aux Etats-Unis équivaudrait symboliquement à toucher aux Tables de la Loi. Cela ne se fera pas, car les Etats-Unis sont encore un pays de liberté où on pense que le monopole des armes ne doit pas être laissé à l’Etat et aux criminels. Les lobbies de gauche opposés au port d’arme ne rencontreront pas davantage de succès cette fois qu’il n’en ont rencontré au moment de Columbine. On raisonnera primordialement, aux Etats-Unis, en termes de responsabilité individuelle et de sécurité. Et ce sera très bien ainsi. La sécurité sur le campus de l’université de Virginie où a eu lieu la tuerie devra être profondément repensée. On devra comprendre aussi, plus largement, que le « politiquement correct » peut tuer et tuera encore si des discours opposés à la responsabilité individuelle et oublieux de ce que la sécurité est la garantie fondamentale de la liberté continuent à se disséminer.
3. Les « faits de cet ordre » se produisent aussi ailleurs qu’aux Etats-Unis. Dans plusieurs reportages télévisés où on récapitulait les tueries survenues ces dernières années, j’ai pu voir évoquer deux précédents, et deux seulement, Columbine et une tuerie survenue au Texas en 1966. Pour étoffer la documentation, s’étaient trouvés greffés à ces faits américains une tuerie survenue au Canada voici quelques années (le Canada, vous savez, le pays où presque personne n’a une arme et où les m½urs sont absolument paisibles, comme disait Michael Moore dans Bowling for Columbine), une autre survenue voici peu en Allemagne, et enfin la tuerie de Nanterre. Nanterre n’est pas, à ma connaissance, une ville des Etats-Unis et l’Allemagne n’est pas l’un des états des Etats-Unis. Un crime abominable doit être vu comme un crime abominable. Une faille dans la sécurité d’un établissement scolaire doit être vue comme une faille dans la sécurité d’un établissement scolaire. Les ravages du « politiquement correct » doivent être vus pour ce qu’ils sont. Mes pensées et ma tristesse vont vers les victimes innocentes, sans retenues ni arrières pensées. Ma colère va vers tous ceux qui vont tenter d’exploiter cette horrible tragédie pour tenter de faire avancer leur haine de la liberté et de la responsabilité.
Guy Millière

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13 réponses à “Virginia Tech: « Le politiquement correct peut tuer »”
21 avr 07 à 07:28
« »one of Cho’s room-mates contacted police to say he believed he was suicidal. After a hearing on December 13, a magistrate ordered that Cho undergo an evaluation at Carilion St Albans, a private psychiatric hospital. He declared Cho to be “mentally ill” and an “imminent danger to self and others”. Cho agreed to attend the evaluation.
The next day, a doctor examined Cho, concluding that his “affect is flat. He denies suicidal ideations. He does not acknowledge symptoms of thought disorder. His insight and judgment are normal”.
When Cho came to buy the two guns he used in the massacre, in February and March this year, he was legally permitted to buy the weapons, despite the mental health evaluation. Background checks on gun buyers search only for people involuntarily committed to psychiatric wards. As Cho attended the clinic voluntarily, his record came up clean.
A range of laws also tie the hands of university authorities to expel students, unless they make direct threats or are caught cheating. They cannot release a student’s medical records without consent, and they cannot place a student on leave even if they develop a severe mental illness.
They are forbidden from screening students for psychotic medication, or asking questions about their mental health history.
Last month Virginia became the first state in the US to pass a law prohibiting universities from expelling or punishing students for attempting suicide or having suicidal thoughts.
When Lucinda Roy, a Briton and head of the English department, sent Cho’s writings to police in late 2005, no action was taken. Wendell Flinchum, chief of the Virginia Tech police, said they came from a creative-writing class, adding: “The writings did not express any threatening intentions or allude to any criminal activity, and no criminal violation had taken place.”
20 avr 07 à 14:44
Guy Millière raconte toujours autant de conneries quand il commence à évoquer des réactions typiquement françaises au drame de VT : n´importe lequel d´entre nous -vive internet- peut lire des journaux anglais, allemands, italiens, australiens, brésiliens, mexicains et se rendre compte que les interrogations des journalistes de ces pays sont peu ou prou semblables à celles des journalistes.
Seul un connard intellectuellement malhonnête peut y voir une tentative de « salir » l´Amérique, exercide dans lequel les français seraient champions.
(ce qui est faux d´ailleurs).
