Posté le Jeudi 26 octobre 2006 par Sittingbull
Quelques réflexions sur un jugement français
par Luc Rosenzweig
Le pessimisme de la raison que j’exprimais à l’issue de l’audience du 26 septembre 2006, où France 2 et Charles Enderlin poursuivait en diffamation Philippe Karsenty et son site Medias Ratings pour diffamation dans l’affaire Al Dura, s’est, hélas, révélé pertinent. En dépit d’une défense unanimement reconnue comme falote et faiblarde – même le Figaro s’en étonnait! -, et d’un réquisitoire sévère contre les plaignants de la procureure, Mme Alimi-Uzan, Philippe Karsenty a été condamné à 1000 € d’amende et 1€ de dommages-intêrets.
Les observateurs américains du procès: le professeur Richard Landes, par ailleurs témoin de la défense, les journalistes Nidra Poller et Eva Cahen ne doutaient pas un instant, à l’issue de l’audience, que les juges allaient reconnaître la solidité du dossier défensif de Karsenty, la qualité des témoins cités par eux, et, en dernier ressort, la bonne foi qui l’animait. Eblouis par la civilité du président au cours du procès, nos amis d’outre-Atlantique en devenaient lyriques dans leurs blogs, affirmant même avoir assisté, ce jour-là , à une manifestation aussi réjouissante qu’inattendue de vertu judiciaire républicaine. J’étais, pour ma part, beaucoup moins euphorique, car la froide analyse de la situation ne pouvait que conduire au plus grand scepticisme sur l’issue du procès.
Le face à face de la XVIIème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris n’était pas seulement celui de Philippe Karsenty et de Charles Enderlin, de France 2 et de Medias Ratings: c’était celui de l’Institution avec un grand I, la télévision publique française soutenue par toute sa tutelle et sa clientèle d’obligés, contre les nouveaux venus de la blogosphère Ces derniers étaient appuyés par quelques hurluberlus: un professeur américain d’Histoire médiévale ( deux qualités totalement disqualifiante aux yeux des juges hexagonaux), un psychanalyste même pas médiatique, un ancien membre du CSA égaré dans cette affaire, et un ancien journaliste du « Monde » sorti des réseaux d’influence. En face, excusez du peu: Le président de la Republique himself et le maire de Paris en personne, le socialiste Bertrand Delanoë avaient, par écrit, apporté leur caution à Charles Enderlin, un » journaliste soucieux de la vérité ».
Que les réseaux familiaux de Charles Enderlin remontent jusqu’à l’Elysée ( la cousine de son épouse est une conseillère du chef de l’Etat) et que le maire de Paris, dont le mandat est bientôt renouvelable, soit soucieux d’être en bon terme avec France 2, tout cela n’a bien sûr aucun rapport avec le soutien affiché, mais quand même… Dans le domaine du traitement du conflit du proche-orient, Charles Enderlin incarne l’Institution: il est le plus ancien dans le grade le plus élevé: un quart de siècle en poste, et jamais sa ligne éditoriale ne s’est écartée d’un millimètre de la position officielle française dans ce conflit. Quelque soit le ministre, de gauche comme de droite, on aime Enderlin, car il dit ce que le Quai veut entendre: que les Israéliens sont des brutes, que les colons extrémistes vont subvertir l’Etat juif, que Tsahal tue des enfants.
Dominique de Villepin, il y a quelques années lui remet un prix institué et financé par le Ministère des affaires étrangères pour on livre » Le rêve brisé », où est développée la thèse de la responsabilité d’Israël dans l’échec des négociations de Camp David, si douce à entendre dans les sphères diplomatiques françaises. Comme l’avouait naïvement un de ses collègues de France 2,Charles Enderlin est « intouchable », car il est une « référence ». Que cette intouchabilité devienne, métaphoriquement, celle du paria du journalisme qu’il mérite de devenir après sa forfaiture de Netzarim, et c’est tout un édifice qui s’écroule.
Tant que l’ambassade d’Israël et le CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France) ne bougent pas, nous n’avons pas de souci à nous faire », estimait-on, à juste titre, dans les couloirs de France 2 lorsque la polémique se développait à propos de l’affaire Al Dura. Peu importe que les « rushes » laissent, pour le moins, une impression mitigée sur la pertinence du reportage diffusé le 30 septembre 2000 à tous ceux qui sont admis à les visionner, peu importe que les faits s’accumulent jusqu’à contraindre Arlette Chabot à déclarer : » on ne saura jamais qui a vraiment tué l’enfant et blessé grièvement le père » au micro d’une radio juive, peu importe que l’on confie au faussaire présumé – le cameraman Talal Abou Rahma- le soin de filmer une séquence le disculpant , peu importe enfin que Charles Enderlin ait menti à maintes reprises pour conforter la crédibilité de son reportage: comme la femme de César l’Institution est insoupçonnable et doit le rester.
Le CRIF et l’ambassade d’Israël n’ont pas bougé, donc le n’importe quoi peut devenir vérité officielle.Il ne s’agit pas d’un déni de justice, car je suis persuadé que les juges de la XVIIème chambre ont jugé en conscience et toute indépendance. Mais, étant juges,ils n’en sont pas moins hommes, citoyens et télespectateurs français. Ils sont, comme la plupart de mes compatriotes, « enderlinisés » jusqu’au dernier neurone, et persuadés que Tsahal prend pour cible des enfants volontairement.
Qui sont ceux qui prétendent troubler cette évidence? Une procureure? Comment s’appelle-t-elle déjà ? Ah, oui, bien sûr… (je n’invente rien, cette évocation du patronyme juif de la représentante du ministère public a été un « buzz » très parisien ces dernières semaines), quelques farfelus de la blogosphère, bien évidemment tous juifs… Et puis, l’exemple vient de haut: les juges suprêmes de la Cour de Cassation ne viennent-ils pas d’autoriser les Morin-Naïr-Sallenave à cracher sur les Juifs et Israël en annulant leur condamnation pour leur fameux article du » Monde »? Alors, laissez-nous en paix avec notre « bon » juif, Charles Enderlin, estampillé France 2 et Quai d’Orsay.
Circulez, y a rien à voir!Il reste, Mrs et Mmes les juges de la I7ème deux autres plats au menu répressif qui vous est servi par France 2: le descendant d’un celèbre artiste tapissier français, et un médecin de quartier. Bon appétit, Messieur-Dames.
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2 réponses à “Affaire Al Dura – Enderlin: l’avis de Luc Rosenzweig”
26 oct 06 à 16:50
Les chirakailles et les gauchistes ont tort de vouloir aller à la cour européenne, ils n’auront pas le dernier mot là bas et on pourra leur demander des comptes à grande échelle car ils seront toujours en activité et que cette manip fait partie d’un tout beaucoup plus important.
26 oct 06 à 08:55
Media Ratings répond au jugement.





