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Malaise catholique sur fond de dogmatisme rétrograde

Posté le Jeudi 22 mars 2007 par Carlitos de Unamuno

Les mesures disciplinaires prises à l’encontre du père Sobrino, jésuite et théologien de la libération, crée le malaise au sein de l’église catholique.

LE TEMPS, 22.03.2007

Profond malaise dans l’Eglise catholique

RELIGION. Les récentes initiatives du pape et de la curie plongent les catholiques d’ouverture dans le désarroi. La revue «Golias» lance un appel à la résistance spirituelle. En Suisse, on dénonce un climat délétère.

Patricia Briel
Jeudi 22 mars 2007

Il y a deux ans, au lendemain de l’élection de Joseph Ratzinger sur le trône de saint Pierre, plusieurs observateurs avaient dit que le nouveau pape, malgré son passé de gardien inflexible de l’orthodoxie, pourrait réserver quelques surprises. Cet espoir semble anéanti. Les signes que donnent Benoît XVI et la curie depuis le début de ce pontificat ne vont pas dans le sens d’un meilleur dialogue avec la modernité. La volonté de réintégrer les schismatiques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, la création de l’Institut du Bon Pasteur à Bordeaux pour une poignée d’anciens lefebvristes qui ont l’autorisation de célébrer la messe exclusivement en latin, la récente publication de l’exhortation synodale Sacramentum Caritatis et la mise à l’index de deux livres d’un grand théologien espagnol, le jésuite Jon Sobrino, tout indique que le Vatican poursuit la restauration d’un catholicisme dogmatique et rigide. Quitte à créer un malaise toujours plus grand parmi les catholiques qui se réclament de l’ouverture.

Les mesures disciplinaires prises la semaine dernière par la Congrégation pour la doctrine de la foi contre le père Sobrino, un éminent théologien de la libération, ont suscité la consternation dans les milieux jésuites et théologiques. Le Conseil général des jésuites a manifesté sa solidarité avec le théologien, et son accord complet avec tous ses écrits. La Faculté de théologie de Münster en Allemagne, qui avait octroyé en 1998 un doctorat d’honneur à Jon Sobrino, a également fait part de sa désapprobation face à la notification du Vatican.

«Après une période de latence, le climat est devenu délétère, remarque Albert Longchamp, supérieur provincial des jésuites suisses. A Rome, on n’arrive pas à parler autrement que par des diktats. La pensée théologique est muselée. Pour avoir l’unité, le pape fait taire. Pour avoir la paix, les théologiens se taisent. Benoît XVI est un conservateur éclairé et intelligent, mais pas un homme d’ouverture. La vraie nature du cardinal Ratzinger est ressortie. On ne badine pas avec la doctrine. Mais on a perdu le prophétisme.»

De même, certains éléments de l’exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis soulèvent l’indignation. Notamment la réitération de l’interdiction du mariage des prêtres, de la communion pour les divorcés-remariés et des célébrations interconfessionnelles. La revue Golias, fer de lance d’un catholicisme progressiste, voit dans cette exhortation, qui a la portée et la valeur d’une encyclique, «le grand manifeste de la restauration catholique». Golias a lancé un appel à «une grande résistance spirituelle». «Les catholiques d’ouverture seront irrités, blessés, déçus par ce texte, écrivent les journalistes Christian Terras et Romano Libero. Ils auront le sursaut de se souvenir que l’une des missions premières du chrétien est la résistance. Le pape n’est pas l’Eglise à lui tout seul. Lorsqu’un pontife s’enferme dans des positions dures et intransigeantes qui le coupent de la communauté vivante, l’infidélité à la vraie tradition de l’Eglise n’est alors peut-être pas celle du corps, mais de la tête.»

Pierre Emonet, directeur de la revue jésuite Choisir, rappelle que le pape n’a fait que reprendre et synthétiser le travail réalisé par les évêques lors du synode de 2005. Mais certains détails du document le gênent, comme les passages en faveur de la pratique des indulgences et de la bonne visibilité des confessionnaux dans les églises, et celui qui affirme la nécessité pour les séminaristes d’apprendre le chant grégorien. «Ces exigences sont un peu cocasses, surtout dans un pays comme la Suisse, dit-il. Aujourd’hui, la plupart des séminaristes n’ont pas fait une heure de latin dans leur vie, car ils n’ont pas suivi la filière classique des études théologiques.»

