eXc: Nous aimons la liberté, l'état de droit, l'héritage des Lumières, la séparation de l'église et de l'état, l'humour. Nous n'aimons pas le fascisme, le communisme, l'antiaméricanisme, l'antisémitisme, le racisme, la bureaucratie, les totalitarismes. Nous estimons que le plus grave danger que courent les démocraties libérales est de céder à l'islamofascisme. Lire plus

Murawiec sur l’Iraq Study Group (MENA)

Posté le Vendredi 29 décembre 2006 par Sittingbull

Le retour de l’empire a fait long feu. James Baker croyait gagner l’Oscar, il a droit au Prix Citron. Les rêves mouillés des illuminés de Téhéran, quant à eux, ont du mal à envahir la réalité au-delà de leurs voisins immédiats : l’embrouille moyen-orientale nous a encore réservé une virevolte inattendue. Une fois de plus, Bush a réagi à une attrape posée par les ennemis de sa politique ; il a rebondi, sans toutefois mettre en place une vraie stratégie, et rejeté les poisons qu’on lui proposait comme antidote. Le monde n’est pas tout à fait simple. « Une semaine est une éternité en politique » avait dit l’ancien premier ministre anglais Harold Wilson. A fortiori les trois ou quatre semaines qui se sont écoulées depuis l’apparition, semblable à celle qui jadis avait ébloui Bernadette Soubirou, du rapport de la Commission Baker sur l’Irak. Les critiques de gauche et de droite ont frappé dru l’irréalisme pompeux et l’arrogance creuse du rapport, de ses auteurs, de son saint Patron. De Blücher qu’il était, Baker est devenu Grouchy ou même Polichinelle. L’Amérique devait, selon lui, se jeter en suppliant aux pieds de ses pires ennemis afin que ceux-ci la tirent du mauvais pas. La brillante recette et les soixante-seize recommandations qui la déclinaient devaient être adoptées en bloc, « pas comme une macédoine où l’on choisit ce que l’on veut », précisait, pas franchement modeste, super-Baker. Sa réputation usurpée (après tout, ses titres de gloire comme secrétaire d’Etat de Bush père furent l’abandon du Liban à la Syrie et le fictionnel « processus de paix » de l’oubliable Conférence de Madrid sur le Moyen-Orient) a changé l’or en plomb. Mais aujourd’hui, la Commission et ses recettes sont out ! Il suffit de lire les articles vénéneux et rageurs que la grande presse proche de l’Establishment consacre à la chose, comme une récente chronique de Robert Novak, parue dans le Washington Post, pour s’en apercevoir : encore une fois, les néo-conservateurs, « the Israeli ruling classes and their U.S. outriders », écrit cette fripouille de plume, la classe dirigeante israélienne et ses éclaireurs américains, empêchent la solution du seul vrai problème du Moyen-Orient, le « conflit israélo-palestinien. ». Si seulement Bush n’avait pas laissé la bride sur le cou de Sharon, il n’y aurait aucun problème en Irak ! On comprend la mâle rage qui donne le branle à ces braves gens : voici quelques jours à peine, Mlle Condi Rice, leur élève, protégée et porte-influence dans l’entourage de Bush, expliquait que « les Etats-Unis ont toujours agi efficacement en jouant à la fois par la puissance et par les principes » et ajoutait – insulte suprême à ses mentors – je ne vois pas comment les Etats-Unis pourraient jamais s’exempter de leur grande tâche pour se consacrer à je ne sais quelle stabilité… ce serait une stabilité trompeuse. » Le mot est lâché, la « fausse stabilité », fétiche des « Réalistes », est rejetée. Rice ajoutait, à revers de ses propres convictions, que les Etats-Unis doivent agir « intelligemment dans le nouveau contexte stratégique, plutôt que de retomber dans le vieux cadre stratégique en quête d’une stabilité qui n’existe plus ». L’Iran et la Syrie ne feront rien pour stabiliser quoi que ce soit, ajoutait-elle, sauf s’il y va de leur intérêt, et le prix qu’ils en exigeraient de toute façon serait exorbitant, la réannexion du Liban, pour la Syrie, et un feu vert à l’armement nucléaire pour l’Iran. On n’est pas là bien éloigné du bon sens le plus élémentaire – celui-là même dont ont si cruellement manqué Baker et sa chapelle. Bush a confirmé le rejet des recommandations dans une longue interview au Washington Post et dans une conférence de presse convoquée spécialement pour l’occasion. Le président, si l’on me permet l’image, n’est pas un kangourou qui saute de sa propre volonté ; c’est un ballon de basket-ball qui rebondit d’autant plus fort qu’il reçoit des coups. Les « Réalistes » ont exigé de lui – pour prix de leur soutien – qu’il se renie entièrement. Le ballon a réagi violemment – panier à trois points. Pour autant, les problèmes ne sont pas résolus. Baker et Cie avaient profité de l’échec de l’entreprise irakienne, de l’impopularité (relative) de la guerre, du moins de l’absence de perspective qui en brouille la perception, de la défaite électorale des Républicains en novembre, pour se faufiler de nouveau sur l’avant-scène. Ils y reviendront si rien ne change. Or, on peine à apercevoir l’amorce de vrais changements. L’entrée en fonction au Pentagone de Robert Gates, bureaucrate endurci, membre de la même coterie, n’en annonce guère. Il a certes assuré – cornaqué par le staff présidentiel ? – que « nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’échouer en Irak. Une retraite d’Irak serait une calamité qui reviendrait nous tourmenter, entacherait notre crédibilité et mettrait l’Amérique en danger pendant des décennies. ». Cela va sans dire, mais pour citer M. de Talleyrand-Périgord, cela va encore mieux en le disant. On débat beaucoup d’une injection rapide (« surge ») de plusieurs dizaines de milliers de soldats américains à Bagdad pour sécuriser et préparer une « irakisation ». La chose ne serait pas mauvaise, qui donnerait aux forces de la coalition de nouvelles marges de manœuvre. Aucune décision n’a encore été prise. Mais elle ne changerait pas la donne.

