eXc: Nous aimons la liberté, l'état de droit, l'héritage des Lumières, la séparation de l'église et de l'état, l'humour. Nous n'aimons pas le fascisme, le communisme, l'antiaméricanisme, l'antisémitisme, le racisme, la bureaucratie, les totalitarismes. Nous estimons que le plus grave danger que courent les démocraties libérales est de céder à l'islamofascisme. Lire plus

Sous et surmédiatisation: le cas du Soudan

Posté le Vendredi 17 novembre 2006 par Liber

J’ai déjà relevé ici les effets, sur les contenus des supports médiatiques et de nos représentations mentales, des différences, parfois gigas, caractérisant les différents systèmes politico-médiatiques se partageant la couverture de la planète.

La perception fantaisiste des Etats communistes en est l’illustration la plus symptomatique.

Et aussi, a contrario, la mise en exergue exacerbée des défauts US.

Le cas le plus exemplaire nous est fourni par cette triple comparaison :

1. La vie des gens d’une part au Cambodge depuis la prise de pouvoir du Parti Communiste Cambodgien en avril 1975, d’autre part au Chili à partir du coup d’état de Pinochet en 1973.

2. L’analyse des contenus médiatiques relatifs à ces 2 espaces-temps

3. La confrontation et la mesure des distorsions entre réalités et représentations des dites réalités.

L’actualité récente et présente illustre la persistance de ces phénomènes de distorsion.

La comparaison entre Proche-Orient et Afrique centrale est éloquente à cet égard.

Ainsi, au Proche-Orient, depuis l’an 2000, début de la 2de Intifada, il y a eu environ 3500 tués. Pas un jour sans recevoir des images et être informés de tous les détails.

En un temps plus bref, environ 5 millions de tués en RDC et au Soudan dans le silence médiatique total en un 1er temps et, ensuite, avec des infos partielles et de rarissimes images.
Tentons de dénicher les causes de l’occultation de la tragédie soudanaise :
. interdiction gouvernementale faite aux journalistes et aux organisations humanitaires de se rendre au Darfour. Et pour montrer qu’on ne plaisante pas, quelques dévoués travaillant pour des ONG sont assassinés.
. contrôle étatique total sur l’info relative à la situation et aux événements dans l’ouest du Soudan.
. les journalistes n’ayant pas une essence autre que leurs frères humains, ils ne vont pas prendre des risques presque suicidaires pour tenter de réaliser un reportage qui, de surcroît risque de ne jamais voir le jour.

Ils préfèrent – ce qui est parfaitement compréhensible – ajouter des infos aux millions d’infos déjà existantes sur l’Irak ou la Palestine : ç’est plus cool, beaucoup moins dangereux et fatigant, c’est facile et ça rapporte gros en termes de sous et de reconnaissance sociale.
. quand qqch n’existe pas dans les représentations collectives, toute info s’y rapportant tombe dans le vide ou est altérée de manière à trouver sa place au sein de la vision du monde préexistant en la cervelle des sujets concernés. Donc pas de demande. Donc inutile pour les producteurs d’infos de se casser la nénette afin de fournir au public ce qui ne les intéresse pas. Dès lors accentuation automatique des écarts existant entre le sous-médiatisé et le sur-médiatisé.
. quand il n’y a pas d’images choquantes, pas ou peu d’investissement affectif de notre part.

Et effets cumulatifs exponentiels dans le cas contraire : p. ex. surinvestissement émotionnel,

qui confine parfois au délire, sur Guantanamo et qui frappe également intellos, profs d’unif

modérés, producteurs de films, vous et moi.
MAIS EN SUS, concernant le Soudan, 3 spécificités qui découragent le compte-rendu véridique et complet des drames qui s’y déroulent, ainsi que toute action volontariste visant à y mettre fin :
1. Si les victimes étaient des Occidentaux, on aurait pas attendu qu’il y ait la 50 ème pour intervenir; militairement si nécessaire.
2. Si on y voyait des Chrétiens massacrer, violer, torturer, piller, chasser, esclavagiser des Musulmans, indignation du monde entier, manifs et dévastations, condamnations et attentats vengeurs.

Mais ce sont des Musulmans qui persécutent des Chrétiens, donc pas politiquement correct d’en parler, et pas très rentable.

3. Si c’était des blancs qui malmenaient des noirs ou des arabes, quel boom médiatique !

Et si c’était des US, alors, c’est la révolution mondiale !

Seulement, ce sont des arabes racistes qui défoulent leur cruauté sur des noirs.

Pas intéressant, passez votre chemin, on a rien vu.

Vous voyez d’autres explications à cette inertie médiatique et politique ?

Pierre Druez



Laisser un commentaire


3 réponses à “Sous et surmédiatisation: le cas du Soudan”

  • 3
    stef:

    Ben notre capital emotionnel est limité. Une fois qu’on a tout deversé sur 1 cas, y reste plus grand chose pour les autres . Faut attendre d’avoir rechargé .

    pas seulement limité… exclusif, biaisé, complaisant…

  • 2
    dusnock:

    Ben notre capital emotionnel est limité. Une fois qu’on a tout deversé sur 1 cas, y reste plus grand chose pour les autres . Faut attendre d’avoir rechargé .

  • 1
    Ariane:

    Au Darfour, ils sont musulmans. C’est dans le sud du Soudan qu’ils sont chrétiens.

    Ariane




  • Your Ad Here