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L’islam chiite à la conquête de la majorité sunnite

Posté le Dimanche 18 février 2007 par Letel

« DES SUNNITES QUI SE CONVERTISSENT AU CHIISME: CE PHÉNOMÈNE INÉDIT DANS LE MONDE MUSULMAN EST ENCORE LARGEMENT IGNORÉ EN OCCIDENT. IL EXACERBE POURTANT LES TENSIONS DÉJÀ VIVES ENTRE LES DEUX BRANCHES DE L’ISLAM ET INQUIÈTE LES GOUVERNEMENTS DU PROCHE-ORIENT. FIN JANVIER, LE ROI ABDALLAH D’ARABIE SAOUDITE ACCUSAIT L’IRAN D’ÊTRE À L’ORIGINE DE CE MOUVEMENT DÉSTABILISATEUR. »

Dans Le Monde 2, n° 157, 17 février

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Haut lieu du chiisme syrien. Dans le sanctuaire de Sayida-Zaynab se trouve le tombeau de la petite-fille du prophète Mahomet.

« D’Amman au Caire, en passant par Riyad, le sujet déborde maintenant les colonnes des revues savantes pour occuper celles de la presse généraliste. Encore très largement ignoré en Europe et aux Etats-Unis, c’est un débat qui pourrait être au cœur du monde arabe dans les années qui viennent. De quoi s’agit-il? De l’émergence d’un courant de conversions (tashayyu) au chiisme chez certains sunnites arabes. Le mouvement est peut-être encore marginal, difficile à mesurer en tout cas, mais la polémique qu’il suscite est bien réelle.

Entre les deux grandes branches de l’islam proche-oriental, la majorité sunnite d’un côté, la minorité chiite de l’autre, les relations n’ont jamais été sereines, marquées par des hauts et des bas selon les époques et les circonstances. Le conflit qui les oppose aujourd’hui – politique autant que religieux – est l’un des traits marquants de la région. Plusieurs explications à cette nouvelle ligne de fracture: montée en force de l’Iran, chiite, en quête d’un statut de puissance régionale dominante ; arrivée des chiites au pouvoir en Irak, après des années de domination de la minorité sunnite du temps de Saddam Hussein; enfin, volonté du parti chiite libanais Hezbollah de faire sentir le poids d’une communauté majoritaire chez les musulmans du pays du Cèdre.

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Chiites irakiennes. Pèlerinage vers la ville de Kerbala, au sud de Bagdad, 3ème lieu saint du chiisme, après La Mecque et Nadjaf.

Si l’Iran est chiite, il en va différemment de l’autre côté du Golfe, en terre arabe: les sunnites y sont largement majoritaires et leurs élites ont toujours estimé que le monopole du pouvoir leur revient de droit. D’où l’inquiétude qui s’est emparée des dirigeants sunnites en Arabie saoudite, en Jordanie et en Egypte devant l’apparition d’un pouvoir chiite tricéphale – la République islamique d’Iran, le nouveau régime en Irak, enfin le Hezbollah libanais – aux prétentions conquérantes. D’où l’explosion de violence en Irak où des groupes sunnites, salafistes et djihadistes sont en guerre contre les chiites qu’ils considèrent comme des apostats – lesquels, au nom de la loi coranique, doivent être mis à mort.

Jusqu’à présent, les islamistes sunnites, comme les Frères musulmans, le groupe qui au début du xxe siècle a lancé l’islamisme politique, avaient plutôt penché en faveur d’une alliance avec l’Iran et avec les Arabes chiites radicaux contre leurs ennemis communs: Israël et les Etats-Unis. Mais cette situation pourrait changer si se confirmait l’émergence d’un courant fort de conversions. On l’observe en Egypte et en Jordanie, majoritairement sunnites, mais également en Syrie et dans des pays aussi éloignés de l’Irak et de l’Iran, les grands centres du chiisme, que le sont le Maroc et l’Algérie au Maghreb, le Soudan, en Afrique.