20 avr 07 à 13:59
Marius, d’apres ce dont je me souviens des interviews dans les premieres heures apres le massacre, la police du campus, qui a 23 agents, a considere que le responsable ne se serait pas eternise sur le campus, pour commetre un autre crime. De plus ils pensaient avoir leur homme, le boy friend d’une des vicitmes qu’ils avaient arrete, et etaient en train d’interroge ( si je me souviens bien , le roommate du type en question leur a dit qu’il venait de s’inscrire dans un club de tir , ou quelqueschose comme ca). On reproche a la police de ne pas avoir ordonne un « lock down » du campus ( tout le monde sense rester la ou il se trouve) comme cela se fait regulierement lorsque qu’un incident se produit dans une high school, mais il est bien evident qu’avec 23 policiers pour 25 000 etudiants sur des dizaines d’hectares, il aurait ete impossible d’imposer la chose.
Par contre, l’universite aurait pu prevenir les etudiants et les profs par e-mail, et leur laisser le choix de rester chez eux, ne pas faire cours ou au moins prendre les precautions minimales en sachant qu’un asssassin pouvait etre dans les parages.
20 avr 07 à 13:53
Question Bill of Rights , juste remarquer que l’essentiel des morts sont dans la mouvance « gangs » et exceptionnellement dans les ecoles ! Autre remarque , si il y avait eu des gens armes et responsables ( apres tout , un campus universitaire est bien moins percu comme dangereux que certains quartiers des grandes villes ) sur le campus ( gardes armes ou individus ) il est possible qu’un tueur aurait ete abbatu avant de tuer 32 personnes . ( Supposition tout de meme )
Pour les gardes armes des Malls , justifie par la possibilite de braquages et accessoirement depuis quelques annees de menace terroriste .
Pour finir , je vis dans un pays ou pres de 10% de la population se balade avec une arme de guerre dans la rue et n’entraine pas de « shoot ons » de ce genre !
Responsabilisation ? Lois tres severes ? Education ? Conscience collective ? Difficile a dire mais dans quelques cas , une attaque terroriste a ete dejouee par des passants avant que les unites specialisees aient eu le temps d’arriver ( ces trucs se jouent a la seconde pres , malheureusement ! ) .
20 avr 07 à 13:33
It happened que le mec a commis ses deux premiers meurtres de façon discrète. Avec des armes que même en France il est facile de se les procurer: un pistolet 22 rifle !– et qui peuvent se cacher dans un blouson. Pas du tout des kalachinkoff. Rien à voir avec Columbine. Il aurait aussi bien pu mettre une bombe faite d’engrais agricoles.
C’est l’histoire d’un fou en liberté qui avait déjà donné des signes de dangerosité.
20 avr 07 à 13:20
Voici ce qu’il en pense Krauthammer:
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/04/19/AR2007041902543.html
20 avr 07 à 13:18
commercial.
Et j’ajoute, à l’université en question ils auraient pu mettre à profit les deux heures pour envoyer des flics. What happened ?
20 avr 07 à 13:17
Oui, OK, mais va dans une foule de centre commerciale avec un fusil d’assaut, t’as le temps de faire un carnage sans nom avant que les gardes arrivent (et d’ailleurs, ils risquent aussi de faire des dégâts). La mémé avec son caddy n’a pas une grenade dans son soutif pour lancer à un agresseur éventuel.
20 avr 07 à 13:14
Marius, dans les centres commeciaux il y a des gardes armés. Dans cette université les armes étaient interdites.
D’accord pour le manque de reperes des ados, mais si l’auteur des crimes avait su qu’après avoir réussi la première série de deux assassinats il allait se retrouver face à des gens armés, il n’allait pas recommencer et tuer 30 autres.
20 avr 07 à 13:04
Allons, ce n’est pas la raison, il y a autant de gens sans armes dans les centres commerciaux, les cinémas, les transports en commun, les entreprises ou les administrations. La véritable raison est que dans les écoles et les universités, il y a des jeunes et des post-ados, dont un bon nombre sont encore peu fixés quant à leurs repères dans la vie.
20 avr 07 à 12:57
Génial, l’article: la question est: pourquoi ces massacres ont toujours lieu dans des universités ?
La réponse: parce qu’on interdit aux gens de se défendre (de porter des armes) dans ces lieuX-là.
19 avr 07 à 10:22
Le fait de se balader armé est-il le signe d’une nation civilisée?
De toute évidence, puisque les gens évitent de se truffer de plomb, donc contrôlent leur aggressivité.
19 avr 07 à 09:50
Le fait de se balader armé est-il le signe d’une nation civilisée? Cela évoque plutôt « la guerre de tous contre tous » décrite par Hobbes. Dans un pays civilisé, l’Etat est censé avoir le MONOPOLE de la contrainte (et de la violence) légitime. Toute violence privée (comme celle qui consiste à se faire justice soi-même) est signe de barbarie suivant les enseignements les mieux établis de la philosophie politique (anglo-saxonne !). M. Millière, dans sa haine du politiquement correct (effectivement critiquable) se laisse emporter un peu loin…