Ce qu’on aurait dû faire, il y a trois ans déjà, mais qui n’eut pas lieu, serait le vrai tournant de la guerre : il faut éliminer physiquement le bandit islamo-fasciste Muqtada al-Sadr, proche , et casser son « Armée du Mahdi » ! Qui veut « parler » à l’Iran, à la Syrie, et à toute la région, atteindrait par là la vraie éloquence : les Américains tapent sur la table et arrêtent de faire semblant de ne pas voir qui, par barils entiers, jette de l’huile sur les feux de la guerre sectaire, ils se conduisent enfin en patrons et non plus en gentils animateurs qui ontpeur d’offenser l’Islam et qui occupent le pays sans montrer la violence d’un « vrai » occupant. En attendant un hypothétique tournant, un autre paramètre régional semble avoir amorcé un changement, encore que les contours n’en soient pas encore nettement dessinés : c’est l’échec relatif des candidats du prêcheur d’apocalypse Ahmadinejad aux élections municipales en Iran et au scrutin pour l’ « Assemblée des Experts », sorte de Chambre de contrôle à la soviétique, peuplée exclusivement de barbus enturbannés. Entendons-nous : les « élections » en Iran sont une mascarade, où la plupart des candidats humains sont évincés avant le vote au bénéfice des pygmées cléricaux de service, et où la fraude électorale règne avec impudence, sans parler de l’intimidation, des violences en tous genres et de la corruption. Les ayatollahs ont tiré les leçons de défaites antérieures où ils avaient eu l’inexcusable naïveté de ne pas se croire haïs du peuple. Cela étant, les gagnants cette fois-ci sont des ayatollahs, non pas modérés mais peu désireux de pousser trop loin la provocation nucléaire. Ils veulent des armes atomiques, mais pas d’Apocalypse now. Leur figure de proue est l’ayatollah Hachémi-Rafsandjani, ancien président, qui a battu le mentor d’Ahmadinejad, l’ayatollah Mesba-Yazdi, pour un siège à l’Assemblée des Experts. L’imagination fiévreuse de diplomates et de journalistes occidentaux – décidément incorrigibles – a immédiatement sauté sur ce retour de Rafsandjani « le modéré. » C’est lui qui a lancé le programme nucléaire militaire de l’Iran et qui a été le premier à en évoquer l’usage contre Israël. Modéré, certes pas, mais milliardaire, sans désir d’apocalypse, avec un « simple » désir de puissance et de domination. On suggère que le Guide suprême Khamenei a voulu pondérer la politique iranienne plutôt déséquilibrée par Ahmadinejad : ressortir le leurre des « modérés », tout en laissant ce dernier divaguer et préparer ses guerres. Notons qu’Ahmadinejad a été copieusement sifflé et humilié par les étudiants de l’Université de Téhéran il y a quelques jours, témérité que l’on paie usuellement en Iran de sa vie, sauf à être un tant soit peu protégé par certains services du régime. Les événements à venir au Liban permettront de mieux saisir et interpréter ceux de Téhéran. Nasrallah fait encore peser la menace d’un coup de force (avec l’appui, hélas ! de Michel Aoun). Le coup d’arrêt donné à Washington à la politique capitularde est une petite bonne nouvelle pour le Liban : pour l’heure, la Maison Blanche ne vendra pas la peau de la souris libanaise au carnassier voisin, et, à l’inverse, poussera en avant l’enquête internationale sur le rôle de Damas dans l’assassinat de Hariri. Il n’y a pas que Baker qui a poussé le bouchon trop loin.