Le mouvement actuel de conversions pourrait bouleverser les représentations politico-religieuses traditionnelles dans le monde arabe

Pourquoi cette séduction soudaine exercée par le chiisme, traditionnellement minoritaire en terre arabe, sauf en Irak, à Bahreïn et, aujourd’hui, chez les musulmans du Liban? Sans doute faut-il y voir le résultat de la popularité montante de l’Iran et de son allié chiite libanais, le Hezbollah, dans les opinions publiques de la région. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est apparu comme un nouveau héros arabe quand il a mené le combat contre Israël au cours de l’été 2006. Téhéran accomplit un travail « missionnaire » intensif. Chez de nombreux sunnites arabes, l’Iran des mollahs et le Hezbollah sont perçus comme les seules forces désireuses et capables de résister aux Etats-Unis et à Israël. Cette identification politique à la République islamique et au Hezbollah se traduit sur le plan religieux par une conversion au chiisme.

Dans des pays où le chiisme était inexistant, comme la Jordanie, ou marginal, comme l’Egypte, le mouvement de conversions pourrait créer des turbulences sectaires déstabilisatrices. Plus important, il pourrait bouleverser les représentations politico-religieuses traditionnelles dans le monde arabe, qui donnaient pour évidentes la prépondérance des sunnites et la relégation des chiites au rang de minoritaires soumis à la majorité. Pour prendre la mesure du phénomène, il faut rappeler que leur domination est présentée chez les sunnites comme la preuve de la supériorité mondiale de leur version de l’islam; une vague de conversions indiquerait qu’un nombre croissant de sunnites, impressionnés par l’émergence de l’Iran chiite et du Hezbollah face au déclin des Etats arabes sunnites, considérerait maintenant que le chiisme est la forme supérieure de l’islam.

Il est difficile de connaître l’ampleur des conversions. Le sujet est sensible, de nombreux « convertis » gardent le secret – ce qu’autorise le chiisme. On estime que l’Egypte comptait environ 1 % de chiites (quelque 750 000 personnes); plus nombreux aujourd’hui, ils s’afficheraient plus ouvertement. En Jordanie, les conversions ne toucheraient encore que quelques centaines de familles, sous l’influence des dizaines de milliers de chiites irakiens qui ont trouvé refuge dans le royaume. Même limité, le mouvement est considéré comme un risque pour le pays, qui pourrait être ainsi infiltré par des agents au service de l’Iran.

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Un grand ayatollah libanais. Mohammed Hussein Fadlallah, haute autorité religieuse du Hezbollah, à la sortie du plus important sanctuaire chiite de Syrie, Sayida-Zaynab, près de Damas.

C’est en Syrie, allié proche de la République islamique qui y déploie un effort missionnaire soutenu, que le rythme des conversions serait le plus élevé parmi la majorité sunnite. Le pays abrite plusieurs sanctuaires chiites qui attirent chaque année des milliers de pèlerins iraniens ainsi que des chiites venus des émirats du Golfe. Le plus important de ces sanctuaires, Sayida-Zaynab, accueille un séminaire où s’expriment de hautes figures du chiisme, dont le cheikh libanais Mohammed Hussein Fadlallah. Sayida-Zaynab attire les nouveaux convertis de Syrie et d’ailleurs. Ici et là, l’Iran installe d’autres séminaires en Syrie, au point que Téhéran est accusé d’acheter des conversions. Enfin, le paysage religieux du pays est bouleversé par la présence de dizaines de milliers de réfugiés chiites irakiens fuyant la guerre civile.

