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Ce qui comptait, c’était que chaque jour reçût sa fournée de morts

Posté le Dimanche 22 octobre 2006 par jc durbant

A l’heure où chacun y va de son petit couplet sur le « nouveau Vietnam américain » qu’est censé être devenu l’Irak, petit retour sur un très fort passage du livre de Jean Brune sur le drame de l’Algérie francaise (« Interdit aux chiens et aux Francais« , 1966 – merci encore Roland), qui remet un peu les choses en perspective et rappelle, aux belles âmes à la mémoire courte et aux insatiables caméras, qu’en Irak comme avant en Algérie ou ailleurs en maints pays musulmans, c’est d’abord les innocents que les prétendus « résistants » assassinent.

La calomnie sur l’exploitation coloniale permettait de camoufler les crimes commis sur les innocents en une sorte de justice sommaire exercée sur des coupables. Les assassins devenaient des redresseurs de torts. Ce sera l’une des hontes de ce siècle finissant d’avoir admis comme un postulat l’idée de culpabilité collective qui a livré des foules entières aux mains des bourreaux improvisés et fait payer à des enfants les délits imputés à des sociétés.

On ne tuait pas comme on tue à la guerre pour ouvrir dans les rangs de l’ennemi des brèches dans lesquelles s’engouffraient les soldats. On tuait pour créer un scandale et par ce scandale attirer l’attention du monde non pas sur les victimes, mais sur les bourreaux. L’entreprise supposait une organisation méticuleuse des complicités ; chaque nouveau mort étant l’occasion d’exprimer les solidarités qui liaient le meurtrier à un immense camp d’intérêts et d’idées. Chaque nouveau massacre collectif servant de prétexte à une explosion d’indignation en faveur des écorcheurs. Ainsi les hommes étaient-ils immolés sur l’autel d’un calcul et les morts versés comme un carburant nécessaire au fonctionnement d’une machine. Pour que s’ouvrît et fût alimentée une controverse, il fallait que mourussent des innocents. On brûlait la vie dans les hauts fourneaux des fonderies d’idées.

Dans cette incroyable logique de l’absurde, les Français d’Algérie fournissaient les morts. Ils étaient les hommes-charbon indispensables au fonctionnement de la grande machine «anticolonialiste» affectée à la subversion de l’Occident. Pour que les journaux progressistes de France pussent s’indigner du sort des Algériens, pour que M. Sartre pût donner une conférence à Rome en compagnie de l’un des chefs des égorgeurs, pour que l’archevêque d’Alger pût rédiger l’un de ses communiqués abscons qui sont égale injure à la justice, à la charité et à la syntaxe ; enfin, pour que l’Organisation des Nations unies pût se poser à New York en gardienne intransigeante des droits de l’homme, il fallait qu’une femme fût violée dans une ferme d’Oranie, après avoir été contrainte d’assister à l’égorgement de sa fillette et de son mari ; il fallait qu’un petit garçon fût assommé à coups de pioche dans un village de l’Algérois ; il fallait que des jeunes filles fauchées par le souffle des bombes fussent mutilées à Alger et qu’une explosion hachât des enfants dans un autobus au retour de l’école. Pour que M. Mauriac pût jouer des grandes orgues de son talent dans sa chapelle, il fallait que fussent abattus des fidèles anonymes à la porte d’une église de la vallée du Chélif, ou que deux prêtres fussent égorgés aux confins oranais des steppes sahariennes et qu’une vieille femme fût assassinée le jour de Pâques dans un hameau de Kabylie bruissant de ce murmure d’averse qui tombe du feuillage des eucalyptus.

jc durbant @ 06:19
Catégorie(s): Bobologie et dhimmitude etLes idiots inutiles etMédias


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2 réponses à “Ce qui comptait, c’était que chaque jour reçût sa fournée de morts”

  • 2
    dormouse:

    A propos de prétendus « résistants » qui assassinent des innocents, à quand les pleurs de M. Durbant sur les officiers allemands tués par des résistants français ?

    Je ne pensais que vous trouviez à votre goût l’ »Affiche Rouge » du gouvernement de VIchy, M. Durbant…

  • 1
    dormouse:

    pauvres colonialistes: ils avaient été si gentils; il est bien connu qu’ils traitaient les algériens comme des frères, qu’ils ne ressentaient aucun mépris pour eux, bien au contraire, et qu’ils n’avaient pas pris le pays de force en 1830: on le leur avait donné, un peu à l’insu de leur plein gré, mais donné quand même.

    Y’a pas qu’avec la shoah que le négationnisme bat son plein !




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