Sittingbull @ 03:43
Catégorie(s): De la guerre et de la paix


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6 réponses à “Murawiec sur l’Iraq Study Group (MENA)”

  • 6
    Letel:

    > double w

    Tiens, je croyais que c’était w, moi, pas « double w ».

  • 5
    Letel:

    > mieux que cet impuissant de double w

    Impuissant ? Bof, pour quelqu’un d’impuissant, il a quand même dégommé les talibans et Saddam.

  • 4
    Mateamargo:

    Les chiens de Pavlov de l’anti-bushisme auront du mal à expliquer comment fait Bush pour être aussi con qu’ils ne le disent et retourner en moins d’un mois les résultats des élections législatives et du rapport Baker…
    Mais bon… Laissons-les à leurs masturbations.
    Par contre je ne suis pas totalement d’accord avec Murawieck: toute forme de manifestation de puissance est la bienvenue de la part des USA dans le monde. Encore plus le dégommage de rubicond histérique Moqtada. Mais ne nous leurrons pas: Moqtada se meurt pour une alliance antiaméricaine avec les sunnites. Ces mêmes sunnites qui ont massacré et massacrent les chiites depuis des siècles en Irak.
    Eliminer Moqtada ne serait pas la solution de tous les problèmes. Les sunnites ne supportent pas l’idée de se faire gouverner par la majorité chiite qu’ils méprisent, comme les musulmans ne supportent pas l’existence d’un pays non-dhimmi dans le sein du Moyen Orient musulman.

  • 3
    michael:

    J’avais oublie Mr Mercator dans le fan club des pleureuses ! Mes zexcuz’s ! Et puis lui se console comme il peut …sauf que c’etait Saddam , pas St Eloi…

  • 2
    MERCATOR:

    Mais non saddam hussein n’est pas mort , car il ….. encore ! De toute façon mieux que cet impuissant de double w

  • 1
    michael:

    Dans l’intervalle , l’ex Rais vient d’etre pendu .La negotiation avec Satan a du etre difficile , vu qu’un resident de son calibre vous fout en l’air une reputation de maison serieuse que le meme Satan a mis des lustres a etablir …
    Donc on « compatit » a la douleur ( aux degres varies ) que doivent eprouver sur ce blog ses thuriferaires , admirateurs et soutiens objectifs , averes ou honteux ( dormouse , kadrik , sandrine , kek zotres sans oublier le Troll qui lui a perdu son papa nourricier en prime ! )