Deux confessions pour une seule foi  Deuxième religion du monde, après le christianisme, avec 1,4 milliard de musulmans, l’islam se compose de deux grands courants: le sunnisme et le chiisme. Le premier, près de 85 % des adeptes, se rattache à la sunna, c’est-à-dire la tradition du prophète Mahomet constituée à partir du VIIIe siècle qui est, après le Coran, la deuxième source de la religion musulmane. le second, le chiisme, représente près de 15 % des fidèles (216 millions). La scission se produit dès la mort du Prophète en 632, qui n’a pas eu de descendant mâle. Le parti d’Ali (chi’at Ali, d’où le mot Chiisme) soutient ce fils adoptif et gendre de Mahomet, alors que les sunnites se revendiquent du premier calife, Abou Bakr. Ali est assassiné en 661 et son mausolée situé à Nadjaf (Irak) constitue un haut lieu du chiisme. Son fils Hussein, troisième iman chiite, est également tué et repose à Kerbala (aussi en Irak). Né à Médine (Arabie saoudite), le chiisme est très présent en Iran et en Irak, mais aussi en Syrie, au Liban, en Turquie, au Yémen…

La réaction des grands dignitaires sunnites n’a pas tardé. Celui d’entre eux qui passe pour être l’autorité religieuse aujourd’hui la plus populaire dans l’ensemble du monde sunnite, le cheikh égyptien Youssouf AI-Qaradhawi, s’est livré à une attaque en règle contre les chiites. Il les accuse de faire du prosélytisme en Egypte. Si le mouvement de conversions s’approfondit, a-t-il averti, le pays connaîtra dans les vingt ans une guerre civile à l’irakienne. Il s’en prend au patron du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, qu’il qualifie de fanatique. Il accuse les chiites d’exploiter « la victoire du Hezbollah » contre Israël afin de pénétrer les sociétés sunnites et de les convertir au chiisme. En octobre dernier, une des grandes figures du clergé saoudien, cheikh Salman Ben Fahd AI-Awdah, a accusé les missionnaires chiites de jouer avec le feu, d’être une menace pour l’islam ; il exhorte les dirigeants iraniens à prendre la mesure des risques qu’ils font courir au monde musulman. L’été dernier, ces deux hommes, l’Egyptien et le Saoudien, défendaient avec enthousiasme le Hezbollah en lutte contre Israël. Que s’est-il passé depuis? Ceci: la prise de conscience des dangers d’une vague de conversions manipulée par l’Iran. Question subsidiaire: est-il possible que les réactions de ces personnalités religieuses et politiques préfigurent un réalignement au Proche-Orient? Le mouvement verrait la solidarité entre sunnites prendre le pas sur l’alliance qui unit actuellement les islamistes radicaux (chiites et sunnites) contre Israël et les Etats-Unis. La priorité deviendrait autre: contrer l’influence grandissante de l’Iran chiite au Proche-Orient. Cela ne s’est pas, ou pas encore, produit. Mais pour les islamistes sunnites, l’alliance avec les militants chiites devient plus difficile.

C’est en Syrie, alliée proche de la République islamique iranienne, que le rythme des conversions serait le plus élevé parmi la communauté sunnite

La réaction la plus courante chez les Frères musulmans égyptiens à la naissance d’un courant de conversions est le silence. Les porte-parole des Frères éludent la question. Durant la guerre de l’été au Liban, l’Egyptien Mohammed Mahdi Akif, la plus haute autorité chez les Frères, a soutenu le Hezbollah. Même réaction chez les Frères en Jordanie, qui sont proches des Palestiniens du Hamas.

En revanche, la branche syrienne des Frères musulmans – qui forme l’opposition au régime de Bachar Al-Assad – critique vivement le prosélytisme chiite iranien dans le pays. Elle accuse le régime de Damas de transformer la Syrie en province de la République islamique; elle soupçonne l’Iran de vouloir couper la Syrie de sa « profondeur» arabe et d’entreprendre d’en changer l’identité religieuse. Mais dans la mouvance de l’islamisme sunnite, cette réaction est minoritaire. Les islamistes palestiniens du Hamas, par exemple, sunnites eux aussi, font pour l’heure cause commune avec l’Iran et le Hezbollah, tous deux chiites. Cela pourrait changer. Les conversions touchent quelque chose de sensible chez les sunnites. Si elles devenaient massives, elles pourraient provoquer une réaction de rejet, au détriment de l’Iran, de ses alliés à Bagdad et du Hezbollah libanais. »