Autres sujets de préoccupation: la main tendue aux traditionalistes d’Ecône, et l’autorisation de la messe en latin qui ne devrait pas tarder. Signes d’un retour de l’Eglise catholique vers l’intégrisme? «C’est plutôt la nostalgie d’un catholicisme d’autrefois qui se manifeste ainsi, dit le père Emonet. Un catholicisme encore compatible avec la lettre du Concile Vatican II, mais plus avec l’esprit. Jean XXIII avait dit: «Ouvrons les fenêtres de l’Eglise.» Aujourd’hui, on dit: «Barricadons-nous dans la forteresse.» Le catholicisme devient de plus en plus normatif et raide. Je constate qu’après deux ans, la curie se place toujours comme un pouvoir de contrôle entre le pape et les évêques.»

L’immobilisme romain et le manque d’attention aux préoccupations des fidèles frappent les observateurs. «Une réforme de la curie avait été annoncée mais rien n’a été fait, dit un prêtre suisse qui a des contacts à Rome. Il y a eu des intentions, mais elles n’aboutissent pas. La hiérarchie est à côté de la plaque, et cette Eglise ne sait plus parler à son temps. C’est pénible et inquiétant.» Le fossé entre l’institution et les fidèles, identifié par certains sociologues comme un schisme silencieux, semble se creuser. Albert Longchamp signale ainsi des sorties toujours plus nombreuses de l’Eglise catholique, en Suisse alémanique surtout.

A quelques semaines du deuxième anniversaire de son pontificat, Benoît XVI semble avoir de la peine à quitter le cardinal Ratzinger.

Carlitos de Unamuno @ 03:54
Catégorie(s): Généralités etLe pape


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5 réponses à “Malaise catholique sur fond de dogmatisme rétrograde”

  • 5
    Naibed:

    Mais on parlait d’un « équivalent catholique » à la fatwa.

    Si jamais un anathème était lancé contre le Père Sobrino, devra-t’il se terrer pendant des années comme Salman Rushdie, protégé par la police ? Devra-t’il craindre, où qu’il soit dans le monde, voir surgir les gardes suisses du Vatican pour le mettre à mort ?

  • 4
    MERCATOR:

    L’anathème désigne selon le contexte :

    - (Antiquité, dans les religions anciennes) une offrande faite à une divinité,

    - un objet détruit ou victime immolée, offerts en expiation à une divinité

    - dans la religion chrétienne, sentence de malédiction à l’encontre d’une doctrine ou d’une personne jugée hérétique ;

    Il est reproché au Père Sobrino d’insister trop sur la dimension humaine du Christ, et pas assez de sa dimension divine. De plus, sa conception de « l’Église des pauvres » ne correspond pas vraiment à la théologie officielle qui parle “d’option préférentielle pour les pauvres

    L ‘eglise des pauvres rapelle trop aux yeux du vatican l’hérésie VAUDOISE qui a laissé un très mauvais souvenir au VATICAN.

    «  »ILes premiers hérétiques: Patarins, Vaudois, Cathares. La réaction de la Papauté.
    C’est donc dans la vallée du Pô et dans l’Italie centrale que se sont développés les premiers mouvements hérétiques. Les premières tendances ainsi qualifiées eurent dès le départ un caractère de démonstrations antiféodales, pas forcément ni uniquement dirigées contre des clercs indignes.

    Citons tout d’abord les Patarins de Milan dont les chefs de file furent Anselme de Baggio, Arinald de Carinate et Landolphe Cotta. Les Patarins étaient des pauvres qui prêchaient l’épuration des moeurs du clergé. Leur mouvement se développe parmi les artisans et les petits bourgeois de la ville, dont l’industrie est en pleine expansion. Leur prédication exaltate la pauvreté physique et matérielle. Ce n’est pas aux dogmes de l’Eglise qu’ils s’attaquent, ils ne prêchent pas une autre doctrine: ils cherchent tout simplement une réponse existentielle et spirituelle à la nouvelle situation sociale. Et pourtant les papes Nicolas II (1059-1061) et Alexandre II (1061-1073) les condamnent comme hérétiques et font assassiner leur principal dirigeant, Arinald de Carinate.

