Posté le Jeudi 29 mars 2007 par jc durbant
En ce 60e anniversaire du début de la grande révolte de Madagascar, petit retour sur les accusations et les chiffres les plus fantaisistes qui continuent à circuler sur la répression dont elle fut l’objet.
Notamment, comme le rappelle l’historien Jean Fremigacci dans un récent numéro spécial de l’Histoire (repris en partie dans Le Monde), les accusations de “génocide oublié” ou d’ “Oradour malgache” ou les “100 000 morts” régulièrement mentionnés.
Même si, en plus des responsabilités coloniales dans les causes de l’insurrection (travail forcé, corruption, mauvaise gestion, manipulations électorales), il y a eu effectivement un certain nombre de cas avérés de crimes de guerre au début (un total estimé de 1 000 à 2 000, dont le mitraillage de 124 à 160 militants emprisonnés dans des wagons le 6 mai à Moramanga ou les massacre de Mananjary les 15 avril et 12 mai faisant une centaine de victimes dont 18 femmes et un groupe de prisonniers jetés d’avion, plus quelques autres ne dépassant jamais un cinquantaine de victimes).
Ainsi que quelque 5 000 à 6 000 insurgés tombés face aux militaires français.
Le gros des pertes eut lieu dans les zones tenues par les insurgés: 20 à 30 000 victimes de malnutrition et de maladie parmi les paysans pris entre les forces coloniales et les insurgés et chassés, sans ressources, dans les forêts par la guerre.
Surtout, il n’y a jamais eu de volonté exterminatrice et, avec un total de 10 000 victimes de morts violentes ou 30 à 40 000 si l’on ajoute les victimes indirectes (ce qui, sur une population totale de 4 millions et surtout 700 000 dans la principale région concernée, est déjà bien sûr une catastrophe en soi), on reste très loin des “89 000″ ou “100 000 victimes” claironnés partout.
Comme sur RFI lors de la visite de Chirac sur l’île il y a deux ans – certes après de nombreux historiens du fait qu’ils avaient été repris par les autorités de l’époque mais, semble-t-il, pour “alourdir le dossier d’accusation” contre les militants du MDRM.
Et jusque dans un entretien, dans Le Monde il y a dix ans, du prix Nobel de littérature Claude Simon – qui ajoutait même, pour faire bonne mesure, “en trois jours”, alors que l’insurrection avait duré 21 mois!
Sans compter que nombre de ces massacres étaient inter-malgaches ou des réactions de panique ou de vengeance de la part notamment de troupes sénégalaises ou suite à des pratiques rituelles mais révoltantes des insurgés (comme l’acharnement sur les cadavres, jusqu’à la mutilation ou le découpage en morceaux).