Texte traduit et adapté par Le Monde 2, intertitres du Monde 2. Israel Elad-Altman 

L’auteur, Israélien, ancien haut fonctionnaire et diplomate, aujourd’hui chercheur à l’Institut de politique et de stratégie d’Herzliya, près de Tel-Aviv, Israel Elad-Altman est notamment diplômé de littérature arabe de l’Université de Jérusalem et docteur en études islamiques de l’Université de Californie (UCLA).

Voir aussi, un livre : The Arab Shi’a: The Forgotten Muslims, de Graham E. Fuller et Rend Rahim Francke, Palgrave Macmillan, 2001. Critique.

Letel @ 03:32
Catégorie(s): Événements récents/Recents events etMémé Bookine


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7 réponses à “L’islam chiite à la conquête de la majorité sunnite”

  • 7
    sil:

    Très bien mais chez nous c’est Mahomet et non Mohamed, un peu comme c’est Jesus et non Yehoshua (Issa en Arabe), Moïse et non Moché (Moussa en arabe), Confucius et non Kǒng Zǐ, etc.

    Ah cette manie de vouloir arabiser et de nier aux autres le droit de nommer les choses et les êtres selon leurs conventions…

  • 6
    mahdi:

    très bien, mais c’est Mohamed pas mahomet

  • 5
    hentai manga pussy ww:

    manga hentai ww teen hentai girls manga ww

  • 4
    mohamed dao:

    assalamou allaykoum j’aihiu tres plaisire d’avoire visite cette cite je vous asure mais comme moi mohamed je suis etudien an hawza ahloul bayt ça mefera plaisir dentres en comtact avec vous wa ssalamou allaykoum

  • 3
    le_tazi du maroc:

    le Chiisme a bien commencer .. droit est juste .. mais ceux qui ont envier le califat aux descendants du prophète de part leurs crimes atroces .. on inciter a travers les siecles les adeptes du chiisme a faire de cette ethique islamique une tendance outre normes … donc il finira surement mal … une question reste .. ou se situe Hassan le 2eme fils d’Ali et frère de hussein dans tous cela ? …

  • 2
    Letel:

    Heureusement que vous êtes là, et qu’il y a des gens comme vous. Tout espoir n’est pas perdu…

  • 1
    Malou-Veronique de Saint-Bonnet:

    Il est triste de se rendre compte que, de toutes les inventions humaines, les dieux quels que soient leurs noms, ont sans doute autant de morts sur la conscience que le « Fric Roi »;
    Il est vrai cependant que les guerres de religion sont souvent un dérivatif organisé par les puissants, et donc les riches, pour détourner les peuples des vrais problèmes.
    Il est facile de constater que les pays les plus pauvres, les moins instruits, et les plus mal gouvernés, sont aussi les plus religieux.
    L’ Amérique profonde, n’échappe pas à la règle, les plus croyants provenant des classes laborieuses et peu cultivées.

    Il est à remarquer que tous les fauteurs de guerre depuis l’antiquité, et probablement la préhistoire et la protohistoire, se réclament de dieu!
    God mit uns, Dieu est avec nous, au nom de Dieu, in God we trust, et autres devises ont de tout temps orné les armes des bélligérants.

    Enfin, comme il faut bien réguler les morts à défaut de sagement réguler les naissances!

    Ce qui risque de mettre tout le monde d’accord, après maints carnages à venir, c’est la fin programmée de la vie sur terre telle que nous la connaissons.
    Il me semble que Mad-Max était un film prémonitoire de ce qui attend les générations à venir.

    Et pourtant, si les fonds dépensés à tuer, l’étaient à créer, rien ne serait encore perdu.
    Mais cette sage politique est impossible à mener face aux tenants du « après moi , les mouches »




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