    Après ce dur échec, les Patarins prennent leur revanche dans d’autres régions; ils font des partisans dans diverses villes de Lombardie et leur influence pénétre également en Toscane.

    Leur devise « L’unique voie menant à la perfection est la pauvreté volontaire » révèle bien des choses: on y trouve le mot d’ordre d’une révolte sociale en germe. Tous les prédicateurs itinérants qui se multiplient à partir de cette époque reprochent à leurs auditeurs de s’être écartés des commandements de l’évangile et les appellent à retrouver le mode de vie recommandé par les premiers apôtres. Ne sommes-nous pas devant une critique à peine déguisée du clergé, de l’Eglise et de la politique de l’Eglise?

    Au même moment apparaît un autre mouvement , mais en France: le mouvement des Pauvres de Lyon. L’initiateur en est Pierre Valdo (1140-1206), d’où le nom de Vaudois donné à ce mouvement.

    Nous en reparlerons en détail plus loin (3ème partie). Disons seulement, pour le moment, que si leur mouvement n’avait apparemment rien de révolutionnaire, ses adeptes prétendaient prêcher librement dans les rues leur appel d’un retour à l’Evangile.

    Or avaient-ils le droit à la prédication? Là fut le heurt avec la hiétrarchie ecclésiastique. Valdo lui même affirmait que sa vocation ne lui venait pas de l’Eglise mais du Seigneur. L’évangile l’interpellait directement, lui, le laïc, sans aucun besoin d’intermédiaire. La hiérarchie ecclésiastique ne pouvait tolérer une telle affirmation. Il en allait de son autorité et de son monopole en matière religieuse et dogmatique. D’où la condamnation de l’évêque de Lyon. Non seulement l’Eglise interdit aux pauvres de Lyon toute activité susceptible d’échapper à son contrôle mais Valdo et ses disciples furent explulsés de Lyon comme hérétiques.

    A la même époque, enfin, se développe en Europe, et notamment dans le sud de la France, l’hérésie cathare. .

    Indiquons seulement dès à-présent qu’au moment où apparaît Valdo, l’hérésie cathare représentait déjà une menace réelle pour l’Eglise et prenait une grande ampleur. Aussi le pape Innocent III (1160-1216) lança-t-il toute une campagne contre les hérétiques, qui visait bien sûr tout autant les Vaudois que les Cathares (désignés dans le sud de la France par le terme d’Albigeois).

    Pour Innocent III cette offensive contre les « hérésies » fut l’occasion de transformer la papauté en monarchie absolue. «  »

  • 3
    locweb:

    Bonjour,
    y at’il un terme catholique équivalent à celui de fatwa, dans le sens d’une condamnation d’un individu mal jugé par le clergé?

  • 2
    VousHadits:

    Pour finir, je ne sais toujours pas ce qui est reproché au père Sobrino

    En gros de trop lier l’église aux pauvres et de trop humaniser le Christ…

    J’ai trouvé ça:

    Il est reproché au Père Sobrino d’insister trop sur la dimension humaine du Christ, et pas assez de sa dimension divine. De plus, sa conception de « l’Église des pauvres » ne correspond pas vraiment à la théologie officielle qui parle « d’option préférentielle pour les pauvres

    Ici…

  • 1
    madimaxi:

    Le ton engagé de « Golias » ne me surprend pas. Cette revue concentre ses attaques toujours vers le même adversaire et le dialogue n’est pas vraiment sa marque de conduite. La polémique au sujet de la hiérarchie n’est pas nouvelle. Le débat doit se poursuivre et rester ouvert mais l’agressivité ne va pas de paire avec les valeurs chrétiennes.

    Et surtout :
    Ils auront le sursaut de se souvenir que l’une des missions premières du chrétien est la résistance.

    Faudra qu’on m’explique. La résistance à quoi ? La seule résistance que les Evangiles enseignent est celle contre la tentation. Pas contre les siens. A quoi le Christ a-t-il bien résisté ?

    Autres sujets de préoccupation: la main tendue aux traditionalistes d’Ecône,

    Eh bien oui. La main tendue fait justement partie de la panoplie du parfait chrétien. Que devrait-ils faire ? Une fatwa ?

    Pour finir, je ne sais toujours pas ce qui est reproché au père Sobrino.




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